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Album amicorum : Marion Pouspin

Le 9 avril 2025, Marion Pouspin (Institut catholique de Paris) est intervenue dans notre séminaire de recherche avec une conférence intitulée « Les nouvelles imprimées dans le royaume de France (XVe-XVIe siècle). Réflexions sur l’actualité dans la France de la première modernité ». 

Auteure de Publier la nouvelle. Les pièces gothiques, histoire d’un nouveau média (XVe-XVIe siècle), elle co-dirige la thèse de Marie Verbiest au sein du projet Capturing the Present in Northwestern Europe.

La notion de “présent” occupe une place importante dans mes recherches, puisque je m’intéresse à l’actualité imprimée dans le royaume de France dans la première modernité. Je travaille sur des “produits de l’instant” (ou de l’instant passé) émanant d’auteurs variés, souvent anonymes et ordinaires, qui rapportent leur perception du présent.

Mes recherches portent sur les pièces gothiques et sur les nouvelles qui sont imprimées à l’occasion de faits militaires, politiques, religieux ou prodigieux en France aux XVe-XVIe siècles. A partir d’une étude sérielle de ces objets imprimés, attentive à la fois à leur matérialité, et à leurs modalités et agents de fabrication, j’examine la temporalité et le rythme de leur production. L’analyse des discours permet également de saisir quel présent ces occasionnels cherchent à saisir et de quelle manière ils le rapportent. Enfin, analysées sous l’angle du public et de la réception de ces brochures, et ce dans une approche comparative avec des écrits du for privé, j’interroge l’agir social de ces publications : comment engagent-ils le lecteur dans ce rapport au temps ?

Produites peu de temps après les événements qu’elles rapportent, les nouvelles imprimées nous renseignent sur les faits récents et leur perception par des contemporains. Ce sont des sources précieuses donc pour comprendre ce rapport des hommes de l’époque au temps présent. D’autres sources mobilisées peuvent aussi nous éclairer sur ce point, je pense notamment aux livres de raison et aux chroniques qui puisent allégrement leurs informations dans les occasionnels.

S’agissant de nouvelles pour la plupart anonymes, mais produites dans le contexte des guerres d’Italie, je m’intéresse en particulier à ces hommes d’armes des troupes françaises en Italie. Un autre type de figure m’intéresse : l’imprimeur et les choix qu’il opère pour rendre publiques ces nouvelles.

Les écrits de Roland Barthes et Giorgio Agamben sur la contemporanéité, l’écriture de l’événement, le temps présent et sa perception sont très instructifs sur ce point. De même, les travaux de Johann Petitjean sur les avvisi et de Wolfgang Behringer sur la poste impériale peuvent aussi nourrir la réflexion, notamment sur les structures informationnelles et les enjeux politiques de la diffusion de l’information sur les affaires de l’époque, à l’échelle d’une ville (Venise) ou d’un territoire plus vaste (le Saint Empire).

L’étude des nouvelles imprimées révèle que l’actualité (au sens de vision du présent), qui est rapportée, est partagée et à partager. En effet, l’étude sérielle des relations imprimées montre des points de convergence, des concordances, dans les discours. Toutes sont unanimes à célébrer la grandeur du roi de France et de son armée, et à discréditer les ennemis. Elles louent les victoires et, au contraire, taisent ou amoindrissent les défaites. De plus, par leur diffusion imprimée, parfois émanant d’ateliers et de centres typographiques différents, les nouvelles invitent leurs lecteurs à partager cette perception du présent.

Les termes qui me viennent à l’esprit sont : révolte (telle que la révolte des gueux), querelle religieuse, entrée solennelle. J’ai notamment en tête le livret de l’entrée de Charles Quint à Bruges en 1515 et ses nombreuses et fabuleuses gravures…

Mon “utopie de recherche” serait de réaliser une base de données en ligne, accessible à tous, sur les nouvelles imprimées, avec transcription des textes et édition critique, afin de faciliter l’accès et l’étude de ces sources patrimoniales de première importance. Si non seulement le financement mais aussi le temps dédié est lui aussi illimité, dans ce cas, allons-y, passons à l’échelle européenne, mais ce serait là un projet indéniablement gargantuesque !

Compte rendu : « Les nouvelles imprimées dans le Royaume de France (XVe – XVIe) » conférence de Marion Pouspin 

Université de Lausanne, 9 avril 2025

Réflexion sur l’actualité dans la France de la première modernité.

Billet rédigé par Tilleane Charavel

L’an de grâce 2025, 4 jours avant le dimanche des Rameaux, la tressçavante Marion Pouspin a fait halte en la bonne ville de Lausanne.

Professeure agrégée, docteure en histoire et civilisations de l’EHESS et actuellement chargée de cours à l’Institut Catholique de Paris, Marion Pouspin mène des recherches qui portent principalement sur la circulation de l’information et les imprimés dans l’Europe de la première modernité. Sa conférence, sur les nouvelles imprimées dans le royaume de France aux XVe et XVIe siècles, fait actualité au sein des recherches menées en ce moment dans le cadre de notre projet et ce présent compte-rendu, en écho, devient une « nouvelle » à l’ère du numérique.

Marion Pouspin nous invite à considérer les occasionnels relatant des événements par le prisme de leur écriture spécifique du temps présent. En analysant la matérialité, les modalités de production et de diffusion de ces documents ainsi que leur contenu, elle s’interroge ainsi sur la manière dont les sphères du pouvoir s’emparent des faits récents dans le royaume de France.

Les nouvelles imprimées sont produites pour la plupart en langue vernaculaire et vendues à bon marché à un large public ; la brièveté de ces textes et la hâte avec lesquels ils sont composés leur permet de sortir des presses très rapidement. Certains historiographes et chroniqueurs comme Jean Molinet reprennent même certaines de ces informations au sein de leurs propres chroniques. La production de ces feuilles d’actualité est concentrée principalement à Paris (50 % du corpus) mais aussi à Lyon et Rouen, des centres importants à la fois dans le domaine de l’imprimé et celui des institutions politiques. Elles sont éditées majoritairement en lettres gothiques, quelques jours ou quelques semaines après l’événement et écoulées avec une certaine rapidité ; un calcul du temps qui a son importance, la notion de « nouvelle » étant un argument de vente.

Les faits relatés sont politiques et militaires, prodigieux ou encore religieux. Ce sont les guerres d’Italie qui priment, de la conquête de Venise jusqu’aux victoires remportées face à l’armée espagnole. Évidemment, les défaites ne sont en aucun cas rapportées, il est bien plus intéressant de discréditer l’ennemi. Les nouvelles deviennent alors indéniablement propagandistes. Récits de funérailles, de couronnements et de joutes viennent aussi consolider le pouvoir monarchique – en témoignent les imprimés sur le trépas d’Anne de Bretagne en 1514 ou l’entrée de Catherine de Médicis en 1549. Les occasionnels d’actualité relatent également des événements internationaux tels que les funérailles d’Isabelle de Portugal ou de Charles Quint, mais aussi des décisions politiques ; on alerte d’une menace turque et on célèbre les victoires des troupes chrétiennes. Enfin, les nouvelles religieuses et prodigieuses, moins nombreuses, jouent sur les peurs et les tensions collectives à l’image de nos médias actuels, avec un regain d’intérêt pour les catastrophes naturelles comprises comme des signes divins.

Les informations rapportées proviennent des lettres de nouvelles, traduites si elles sont étrangères, de poèmes de circonstance ou de cour, ou encore de copies de traités de paix. Les imprimeurs, grâce à leurs réseaux, se les procuraient par l’intermédiaire d’amis bien placés ou par leur réseau étranger. Les lettres sont des récits d’événements ou des correspondances rédigées par des acteurs ou observateurs des campagnes militaires pour la plupart anonymes. Certains de ces documents sont même parfois écrits le soir même, avec un point de vue subjectif tout à fait intéressant dans le cadre de l’étude de la temporalité. Les auteurs ne racontent pas l’entièreté de l’événement mais leur vécu ou selon leur angle de vue, c’est une écriture de l’instant. Quant aux poèmes, chantés sur des airs familiers, ils mettent en fiction le fait récent. Ce sont souvent des chansons historiques dans des formes variées : complaintes, lamentations, simples ballades, où victoires, échecs des ennemis et plus rarement vie de cour, sont mis en scène. D’autres occasionnels encore sont constitués d’actes issus par le pouvoir, comme les traités de paix ou les annonces de trêves qui sont publiés tels quels, parfois structurellement arrangés par les imprimeurs.

Ces textes sont souvent accompagnés d’images, bien qu’elles soient remployées pour une majorité d’entre elles. Elles sont génériques, choisies en raison de la proximité thématique, et suggèrent plus qu’elles ne représentent l’événement. Les images qui ont déjà servi à illustrer un passé réel ou légendaire, dans des chroniques ou des romans de chevalerie, suggèrent alors un présent provenant d’un passé, tout comme le cadre narratif et politique du texte. Parfois elles prennent au pied de la lettre un mot, en témoigne l’exemple d’une figure d’un cerf qui fait référence au titre de l’ouvrage alors qu’il s’agit d’un pamphlet allégorique. Parfois elles proposent plutôt une scène circonstanciée lorsqu’il s’agit de prodiges ou de festivités. Le fait d’actualité est alors présenté à la fois par l’image et par le texte.

Marion Pouspin souligne ainsi avec finesse plusieurs éléments constitutifs de cette écriture du temps présent : le recours à la langue vernaculaire, la captation du fait récent – accrue notamment par le média lui-même, qui suggère une attente de lecture, l’affirmation de vérité ou encore la narration précise des protagonistes témoignant de ce qui est vu et rendu visible. Ces nouvelles imprimées avisent, informent et disent l’immédiat dans l’idée de « faire scavoir » – tout en pouvant aussi être dotées d’une fonction récréative. Ce corpus peut enfin aussi être considéré comme un véritable appareil idéologique, qui permet une transmission d’une perception orientée d’un présent collectif, basé sur des faits récents mais choisis, favorables à la monarchie française.

Conférence : “Les nouvelles imprimées dans le Royaume de France” (XVe-XVIe)” – Marion Pouspin (9 avril 2025)

Réflexion sur l’actualité dans la France de la première modernité

Dans le cadre du programme des expert meetings de notre projet, Marion Pouspin (EHESS et Institut catholique de Paris) fera une intervention le 9 avril 2025, intitulée : ‘Les nouvelles imprimées dans le Royaume de France” (XVe-XVIe): Réflexion sur l’actualité dans la France de la première modernité’.

HORAIRE & LIEU

Mercredi 09.04 : 10h15 – 12h

Université de Lausanne, Bâtiment Anthropole, salle 3032

DESCRIPTIF

A partir des années 1480, dans le royaume de France, des imprimeurs établis principalement à Paris, Lyon et Rouen se sont lancés dans l’édition de brochures d’actualité. Publiés au gré de la conjoncture événementielle, ces “occasionnels” rapportent des nouvelles sur les faits d’armes, les cérémonies du pouvoir, les prodiges, qui surviennent dans le royaume de France, dans les territoires voisins, voire des contrées plus lointaines. Rapidement, la production s’intensifie et se diversifie dans la première moitié du XVIe siècle, formant en tout un vaste corpus de plus de 600 journaux non-périodiques aujourd’hui conservés dans nos fonds de bibliothèques.

Les occasionnels constituent un matériau précieux pour saisir le rapport que les sociétés anciennes entretenaient avec le temps présent. L’étude des caractéristiques de ces “nouvelles” imprimées, attentive à la fois à leur matérialité, à leurs modalités et agents de production et de diffusion, à l’écriture de l’actualité, ainsi qu’aux usages et aux enjeux de ces brochures, nous permet de mieux cerner ce qu’était l’actualité dans le royaume de France des XVe-XVIe siècles.

Séminaires – Février/Mars 2025

Temps et espaces du pouvoir en Europe du Nord-Ouest : Séminaire de recherche, Master Histoire, Cultures et idéologies politiques fin du Moyen-Âge – Première modernité

Lieu

Salle de séminaire de l’IRHiS, Université de Lille – Campus universitaire du pont de Bois, 59650 Villeneuve d’Ascq.

Séminaire online : contacter elodie.lecuppre@univ-lille.fr

Horaire

Tous les mercredis de 10h-12h.

05/02/2025

Anne Lemonde (Université de Grenoble-Alpes), Capitales, routes et circonscriptions d’une principauté montagnarde : enjeux administratifs et politiques dans le Dauphiné d’Humbert II (1333-1349).

12/02/2025

Nils Bock (Université de Münster), L’argent des rois et des papes : interconnexions financières autour de 1300. 

26/02/2025

Alexandre Goderniaux (Universités de Neuchâtel et de Lille), Escarmouches urbaines et guerre d’imprimés d’actualité. Les libelles autour de la journée des Barricades (12 mai 1588).

05/03/2025

Élodie Lecuppre-Desjardin (Université de Lille) & Marie-Hélène Méresse (Université de Lausanne et de Lille), Alphonse, Charles et les autres : un miroir d’actualité contre la tyrannie (Les actions et paroles mémorables de Jean L’Orfèvre).

Publication d’Alexandre Goderniaux : Un coup de majesté manqué, Henri III aux Etats généraux de Blois (16 et 18 octobre 1588)

EN

Demonstration de l’assemblée publique des Estats tenuz en la ville et chasteau de Blois, soubs le perfide Henry de Vallois, Paris, Nicolas Le Roy et François Gence, [1589], gravure tirée de Pierre de L’Estoile, Les belles figures et drolleries de la Ligue, fol. 7r (détail), 1589-1594, Paris, Bibliothèque nationale de France.

Alexandre Goderniaux, Un coup de majesté manqué, Henri III aux Etats généraux de Blois (16 et 18 octobre 1588), Genève : Librairie Droz, 2024.

A PROPOS

Avant d’étudier l’actualité impériale sous le règne de Charles Quint, Alexandre Goderniaux s’est intéressé, à travers des recherches dont ce livre est l’aboutissement, à la mise en texte du présent par un autre monarque : Henri III. Par l’étude et l’édition d’onze imprimés d’actualité, il démontre comment ce roi au règne si méconnu a cherché, en octobre 1588, à redevenir le maître des horloges.

PRESENTATION

Onze textes diffusés par les imprimeurs d’Henri III à la fin de l’année 1588 révèlent une autre histoire des États généraux de Blois. Ils ne résument plus l’assemblée aux assassinats des Guises (23 et 24 décembre 1588) et invitent à explorer ses deux premières séances (16 et 18 octobre 1588) dans toute leur densité. Maillons d’une vaste opération politique et communicationnelle, ces imprimés retracent d’amples prolégomènes grâce auxquels l’action gouvernementale d’Henri III peut être réévaluée. Le souverain y affirme la nature divine de son pouvoir et expose un projet de réforme destiné à fonder une ère nouvelle. Simultanément, il ambitionne d’assoupir les troubles civils par un modèle royal de la parole où sont imbriqués le bien-parler et le bien-gouverner. Ces textes constituent aussi une opération de communication savamment préparée par laquelle le souverain et ses imprimeurs diffusent une version idéale de l’assemblée : une scénarisation du succès royal y couronne Henri III dans un triomphe de papier. En outre, ils portent la trace vive d’un coup de majesté manqué, montrant comment Henri III tente, par la ruse, de neutraliser le discours ligueur, afin de redevenir le maître du jeu et du temps.

Retrouver l’ouvrage sur Libraire Droz

Publication by Alexandre Goderniaux: Un coup de majesté manqué, Henri III aux Etats généraux de Blois (16 et 18 octobre 1588)

FR

Alexandre Goderniaux, Un coup de majesté manqué, Henri III aux Etats généraux de Blois (16 et 18 octobre 1588), Genève : Librairie Droz, 2024.

ABOUT

Before studying imperial news during the reign of Charles V, Alexandre Goderniaux focused on the textual representation of the present by another monarch: Henry III. Through research culminating in this book, and by analyzing and editing eleven news prints, he demonstrates how this little-known king sought, in October 1588, to reclaim control as the “master of the clocks.”

ABSTRACT

This volume examines eleven printed texts from 1588, offering a fresh perspective on the Estates General of Blois, moving beyond the infamous assassinations of the Guise brothers to explore the early sessions of the assembly and Henri III’s political strategy. It highlights how the king used these texts to assert his divine authority, promote reform, and shape an idealized narrative of his rule, while simultaneously working to counter the influence of the League.

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