L’IMC de Leeds se tient cette année du 6 au 9 juillet 2026 sur le thème des Temporalités. Le projet Capt y sera largement représenté et propose les interventions suivantes.
Monday 6 July 9.45-10.30 – Esther Simpson Building : LG 08
Keynote Lecture by Elodie Lecuppre-Desjardin : “Considering the Multiple Temporalities of Late Medieval Societies ; A Path Towards Differential History”
Tuesday 7 July 16.30-18.00- Clarendon Building 1. 06
Session 814 Time an Power in the Renaissance: Temporalities of the Burgundian-Habsburg Chanceries organized by Maxim Hoffman and moderated by Elodie Lecuppre-Desjardin
Thursday 9 July 9.00-10.30 – Esther Simpson Building 3.02
Session 1524 Res Futurae : Futures in the Late Medieval Low Countries, I. Paper delivered by Marie-Hélène Meresse : “Governing for possible Futures”
Thursday 9 July 14h15-15h45 – Maurice Keyworth Building 1.31
Cette étude exploite un texte peu connu de Philippe de Mézières : L’ordre de la Passion de Jésus-Christ. Produit en plusieurs étapes entre 1367 et 1396, c’est à cette dernière date que Philippe de Mézières, retiré au couvent des Célestins à Paris, remet de l’ordre dans son projet. La réflexion, menée à son terme, permet à son auteur de développer un espace ouvert propre au songe politique et de faire de la croisade, l’occasion de corriger, d’améliorer et de perfectionner une société chevaleresque abîmée et dégénérée et dont la purification des moeurs constituera la clef du salut de l’humanité chrétienne. Programme dont la précision témoigne d’un véritable dessein politique, L’ordre de la Passion Jesus-Christ permet de réfléchir à l’idée de réforme à l’aube du XVe siècle et de considérer la remobilisation d’un motif ancien au secours d’un présent chaotique sur fond de perspective sotériologique … une mise en pratique très concrète des idéaux de ce chevalier mystique de la fin du Moyen Âge.
Philippe de Mézières, Ordre de la Passion de Jésus-Christ, Costume du prince de l’Ordre de la Passion; Bodleian Library, Ms Ashmole 813, fol. 3r. Bodleian Libraries, University of Oxford.
Du 1er au 3 octobre 2025 s’est tenu à Lille un colloque international intitulé « La ville au présent : Temporalités et rythmes urbains en Europe occidentale (XIVe-XVIIe siècles) », organisé dans le cadre de notre projet par Elodie Lecuppre-Desjardin, Anne-Frédérique Provou et Sebastian Hackbarth. Rassemblant vingt intervenants provenant de disciplines variées, cette rencontre scientifique a offert un espace de réflexion interdisciplinaire sur les manières dont le présent est vécu, perçu, régulé et représenté dans les espaces urbains à la fin du Moyen Âge et au début de l’époque moderne.
Mercredi 1er octobre2025
Le colloque s’est ouvert par une conférence inaugurale de Pierre Monnet (EHESS) intitulée « La ville tardo-médiévale : une communauté rythmée ».
Partant des définitions de « présent » en latin et en moyen haut allemand, Pierre Monnet a souligné le sens pécuniaire que prend parfois le terme, ce qui l’a mené à rappeler le rôle de certaines horloges dans les villes, programmées pour sonner deux fois par an précisément aux dates du paiement de l’impôt urbain, matérialisant alors le rythme de la ville.
Diebold Schilling (le Jeune), Chronique illustrée de Lucerne, 1513, Bibliothèque centrale et universitaire de Lucerne, S.23, f.570v https://www.e-codices.ch/en/kol/S0023-2/570/0/
Poursuivant sa réflexion en évoquant les écrits personnels, Pierre Monnet a mis en évidence l’émergence de la première personne dans les textes, mais aussi la présence de plus en plus marquée de la langue vernaculaire. Ces innovations sont contemporaines de l’apparition des notations indiquant les naissances familiales à la demi-heure près, minutie temporelle qui ne concerne par ailleurs pas uniquement la sphère domestique : des événements « collectifs » tels que les déclenchements de tumultes et révoltes, les catastrophes naturelles ou encore les fluctuations du cours des monnaies se retrouvent également consignés très précisément. L’inscription de l’individu dans le temps est surtout incarnée de manière paradigmatique dans un ouvrage : Le livre de costumes de Matthäus Schwarz (1497-1574). Ce dernier documente les étapes de sa vie à travers les tenues qu’il porte, constituant ainsi un autoportrait vestimentaire qui révèle en arrière-plan un autre niveau de temporalité : celui de la ville d’Augsbourg. Pierre Monnet note toutefois l’absence d’horloge dans ces représentations. Cette omission contraste alors avec le développement et la diffusion, à la même époque, de cadrans solaires portatifs, qui contribuent à une véritable appropriation individuelle et nominale du temps.
Hans Fugger, Augsburger Monatsbilder (octobre, novembre, décembre), 1580/82, huile sur toile, 234.8 x 366 cm, Musée historique allemand, Berlin, n.1990/185.4.
Cette dynamique d’appropriation du temps s’étend par ailleurs également à l’échelle politique. En effet, l’Augsburger Monatsbilder, composé de quatre panneaux saisonniers représentant des scènes de la vie sociale et civique, donne à voir une ville ancrée dans le temps et dans l’espace. Ce temps urbain cyclique crée alors une annualisation du temps politique, dans lequel les consuls réélus en hiver sont représentés à nouveau lors du banquet figurant sur le panneau printanier. Il s’agit pourtant d’une image trompeuse : la réalité de l’époque de réalisation est plutôt celle d’un temps de ruptures, d’une réalité traversée à la fois par la révolte des paysans et par les bouleversements religieux de la Réforme.
Finalement, Pierre Monnet conclut sa présentation en abordant la Cronica Cronicarum. Dans cette chronique, Hartmann Schedel compare Ulm à Jérusalem, et constate l’accélération du temps de construction des grands chantiers urbains au XVe siècle. Tout en reprenant la distinction traditionnelle d’une histoire universelle en sept âges, certaines éditions introduisent cependant un espace vierge pour le lecteur, ménagé pour consigner l’histoire immédiate de la ville, entre le 6e et le 7e âge du Jugement dernier. Se crée alors un bouleversement de l’organisation traditionnelle du temps du monde, en permettant l’insertion du présent local.
L’ensemble de ces observations conduit Pierre Monnet à souligner l’émergence à la fin du Moyen Âge d’un surgissement du temps présent dans les villes, que ce soit sur le plan individuel, collectif, gouvernemental ou historiographique.
Jeudi 2 octobre2025
Après un mot de bienvenue de Charles Mériaux, la deuxième journée du colloque a été ouverte par Élodie Lecuppre-Desjardin (IRHIS, Université de Lille), qui a rappelé, dans son propos introductif, les principaux jalons historiographiques relatifs à l’histoire du temps. Elle a notamment mis en lumière plusieurs moments, concepts et notions clés du champ, tels que l’invention de l’horloge mécanique au XIVe siècle, le rôle du calendrier liturgique, l’évolution du rapport au Jugement dernier, les évidences d’une conscience au temps présent dans les environnements urbains aux XVe-XVIe siècle, et la notion de communautés temporelles.
Cette introduction a été suivie d’un premier panel consacré au temps des marchands, mené par Marc Boone (Université de Gand).
La première communication de ce panel a été assurée par Jeroen Puttevils et Niccolo Zennaro (Université d’Anvers). Ces derniers ont présenté les résultats d’une partie de leurs recherches menées dans le cadre du projet « Back to the future ». Leur intervention portait sur la manière dont le passé, le présent et le futur peuvent être saisis au sein des échanges épistolaires des marchands de la compagnie des Médicis faisant du commerce dans la mer du Nord entre 1447 et 1464 ; ces lettres constituent alors de véritables « capsules temporelles ». En identifiant des mots précis comportant une dimension temporelle, les deux chercheurs ont constaté 39% de références au futur, 35% au présent et 26% au passé. Cette prédominance du futur dans les correspondances reflète la logique propre à l’activité marchande, caractérisée par l’anticipation et la spéculation. Par ailleurs, les chercheurs ont souligné que l’échange épistolaire s’inscrit lui-même au sein d’une temporalité multiple, puisqu’une distance temporelle sépare la rédaction, la réception et le moment des événements anticipés dont il est question dans les lettres.
La deuxième conférence, intitulée « Contrôler le temps du marché à la fin du Moyen Âge » a été présentée par Alexis Wilkin (Université libre de Bruxelles). Son intervention a exploré les multiples dimensions temporelles à l’œuvre dans l’organisation des marchés. Il a tout d’abord souligné le rôle du temps comme facteur économique, l’importance de la saisonnalité des produits vendus, la course pour la vente des produits frais, mais aussi l’influence du temps religieux – notamment des fêtes liturgiques et des jeûnes –, mettant en évidence l’interaction et la superposition du temps religieux et du temps profane. Alexis Wilkin a également mis en lumière l’existence de plages horaires différenciées au sein du marché, permettant de segmenter l’accès aux produits selon le statut social des consommateurs. Finalement, il a abordé les réponses institutionnelles apportées aux situations de crise, telles que l’instauration d’obligations de vente ou l’attribution de monopoles temporaires, qui contraignent le rythme normal du commerce. Le temps naturel apparaît donc comme étant à la fois subi par les acteurs du marché, mais aussi utilisé comme un repère, un levier d’organisation sociale.
Le cycle de conférences suivant intitulé « La ville au rythme du Ciel et du foyer » a ensuite été dirigé par Pierre Monnet.
La première communication de cette session, donnée par Agathe Roby (Université de Toulouse) portait sur les rondes de nuit du guet de Toulouse au début du XVIe siècle. L’intervenante a mis en lumière la structuration temporelle de cette pratique de surveillance urbaine, instaurée pour préserver l’ordre chrétien et les bonnes mœurs. Le guet possède un rythme bien précis : il débute toujours dans le même créneau horaire et comporte une durée fixe. Toutefois, la modification systématique de l’itinéraire emprunté rend la surveillance imprévisible et contribue à transformer la ville en un espace sécurisé. Par sa présence, le groupe du guet rythme la nuit et définit ce qui peut s’y produire ou non. Ces sources permettent alors de mettre en évidence l’émergence d’une communauté temporelle : celle des usagers de la nuit et celles des chargés de sécurité.
Rozemarijn Landsman (Université d’Amsterdam) a ensuite proposé une communication intitulée « Amsterdam, circa 1669 an exploration of Van der Heyden’s time », dans laquelle elle a analysé la manière dont Jan Van der Heyden, à travers ses représentations de la ville d’Amsterdam, parvient à capturer des moments précis de la journée grâce à un usage maîtrisé des jeux d’ombre et de lumière. En modifiant subtilement le rapport ombre-lumière dans ses œuvres, l’artiste inscrit chaque scène dans une temporalité particulière, reflétant les rythmes de la vie urbaine quotidienne. Ces jeux de lumière participent également d’une mise en valeur de certains éléments. Les lampadaires, par exemple, nouvellement installés dans l’espace public, sont ainsi mis en évidence, témoignant d’un progrès technique majeur dans l’aménagement urbain de l’époque. De même, l’attention portée aux bâtiments, notamment aux différents types de briques, illustre un souci du détail chez l’artiste.
La communication suivante, intitulée « Remembering Rain: Sound, Space and Sense in the Drought Rituals of Sixteenth- and Seventeenth-Century Barcelona »a été présentée par Helen Herbert (Université de Barcelone). À travers l’analyse des descriptions de processions religieuses organisées en réponse aux épisodes de sécheresse – considérés comme des punitions divines –, l’intervenante a mis en évidence la richesse des données sensorielles mobilisées par ces rituels, en particulier celles liées au son et au rythme. Ces sécheresses s’imposent comme des marqueurs forts de la temporalité barcelonaise, puisqu’elles interrompent les rythmes quotidiens de la ville, notamment ceux du travail, pour imposer leur cadence propre. Les processions qui en découlent suivent alors un narratif précis dont l’issue est systématiquement l’arrivée de la pluie.
L’après-midi s’est poursuivi avec l’intervention de Guilhem Ferrand (Université de Bourgogne), intitulée « Espace et temps à soi à Dijon à la fin du Moyen Age à travers les inventaires après décès ». À partir d’un croisement entre des inventaires après-décès et des sources judiciaires de la fin du Moyen Âge, Guilhem Ferrand a proposé une réflexion sur l’évolution du rapport à soi et à l’environnement, tout en interrogeant aussi l’appropriation des espaces domestiques, en abordant notamment la problématique du « mal logement ». Il a ainsi démontré comment ces sources permettent d’observer les rythmes dans les espaces, notamment ceux en dehors du cadre de l’habitat – qu’il qualifie « d’autre espace et d’autre temps ». Explorant la manière dont les individus investissent ces espaces, il observe une mobilité importante, qui met alors en scène une série de séquences composant une pulsation irrégulière, à la fois individuelle et collective, donnant à voir les rythmes de différentes communautés temporelles distinguées selon leur statut social.
La communication suivante a été présentée par Christian Liddy (Université de Durham) et s’intitulait « Le temps familial ? À la recherche d’une définition temporelle de la famille dans la ville médiévale anglaise ». S’appuyant notamment sur les travaux du sociologue Barry Sugarman, Christian Liddy a tout d’abord souligné l’influence déterminante de la classe sociale sur l’expérience et la conscience de la temporalité. Il a ensuite introduit les deux textes au centre de son propos sur le temps familial : un récit de William Worcester (1480) et le Liber Lynne (1424). Le premier texte, qui constitue une description de la ville de Bristol à travers la perspective du scripteur en déambulation, manifeste un présent n’ayant de signification que lorsqu’il est mis en lien avec le passé – l’enfance du scripteur – ou avec le futur – les questions de succession qui le font revenir à Bristol. Le Liber Lynne, livre de famille rédigé dans une perspective de transmission patrimoniale, porte une temporalité différente : le futur n’y est abordé que par l’incertitude du présent, celui d’une période de peste noire qui n’est pourtant jamais directement évoquée.
La deuxième journée du colloque s’est achevée par la communication Keynote de Matthew Champion (Université de Melbourne), intitulée «Now is the Time : Senses of the Present in 15th- and 16th-Century Northern Europe ». Cette intervention a d’abord proposé une approche sensorielle du présent, à travers les cinq sens, mais aussi les émotions. La polysémie du terme « present », qui peut désigner aussi bien le temps immédiat que des souvenirs ou des attentes a également été évoquée. La deuxième partie de la communication proposait une approche de la temporalité à travers les sons et la musique. Matthew Champion a notamment mis en lumière la manière dont le présent urbain est marqué par le son du présent liturgique par le biais des cloches : leur son varie pendant les saisons et rythme la vie urbaine, tandis que leur silence ponctuel, en période de révolte par exemple, traduit un temps en suspension. Matthew Champion a également mis en évidence l’apport des concepts et terminologies issus de la musique pour étudier le temps, comme par exemple l’ars nova et ses notations polyphoniques complexes. À ce titre, il a évoqué une partition du Credo de Gilles Binchois, où figure l’indication « tourner rapidement la page », révélatrice d’un temps présent de l’urgence.
Matthew Champion a consacré la troisième partie de son intervention aux sources matérielles et visuelles permettant de capturer le présent – des œuvres contenant des représentations de fenêtres montrant des moments présents, instantanés du quotidien, ou d’autres reflétant des éléments de modes vestimentaires, saisissant alors un présent visuel et social. Enfin, il a abordé la temporalité sous l’angle d’une histoire de la lecture, en évoquant notamment la publication des Cent nouvelles nouvelles. Le livre offre ainsi un présent d’immersion pour le lecteur, tout en ouvrant sur un futur immédiat – la page suivante – et sur une multiplicité des présents, rendue possible par la pluralité des lecteurs.
Rogier van der Weyden, The Magdalen Reading, 1435-1438, huile sur bois, 62.2 x 54.4cm, National Gallery, Londres.
Vendredi 3 octobre 2025
La dernière journée du colloque s’est ouverte sur un panel intitulé « L’accélération au temps des troubles », dirigé par Jelle Haemers (KU Leuven).
La première communication de la journée a été présentée par Jordy Saillier (Université de Lille) sous le titre « Un présent hors du temps ? La réforme d’Arras au lendemain du siège de 1414 ». L’intervention portait sur le changement de paradigme d’élection des échevins à Arras au lendemain du siège de septembre 1414, qui constitue un moment de rupture dans le fonctionnement institutionnel de la ville. Bien que cette réforme ait revêtu une importance significative pour la gouvernance urbaine, elle est rétrospectivement considérée comme un non-événement – sa mise en œuvre vient même à être confondue avec d’autres réformes. Malgré une prétendue immuabilité des institutions municipales, ce renouvellement de la loi s’apparente à une véritable innovation : elle bouleverse les modalités traditionnelles de l’élection en interrompant le cycle normal d’élection, déplace la date électorale, amène de nouveaux acteurs au pouvoir et modifie une partie des modalités de l’élection. Elle marque alors le passage d’un temps politique cyclique à un temps politique beaucoup plus linéaire, et constitue ainsi une sorte de temps suspendu et insaisissable, traduisant une volonté d’intervention dans l’urgence du présent.
La communication suivante, présentée par Julien Régibeau (Université de Liège) et intitulée « Les temps de la guerre civile – Liège, XVIIe siècle », s’est penchée sur les révoltes à Liège entre 1610 et 1630, qui opposent deux factions, les Chiroux et les Grignoux. Il a mis en lumière la manière dont l’organisation urbaine contribue à structurer ces affrontements civils ; l’espace du marché y apparaît notamment comme un lieu ambivalent, à la fois propice à la sociabilité et à la confrontation. Évoquant notammentlemeurtre de Sébastien de la Ruelle le 16 avril 1637, Julien Régibeau a mis en avant le retentissement de cet épisode dans les imprimés. Ces derniers détaillent précisément les heures des différentes étapes de l’événement, mettant ainsi en évidence la préparation minutieuse du complot. Parallèlement à ces sources imprimées, le livre de comptes du chanoine Lintermans offre une saisie « sur le vif » des événements. Le récit quotidien du scripteur mêle ainsi vie privée et vie politique jusqu’en 1639, année charnière durant laquelle un incendie détruit une partie de ses biens, marquant alors une rupture nette dans son écriture et un retrait du présent politique. La guerre civile en contexte urbain peut ainsi être productrice de temporalités multiples.
Ce panel s’est conclu par la communication d’Adrien Aracil (Université de Paris-Sorbonne) intitulée « Un ‘présentisme’ réformé est-il possible après l’édit de Nantes ? (premier XVIIe siècle) ». L’intervention portait sur la situation des communautés réformées dans les villes françaises au lendemain de l’édit de Nantes, mais aussi sur la réaction du pouvoir royal qui cherche à purifier le présent par un refoulement du passé. Les cahiers de doléances, qui compilent les revendications des communautés réformées face au pouvoir royal, constituent un témoignage du présent de ces communautés et de leur réaction face au régime d’historicité imposé par le pouvoir royal. Ils représentent cependant aussi un moyen pour cette communauté d’implanter ses propres rythmes dans l’espace urbain : une temporalité réformée, construite en opposition à la temporalité catholique.
Le second panel de conférences du matin s’intitulait « L’événement : un marqueur du temps urbain ? » et était mené par Thalia Brero (Université de Neuchâtel).
La première communication du panel a été donnée par Marie Verbiest (Université de Neuchâtel) et s’intitulait « All roads lead to Bologna : news reports on the royal entry and coronations of Charles V in Bologna, 1529-1530 ». L’intervention portait sur la médiatisation de l’entrée solennelle et du couronnement impérial de Charles Quint à Bologne dans les imprimés d’actualité. Marie Verbiest a démontré la mise en scène multiforme de la ville, notamment à travers les descriptions de l’architecture, des habitants et des symboles urbains. Elle a notamment mis en lumière une seconde construction symbolique de la ville : celle d’une Bologne « roméifiée », évoquant Rome (qui aurait dû être le lieu du couronnement) par le biais de dispositifs éphémères. Cette mise en scène participe à la légitimation du couronnement, en rendant symboliquement présente la ville de Rome. Les imprimés contribuent donc à rendre cette double représentation de la ville, à la fois réelle et idéalisée, au service d’une narration politique de l’événement.
La communication suivante, présentée par Alexandre Goderniaux (Universités de Neuchâtel et de Lille) portait le titre « De Rome à Anvers en venant de Tunis : les multiples présents de Charles Quint (1536) ». À partir d’un imprimé d’actualité diffusé en 1536, relatant l’entrée triomphale de Charles Quint à Rome après sa victoire à Tunis, Alexandre Goderniaux a analysé la mise en scène complexe des temporalités dans ce document. L’imprimé décrit le parcours de l’empereur à travers la ville comme étant ponctué par une série d’arcs de triomphe mêlant structures antiques et constructions érigées pour l’occasion. Charles Quint est alors placé dans une double temporalité : celle du présent et celle de la Rome impériale, l’inscrivant dès lors dans la lignée des empereurs du passé. Par ailleurs, ces arcs permettent un second jeu sur la temporalité, puisqu’ils matérialisent la présence d’autres villes dans Rome et créent ainsi un jeu d’échelle sur l’espace, mais aussi sur le temps que représentent ces villes (passé, présent, futur et éphémère). La multiplicité des villes symbolise alors la multiplicité des présents de l’empereur et lui permet de mettre en scène son pouvoir.
Le dernier après-midi du colloque, consacré entièrement à l’histoire de l’art, s’est déroulé dans le cadre d’un panel intitulé « La ville au rythme du burin et du pinceau » mené par Gaëtane Maes (Université de Lille).
La première communication du panel fut donnée par Ludovic Nys (Université de Valenciennes) et s’intitulait « La temporalité des œuvres d’art dans l’espace urbain. Le cas de la sculpture mobilière à Tournai (XIVe-XVe siècle) ». Si le patrimoine mobilier des églises paroissiales de Tournai a totalement disparu, de nombreuses archives – actes d’intérêts privés, testaments, comptes d’exécutions testamentaires, contrats et commandes – permettent d’étudier la temporalité des entreprises médiévales de renouvellement du mobilier liturgique. Ces processus de production artistique s’inscrivent cependant dans une temporalité longue et en étapes : de la commande à la conception jusqu’au parachèvement, certaines œuvres, comme les retables, peuvent nécessiter entre vingt et trente ans, mobilisant successivement plusieurs générations d’artisans, d’artistes et de donateurs. Cette temporalité étendue est également liée aux contraintes financières, qui rythment l’avancée des chantiers.
La deuxième communication a été présentée par Marije Osnabrugge (Université de Lausanne) et s’intitulait : « Les rythmes de la vie urbaine dans les pratiques des artistes aux Pays-Bas aux XVIe et XVIIe siècles ». Marije Osnabrugge a démontré l’importance et l’impact des temporalités de l’environnement urbain sur les artistes et leur pratique artistique, prenant notamment en compte la mobilité fréquente des artistes entre différents centres urbains, mais aussi les rythmes liés à la profession artistique (institutions, magasins d’art, matériaux) et aux domaines sociaux, politiques et culturels (éditions, institutions scientifiques et civiques). L’exemple du tableau d’Aert van der Neer représentant un paysage de coucher de soleil à la campagne illustre de manière concrète ces interactions : contraint par la fermeture nocturne des portes d’Amsterdam, l’artiste ne peut accéder à une observation directe du paysage et sa réalisation s’est donc forcément déroulée à l’intérieur de la ville.
Aert van der Neer, Paysage fluvial, ca. 1650, huile sur panneau, 44.8 x 63cm, Musée Mauritshuis, La Haye.
La dernière communication du colloque a été présentée par Cordélia Floc’hic(Université de Lausanne) et s’intitulait « Les cartes comme marqueurs temporels et événementiels. Etude de cas comparative de deux cartes de Delft après l’incendie de 1536 ». Dans sa communication Cordélia Floc’hic a présenté deux cartes de Delft qui capturent le présent de la ville en un moment bien spécifique. La première carte, élaborée peu après l’incendie, saisit la situation de la ville dans l’immédiateté de la catastrophe, offrant une vision du tissu urbain partiellement détruit. La seconde, datée de 1581, présente quant à elle une Delft reconstruite. Cordélia Floc’hic a démontré que cette seconde carte constitue une version actualisée de la première, permettant de mesurer les transformations opérées en réponse à l’événement. Au-delà de ces aspects, cette carte de 1581 révèle également d’autres dimensions du présent. Par la représentation vestimentaire des personnages, elle inscrit la scène dans un présent climatique, celui du petit âge glaciaire. Par ailleurs, la carte désigne aussi un lectorat indésirable dans la représentation d’un Turc, reflet des angoisses contemporaines liées à la menace d’une invasion ottomane. À travers ces choix iconographiques, la carte superpose ainsi trois présents à travers des choix subjectifs : un présent urbain, un présent coutumier et un présent socio-politique.
Le colloque s’est achevé par une conclusion générale établie par Elodie Lecuppre-Desjardin suivie d’une table ronde finale, offrant un moment de synthèse et de prolongement des réflexions engagées au cours des différentes sessions. Cette discussion collective a permis de faire émerger plusieurs questionnements, notamment concernant la segmentation du présent, le présent malmené, le présent en mouvement et l’artificialisation ponctuelle de la temporalité. Ont également été abordées les distinctions entre ville et campagne, qui doivent être nuancées selon les espaces ; la dimension anthropologique du temps ; tout comme la nécessité d’inclure le prisme du genre et du social dans les questionnements. Enfin, le concept de rythme a été souligné comme devant être appréhendé comme une cadence qui n’est pas forcément régulière.
La richesse des communications et des échanges durant ces trois jours a ainsi témoigné de la vitalité de ce champ de recherche où les différentes approches de la temporalité ouvrent de nouvelles perspectives pour l’analyse des sociétés urbaines de la fin du Moyen Age et du début de l’époque moderne.
Une publication d’un ouvrage collectif est prévue.
Du 1er au 3 octobre se tiendra à l’Université de Lille (France) un colloque international dédié aux temporalités urbaines.
DESCRIPTIF
« Les temporalités sont un code de lecture pour comprendre l’espace et rendre compte d’un monde complexe et contextualisé ». Cette citation que l’on doit à la géographe Françoise Lucchini (2015) ouvre une lecture originale de l’espace urbain, considéré au rythme de ses pulsations propres. La ville, comme espace construit, aménagé, vécu et pensé, a fait l’objet de nombreuses études, qui ont ponctuellement introduit une dimension temporelle à leurs réflexions, permettant de mieux saisir la dynamique de ses évolutions et des pratiques urbaines. Toutefois, il faut reconnaître que le « sens du temps », saisi au fil des rythmicités quotidiennes comme de l’organisation planifiée des lieux, a davantage retenu l’attention des géographes, urbanistes, sociologues ou des historiens des xixe et xxe siècles. L’accélération du temps induite par l’industrialisation, les grandes métamorphoses urbanistiques qui l’accompagnèrent et le développement des nouvelles technologies permet sans doute plus aisément de s’emparer de cette matière fuyante qu’est le temps et de forger, selon l’expression conçue par François Hartog (2003), un « régime d’historicité » présentiste, censément propre à la période contemporaine.
Pourtant, les remarques de Peter Burke (2004), commentateur des observations pionnières de Jacques Le Goff sur le « temps du marchand », invitent depuis plusieurs décennies à explorer la matière vivante des villes du Moyen Âge et de la première modernité, pour mieux comprendre le sens de la multiplicité des temporalités qui se concentrent en un même lieu et forcent à interroger le rapport entre « le champ de l’expérience » et « les horizons d’attente » des communautés médiévales (Koselleck, 1979).
C’est tout du moins l’idée qu’aimerait défendre cette rencontre, inscrite dans le projet FNS-Sinergia « Capturing the Present in Northwestern Europe (1348-1648) ». Il s’agira de saisir non seulement la mesure du temps présent, mais aussi le ressenti de son écoulement, qui troublait tant l’esprit de saint Augustin et de tous ceux qui s’efforcèrent d’en donner une définition. La question du temps subjectivement vécu peut s’avérer d’une grande banalité. Mais la replacer dans un contexte particulier, déterminé par autant de paramètres que sont les lieux, les statuts sociaux, les âges, les activités, les ambitions individuelles ou collectives ou encore les impératifs politiques, économiques, etc. lui donne toute sa richesse et comble les vœux de Marc Bloch, pour qui l’histoire se doit d’approcher « le moment humain où ces courants se resserrent dans le nœud puissant des consciences » (Bloch,1949). Dans la comparaison offerte par une vaste Europe urbaine occidentale, qui viendra en appui aux études plus spécifiquement dédiées à sa partie septentrionale, afin d’en saisir les spécificités, le but de cette rencontre est d’observer les citadins pris dans le jeu des multiples temporalités qui les traversent et nourrissent leur sentiment d’appartenance ou d’exclusion à différents groupes sociaux.
Comment les habitants de villes (mais aussi celles et ceux qui les traversent) habitent-ils le temps présent ? Comment partagent-ils cette expérience individuelle au sein des communautés auxquelles ils se réfèrent ou sont assignés ? Peut-on parler de time communities (communautés temporelles), façonnées par les contours du groupe social, de l’adhésion politique ou du partage d’une même foi ? Sur quel socle culturel se fondent cette appréhension et cette représentation du temps présent, considéré autant pour lui-même que pour le passé qu’il synthétise et l’avenir qu’il annonce ? Autant de questions non limitatives qui nourriront la réflexion. Rythmes quotidiens, dynamiques de l’événement, temps de l’intime, maîtrise du risque et impacts de l’accident, suspension de l’action, sont autant de perspectives qui permettront aux historiens et historiennes des sources de la pratique, de la littérature et des images de s’interroger sur la ville vécue et pensée dans le(s) présent(s) de celles et ceux qui l’animent.
“Int iaer ons heeren duijsent vijf hondert ses en dortich op heijlich Cruijs dach datmen de stadt delft branden sach opden dorden dach meij” « En l’an de notre Seigneur mil cinq cent trente-six, le jour de la Sainte Croix, on vit la ville de Delft brûler, le troisième jour de mai. »
Le 3 mai 1536, un violent incendie détruit les trois quarts de la ville de Delft. Des sources postérieures documentent l’événement et en énoncent les diverses causes. Lodovico Guiccardini dans sa Description de touts les Pays-Bas (1567) mentionne un « cas fortuit1 » sans apporter davantage de détails. Cornelius Aurelius dans ses Chronijcke, Die van Hollant, Zeelant ende van Vrieslandt (1595) omet l’origine de la catastrophe et insiste sur sa soudaineté et son intensité. Abraham Goos et Reiner Telle, dans leur ouvrage Nieuw Nederlandtsch caertboeck (1616), blâment quant à eux le vent dont les bourrasques répandent des cendres ardentes dans la ville.
Cet incendie est un fait marquant de l’histoire de Delft. Il donne lieu à des représentations discursives et visuelles qui, en plus de cristalliser le moment du drame, rendent compte des réactions et de la réception de l’événement.
L’estampe étudiée est de petit format (119 mm x 96 mm) et est réalisée par un artiste anonyme probablement entre 1536 et 1599. Seule la signature en bas à gauche « S.K exc » nous fournit une indication lacunaire sur l’identité de l’éditeur de l’œuvre. Elle est par ailleurs la seule estampe attribuée à cet imprimeur.
La composition de l’œuvre retient tout particulièrement notre attention. Fait étonnant, l’incendie n’occupe pas le premier plan alors même qu’il est le sujet désigné de l’estampe. Le bâtiment mis en avant est la « Laservs Huys » (la maison de Lazare), un lieu consacré aux soins des lépreux, dont la première mention dans les sources date de 13562. Malgré l’aspect schématique de l’estampe, la figuration de la bâtisse est relativement fidèle à la réalité. Le mur érigé autour de l’édifice, symbole de l’exclusion des malades, y est bien figuré3. La ville en feu apparaît à l’arrière-plan. Elle est représentée de manière synthétique. Quatre tours dominent un amoncellement de maisons. Nous reconnaissons les clocher de la Nieuwe Kerk (à l’extrême gauche de la ville) ainsi que celui de la Oude Kerk (Il s’agit de la troisième tour.). Deux représentations de ces églises en permettent l’identification formelle.
Cette estampe soulève de nombreuses interrogations en raison du peu d’informations connues à son sujet. Parmi les éléments les plus singuliers figure l’association de l’incendie et de la léproserie, du désastre environnemental et de la catastrophe sanitaire, une articulation rare. Nous pouvons établir un parallèle avec un épisode de l’Ancien Testament issu du livre de Job. Ce dernier subit les nombreuses agressions de Satan dont une maladie que l’exégèse médiévale identifie à la lèpre4, et le brûlement de ses biens par le feu du ciel. L’association de ces deux châtiments se retrouve dans les représentations de la tentation de Job du début de la période moderne5. C’est le cas par exemple dans l’estampe réalisée par le Monogrammiste CV en 1524.
L’observation de l’œuvre met d’emblée en évidence sa teneur moralisante. La mise en avant des églises delftoises embrasées, la nature ecclésiastique des trois uniques figures et l’invitation à la louange divine du chapelain6 admoniteur confirment le ton édifiant adopté par l’artiste. L’image de la ville en flammes en tant que châtiment divin apparaît fréquemment dans la Bible. La fonction et la cause du feu sont notamment décrites dans le livre de Job par Eliphaz de Théman. Ce dernier déclare que « La maison de l’impie deviendra stérile, Et le feu dévorera la tente de l’homme corrompu »7. La lèpre, quant à elle, si elle souffre d’une symbolique négative, est tout de même attachée à certaines figures saintes comme Job et Lazare. Les lépreux peuvent même être considérés comme des « image[s] du Christ souffrant »8.
Ainsi, nous constatons des correspondances compositionnelles entre notre estampe et le canon représentatif de la tentation de Job. Un élément essentiel diffère cependant. Si la léproserie est bien au premier plan, aucun ladre n’y apparaît. Nous pouvons alors suggérer que l’absence de malades soutient la signification positive allouée à la léproserie. Le bon fonctionnement de la maison de Lazare est assuré par des religieux dévoués, à l’inverse des habitants de la ville pécheresse enflammée. L’identité des impénitents visés par l’estampe nous interroge alors. Depuis l’incendie du 3 mai 1536, la ville de Delft est agitée par des dissensions politico-religieuses. Nombreux sont ceux qui adhèrent aux préceptes luthériens et anabaptistes9. Nous pourrions alors proposer une analyse de l’œuvre nourrie par les conflits confessionnels. L’incendie résulterait de l’impiété réformée en opposition à la noblesse et la simplicité des catholiques qui s’ostracisent pour venir en aide aux malades et sont par conséquent épargnés du châtiment divin.
La datation approximative de l’œuvre peut nous encourager à formuler une hypothèse supplémentaire. Trente ans après le terrible incendie, la ville de Delft connaît d’importantes destructions lors de la furie iconoclaste. Les deux églises figurées sur notre estampe sont gravement endommagées. Nous pourrions alors suggérer que cette œuvre établit d’une part une analogie entre la tentation de Job et l’incendie de Delft par un procédé typologique fréquemment employé durant la période étudiée. D’autre part, elle unirait ces deux récits à un troisième, celui des affrontements iconoclastes de 1566.
Il convient enfin, de s’intéresser à la diffusion de cette estampe. Elle possède une fonction ouvertement didactique assurée par plusieurs éléments qui en accompagnent la lecture. Les diverses légendes rapportent l’incendie succinctement (voir le cartel en dessous de la scène gravée), les paroles des protagonistes((Voir l’estampe « godt sij gelooft », « Dieu soit loué « ; « Delft brant », « Delft brûle ». )) (à proximité des figures) et désignent les lieux figurés (au-dessus de la ville de Delft et de la léproserie). À cela s’ajoutent son format restreint et le fait que les inscriptions soient en langue vernaculaire. Ces éléments pourraient alors nous inciter à concevoir cette estampe comme destinée à un large public. Ce que semble confirmer le nombre de versions conservées encore aujourd’hui10, et les nombreuses réimpressions dont elle a fait l’objet11.
L’estampe de l’incendie de Delft illustre alors un mécanisme de récupération et d’adaptation d’un thème canonique, celui de la punition divine par le feu, à un présent marqué par de vives tensions religieuses.
À venir
J’aurai l’occasion d’étudier à nouveau les représentations de l’incendie de Delft, par la cartographie cette fois, dans le cadre du colloque « La ville au présent : temporalités et rythmes urbains en Europe occidentale (XIVe-XVIIe siècles) » qui se déroulera à l’Université de Lille du 1 au 3 octobre 2025. De plus, ce billet s’inscrit dans le cadre plus large de ma thèse de doctorat consacrée aux représentations littéraires et visuelles des incendies provoqués par des phénomènes météorologiques en France et aux Pays-Bas du XVe au XVIIe siècle.
GUICHARDIN, Lodovico, Description de touts les Pays-Bas, autrement appelez, la Germanie inferieure, ou Basse Allemagne , par messire Loys Guicciardin gentil-homme Florentin : maintenant reveuë, & augmentée plus que de la moitié par le mesme autheur. Avec toutes les cartes geographiques desdicts pays, & plusieurs pourtraicts de villes & autres bastimens en belle perspective tirez par M. Pierre Keere. Derechef illustrée de plusieurs additions remarquables, par Pierre du Mont. Avec un indice tres-ample des choses les plus memorables, Arnhem, Jean Jeansz., 1613.
Sources secondaires
GRÖN, K, “Leprosy in Literature and Art” in International Journal of Leprosy, vol.41, n.2, 1973, pp.249-283.
LEEUWEN, Daan van, Het lazaren huys buyten. Een onderzoek naar de laatmiddeleeuwse stichtingen van Hollandse leprooshuizen in Europees perspectief, Mémoire de master, Université de Leiden, sous la direction de Dr. A Janse et Prof, dr. P.C.M. Hoppenbrouwers, 2013.
MONTIAS, John Michael, Vermeer and his milieu. A Web of Social History, Princeton, Princeton University Press, 2018.
De Stad Delft, cultuur en maatschappij tot 1572, (cat.exp., Delft, Princenhof museum, 15 décembre 1979-17 février 1980), Delft, Princenhof museum, 1980.
GUICCARDINI, Lodovico, Description de touts les Pays-Bas, Arnhem, Jean Jeansz., 1613, p.303. [↩]
LEEUWEN, Daan van, Het lazaren huys buyten. Een onderzoek naar de laatmiddeleeuwse stichtingen van Hollandse leprooshuizen in Europees perspectief, Mémoire de master, Université de Leiden, sous la direction de Dr. A Janse et Prof, dr. P.C.M. Hoppenbrouwers, 2013, p. 41. [↩]
GRÖN, K, “Leprosy in Literature and Art” in International Journal of Leprosy, vol.41, n.2, 1973, pp.249-283, p.252. [↩]
Idem. Voir par exemple : Maître BOS, La tentation de Job, Job consolé par des musiciens, circa.1500-1515, gravure sur papier vergé, 9,4 mm x 7,9 mm, Ashmolean museum, Oxford ; Le livre d’heures d’Henri II, fol.73v, Bibliothèque nationale de France. [↩]
LEEUWEN, Daan van, Het lazaren huys buyten. Een onderzoek naar de laatmiddeleeuwse stichtingen van Hollandse leprooshuizen in Europees perspectief, Mémoire de master, Université de Leiden, sous la direction de Dr. A Janse et Prof, dr. P.C.M. Hoppenbrouwers, 2013, p.47. [↩]
BLEVEC, Daniel le, « Les lépreux peuvent-ils vivre en société ? Réflexions sur l’exclusion sociale dans les villes du Midi à la fin du Moyen-Âge » in dir. Claude Carozzi, Daniel le Blévec et Huguette Taviani-Carozzi, Vivre en société au Moyen-Âge. Occident chrétien VIe-XVe siècle, Aix-en-Provence, Presses universitaires de Provence, 2008, pp.281-291. [↩]
MONTIAS, John Michael, Vermeer and his milieu. A web of social history, Princeton, Princeton Universtiy Press, 1989, p.4. [↩]
L’estampe est notamment conservée au Rijksmuseum où il en existe deux versions, au British Museum, à la Wellcome Library et aux archives de la ville de Delft. [↩]
Par exemple, les archives de la ville de Delft conservent une réimpression du XVIIIe siècle. [↩]
Réinventer le présent dans les sociétés méditerranéennes au milieu du XIVe siècle
Dans le cadre de notre colloque d’ouverture, Etienne Anheim (EHESS, Paris) donnera une conférence intitulée : “Le temps de la Peste : réinventer le présent dans les sociétés méditerranéennes au milieu du XIVe siècle“
A partir de 1347, l’Italie et la Provence, comme bientôt l’ensemble du continent, sont frappées par la peste noire, une épidémie d’une violence inouïe qui tue en quelques années entre le tiers et la moitié de la population européenne. Cette catastrophe a laissé des traces souvent complexes à interpréter dans les archives, les textes littéraires, l’archéologie ou l’iconographie. En effet, il est rare que la peste soit décrite, représentée ou commentée directement. En revanche, le surgissement de la maladie et son retour, dès 1361, suscitent une série de transformations profondes des sociétés méditerranéennes, dont le présent a été radicalement bouleversé. C’est ce bouleversement dans l’ordre du temps qui sera au coeur de notre propos. A partir d’exemples littéraires célèbres, comme Boccace ou Pétrarque, mais aussi de la peinture produite durant ces décennies ou de sources d’archives comme les testaments, on cherchera à saisir comment cette rupture de l’épidémie a redéfini la temporalité même de ces sociétés, ses rapports avec le passé et le futur et la redéfinition d’un nouveau présent, celui d’une forme de modernité nourrie par l’une des plus grandes crises de l’histoire de l’humanité.
Croniques de Hollande, de Zeelande et de Frise de Johannes de Beka (traduction française dédiée au duc de Bourgogne Philippe le Bon), Bruges v. 1470-1480, BnF, ms. fr., 9002, fol. 29v.
Pour les amateurs d’enluminures médiévales, la scène est classique. L’image s’ouvre sur un intérieur palatial, situé en bordure d’une rivière animée par le passage des bateaux à proximité d’une ville, promesse de richesse. Elle illustre la traduction française de la Chronographia de Johannes de Beka, une œuvre composée par un chanoine de Saint-Martin d’Utrecht accueilli à l’abbaye d’Egmond dans la première moitié du XIVe siècle, et adaptée en français pour le duc de Bourgogne Philippe le Bon, peu de temps après son arrivée à la tête du triple comté de Hainaut-Hollande-Zélande, en 1433. Dans cette version enluminée attribuée au Maître de la Vraie cronique d’Escoce (v.1455-1460), l’artiste met en image un texte qui pose les fondations de cette principauté : Cy commence lystoire des contes de hollande et premierement comment Charles le Chauve empereur des rommains et roy de France mist le premier conte en hollande qui fut nommé Theoderic, lequel ediffia l’abbaye degmonde. Si le chanoine d’Egmond multiplie les erreurs en confondant le règne de l’empereur Charles II le Chauve (875-877) avec celui du roi Charles III le simple (898-922) qui accorda à Thierry (Dirk) en 922 l’un des diplômes servant d’assise au comté dont les seigneurs ne prirent le titre de comte que vers le milieu du XIe siècle, la créativité de l’artiste introduit quant à elle une symbolique originale qui ne manque pas d’attirer l’attention.
Ramenée aux codes vestimentaires, architecturaux, technologiques de cette fin du XVe siècle, la scène, qui se déroule aux temps carolingiens, emprunte également à l’héraldique son langage du pouvoir. Ainsi les bateaux ont des allures de Kogge, les nobles sont vêtus de pourpoints courts et serrés à la taille, les tours sont rondes et crénelées, l’armure du comte Thierry n’aurait pas dépareillé à Brouwershaven (1426) ou à Guinegatte (1479), etc. Et surtout, Charles, roi des Francs et empereur d’Occident est représenté avec un tabard mi-parti, à dextre d’or à l’aigle bicéphale de sable, et à senestre d’azur semé de fleur de lys d’or, alors que l’héraldique n’apparaît qu’au XIIe siècle. Ce décalage n’est pourtant pas le signe d’une absence de conscience historique en cette fin de Moyen Âge. Au contraire, ces apparents anachronismes permettent de souligner l’actualité du passé. Ainsi, l’image répète, cette fois-ci aux côtés d’une horloge, des armoiries doubles, rappelant évidemment la suzeraineté de l’Empire sur la Hollande, mais également la légitimité des Valois, issus de la Maison de France, à gouverner ce nouveau territoire tombé récemment dans l’escarcelle bourguignonne.
La présence de cette horloge associée aux armoiries intrigue et pourrait être la première d’un genre qui exprime, par cette combinaison de la maîtrise du temps et de l’héraldique, la marque de l’autorité. Dans Les Faits et dits mémorables de Valère Maxime traduits par Simon de Hesdin et enluminés à Bruges quelques années plus tard par celui qu’on appelle « Le Maître de Marguerite d’York » (BnF, ms fr. 288, fol.1), elle apparaît également sur le frontispice du manuscrit. Surplombant les seules armes de France, elle semble alors rappeler la supériorité du roi mis à l’honneur, à savoir Charles V, commanditaire de cette traduction désormais mise à disposition de Louis de Bruges, seigneur de Gruuthuse (1427-1492). Ce dernier, dont le palais brugeois accueille aujourd’hui un musée à son nom, fut chevalier de la Toison d’Or, conseiller de Philippe le Bon, puis de Marie de Bourgogne et membre du conseil de régence de Flandre entre 1483 et 1485. Grand collectionneur, il confia nombre de ses manuscrits au Maître de Marguerite d’York, à tel point que, selon Pascal Schandel, il serait plus juste de l’appeler Maître de Louis de Bruges. Toujours est-il que les deux hommes semblent partager un même intérêt pour la mesure du temps si l’on veut bien prendre en compte une autre image réalisée par les mêmes pinceaux en faveur de ce noble que l’on retrouve représenté au sein de son groupe familial, émerveillé devant … une horloge à poids, dans le traité d’Henri de Suso : L’horloge de Sapience (BnF, ms fr. 455, fol. 9). La piste des cadrans solaires et des horloges semés à de nombreuses reprises dans les enluminures de l’artiste et de ses confrères brugeois ouvre un dossier que l’on pourra d’ailleurs compléter avec des mentions de mobilier urbain. À la même époque, à Lille, dans les années 1476, la municipalité avait en effet rémunéré un certain Willaume Liédet pour avoir peint sur le cadran de l’horloge de l’hôtel de ville des armes du duc et de la duchesse de Bourgogne… ou quand l’image devient réalité.
À VENIR
Élodie Lecuppre-Desjardin, « Les horloges dans les manuscrits bourguignons de la seconde moitié du XVe siècle ». Cette recherche complètera les premiers résultats livrés dans « Se mettre au vert sans échapper au temps. Le prince, maître des horloges à Hesdin au XVe siècle », dans Ead., M. Vivas et F. Duceppe-Lamarre (ed.), La cour se met au vert. Mises en valeur et usage politiques des campagnes entre Moyen Âge et première modernité, Villeneuve d’Ascq, (à paraître fin 2025).
BIBLIOGRAPHIE
D.E.H. de Boer et E.H.P. Cordfunke, Graven van Holland. Middeleeuwse vorsten in woord en beeld (880-1580), Zutphen, 2010.
A. Hagopian Van Buren, « Le sens de l’histoire dans les manuscrits du XVe siècle », in Pratiques de la culture en France au XVe siècle, M. Ornato & N. Pons (ed.), Louvain-la-Neuve, 1995, p. 515- 525.
I. Hans-Collas, P. Schandel, avec la collab. de H. Wijsman, Manuscrits enluminés des anciens Pays-Bas méridionaux, I. Louis de Bruges, Paris, 2009, p. 98-99.
H. Wijsman, Luxury Bound. Illustrated Manuscript Production and Noble and Princely Book Ownership in the Burgundian Netherlands (1400-1550), [Burgundica, XVI], Turnhout, 2010, p. 241-242 et 267-268.