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Pépite : « Fortune aide aux hardiz ». La guerre, le présent et ses opportunités dans « Le Jouvencel » (XVe siècle)

Billet rédigé par Marie-Hélène Méresse

Paris, BnF, ms. fr. 24380, fol.15v, Jean de Bueil, Le Jouvencel (Siège de Château-l’Hermitage, 1439) (3e quart du XVe s.)

« Si l’on ne cessait jamais de renouveler les sciences, on y trouverait toujours quelque chose de nouveau ». Quel chercheur pourrait contredire ce propos tenu, dès le prologue, par l’auteur de l’œuvre intitulée Le Jouvencel ? Si le constat peut paraître d’évidence, il faut d’emblée souligner son ambition (ré)novatrice et (ré)inventive, formulée dans la seconde moitié du XVe siècle dans un « petit traité narratif » qui se situe à la croisée des genres :

de jour en jour et de plus en plus, croissent les engins (l’intelligence, la compréhension) des hommes et renouvellent les manières de faire ; (car, ainsi que le temps se renouvelle, ainsi viennent les nouvelletez ; ) et sont trouvés de present plusieurs choses et engins subtilz, desquelz les autres n’avoient point d’usaige ne de congnoissance, par quoy me semble mon œuvre estre aucunement prouffitable1.

Le temps passe et transporte avec lui la richesse des expériences passées et des connaissances acquises. Tel est le constat clair et affirmé qui permet à l’auteur de justifier l’utilité de son projet. Celui-ci est didactique et doit servir à tous ceux qui, « suivant les aventures merveilleuses de la guerre », voudront « tousjours bien faire et acroistre leur honneur et hardement (leur bravoure) de mieulx en mieulx ». L’auteur rédige ainsi un ouvrage consacré à l’art de la guerre, admise dès les premières lignes comme l’immémoriale compagne du commerce des hommes. Mais si la guerre n’est pas chose nouvelle, elle n’est pas non plus chose exacte :

pour ce que la guerre est telle qu’il fault besongner selon le loysir qu’on a, et le fault prendre aucuneffois froit, aucuneffois chault.2

Cela implique une surveillance accrue dans la préservation de l’honneur, valeur traditionnelle et structurante de la société médiévale, qui doit faire face, dans les vicissitudes de la guerre, à la variabilité des circonstances et à l’évolution des manières de faire.

Si le Jouvencel a attiré de façon particulière mon attention dans le cadre des réflexions que je mène au sein de l’équipe Capturing the present, c’est parce qu’il articule de façon remarquable l’enseignement traditionnel des exempla, des modèles perpétués de la Bible et de l’Antiquité, aux connaissances acquises et renouvelées sur les champs de bataille de l’actualité. Mais c’est aussi parce que l’impondérabilité qui est propre à la diversité des cas et qui nourrit l’incertitude de la guerre, telle qu’on pouvait la redouter, apparaît sous les traits d’une fortune qu’il n’est plus impossible de guider. Ces considérations, valorisant le moment présent comme celui d’une réévaluation constante de la situation, marquent dans la littérature didactique traditionnelle de la fin du Moyen Âge un tournant, en même temps qu’elles proposent une nouvelle articulation entre la valeur référentielle d’un passé édifiant et la perspective d’un futur plus que jamais contingent.

 L’auteur s’appuie sur des références bibliques (Genèse, livre des Rois) pour souligner l’imperfection du monde et la nécessité de la chevalerie pour protéger le peuple. Il complète cet enseignement traditionnel par son expérience personnelle, acquise au service du roi de France :

Et, pour ce que, des ma jeunesse, j’ay sieuvy les armes et frequenté les guerres du très crestien roy de France, mon souverain seigneur, en soustenant sa querelle de tout mon petit povoir, j’ay peu veoir par l’espace de long temps plusieurs et diverses manières de faire que les jeunes et nouveaux venus ne puent pas sçavoir de prime face. Car je puis dire, et en ce disant suis esprouvé, selon les anciens dictateurs, orateurs et historieurs, que la conduite de la guerre est artifficieuse (qui demande du savoir-faire) et subtille ; par quoy s’i convient gouverner par art et par science, proceder petit à petit, avant que on en ait parfaitte congnoissance3.

Son témoignage valide ainsi son traité, qui allie savoir traditionnel et expérience concrète.

Le texte suit la structure tripartite aristotélicienne (gouvernement de soi, de la famille, de la cité), mais l’auteur y intègre des exemples contemporains, suivant principalement la vie de Jean de Bueil (v.1404-1477), chevalier et supposé auteur du Jouvencel. On ne saurait, dès lors, et comme il le dit lui-même dans le prologue, l’accuser de vouloir « faire de vieil bois nouvelle maison ». À plus d’un titre, le Jouvencel est le fruit d’une tradition didactique, pleinement imprégnée de contemporanéité.

La vie posthume du Jouvencel4, témoigne de cette capacité d’actualisation. Le Jouvencel reflète les réalités militaires des XIVe et XVe siècles, marquées par des défaites comme Crécy, Poitiers ou Azincourt. L’esprit chevaleresque cède la place à un esprit militaire5, où la stratégie repose sur l’analyse du présent :

La guerre est artifficieuse et subtille ; par quoy s’i convient gouverner par art et par science, proceder petit à petit, avant que on en ait parfaitte congnoissance6.

Les décisions doivent s’adapter à la situation immédiate :

Et, selon voz nouvelles et la puissance que le Roy pourra trouver, nous besongnerons. Car icy on ne peult conclure telles choses ; et fault qu’elles se concluent sur les lieux et selon ce que on treuve. Et tous ceulx qui en veullent autrement parler, fault qu’ilz devinent. Car les disposicions des choses donnent le conseil ; et icy on ne les peut savoir.7.

Ceux qui ne prennent pas ces précautions prennent le risque de « deviner », ou comme il est encore dit par ailleurs, de « jouer à quitte ou double ». Or, l’art de la guerre, qui ne permet pas que l’on joue à quitte ou double, semble être le domaine par excellence où compte la saisie du présent ; mais où ce présent, prédominant dans la stratégie, est indissociable de l’objectif et espoir futur que constitue la victoire, étape nécessaire, quand la guerre est juste, pour « le bien de la chose publique » qui conditionne la conduite des chevaliers.

Le lien entre les notions d’expérience et d’attente n’est pas ici sans nous interpeller, ni sans nous rappeler certaines réflexions sur le temps historique : « Tout homme, toute communauté humaine dispose d’un espace d’expérience vécue, à partir duquel on agit, dans lequel ce qui est passé est présent ou remémoré, et des horizons d’attente, en fonction desquels on agit. »8 Le rapport entre expérience et attente est précisément pour Reinhart Koselleck ce qui permet de thématiser le temps historique (ie de reconnaître les multiples temps de l’histoire) en liant le passé et le futur.

Or, entre les modèles et exemples du passé et les objectifs poursuivis, le Jouvencel illustre le conflit entre l’éthique chevaleresque et l’efficacité militaire. Alors que les Miroirs des princes prônent la vertu et le bien commun, ce traité privilégie la victoire, même si elle implique des moyens discutables. Par exemple, lorsque le Jouvencel tolère la possibilité de prendre une ville par trahison pour remporter une victoire à moindre coût, « car il fault que la guerre se demaine en maintes manières ». Cette tension reflète une nouvelle perception du temps, où le présent et l’efficacité priment sur les idéaux traditionnels.

Dans Le Jouvencel, la prise de cette ville est décrite à travers un dialogue qui souligne son caractère improvisé, ancré dans l’instant. Cette spontanéité évite au roi et au Jouvencel de tomber dans l’immoralité, malgré l’idée que la guerre corrompt toute justice et tout ordre juridique9.

Le terme « fortune » prend alors une dimension ambivalente : il désigne surtout les aléas du destin, souvent favorables (« bonne fortune »), et moins fréquemment les difficultés. Surtout, il met en lumière une conception du temps où le présent est crucial. Le héros est encouragé à « chasser sa bonne fortune » ou à « poursuivre sa bonne fortune », c’est-à-dire à profiter des circonstances pour avancer, tout en se préparant activement (par exemple, en rassemblant des ressources).

Si cette vigilance est requise et si elle est ainsi recommandée, tout au long du traité, c’est parce qu’il est impossible de connaître ce que le futur réserve. Citons un passage éclairant sur ce point (qui retranscrit l’avis collégial des conseillers consultés par le Jouvencel – la collectivité ayant pour vocation de traduire la sagesse de l’opinion délivrée) :

Le Jouvencel : Véez-cy le cas, qui est grant. (…) C’est grant chose à moy de conseiller le Roy, qui ne fuz oncques de son conseil jusques à maintenant ; et aussi les choses sont avantureuses. Et voit-on aucuneffoys le temps cler, qui après se obscursist. (…)

Les conseillers : Tous à une voix dirent : « Toutes les choses de ce monde sont soubz la main de Dieu, et des choses à venir vous ne sauriez conseillier le Roy ne vous-meisme ; et fault prendre ce que on voit. Nous voyons que le Roy n’eust oncques si grant entrée sur ses ennemyz qu’il a de present ; et, pour ce, nous sommes tous d’oppinion et avons esté et en avons plusieurs foys parlé ensemble que le Roy doit venir. Car on doit chassier sa bonne fortune, quant elle vient, et ne doit-on pas laisser passer le bonheur par devant sa porte sans le recueillir ; et, quant on le laisse aller, il n’y retourne jamaiz voullentiers. »10

Face à l’incertitude de l’avenir, il faut agir sur le présent. Bien que Dieu maîtrise tout, l’homme a la capacité d’influencer son destin en restant vigilant. Ainsi, « Dieu et fortune » ne sont pas synonymes : la fortune dépend aussi de l’action humaine. La leçon est claire : il faut saisir les opportunités quand elles se présentent, car elles ne reviennent pas toujours.

BnF, ms. fr. 43, fol. 37r, Allégorie de la Roue de la Fortune (milieu XVe siècle), Valerius Maximus, Facta et dicta memorabilia, trad. Simon de Hesdin et Nicolas de Gonesse. Source gallica.bnf.fr / BnF

Le duo « Dieu et Fortune », dans le Jouvencel, introduit de façon subtile la superposition des logiques (théologique, philosophique, politique) et la complexité d’une nouvelle relation au futur. Plus encore, la possibilité de « saisir la fortune » exprime la possibilité d’agir contre le temps, de le changer, par l’action humaine.

La seconde moitié du XVe siècle voit ainsi émerger, dans le discours politique et militaire (celui de la victoire et de la souveraineté), le vocabulaire d’un présent capable de rebattre les cartes d’un futur, et capable pour cela de s’affranchir (non sans gêne) d’une norme héritée du passé pour redéfinir « ce qui est bon » en fonction des objectifs à poursuivre.

À Venir 

Ce billet s’inscrit dans le cadre de mon projet de recherche qui, au sein de l’équipe Capt, vise tout particulièrement à étudier le rôle du présent dans l’argumentation politique à la fin du Moyen Âge. Dans ce traité dédié à l’art de la guerre, la valorisation du présent se traduit par celle de l’expérience, de la contingence et de la variabilité des circonstances. Cette étude a été présentée et développée dans le cadre de la journée d’étude organisée à l’université de Lille par le laboratoire CECILLE : « Passsé, présent, futur : ouvrir les possibles (Mondes romans) » (03/04/2026). Elle fera partie d’un article sur le rapport du gouvernement princier au futur, publié dans le cadre de mon postdoctorat.

Sources iconographiques

BnF, ms. fr 24380, fol.15v, Jean de Bueil, Le Jouvencel (3e quart du XVe s.)

Bnf, ms. fr. 43, fol.37r., Valerius Maximus, Facta et dicta memorabilia, trad. Simon de Hesdin et Nicolas de Gonesse (milieu XVe siècle)

Éditions des sources

Jean de Bueil, Le Jouvencel, éd. Camille Favre et Léon Lecestre, SHF, 2 vol., Paris, 18871889

Jean de Bueil, Le Jouvencel, éd. Michelle Szkilnik, Paris, Champion, 2018.

Bibliographie sélective

Allmand Christopher, « Entre honneur et bien commun : le témoignage du Jouvencel au XVe siècle », Revue historique, N° 123, 1999/3, p. 463-482.

Koselleck Reinhart, « Temps et histoire », Romantisme, 1987, n°56, p. 7-12.

Pinto-Mathieu Elisabeth, « Charles VII et la figure royale dans le Jouvencel de Jean de Bueil », dans Le pouvoir des lettres sous le règne de Charles VII (1422-1461), éd. Bouchet Florence, Cazalas Sébastien, Maupeu Philippe, Paris, Champion, 2020, p.151-164.

Ribémont Bernard, « Le Jouvencel de Jean de Bueil. Un texte hybride mâtiné d’aristotélisme », Le moyen français, 87, 2020, p. 173-186.

Szkilnik Michelle, « Écrire l’histoire dans les interstices de la fiction : Le jouvencel », dans Le pouvoir des lettres sous le règne de Charles VII (1422-1461), éd. Bouchet Florence, Cazalas Sébastien, Maupeu Philippe, Paris, Champion, 2020, p. 245-258.

Szkilnik Michelle, La vie posthume du Jouvencel. Réception d’un livre sur la guerre XVe-XXIe siècle, Paris, Champion, 2022.

 

  1. Jean de Bueil, Le Jouvencel, éd. Camille Favre et Léon Lecestre, SHF, 2 vol., Paris, 18871889, ici t.1, p. 17. Autre édition : Jean de Bueil, Le Jouvencel, éd. Michelle Szkilnik, Paris, Champion, 2018. []
  2. Ibid., t.1, p. 92. []
  3. Ibid., t.1, p.15 []
  4. Szkilnik Michelle, La vie posthume du Jouvencel. Réception d’un livre sur la guerre XVe-XXIe siècle, Paris, Champion, 2022 []
  5. comme le notait Johan Huizinga, cité dans Szkilnik Michelle, ibid., p.14 []
  6. Le Jouvencel, op. cit., t.1, p.15 []
  7. Ibid., t.2, p.172 []
  8. Koselleck Reinhart, « Temps et histoire », Romantisme, 1987, n°56, p. 7-12. []
  9. « par fortune de guerre toute justice et ordre de droit est corrumpue », Le Jouvencel, op. cit., t. 2, p. 223 []
  10. Ibid., t. 2, p.139-140 []

Pépite : Guillemette de Vergy, comtesse de Valangin, face à « ung monde nouveau »

Billet rédigé par Lucie Rizzo

Lettre de Guillemette de Vergy à Messieurs de Berne pour se plaindre du réformateur Guillaume Farel, 24 février 1531, Neuchâtel : Archives de l’Etat de Neuchâtel (AEN), AS-L22.3, f.1r.

Issue de la maison de Vergy et née en Bourgogne, Guillemette de Vergy (ca.1457-1543) épouse en 1474, Claude d’Aarberg (ca. 1447-1518), seigneur de Valangin – une petite seigneurie située au-dessus de Neuchâtel. Lorsque ce dernier décède, le seigneur héritier, René de Challant – son petit-fils – est au service de la cour de Savoie. Guillemette de Vergy, alors âgée d’environ 60 ans, assume dès lors l’administration de la seigneurie et ce, jusqu’à son propre décès. Catholique convaincue, elle manifeste une opposition marquée face à la Réforme, introduite dans la région à cette période sous l’influence du réformateur Guillaume Farel (1489-1565)1.

Abraham Ortelius / Aegidius Tschudi, gravure peinte, Helvetiae descriptio, 1573, 45x35cm, Anvers, (Extrait).

Le 24 février 1531, Guillemette de Vergy dépassée par les agissements du prédicateur Guillaume Farel et de ses partisans sur ses terres, et à la suite de plusieurs altercations avec ce dernier, adresse une lettre au gouvernement bernois afin de solliciter son soutien face à l’implantation de la Réforme.

Cette lettre s’inscrit dans une correspondance plus vaste entre la comtesse et le gouvernement bernois, qui s’étend sur plusieurs mois et porte notamment sur la situation des territoires voisins acquis à la Réforme, ainsi que sur les activités des réformateurs dans la région2. Alliée de longue date de la seigneurie de Valangin, Berne constitue une interlocutrice naturelle pour Guillemette de Vergy, qui sollicite son appui3. Cependant, l’adhésion du gouvernement bernois à la Réforme dès 1528 en fait un soutien peu enclin à répondre à sa demande.

Guillemette de Vergy répond donc à une lettre des gouverneurs de Berne qui lui demandent de « ne point molester ceux qui voulaient entendre la parole de Dieu et retourner à la foi de Jésus-Christ notre Sauver ». Elle en profite pour solliciter leur protection, en exposant notamment les récents agissements survenus sur son territoire : le samedi précédent l’écriture de cette lettre – soit le 18 février 1531 – Guillaume Farel, accompagné des bourgeois de Neuchâtel, aurait abattu la croix de la chapelle située au pied du château de Valangin4 . Il aurait ensuite prêché devant la collégiale du bourg, avant, toujours selon cette lettre, d’injurier les prêtres en les qualifiant de « larrons et meurtriers ». La comtesse relate en outre qu’entre le 18 et le 24 février, Farel parcourut plusieurs villages de la seigneurie, où lui et ses partisans interrompirent les offices, interdirent au curé de célébrer la messe, prononcèrent des sermons et détruisirent des images, et ce, en dépit de l’opposition des paroissiens5.

Gabriel Ludwig Lory, eau-forte, Le château de Valangin vu depuis le sud, XIXe siècle, 30.2 x 42.0 cm, Bibliothèque nationale de Suisse, département des impressions et dessins, GS-GUGE-LORY-C-20 (https://www.helveticarchives.ch/detail.aspx?ID=480074)

Guillemette de Vergy manifeste alors sa colère face à ce qu’elle perçoit comme une injustice survenue sur ses terres : Que ne leur apartient deffendre n’y commander en ceste signorie. […] faisant beaucopt de vytupere contre mon auctorite juridition et signiorie6. Elle étaye ensuite son argumentation en s’appuyant sur la Bible et le traité de Bremgarten7: Que ne sont pas choses celon l’evangille et les commandemans de Dieu, que l’ung ne doit fere a aultruy que l’ung ne vouldroit estre faits a soy mesmes, que l’ung doit aymer son prochain commant soit mesmes, ne ainsi cellon la dicte paix faicte a Bremigartte, que l’ung ne doit contrandre personne mais laisser chescung lieu et chescune perroche en sa loy, tant qui vouldra, et chescunne signorie en ses anciennes coustumes.8

Parallèlement, elle affirme avec fermeté sa volonté de rester catholique, volonté qu’elle présente également comme étant celle de ses sujets :

Se neanmoens, je ne veux laisser la foy de Dieu et de l’esglise que j’ay tenu jusques mentenant, en la quelle je veux vyvre et moryr, sans il [y] varier aulcunemant. Et de ainsi vivre sont venus d’accord mes soubgetz, et la plus part veulent la messe et  ne veulent les prescheurs que preschent contre la messe. Vous ne debvez personne contraindre a fere le contrayre, ains cellon la paix faite a Bremygartte nous laisser vivre et tenir la foy ainsi que nous vouldrons9.

La fin de la lettre de Guillemette de Vergy contient le passage qui nous intéresse le plus particulièrement. Elle se conclut par une forme d’appel à la pitié adressé aux seigneurs de Berne. Cet appel, profondément touchant, se révèle surtout particulièrement révélateur en ce qui concerne la manière dont Guillemette de Vergy perçoit le présent. Agée alors d’environ 74 ans, Guillemette de Vergy est confrontée à de profondes transformations du monde qui l’entoure, notamment dans un domaine qui lui tient particulièrement à cœur : la religion.

Et je cognoys que cest ung monde nouveau, au quel signiorie est forcee, justice rompue, verite et loyaulte perdue. Vous suppliant n’ayes a deplaisir se que une pouvre ancienne dame, vostre bourgeoyse, que sa viellesse ainsi tormenter, vous faytz entendre commant a cyeux exquieulx elle a tousiours heu sa confiance. Atant prierayt nostre segneur, messieurs, vous doent trest bonne vie et longue10.

Lettre de Guillemette de Vergy à Messieurs de Berne pour se plaindre du réformateur Guillaume Farel, 24 février 1531, Neuchâtel : Archives de l’Etat de Neuchâtel (AEN), AS-L22.3, f.2r

Dans cet extrait, elle fait preuve d’une lucidité remarquable. Elle comprend en effet que le monde dans lequel elle évolue est en train de changer, et l’énonce explicitement dans sa lettre. Dans un échange ultérieur avec les Quatres Ministraux11 de Neuchâtel, elle proteste encore au sujet de cette situation : Je ne crois pas que cela soit selon les vieux Evangiles, s’il y en a de nouveaux qui fassent cela faire, j’en suis ébahie12. Guillemette de Vergy exprime le sentiment d’être dépassée par ces transformations, qu’elle juge injustes. Au-delà de cette prise de conscience, la mise par écrit de ses réflexions face au présent – des pensées plutôt intimes –  constitue un témoignage précieux du point de vue d’un individu face au présent d’un événement d’importance majeur, ici, la Réforme.

Artiste inconnu, détail d’un dessin figurant dans le registre du notaire Josué Perret-Gentil-dit-Maillard, Vue cavalière du château et du bourg de Valangin, ca. 1630, AEN : Archives de l’Etat de Neuchâtel, P 208, fol. 113.

A VENIR  

Ce billet donne un aperçu des questionnements qui seront abordés dans ma thèse intitulée « Des instants qui comptent. Événements privés et publics dans les égo-documents (1450-1550) » menée sous la direction de Thalia Brero et Aude-Marie Certin au sein du Work package 2 : « Les événements, jalons dans la conception du temps ».

BIBLIOGRAPHIE

Source

Lettre de Guillemette de Vergy à Messieurs de Berne pour se plaindre du réformateur Guillaume Farel, 24 février 1531, Neuchâtel : Archives de l’Etat de Neuchâtel (AEN), AS-L22.3.

Herminjard, Aimé-Louis, Correspondance des réformateurs dans les pays de langue française : recueillie et publiée, avec d’autres lettres relatives à la Réforme et des notes historiques et biographiques. II. 1527-1532, Genève : H. Georg, / Paris : Michel Levy, 1868, p.311.

Littérature secondaire

Châtelain, Christian, « Valangin au temps de Guillemette de Vergy. Discours prononcé à la réunion de la Société d’histoire, le 2 juillet 1883 » Musée Neuchâtelois, 1883, p. 227-234 et p.264-271.

Gerber, Robert, « Les derniers curés de Serrières et de Dombresson », Musée Neuchâtelois, 1930, p.145-166.

Jelmini, Jean-Pierre, Neuchâtel 1011-2011: mille ans – mille questions – mille et une réponses, Hauterive, 2010.

Junod, Louis, « La Réformation dans la Seigneurie de Valangin, d’après la « Correspondance des Réformateurs » par Herminjard », Musée Neuchâtelois, 1885, p.172-179.

La Grutta-Robellaz, Christelle « Vergy, Guillemette de », Dictionnaire historique de la Suisse (DHS), version de 2011. En ligne: https://hls-dhs-dss.ch/fr/articles/043563/2011-07-14/, consulté le 28.04.2026.

La Grutta-Robellaz, Christelle, Les dernières volontés de Guillemette de Vergy dame de Valangin (1541), Mémoire de licence sous la direction du professeur Jean-Daniel Morerod, 2003. 

Scheurer, Rémi, « La Seigneurie de Valangin au XVIe siècle », Musée Neuchâtelois, 1993, p.101-108.

Notes

  1. Châtelain, Christian, « Valangin au temps de Guillemette de Vergy. Discours prononcé à la réunion de la Société d’histoire, le 2 juillet 1883 » Musée Neuchâtelois, 1883, p. 227-234 et p.229-230. Sur ces questions, voir aussi : Scheurer, Rémi, « La Seigneurie de Valangin au XVIe siècle », Musée Neuchâtelois, 1993, p.101 ; Gerber, Robert, « Les derniers curés de Serrières et de Dombresson », Musée Neuchâtelois, 1930, p.160. ↩︎
  2. Junod, Louis, « La Réformation dans la Seigneurie de Valangin, d’après la « Correspondance des Réformateurs » par Herminjard », Musée Neuchâtelois, 1885, p.172-175. ↩︎
  3. Ibid., p.172. ↩︎
  4. Il s’agit probablement de la chapelle privée de la comtesse ↩︎
  5. Lettre de Guillemette de Vergy à Messieurs de Berne pour se plaindre du réformateur Guillaume Farel, 24 février 1531, AEN, AS-L22.3, f.1r-1v. ↩︎
  6. Ibid, f.1v ↩︎
  7. La « paix de Bremgarten » semble désigner un traité s’inscrivant dans la lignée des paix nationales, mis en place à la suite de l’adoption de la Réforme à Neuchâtel, et visant à empêcher d’une part le seigneur de punir les réformés et, d’autre part, les réformés de détruire les idoles dans les monastères et paroisses catholiques. Ces informations nous sont fournies par Jonas Boyve en 1727 dans ses Annales historiques du comté de Neuchâtel et Valangin depuis Jules-César jusqu’en 1722, ouvrage dans lequel il substitue au nom d’Antoine Macourt – réformateur et compagnon de voyage de Guillaume Farel – celui d’ « Antoine Boyve », afin de suggérer une filiation entre sa propre personne et ce réformateur du XVIe siècle. Il convient donc de se montrer prudent quant à la fiabilité des témoignages de ce personnage. Boyves, Jonas, Annales historiques du comté de Neuchâtel et Valangin depuis Jules-César jusqu’en 1722, éd. Gonzalve Petitpierre, Berne : Société littéraire (F.-L. Davoine), 1861. Voir aussi : Hans Ulrich Bächtold: « Paix nationales », Dictionnaire historique de la Suisse (DHS), version de 2006 (article de l’ouvrage imprimé, remanié le 20.11.2014), traduit de l’allemand. En ligne: https://hls-dhs-dss.ch/fr/articles/009807/2014-11-20/, consulté le 28.04.2026.  ((Lettre de Guillemette de Vergy à Messieurs de Berne pour se plaindre du réformateur Guillaume Farel, 24 février 1531, AEN, AS-L22.3, f.1v. ↩︎
  8. Lettre de Guillemette de Vergy à Messieurs de Berne pour se plaindre du réformateur Guillaume Farel, 24 février 1531, AEN, AS-L22.3, f.1v ↩︎
  9. Lettre de Guillemette de Vergy à Messieurs de Berne pour se plaindre du réformateur Guillaume Farel, 24 février 1531, AEN, AS-L22.3, f.1r. ↩︎
  10. Ibid, f.2r. ↩︎
  11. Il s’agit d’un organe composé de sept magistrats assumant entre autres le rôle de corps exécutif à Neuchâtel ↩︎
  12. Herminjard, Aimé-Louis, Correspondance des réformateurs dans les pays de langue française : recueillie et publiée, avec d’autres lettres relatives à la Réforme et des notes historiques et biographiques. II. 1527-1532, Genève : H. Georg / Paris : Michel Levy, 1868, p.311 ↩︎

Gem: An emblem to mirror the narrative? Exploring the iconography of an Antwerp newsprint on the Guelders War of 1538-1543.”

Article written by Marie Verbiest

Sekere nyeuwe tijdinghe, printed in Antwerp (1543) USTC n° 408361)

Introduction

When preparing a presentation on the mediatization of the Guelders’ conflict of 1538-1543, I came across a rather unusual newsprint, not so much for its content as for the imagery it presented. Entitled Sekere nyeuwe tijdinghe vanden furst van Cleve ende Gulick wat steden, sloten ende dorpen etc dat hem afhendich ghemaect sijn, ende wat in brande ghesteken sijn, this newssheet recounts the various “cities, castles and villages” that had been seized by imperial forces from the Duke of Cleves, and, more importantly, which places “have been set on fire”1. Right beneath this lengthy title, we can see an imperial emblem. The peculiarity of this print lies not in the presence of the imperial emblem itself, which was very common, but in the small flames encircling it. Since the news report recounts areas that were set on fire, might the symbol have been intentionally adapted to reflect the content of the text? Can we, in other words, speak of an ‘actualization’ of a political emblem in light of a current event?

Mediatization of a conflict

When Charles II of Egmond (1467-1538), duke of Guelders, dies without an heir in the summer of 1538, a regional succession crisis provokes a large-scale international conflict implicating among others the Habsburg emperor, the French king, the Schmalkaldic League and the Ottomans. Charles V (1500-1558) had claimed his rights to the duchy as the descendant of the Dukes of Burgundy, since both his great-grandfather Charles the Bold (1433-1477) and his grandfather Maximilian I (1459-1519) had held the ducal title of Guelders2. Charles II of Egmont, however, had made a secret agreement with Francis I (1494-1547) in 1534, promising to grant the French king the duchy of Guelders upon his death. The Guelders’ Diet (Landdag) of 1537, on the other hand, rejected both candidates and appointed William V Duke of Cleves (1516-1592) instead. An armed conflict ensued in 1542-43, opposing the army of William V, aided by the French, and the imperial troops. This ended only in the summer of 1543, when the imperial army conquered Guelders and it was incorporated into the Habsburg Netherlands3.

Left: Portrait of Charles II of Egmond (1462-1538), duke of Guelders and count of Zutphen, oil on canvas, 46.5 x 58 cm (ca. 1518-1600), Museum Arnhem. Right: Clouet François, William V of Mark, duke of Cleves, Julier and Berg, called “the Rich” (1516-1592), black chalk on paper, 332 x 223 cm (ca. 1541), Musée Condé.)

Many contemporary newssheets printed all over Northwestern Europe testify to the destruction and violence that followed this succession crisis, especially in the Low Countries. As is the case with the print in question, several of these reports were composed in rime, meant to be recited or sung as well as read. Compared to newssheets written in prose, these prints favour a more literary use of language that infuse the text with symbolic meaning. This can be seen, for example, when our print describes the invasion by the Guelders’ army into Brabant (‘the lion’), which was eventually deterred by imperial troops (‘the eagle’): 

Si moghen den leuwe wel verradelick in sijn landen sluypen
Maer om te verscueren is hi te scarp getant den Arent doet hem onderstant
Hy ontluyct clauwen ende vlercken
Het tkeysers macht is quaet taenmercken.

They may treacherously stalk the lion in his own land
But he is too sharp-toothed to be torn apart the Eagle comes to his aid
He unfurls his claws and wings
The emperor’s power is hard to ignore4.

A Burgundian symbol

To return to our emblem, like on most of these prints, we can see a version of the imperial symbol of Charles V printed right on the first page: the two-headed eagle, the imperial crown, the Order of the Golden Fleece collar, the columns of Hercules with the famous “Plus Ultra” slogan, or – in this case – a combination of all four elements. Our print, however, is the only one – to my knowledge – that exhibits the imperial emblem with a remarkable addition: small flames surrounding the imperial crown.

zoom in on the emblem, Sekere nyeuwe tijdinghe, printed in Antwerp (1543) USTC n° 408361)

Flames or sparks that accompany a fire or flint stone (fusil or briquet in French) was the chosen symbol of Philip the Good (1396-1467), Duke of Burgundy, and appears as early as 1420 in his inventories. The symbol is generally interpreted as representing a policy of military aggression, chosen in response to the assassination of John the Fearless (1371-1419)5.

The symbol of the ‘fusil’ or flint stone surrounded by flames in the marginal decoration of the ducal copy of Le Mortifiement de Vaine Plaisance by René of Anjou, Brussels, KBR, MS. 10308, fol. 1, https://devise.saprat.fr/embleme/fusil

Dissecting the emblem printed on the title page of the newssheet in question, then, we can identify the flames along with the collar of the Order of the Golden Fleece as clear Burgundian symbols. The identification with Charles’ Burgundian heritage becomes even more apparent when we look at the content of the text itself. For example, our newsprint starts the text as follows: 

Verblijt this tijt, ghi Borgoensche sinnen
van deser blijder maren

Rejoice in this time, you Burgundian souls
of these cheerful tales

In general, newsprints on the Guelders’ War of 1538-43 portray the conflict, as well as the people and lands it affected, as distinctly ‘Burgundian’. Throughout the text, the imperial troops are consistently called ‘the Burgundians’ and we find multiple references to their bravery and military prowess. Even the lands that they took from the Duke of Cleves had, according to the text, “already wished to become Burgundian”6.

An emblem between symbolism and pragmatism

Refocusing on our peculiar emblem, it seems to me that its presence could be explained by several possible scenarios. Of course, first of all, it is possible that this emblem was simply the (only) one the printer had available. In this case, its presence merely testifies to an imperial- or ‘Burgundian’-minded printer, as evidenced by the content of the text itself, and nothing more. Unfortunately, given that the newssheet itself gives very little information as to the circumstances of its production, we know hardly anything about the creators or their intentions. We are left to wonder why the printer had this specific emblem in his possession, and what other purposes it could have served.

The second option echoes the question I introduced at the start of this post: could the emblem have been adapted to reflect the content of the text? Could it be that small flames were added because the narrative itself discusses cities and villages that had been set on fire? This seems plausible, considering that I have not (yet) found this particular emblem on any other print7. There are, however, other instances where a woodcut image has been modified to fit the topic of the print. One example is a news report on the sack of Rome, printed in Antwerp in 1527: it used a woodcut from a 1520 print and added a small shield displaying the letters ‘SPQR’, effectively identifying the city in the image as Rome8. Given that the reuse and ‘customizing’ of existing woodcuts to fit different purposes was a common, cost-efficient practice, it is entirely possible that this is the case with our newsprint9.

Left: Gherechtighe copie vander nieuwer tidinghe, printed in Antwerp by Jacob van Liesvelt (1527) USTC n° 415552; Right: Of the newe landes and of ye people founde, printed in Antwerp by Jan van Doesborch (1520) USTC n° 410154

In a third scenario, the imperial emblem could have been intentionally modified to highlight or accentuate Charles V’s Burgundian legacy, seeing as this plays a major role in the Guelders’ conflict. As mentioned earlier, many newsprints on the topic frame the conflict as one between the ‘Burgundian emperor’ and his ‘Burgundian Netherlands’ on the one hand, and the Duke of Cleves – who is, in reality, under the control of the French king – on the other. From this perspective, it makes sense that the emblem would be adapted to call attention to Charles’ Burgundian heritage. We could even argue that the flames are used in the same way as under Philip the Good, expressing the military dominance of the Habsburg-Burgundian house over the French kingdom.

Conclusion

Considering these different options, a few points can be made with reasonable certainty: the little flames are undoubtably a Burgundian symbol that – whether intentionally or not – underscore the topic and narrative of the text. Moreover, like we’ve seen, woodcuts could be adapted to fit the topic of the text. This adaptability illustrates the nuanced interaction between text and image – an aspect I intend to explore further in my study of this medium. With the aforementioned elements in mind, I lean more towards the second and third scenario, in which the emblem is effectively adapted to the text. Ultimately, whatever the intentions of the author or printer – and whether the emblem was meant to echo the text or not – the newssheet effectively highlights both Charles V’s Burgundian heritage and his military dominance, conveyed through the text itself and the imperial symbol that accompanies it.

TO COME

I am grateful to Elodie Lecuppre-Desjardin and Maxim Hoffman of our WP 3 for sharing their time and insights, which greatly helped in shaping my reflections on this topic. This post is connected to my ongoing research on the mediatization of the Guelders’ conflict, a part of which I presented at the 66th Rencontres of the Centre Européen d’Études Bourguignonnes (CEEB) in Paderborn in September 2025. Here my focus lay on the peculiarities of the ‘media coverage’ of this conflict, as well as the narrative portrayal of those in power in these newsprints. The collected papers of this conference are expected to be published in the autumn of 2026. Within the scope of my thesis, entitled “Expanding Horizons. Media Impact of International Events in Printed News Reports in the Early Sixteenth Century”, the Guelders War of 1538-43 is one of the six events that I study to examine the media impact of early sixteenth century events in printed news reports.

BIBLIOGRAPHY

Sources

Sekere nyeuwe tijdinghe vanden furst van Cleve ende Gulick wat steden sloten, ende dorpen, & dat hem afhendich ghemaect sijn, ende wat in brande ghesteken sijn, printed in Antwerp (1543), USTC n° 408361, Centrale Universiteitsbibliotheek Gent: Rés. 423/3, digitized version via Google.

Gherechtige copie vander nieuwer tidinghe welcke die ionghe Montrichart ghebracht heeft van Roomen, printed in Antwerp byJacob van Liesvelt (1527) USTC n° 415552, Centrale Bibliotheek van de Universiteit Gent: Meul 11/2, digitized version via Google. Of the newe landes and of ye people founde by the messengers of the kynge of Portygale named Emanuel, printed in Antwerp by Jan van Doesborch (1520) USTC n° 410154, British Library London: G.7106, digitized version via USTC.

Literature

Arthur M. Hind, An Introduction to a History of Woodcut, 2 vols, Houghton Mifflin: Boston, 1935.

Renate Holzschuh-Hofer, ‘Feuereisen im Dienst politischer Propaganda von Burgund bis Habsburg. Zur Entwicklung der Symbolik des Ordens vom Goldenen Vlies von Herzog Philipp dem Guten bis Kaiser Ferdinand I.’, RIHA Journal 6 (2010): 1-47.

Marjolijn Kruip, ‘Jan van Battel (1477-1557), (heraldisch) schilder in Mechelen. Kunstenaar, werken en nieuwe vondsten’, Handelingen van de Koninklijke Kring voor Oudheidkunde, Letteren en Kunst van Mechelen 119 (2015), 105-139.

Elodie Lecuppre-Desjardin, The Illusion of the Burgundian State, trans. by Christopher Fletcher, Manchester University Press: Manchester, 2022.

Markus Neuwirth, ‘Plus Ultra – Origins and Impact of Emperor Charles V’s Imprese’, Plus Ultra. Beyond Modernity, Stefan Bidner (ed.), Thomas Feuerstein (ed.), Frankfurt am Main, Revolver, 2005, 305-352.

Aart Noordzij, Gelre: dynastie, land en identiteit in de late middeleeuwen, Hilversum, Uitgeverij Verloren, 2008.

Marion Pouspin, ‘La relation texte-image dans les pièces gothiques. De la pensée conceptuelle des imprimeurs à l’expérience du lecteur’, Perspectives Médiévales 38 (2017),

Earl E. Rosenthal, ‘The Invention of the Columnar Device of Emperor Charles V at the Court of Burgundy in Flanders in 1516’, Journal of the Warburg and Courtauld Institutes 36 (1973): 198-230.Steven Thiry, Anne-Laure Van Bruaene, ‘Burgundian Afterlives: Appropriating the Dynastic Past(s) in the Habsburg Netherlands’, Dutch Crossing 43, n° 1 (2019), 1-6.



  1. Sekere nyeuwe tijdinghe vanden furst van Cleve ende Gulick wat steden sloten, ende dorpen, & dat hem afhendich ghemaect sijn, ende wat in brande ghesteken sijn, printed in Antwerp (1543), USTC n° 408361, Centrale Universiteitsbibliotheek Gent: Rés. 423/3, digitized version on Google Books []
  2. Aart Noordzij, Gelre: dynastie, land en identiteit in de late middeleeuwen (Hilversum, Uitgeverij Verloren, 2008), 52. []
  3. Ibid., 177-179. []
  4. Any translation into English is mine. []
  5. https://devise.saprat.fr/embleme/fusil []
  6. “Die landen willen al borgoens wesen”, my italics. []
  7. We do, of course, find the ‘briquet’ surrounded by flames incorporated in imperial artworks such as the tryptic made by Jan van Battel in 1517-18, or in the heraldic representations painted in the Cathedral of Barcelona for the XIX Chapter meeting of the Order of the Golden Fleece in 1519: Jan van Battel, ‘Triptiek met Karel van Habsburg als koning van Spanje’ (1517-1518) oil on canvas (97,7 x 67,3 cm – middle pannel) (97,7 x 33,4 cm – side pannels), Hof van Busleyden, Mechelen; Markus Nieuwirth, ‘Plus Ultra – Origins and Impact of Charles V’s Imprese’, Plus Ultra. Beyond Modernity, Stefan Bidner (ed.), Thomas Feuerstein (ed.) (Frankfurt am Main, Revolver, 2005), 333. []
  8. The print on the sack of Rome: Gherechtige copie vander nieuwer tidinghe welcke die ionghe Montrichart ghebracht heeft van Roomen, printed in Antwerp by Jacob van Liesvelt (1527) USTC n° 415552. The print displaying the same woodcut-image: Of the newe landes and of ye people founde by the messengers of the kynge of Portygale named Emanuel, printed in Antwerp by Jan van Doesborch (1520) USTC n° 410154. The image in this last print is potentially a portrayal of the Siege of Jacob’s Ford (1179). []
  9. Arthur M. Hind, An Introduction to a History of Woodcut, 2 vols, II (Houghton Mifflin: Boston, 1935): 284-285; Marion Pouspin, ‘La relation texte-image dans les pièces gothiques. De la pensée conceptuelle des imprimeurs à l’expérience du lecteur’, Perspectives Médiévales 38 (2017), URL : http://journals.openedition.org/peme/12646. []

Pépite : « Qui veult ouyr merveilles estranges raconter ? » George Chastelain et les merveilles d’un « notre temps »

Billet rédigé par Marie-Hélène Méresse

BnF, ms. fr. 43, fol. 37r, Allégorie de la Roue de la Fortune (milieu XVe siècle), Valerius Maximus, Facta et dicta memorabilia, trad. Simon de Hesdin et Nicolas de Gonesse. Source gallica.bnf.fr / BnF

Alors que la perspective prochaine de « Présents prodigieux » imprègne toute l’équipe de Capt, en quête de merveilleux, mon attention revenait récemment sur un texte particulier, composé au XVe siècle par les deux premiers indiciaires de la cour de Bourgogne. La Recollection des merveilleuses advenues en notre temps, initiée par George Chastelain, poursuivie par Jean Molinet (le tout entre 1464 et 1496), organise en vers un ensemble d’événements choisis pour leur caractère extraordinaire. Le texte est connu, mais l’actualité du projet me poussait alors à le relire à la lumière de l’émerveillement que seuls les prodiges occasionnent.

Cet émerveillement, en effet, est teinté de l’étonnement que l’inattendu, combiné à l’inexplicable, engendre chez celui qui le voit ou l’entend. L’exemple topique des comètes permet ainsi à Chastelain d’exprimer son inquiétude quant à leur signification1 : 

J’ay vu deux, trois commettes
manifester au ciel,
Et d’estranges planettes
Plus amères que fiel,
Dont les fins non congnues
Sont d’esbahissement ;
Mais de leurs advenues
N’est nul vray jugement.

Ces prodiges signifient, pour l’indiciaire bourguignon, l’annonce d’un avenir incertain dans un monde changeant. À l’instar des comètes, ils témoignent d’un univers traversé de merveilles, révélatrices d’un mystère non encore dévoilé. Quand Molinet donne à ses strophes une teinte plus franchement politique2, Chastelain entretient l’incertitude d’une marge toujours mouvante entre observation et interprétation. Dans son écriture du prodige, « la difficile fixation du sens » est renforcée par le mélange des strates temporelles et l’instabilité manifeste du monde3. Le futur, pour l’historiographe habitué de politique, est-il donc tout à fait opaque et imprévisible ?

Dans les quarante-trois premières strophes rédigées par Chastelain, ces « merveilles » choisies, qui sont des événements survenus à partir de 1429, correspondent à plusieurs catégories :

Les unes sont piteuses
Et pour gens esbahir ;
Les autres sont doubteuses
De meschiefs advenir ;
Les tierces sont estranges
Et passent sens humain,
Aucunes en louanges,
Aultres par aultre main.

Pitoyables (« piteuses »), inquiétantes (« doubteuses »), ou inconnues et mystérieuses (« estranges »), ces affaires n’en ont pas moins de raisons de figurer parmi ce florilège qui se veut sensationnel. Dans les vers de Chastelain cependant, les prodiges liés aux phénomènes naturels se résument à deux strophes, consacrées l’une au tremblement de terre de novembre 1456 (p. 197), l’autre aux comètes déjà citées. Un seul prodige est humain et concerne un jeune homme possédant toutes les sciences (p. 191). Chacun d’eux renvoie à ce que le prodige, étymologiquement, signifie : un signe potentiel de l’action divine, dont le sens, qui échappe aux hommes, sera révélé plus tard. De ces prodiges, tournés vers le futur, se distinguent les événements étonnants qui suscitent pour leurs témoins l’étonnement, l’admiration et surtout la réflexion. Ce sont les « merveilles », vécues et partagées dans le temps présent, mais qu’une valeur exemplaire, portée par la mémoire, permet de dépasser. 

Elles concernent surtout des faits militaires, des avènements, des chutes spectaculaires, la majorité étant consacrée pour chaque strophe, ou presque, à une personnalité de l’époque. Peu de noms sont explicitement cités, aucune date n’est donnée. Tantôt l’auteur déplore les défauts de moralité (Agnès Sorel, le comte Jean V d’Armagnac) ; tantôt il décrit les fins tragiques et spectaculaires (Jacques d’Écosse, Jacques Cœur), ou les ascensions étonnantes (Jeanne d’Arc, Amédée VIII de Savoie). Le bestournement du monde est manifestement pluriel4. L’enchaînement rapide (souvent une strophe par cas) n’est pas toujours chronologique. Combiné à la réduction voire à l’absence de contexte, il donne l’impression d’une époque partagée (« notre temps ») où tout est possible et où se croisent pêle-mêle les destins les plus inouïs.

Si l’instabilité se pare des atours d’une fortune changeante et insaisissable, une seconde lecture nous invite pourtant à remettre cette inconstance en question. En évoquant Jacques Cœur, qui s’éleva « par mistère » et chuta « par fortune », Chastelain ne veut-il pas aussi critiquer l’ascension de ceux qui s’élèvent indûment (et le mystère serait plutôt là), pour en venir à la conclusion, somme toute logique, d’une roue de Fortune qui ramène fatalement au plus bas ? Notons que le Bourguignon ne manque pas, au passage, l’occasion de donner à cette « fortune » la consistance d’un homme (et l’inconstance d’un roi) dont l’ingratitude même a mis la roue en mouvement5 De la même façon, « l’estrange », c’est-à-dire ce soi-disant merveilleux que suggèrent les premiers vers (« Qui veult ouyr merveilles / Estranges raconter ? ») et qui semble à première vue conduire vers le champ de l’incompréhensible, n’est pas sans laisser transparaître parfois une réalité plus simplement humaine, dictée par les tribulations de la vie politique et ses brutalités. Plus qu’une perte de sens, c’est une rupture profonde avec l’ordre établi et les valeurs qui le fondent. Ainsi de Gilles de Bretagne, qui fut étranglé « par mode estraigne », mais de « l’adveu de son frère » (le duc François Ier) : ce dernier devant finir, non moins logiquement, par en mourir « de mort amère »6.

À bien y regarder, par ailleurs, l’indiciaire bourguignon ne semble pas si farouchement opposé à tous les revirements possibles, notamment lorsqu’il s’agit de valoriser son duc. C’est bien à Philippe le Bon, ce « prince soubs la nue le plus victorieux », que revint le mérite d’avoir réussi à soumettre une Gand jusqu’alors invaincue : « Dont cas de telle gloire / Ne fut, passé mil ans » (p.194-5). Et c’est auprès du même puissant prince que le dauphin de France dû « prendre umbroyance » (chercher refuge), forcé qu’il fut de fuir « son sourgeon » et son propre royaume (p. 197).

Certaines figures possèdent même une vertu suffisamment exceptionnelle pour justifier leur promotion. La mort soudaine et inexpliquée de Ladislas de Hongrie (« Ne sçait-on par quel tour »), permit l’avènement d’un Mathias Corvin, homme de « basse origine » (selon Chastelain) mais non dénué de vertu : « Luy mort, prit la couronne / Un pauvre compagnon, / Vertueuse personne / Et de très-grant renom » (p. 196). Un nouveau type de prince paraît en Europe, auquel le mérite, celui d’une pratique efficace du pouvoir, permet de s’élever. À Francesco Sforza, « povre routier » qui sut conquérir Milan et en tirer plus grand honneur et réputation qu’un roi vrai héritier, Chastelain admet ainsi que soit due « La gloire de l’arroy, / Car a vertu congnue / Vaut couronne de roy » (p. 193).

Ainsi, l’éclat des merveilles rapportées par Chastelain n’occulte pas celui de parcours humains qui, heureux ou malheureux, furent avant tout guidés par une volonté individuelle. Les temps (représentés et rappelés par l’emploi anaphorique de la première personne : « j’ai vu ») voient s’élever et retomber des hommes et des femmes qui ont su se montrer capables de profiter d’une situation donnée afin de s’illustrer. Le regard d’un témoin qui, plus qu’il ne voit, donne à voir, renforce l’expression d’une contemporanéité qui rassemble par le vécu et la mémoire des événements partagés. Les traits de l’aléatoire ou de l’accidentel apparaissent dès lors comme le décor merveilleux du réel visible par tous. Les événements décrits sont sans doute bien « merveilleux » au sens exceptionnel du terme, mais ils ne sauraient être réduits au rang des accidents que seul le hasard provoque. Ils sont les manifestations d’un temps qui accélère, voyant s’illustrer l’opportunité politique et la capacité des hommes à s’en saisir.

À VENIR

Ce billet s’inscrit dans le cadre de mon projet de recherche qui, au sein de l’équipe Capt, vise tout particulièrement à étudier le rôle du présent dans l’argumentation politique à la fin du Moyen Âge. Le thème des « merveilles », observées par l’historiographe des ducs de Bourgogne « en son temps », lie à la question de la contemporanéité celle d’une expérience plus vive du présent politique. Il me permet ici d’aborder l’un des nombreux enjeux des « Présents prodigieux » que le colloque de Lausanne se proposera d’étudier.

BIBLIOGRAPHIE

Armstrong Adrian, Kay Sarah, Une Muse savante ? Poésie et savoir, du Roman de la Rose jusqu’aux grands rhétoriqueurs, Paris, Classiques Garnier, 2015, p. 82-83.

Doudet Estelle, « Historiographie, astrologie, littérature au XVe siècle : le passage des comètes chez les Grands Rhétoriqueurs bourguignons », dans Ordre et désordre du monde Enquête sur les météores, de la Renaissance à l’âge moderne, dir. Belleguic Thierry et Vasak Anouchka, Paris, Hermann, 2013, p.69-95.

Doudet Estelle, Poétique de George Chastelain (1415-1475). Un cristal mucié en un coffre, Paris, H. Champion, 2005

Frieden Philippe, « Les vers d’autrui: la Recollection des merveilleuses advenues de George Chastelain et Jean Molinet », Le moyen français, 88-93, 2023, p. 195-214

Thiry, Claude, « Le vieux renard et le jeune loup. L’évolution interne de la Recollection des merveilleuses advenues », Le Moyen Âge, 90, 1984, p. 455-485

  1. Georges Chastelain, Œuvres, éd. Kervyn de Lettenhove, Bruxelles, Beussner, 1863-1868, 8 vol., t.7, p. 187-202, ici p. 201. Les citations suivantes sont faites d’après cette édition, qui ne donne cependant que la contribution de George Chastelain, sur laquelle se concentre ce billet. Pour l’ensemble de l’œuvre, avec la continuation de Jean Molinet, voir l’édition suivante : Jean Molinet, Faictz et dictz, éd. Noël Dupire, Paris, Picard, 1937-1939, 3 vol., t.1, p. 284-334. []
  2. La comète apparait plus clairement, pour Jean Molinet, comme un signe annonciateur politique : Thiry, Claude, « Le vieux renard et le jeune loup. L’évolution interne de la Recollection des merveilleuses advenues », Le Moyen Âge, 90, 1984, p. 455-485, ici p. 471-2. []
  3. Sur le signe prodigieux dans l’écriture de Chastelain, voir Estelle Doudet, Poétique de George Chastelain (1415-1475). Un cristal mucié en un coffre, Paris, Honoré Champion, 2005, p. 615-622. Sur l’utilisation et l’intérêt rhétorique des comètes, entre la Chronique et la Recollection, et dans son rapport à l’écriture de Jean Molinet, voir également Doudet Estelle, « Historiographie, astrologie, littérature au XVe siècle : le passage des comètes chez les Grands Rhétoriqueurs bourguignons », dans Ordre et désordre du monde Enquête sur les météores, de la Renaissance à l’âge moderne, dir. Belleguic Thierry et Vasak Anouchka, Paris, Hermann, 2013, p.69-95. []
  4. Estelle Doudet, Poétique de George Chastelain, op. cit., p. 324. []
  5. « Puis ay vu par mistère / Monter un argentier, / Le plus grand de la terre, / Marchand et financier, / Que depuis par fortune / Vis mourir en exil, / Après bonté mainte une / Faite au roi par ichil », George Chastelain, Œuvres, t.7, p. 190-191. []
  6. « Un Gilles de Bretaigne, / Nepveu au roi Charlon, / Vis-je, par mode estraigne, / Estrangler en prison, / Par l’adveu de son frère, / Qui, cité devant Dieu, / Mourut de mort amère / En fondant comme sieu », ibid., p. 192. []

Pépite: Un grand jour à plus d’un titre. Une coïncidence événementielle dans les mémoires de Ludwig von Diesbach

Billet rédigé par Lucie Rizzo

Artiste inconnu, peinture à l’huile, Portrait de Ludwig von Diesbach (1452-1527), 1512, Collection privée. Photographie de la Bibliothèque de la Bourgeoisie de Berne, Porträtdok. 810, Gerhard Howald.

Issu d’une famille bourgeoise de Berne, Ludwig von Diesbach (1452-1527) rédige des notes autobiographiques qui couvrent la période allant de sa naissance – bien qu’il n’évoque que très brièvement sa jeunesse – à 1518. Ce bourgeois consigne ainsi une partie des événements qui ont constitué sa vie, qu’ils soient personnels ou liés à l’actualité, car il s’avère aussi particulièrement intéressé par la politique internationale et la diplomatie.

Il rédige son texte en deux temps. La première partie, écrite en 1488, retrace ses années de jeunesse à la cour de France, puis sa vie à Berne. La seconde partie, beaucoup plus brève – elle ne constitue que six des trente-deux folios du manuscrit – fut rédigée en 1518. Elle relate les événements postérieurs à 1488 et se concentre essentiellement sur les difficultés économiques qui ont touché Ludwig von Diesbach à la fin de sa vie.1

Ludwig von Diesbach entame sa carrière en 1466, à l’occasion d’un premier voyage à la cour du roi de France, où il accompagne son cousin Niklaus von Diesbach dans le cadre d’une mission diplomatique. Il est d’abord écuyer de Guillaume de Luyrieu, puis séjourne à la cour de Louis XI et prend part à de nombreuses campagnes et missions diplomatiques. Dans son récit, Ludwig von Diesbach inscrit de manière plus ou moins détaillée des événements auxquels il a participé – de près ou de loin –, tels que le traité de Péronne, le siège d’Amiens, la signature de la « Paix perpétuelle », la bataille de Morat, les guerres d’Italie ou encore la guerre de Souabe, tout en y faisant émerger ses espoirs, ses peurs et ses pensées personnelles. Il s’avère ainsi un témoin de premier plan de la politique de son époque, au cœur de l’actualité internationale.

Il rentre à Berne auprès de son frère aîné en 14762 ; à partir de là, la première partie de son récit se recentre désormais majoritairement sur des événements plus personnels, sans pour autant exclure totalement la politique internationale. Le scripteur y fait notamment part du décès de sa belle-sœur, de son mariage, de ses problèmes financiers, mais aussi des étapes de sa carrière professionnelle, notamment ses fonctions en tant que Schultheiss (bailli) à Thoune, puis à Baden. Un passage conséquent du texte est ainsi dédié à la maladie de sa femme, à son décès, mais aussi à la procession menée pour son inhumation. Il constitue l’une des parties les plus importantes de l’ouvrage – 4 pages sur les 25 pages de la première partie3 – et est profondément personnel ; Ludwig n’hésite pas à y confier ses émotions.

La seconde partie du texte s’articule autour d’une série d’événements liés à la situation financière de Ludwig dans les dernières années de sa vie. Ce dernier évoque notamment sept années de malheur consécutives au décès de son épouse, l’impact de ses difficultés économiques sur la formation de ses enfants, une période de vie en concubinage, puis un second mariage qui lui permit non seulement d’accéder à un héritage, mais aussi de conserver la seigneurie de Diesbach grâce à son rachat par sa seconde épouse. Il mentionne également les frais considérables engagés pour sa participation aux campagnes militaires de Maximilien Ier à Rome, le coût important du mariage de l’un de ses fils, le pillage de son château à Spiez – survenu lors de la révolte des paysans, alors qu’il était bailli à Neuchâtel –, ou encore les tensions familiales liées à l’héritage de sa première épouse. Enfin, son œuvre se termine par une apostrophe à ses fils, dans laquelle il identifie les trois causes principales qui auraient mené à son endettement.

Image 2 : Albrecht Kauw, Aquarelle, Spiez am Thunersee, ca.1670, 23.5×39.5cm, Musée Historique de Berne.

Cette interpellation finale n’est par ailleurs pas la seule du texte. Du début à la fin de son œuvre, Ludwig von Diesbach s’adresse occasionnellement à ses fils, le public explicite de ses écrits. C’est par ailleurs cela qui lui permet, dans le prologue de son texte, de justifier l’écriture des événements de sa vie ; il écrit pour ses fils, pour qu’ils se souviennent de sa vie et puissent en tirer exemple – un topos par ailleurs courant dans les autobiographies de la fin du Moyen Age.4 Il demande également à ses enfants de poursuivre ensuite son ouvrage, sans jamais le confier à d’autres individus que ses descendants. Aude-Marie Certin a cependant démontré qu’en réalité, ce genre de textes circulaient fréquemment au sein des élites urbaines et revêtaient une véritable dimension sociale et politique : le public, bien qu’implicite, s’étend alors au-delà du simple cercle familial.5 Si Ludwig von Diesbach ne donne pas d’autres motifs d’écriture, Urs Martin Zahnd décèle cependant dans son texte une impulsion d’ « écriture pour lui-même », liée à une période de crise personnelle : « Weil er aber mit dem Tode seiner Gattin und dem drohenden Vermögenszerfall entscheidende Bezugssysteme seines Lebens wanken sieht, versucht er, sich und seinen Standort schreibend wieder zu finden ».6 (« Mais parce qu’il voit s’effondrer les repères fondamentaux de sa vie avec la mort de son épouse et les risques de perte de son patrimoine, il tente de se retrouver et de se repositionner à travers l’écriture »). Cette hypothèse d’Urs Martin Zahnd correspond par ailleurs aux observations faites par Rudolf Dekker sur les impulsions d’écriture à l’origine de nombreux égo-documents : « It is often personal crisis which prompts people to write. »7 (« Ce sont souvent les crises personnelles qui poussent les individus à écrire »). Le récit de vie de Ludwig von Diesbach s’inscrirait alors dans un besoin de s’ancrer dans la réalité, de combler une insécurité parce que son présent lui échappe. En consignant ses mémoires dans un texte soigneusement élaboré8, Ludwig von Diesbach écrit alors à la fois pour ses fils, pour tout lecteur potentiel, mais aussi pour lui-même ; il livre alors un héritage des moments importants qui ont constitué sa vie, qu’ils soient personnels ou liés à l’actualité politique internationale.

Ce mélange d’échelles d’événements – qui se retrouve régulièrement dans les égo-documents – atteint cependant un paroxysme dans une mention spécifique du texte, dans laquelle deux événements distincts, qui appartiennent à des registres bien différents, se retrouvent liés. La mention en question se trouve au sein d’un passage dans lequel Ludwig décrit sa rencontre avec sa future femme et évoque ensuite son mariage. Le moment des noces est d’abord indiqué par une date calendaire : « Unn beschach dȳss uff tzȳnstag nest ffor Anttonȳ anno domini 1477 » (« Et cela s’est produit le mardi précédent la fête de Saint-Antoine, en l’an du Seigneur 1477 »). Il est ensuite encore précisé par un autre événement contemporain, l’arrivée de la nouvelle du décès de Charles le Téméraire à Berne : « Aber uff dem ttag, dor herczig Charlÿ von Bůrgůn ffor Nanssȳ eschlagen ward, do die selben mer gan Bern ckamend, dess selben ttag waren wȳr tzesamen gen »9. (« Mais le jour où le duc Charles de Bourgogne fut tué à Nancy, lorsque la nouvelle parvint à Berne, ce même jour, nous nous sommes mariés. »)

Hans Funk, peinture sur verre – vitrail héraldique, Armoiries d’alliance de Ludwig II. von Diesbach et Agatha von Bonstetten, ca. 1523, 68 x 56.8cm, Eglise réformée de Ligerz (ancienne église de Sainte-Croix). Photographie de Hasler & Keller, 2016, Vitrosearch, https://www.vitrosearch.ch/objects/2465887. Il s’agit des armoiries du second mariage de Ludwig.

Si cette annotation nous permet de connaître le moment où l’information est arrivée à Berne – le mardi avant la fête de Saint-Antoine, soit le 14 janvier, ce qui signifie que la nouvelle a mis neuf jours pour arriver jusqu’à Berne –, son intérêt se situe surtout dans le lien qu’elle établit entre cette nouvelle et le mariage. Parce que ces deux événements sont liés par la date, Ludwig von Diesbach choisit de les mêler dans le récit de son mariage, au lieu d’y consacrer deux paragraphes séparés. Par ailleurs, au-delà de son emplacement, la simple mention de la nouvelle reste étonnante : au moment de son mariage, le scripteur est rentré à Berne depuis près de six mois et il est donc désormais relativement peu concerné personnellement par les événements diplomatiques. Si son intérêt particulier pour les événements politiques touchant la France et la Bourgogne peut expliquer la présence de cette nouvelle, il est vrai que Ludwig von Diesbach n’évoque pratiquement que des événements dont il a été témoin, et donc, depuis son retour à Berne, les événements politiques se font plus rares dans le texte. Le décès de Charles le Téméraire a ainsi dû être considéré comme suffisamment important pour mériter d’être mentionné malgré tout. Reste que l’entremêlement des deux événements, qui n’ont rien en commun, mis à part la date et l’issue heureuse – Ludwig étant plutôt partisan du royaume de France à ce moment10 – peut surprendre.

L’inclusion de cette mention dans le récit du mariage peut alors s’expliquer par le caractère marquant de l’événement : la nouvelle du décès de Charles le Téméraire serait alors utilisée par Ludwig en tant que marqueur temporel pour tout lecteur bernois ; il permettrait alors de resituer dans le temps un événement à caractère profondément personnel – son mariage – au sein d’un contexte général connu. La date de la nouvelle du décès de Charles le Téméraire à Nancy constituerait alors une référence claire, appartenant à un champ d’expérience collectif et commun à tout lecteur potentiel. Au-delà d’une référence pour autrui cependant, Ludwig von Diesbach rédige précisément ce passage après que le décès de son épouse soit survenu : cette mention rappelle alors un jour définitivement spécial, où les calendriers avaient fusionné presque à la manière d’un miracle, lors d’un temps désormais obsolète. Ce passé heureux contraste avec le présent dévastateur du scripteur ; au moment de l’écriture, cet événement représente alors un des moments charnières de la vie de Ludwig von Diesbach et son inscription lui permet de stabiliser ce souvenir du passé, construisant ainsi une sensation de contrôle sur la réalité présente et incertaine, lui permettant de mieux appréhender les futurs éventuels. 

A VENIR  

Ce billet donne un aperçu des questionnements qui seront abordés dans ma thèse intitulée « Des instants qui comptent. Événements privés et publics dans les égo-documents (1450-1550) » menée sous la direction de Thalia Brero et Aude-Marie Certin au sein du Work package 2 : « Les événements, jalons dans la conception du temps ».

BIBLIOGRAPHIE

Source

Notes autobiographiques de Ludwig von Diesbach éditées et traduites en allemand dans : Zahnd, Urs Martin, Die autobiographischen Aufzeichnungen Ludwig von Diesbachs: Studien zur spätmittelalterlichen Selbstdarstellung im oberdeutschen und schweizerischen Raume, Berne: Berner Burgerbibliothek, 1986, p.11-115.

Littérature secondaire

Certin, Aude-Marie, La cité des pères : paternité, mémoire, société dans les villes méridionales de l’Empire du milieu du XIVe siècle au milieu du XVIe siècle (Nuremberg, Augsbourg, Francfort-sur-le-Main), thèse de doctorat soutenu le 17 mai 2014.

Dekker, Rudolf, « Egodocuments in the Netherlands from the Sixteenth to the Nineteenth Century », Dutch crossing, 23.2, 1999, p. 255-285.

Wenger, Simon, « Zwischen Typik und Individualität. Eine Relektüre der Autobiographie Ludwig von Diesbachs », Zeitschrift für deutsche Philologie, 128/1, 2009, p. 65-80.

Zahnd, Urs Martin, Die autobiographischen Aufzeichnungen Ludwig von Diesbachs: Studien zur spätmittelalterlichen Selbstdarstellung im oberdeutschen und schweizerischen Raume, Berne : Berner Burgerbibliothek, 1986.

Zahnd, Urs Martin, « Diesbach, Ludwig von», dans : Dictionnaire historique de la Suisse (DHS), version du 17.03.2010, traduit de l’allemand. Online: https://hls-dhs-dss.ch/fr/articles/021573/2010-03-17/, consulté le 26.08.2025.

Ziep, Franziska, « Erzählen ohne Ende. Lebensgeschichten im 16. Jahrhundert am Beispiel der autobiographischen Texte von Ludwig von Diesbach (1488/1518) und Thomas Platter (1572) », dans : Claudia Ulbrich, Hans Medick, Angelika Schaser (éd.), Selbstzeugnis und Person. Transkulturelle Perspektiven, Köln/Weimar/Wien: Böhlau Verlag, 2012, p.105-121.

  1. Ziep, Franziska, « Erzählen ohne Ende. Lebensgeschichten im 16. Jahrhundert am Beispiel der autobiographischen Texte von Ludwig von Diesbach (1488/1518) und Thomas Platter (1572) », dans : Claudia Ulbrich, Hans Medick, Angelika Schaser (éd.), Selbstzeugnis und Person. Transkulturelle Perspektiven, Köln/Weimar/Wien: Böhlau Verlag, 2012, p.110. []
  2. Zahnd, Urs Martin, Die autobiographischen Aufzeichnungen Ludwig von Diesbachs: Studien zur spätmittelalterlichen Selbstdarstellung im oberdeutschen und schweizerischen Raume, Berne : Berner Burgerbibliothek, 1986, p.161 []
  3. Ziep, Franziska, « Erzählen ohne Ende. Lebensgeschichten im 16. Jahrhundert am Beispiel der autobiographischen Texte von Ludwig von Diesbach (1488/1518) und Thomas Platter (1572) », dans : Claudia Ulbrich, Hans Medick, Angelika Schaser (éd.), Selbstzeugnis und Person. Transkulturelle Perspektiven, Köln/Weimar/Wien: Böhlau Verlag, 2012, p.110. []
  4. Ziep, Franziska, « Erzählen ohne Ende. Lebensgeschichten im 16. Jahrhundert am Beispiel der autobiographischen Texte von Ludwig von Diesbach (1488/1518) und Thomas Platter (1572) », dans : Claudia Ulbrich, Hans Medick, Angelika Schaser (éd.), Selbstzeugnis und Person. Transkulturelle Perspektiven, Köln/Weimar/Wien: Böhlau Verlag, 2012, p.107. []
  5. Certin, Aude-Marie, La cité des pères : paternité, mémoire, société dans les villes méridionales de l’Empire du milieu du XIVe siècle au milieu du XVIe siècle (Nuremberg, Augsbourg, Francfort-sur-le-Main), thèse de doctorat soutenu le 17 mai 2014, p. 192-194. []
  6. Zahnd, Urs Martin, Die autobiographischen Aufzeichnungen Ludwig von Diesbachs: Studien zur spätmittelalterlichen Selbstdarstellung im oberdeutschen und schweizerischen Raume, Berne : Berner Burgerbibliothek, 1986, p.222-227 []
  7. Dekker, Rudolf, « Egodocuments in the Netherlands from the Sixteenth to the Nineteenth Century », Dutch crossing, 23.2, 1999, p.272. []
  8. Wenger, Simon, « Zwischen Typik und Individualität. Eine Relektüre der Autobiographie Ludwig von Diesbachs », Zeitschrift für deutsche Philologie, 128/1, 2009, p.79-80. []
  9. Zahnd, Urs Martin, Die autobiographischen Aufzeichnungen Ludwig von Diesbachs: Studien zur spätmittelalterlichen Selbstdarstellung im oberdeutschen und schweizerischen Raume, Berne : Berner Burgerbibliothek, 1986, p.68, l.13-15. []
  10. Sur la question des prises de position de Ludwig von Diesbach dans les luttes politiques, voir : Zahnd, Urs Martin, Die autobiographischen Aufzeichnungen Ludwig von Diesbachs: Studien zur spätmittelalterlichen Selbstdarstellung im oberdeutschen und schweizerischen Raume, Berne : Berner Burgerbibliothek, 1986, p.183-184. []

Gem: “Per dubio che i congiurati non la dessero ai Francesi”: New Clues on the 1547 Piacenza Plot and the Reconstruction of a Lost Imperial Chancellery Archive

Article by Maxim Hoffman

Tiziano Vecellio, called Titian, Portrait of Antoine Perrenot de Granvelle, 1548, Oil on canvas, 111.3×88.27 cm, The Nelson-Atkins Museum of Art, Kansas City, Purchase: William Rockhill Nelson Trust. (& detail above)

For a political historian, few experiences rival the thrill of discovering a ciphered letter in an archive, one that seems to offer a vital clue to a famous plot. The excitement only grows when you manage to decipher it, and it turns out to be exactly what you suspected. That is precisely what happened to me two weeks ago, during broader research I was conducting at the Archivo General de Simancas in Spain, as part of Work Package 3 of the Capturing the Present project.

The case in question is well known. On 10 September 1547, a rebellion broke out in the Italian city of Piacenza, resulting in the assassination of Duke Pier Luigi Farnese. Two days later, Ferrante Gonzaga, imperial governor of Milan, seized the city with cavalry he had secretly stationed at the border beforehand. He claimed to have taken Piacenza in the name of the emperor, arguing it was to prevent the city from falling into enemy hands. Ferrante was immediately suspected by all of orchestrating the whole rebellion, although in his correspondence and public statements he insisted that he had acted without the emperor’s knowledge. Several scholars, however, have already shown that this was not true. Indeed, the emperor’s principal concern at the time was to counter the threat posed by the newly created Farnese state in Parma and Piacenza, established in 1545 by Pope Paul III for his son, Pier Luigi Farnese. Rumours that the duke had supported a conspiracy in Genoa in January 1547 had alarmed imperial ministers. The emperor would soon agree to a plan to seize the duchy of Parma and Piacenza, albeit, it seems, without intending necessarily to kill Pier Luigi.1

On 10 September 1547, Pier Luigi Farnese was stabbed to death in the citadel of Piacenza and his body was thrown out of a window. Two days later, Ferrante Gonzaga seized control of the fortress. Giovan Federico Bonzagni, Citadel of Piacenza [reverse], c. 1547, bronze medal, 4.03cm (diameter), National Gallery of Art, Samuel H. Kress Collection.

Much about the conspiracy’s planning, however, remains shrouded in mystery till this day. In my PhD thesis, I showed that the emperor’s first councillor, Nicolas Perrenot de Granvelle, was already fully aware of Ferrante’s plans on Piacenza as early as March 1547. The governor had sent his secretary, Giuliano Gosellini, to present the scheme personally to Granvelle at his urban palace in Besançon. The successful execution of the plan, according to Granvelle, would leave the papacy and the Farnese family ‘in a final state of confusion’2.

The cipher key used by Ferrante Gonzaga to communicate with Emperor Charles V and his ministers in 1547. Meister, Die Geheimschrift, p. 212-213.

The ciphered letter I discovered in Simancas sheds further light on the planning of the conspiracy. On 15 August 1547, Ferrante wrote to Granvelle to confirm receipt of his instructions ‘on the Piacenza case.’ While Granvelle’s instructions are most likely lost, the rest of Ferrante’s letter leaves little doubt as to their content. Ferrante had already even begun formulating how he might later plead his innocence. He proposed making ‘a lengthy excuse to His Majesty’ (‘una lunga scusa con sua maestà’), claiming that he had been compelled to seize the city ‘out of fear that the conspirators might hand it over to the French’ (‘per dubio che i congiurati non la dessero ai Francesi’)3. A conspiracy most foul, indeed.

While the assassination reinforced Habsburg power in Italy, the struggle over Piacenza was, at the time, one of many crises unfolding across the empire of Charles V, which stretched over half of Europe and into the Americas. The complexity of governing this vast empire is perhaps most clearly apprehensible in the letters of Nicolas Perrenot de Granvelle with his son Antoine Perrenot. Even when discussing the plan concerning Piacenza, Granvelle addressed dozens of other pressing present matters in imperial politics simultaneously. The timing of the conspiracy itself also offers a revealing case in point. Although Ferrante Gonzaga had already devised the plan to seize Piacenza by March 1547, the emperor delayed giving final approval. He was then deeply engaged in military operations in Saxony against the Protestants during the Schmalkaldic War, and it was hardly the right moment to provoke another conflict in Italy. At the same time, however, the plot had to be carried out swiftly, before the element of surprise was lost. Once Charles V had secured victory and stabilised the situation with the Protestant forces by the summer, he finally gave the green light for the plan to proceed.

Leone Leoni,The triumph of Ferrante Gonzaga over Envy, 1560-1564, bronze statue, Guastalla, Wikimedia Commons

One of the central aims of my subproject within Work Package 3 is to make sense of these overlapping and simultaneous presents within the empire, and how they shaped decision-making and the organisation of Charles V’s composite monarchy. Governing such a diverse collection of kingdoms, provinces, and peoples under a single ruler inevitably created almost insoluble challenges. Imperial presence was needed everywhere at once; the emperor’s attention, or that of his trusted ministers, had to be virtually omnipresent. This relentless need for oversight is clearly reflected in the letters of Granvelle, who constantly alluded to the immense burdens of his role as first councillor in managing it all. He often described himself as working ‘day and night’, or lamented that he had ‘no extra time’ to deal with matters, frequently specifying the long hours worked and the sleepless nights endured. New letters raising new issues were constantly arriving at court. On one occasion, the councillor compared himself to a sick man desperately seeking every possible remedy (‘yo soy como el enfermo que busca todos los remedios’)4. Elsewhere, he wrote that he was overwhelmed by the constant flow of despatches being sent ‘throughout all of Christendom’5.

It is therefore no coincidence that a clock appears on the desk in Titian’s portrait of Antoine Perrenot (later Cardinal Granvelle), who increasingly assisted his father in the imperial chancellery from the 1540s onwards and ultimately succeeded him as the emperor’s first councillor. Ministers like the Granvelles began to measure their work by the minute, kept detailed agendas, and thereby sought to rationalise the overwhelming demands of governing an empire of such unprecedented scale.

Nicolas Perrenot de Granvelle sending letters ‘throughout all of Christendom’. His signatures used in a French, Latin and Spanish letter, along with his abbreviated signature used for reviewing chancellery documents. Excerpts taken from documents held in the Haus-, Hof- und Staatsarchiv Vienna (LA Belgien PA 37/1, f. 125r), the Hauptstaatsarchiv Dresden (Geheimer Rat, Loc. 07273/16, f. 129r), and the Archivo General de Simancas (Estado 1185, no. 109 & Estado 499, no. 120).

Yet for someone who was in communication with ‘all of Christendom’ and orchestrating political plots, surprisingly little is known about Nicolas Perrenot de Granvelle during the 1530s and 1540s, or his ideology, his networks or the functioning of the imperial chancellery and council he led. Although significant efforts were made, for example, by the Konstanz Project in the 1990s to catalogue a large portion of the emperor’s political correspondence, that same project already noted the absence of a comprehensive study of the imperial political thought under Granvelle and his son6.

Part of the problem lies in the fact that the personal archive of Nicolas Perrenot de Granvelle has largely been lost (and not only in relation to secretive matters such as the Piacenza Plot). However, a vast body of unstudied letters and marginal notes survives in the archives of the imperial secretaries of state who worked under Granvelle’s supervision, not only in the archive of Simancas, but also in Brussels and Vienna. The personal archives of his son and successor, Antoine Perrenot, are also relatively well preserved in Madrid and Besançon. In addition, the broader correspondence that spanned ‘all of Christendom’ offers valuable clues. Often overlooked from an imperial perspective, many archives in Italy and Germany still hold hundreds (possibly thousands) of letters written by the emperor and his first councillor that often remain uncatalogued or unexamined.

The reconstructing of this correspondence of Nicolas Perrenot (and what we might describe as an imperial chancellery archive), first begun during my PhD, is now continuing as part of the Capturing the Present project. To date, it has led me to consult over sixty archives, libraries and collections across Europe, either in person or online. The current estimate suggests the total surviving corpus will comprise around 5,000 documents, in six different languages. Engaging with this fragmented and dispersed archival record is, in itself, partially a reflection of how the composite Habsburg empire under Charles V and his chancellery functioned, with regional centres maintaing a high degree of administrative autonomy. Nevertheless, tackling this archival reality is essential in order to assess an imperial present and how the complex and shifting realities were faced by the emperor and his first councillor, realities that were not always readily apprehensible to other contemporaries influenced by local expectations within their respective realms. This task is all the more important given the enduring myth on Charles V in later historiography, where his reign is often associated with an ideal of unification or a vision of Monarchia Universalis7.

The Palais Granvelle in Besançon was constructed between 1534 and 1547. It was here that Nicolas Perrenot received Ferrante Gonzaga’s secretary to discuss the first plans for the Piacenza Plot. Today, the palace houses the Musée du Temps.

Although the project remains in its early stages, it’s clear that the notion of a growing, unifying central administration, allegedly initiated under chancellor Gattinara and continued under Granvelle, is often overstated. In practice, governance was shaped by precedent, tradition and the pragmatic demands of a fractured empire. The present itself, stretched and compounded by the time needed to obtain information from across Europe, posed a real challenge to political planning. Far from enforcing a rigid centralism, which was often even impossible to enforce, the imperial administration sought instead to accommodate regional differences, and implementing incremental reforms. Yet at times (and this is what makes the process of reconstructing a chancellery’s archive never boring), a ‘smoking gun’ emerges, such as the Gonzaga letter, which reveals that an ideal of unification and state formation was sometimes advanced by means of betrayal and the occasional act of bloodshed, incorporating the unexpected into the political process.

TO BE PUBLISHED

Parts of this article appeared in my PhD thesis, “The Secret Face of Empire: Espionage, Governance and the Habsburg Archives under Charles V, 1525–1550”, Ghent University, 2025, which I am currently revising for publication. An edition of the 1546-1547 correspondence between Nicolas Perrenot de Granvelle and his son Antoine Perrenot is under revision for publication in the Bulletin de la Commission royale d’Histoire: Nicolas Perrenot de Granvelle and the Making of a First Councillor: a Commission Letter (1551) and the Correspondence with Antoine Perrenot (1546–1547) as a Guide to Imperial Statecraft.” In addition, I am preparing an article on the essential role of time in political decision-making, as already exemplified in the Piacenza Plot. This article will incorporate several extra cases that illustrate how temporal rhythms shaped imperial governance. Working title: “The Emperor’s Clock: Chronopolitics in the Reign of Charles V and the Myth of the Monarchia Universalis.”

BIBLIOGRAPHY

Primary Sources

Ferrante Gonzaga to Nicolas Perrenot de Granvelle, Milan, 15 August 1547, deciphered by the author (Archivo General de Simancas, Estado 1193, no. 226).

Nicolas Perrenot de Granvelle to Francisco de los Cobos, Savona, 6 February 1542 (Archivo General de Simancas, Estado 1375, no. 57).

Nicolas Perrenot de Granvelle to Mary of Hungary, Toledo, 21 March 1539 (Haus-, Hof- und Staatsarchiv, Vienna, LA Belgien PA 30/1, f. 49r).

Secondary Sources

Bertomeu Masiá, María José, La guerra secreta de Carlos V contra el papa. La cuestión de Parma y Piacenza en la correspondencia del cardenal Granvela. Edición, estudio y notas,Valencia, 2009.

Meister, Aloys, Die Geheimschrift im Dienste der päpstlichen Kurie von ihren Anfängen bis zum Ende des XVI. Jahrhunderts, Paderborn, 1906.

Parker, Geoffrey, Emperor: A New Life of Charles V, New Haven, 2019.

Rabe, Horst & Heide Stratenwerth, “Die Politische Korrespondenz Kaiser Karls V. und ihre wissenschaftliche Erschließung,” in Horst Rabe (ed.), Karl V. Politik und politisches System. Berichte und Studien aus der Arbeit an der Politischen Korrespondenz des Kaisers,Konstanz, 1996, p. 11-39.

Rodríguez-Salgado, Maria José, “Ferrante Gonzaga: The champion of innocence,” in G. Signorotto (ed.), Ferrante Gonzaga. Il Mediterraneo, L’Impero (1507-1557),Rome, 2009, p. 139-196.

Simonetta, Marcello, Pier Luigi Farnese. Vita, morte e scandali di un figlio degenere, Piacenza, 2020.

  1. Bertomeu Masiá, La guerra secreta de Carlos V contra el papa, p. 458-461; Rodríguez-Salgado, “Ferrante Gonzaga: The champion of innocence,” p. 143-145; Simonetta, Pier Luigi Farnese. ↩︎
  2. Letters from Nicolas Perrenot de Granvelle to Antoine Perrenot, Besançon, 31 March & 7 April 1547; see Hoffman, “The Secret Face of Empire”, p. 50-51. ↩︎
  3. Ciphered letter from Ferrante Gonzaga to Nicolas Perrenot de Granvelle, Milan, 15 August 1547, deciphered by the author (Archivo General de Simancas, Estado 1193, no. 226). The cipher key in question is published in Bertomeu Masiá, La guerra secreta, p. 152-153 and Meister, Die Geheimschrift, p. 212-213 ↩︎
  4. Nicolas Perrenot de Granvelle to Francisco de los Cobos, Savona, 6 February 1542 (Archivo General de Simancas, Estado 1375, no. 57). ↩︎
  5. Nicolas Perrenot de Granvelle to Mary of Hungary, Toledo, 21 March 1539 (Haus-, Hof- und Staatsarchiv, Vienna, LA Belgien PA 30/1, f. 49r.). ↩︎
  6. Rabe & Heide Stratenwerth, “Die Politische Korrespondenz Kaiser Karls V.”, p. 11-39. ↩︎
  7. This unifying myth of the reign of Charles V is discussed in Parker, Emperor, p. 490-502. ↩︎

Pépite : “umb das blut zu richten” – Les marqueurs temporels de la justice bernoise au XVe siècle

Billet rédigé par Sebastian Hackbarth

Le jeudi, 1er juin 1430, un nom retentit dans les rues de Berne : Burkin Pfanner ! Accusé de meurtre par les enfants de sa victime, Üllm Rogglin, et malgré cette sommation publique, il ne paraît pas1. Comment la justice bernoise du XVe siècle s’ancrait-elle dans le territoire de la ville ? Dans ce billet, les premiers résultats d’un article à venir sur l’articulation de l’espace et du temps urbain dans l’expression de la justice seront exposés.

Mais avant de focaliser notre attention sur les marqueurs temporels, il faut dire quelques mots des sources à disposition et des usages bernois. La pratique de la justice bernoises au Moyen Âge nous est transmise grâce aux Spruchbücher qui sont les registres de la justice laïque. Ils sont conservés aux archives de l’État de Berne et la série commence en 1411. Un volume contient plusieurs années, mais le nombre d’années diffère d’un volume à l’autre. Les Spruchbücher contiennent des résumés et des jugements des procès en haut allemand précoce, la langue de cette période à Berne.

Presque tous les procès sont rédigés à la première personne du singulier et commencent par « Je, Rudolf Hofmeister, noble et bourgmestre de Berne » (Ich Rudolf hoffmeister edelkn(e)cht schulth(eis)s zü Bern)2. Cela prouve que les procès sont rédigés du point de vue du bourgmestre qui agit ici comme juge3. Néanmoins, les procès sont consignés par des scribes qui sont renouvelés tous les ans à Pâques. La mention se poursuit classiquement avec la date du procès, ici, le 1er juin 1430, ce qui correspond à un jeudi. Mon analyse du Spruchbuch 1427-1433 a montré que les procès pouvaient avoir lieu tous les jours de la semaine. Pourtant, les jours du mardi et du dimanche se révèlent assez rares, ce qui est peu surprenant, vu que le mardi est le jour du marché et le dimanche le jour du Seigneur. De même, les procès se tenaient tout au long de l’année, mais la fréquence varie énormément d’une année sur l’autre. C’est pourquoi ces données seront à approfondir avec les autres résultats des autres volumes. Les procès ont été datés dans la plupart des cas par rapport à une fête ecclésiastique, par exemple « premier samedi avant la saint Lucie »4. Cependant dans le procès de Pfeiffer, nous trouvons la datation avec mois et jour, ce qui est plus rare, mais pas non plus exceptionnel.

Puis sont mentionnés les justiciers : « le bourgmestre, les nommés du petit conseil et du grand conseil ». Cependant, ce qui retient notre attention est le fait que le notaire évoque aussi le lieu du procès ce qui est spécifique à la justice du sang, ordonnée en un lieu en public, ici la Krutzgasse (aujourd’hui : Kreuzgasse)5. Cette rue était située au centre de la ville entre les rues du marché, l’obere meritgasse (aujourd’hui : Kramgasse) et l’untere meritgasse (aujourd’hui : Gerechtigkeitsgasse).

Ces rues peuvent être considérées comme des « marqueurs temporels ordinaires », soit des espaces de la ville qui rythment la vie des habitants quotidiennement, hebdomadairement ou annuellement, voire exceptionnellement et qui sont donc en lien avec une temporalité ou des temporalités spécifiques. Par exemple, le marché qui a lieu tous les mardis dans ces deux rues, a fixé les habitudes de vente et de consommation jusqu’au début du XVe siècle. Avec les reconstructions à la suite du grand incendie de 1405 qui détruit une grande partie du centre, la rue de l’alten nuwenstat (aujourd’hui : Marktgasse) remplace la untere meritgasse comme rue du marché hebdomadaire, modifiant les habitudes des Bernois. Quant à la justice quotidienne, celle-ci se déroulait à partir du début du XVe siècle à l’hôtel de ville, au nord du centre, où la plus grande partie des procès avait lieu3.

En revanche, la justice de sang telle qu’elle a eu lieu dans la Krutzgasse, pour le cas de Burkin Pfanners, n’était pas un événement régulier. D’une part, les crimes de sang n’étaient pas si fréquents à Berne, et d’autre part, le lieu choisi n’était pas celui de la justice ordinaire. Il s’agit du lieu de la haute juridiction du pouvoir impérial à l’origine, symbolisé par le siège du bourgmestre (Schultheissenstuhl), puisque le bourgmestre (Schultheiss) à Berne était nommé par l’empereur jusqu’au milieu du XIIIe siècle. Ce siège devint à partir du XIVe siècle le signe de l’autonomie communale, à partir du moment où la ville reçut le droit de la justice du sang6. Cette ruelle avait pour cette raison une fonction symbolique, dans la mesure où s’y croisaient les différentes rues structurant la ville d’origine. Les exécutions avaient lieu dans cette ruelle, mais également des réunions et rassemblements en cas de danger6. En ce sens la Krutzgasse devint en cette occasion un marqueur spatio-temporel lié à des événements marquants et extraordinaires pour les Bernois. Malheureusement, le procès ne nous donne aucun détail sur le lieu, la temporalité ou sur le meurtre, ce qui ne nous permet pas de proposer des analyses sur ces aspects.

Revenons à la procédure : Le registre nous explique qu’il s’agit du troisième procès, ce qui est la condition nécessaire pour bénéficier d’un jugement par contumace, c’est-à-dire en l’absence de l’accusé7. Ce délai doit permettre à l’accusé de se défendre lui-même, si ce dernier n’avait pas pu comparaître les deux premières fois. Pour cette raison, l’accusé est appelé avec des « cris bien audibles une troisième fois » dans « trois rues » de la ville, lesquelles ne sont pas mentionnées dans le registre. On notera au passage, le symbole trinitaire chrétien qui règle cette temporalité de l’appel. Alors que l’accusé ne paraît pas devant les juges et que personne d’autre ne vient pour le défendre, la contumace est proclamée et résonne au cœur de la ville comme un aveu de culpabilité8. La procédure se poursuivait alors avec une condamnation de l’accusé pour meurtre et l’interdiction de « revenir à jamais dans la ville » (niemerme, in die statt komen), ce qui correspond à un bannissement. De plus, il perdait le droit de la ville, ce qui veut dire qu’il n’avait plus la protection juridique de la ville.

La peine de bannissement est souvent favorisée par rapport à une peine de mort physique9. Les lieux d’interdictions pour un banni en raison de meurtre sont précisés dans les statuts communaux de la ville par un règlement de 1336. Les bannis n’avaient pas le droit de venir entre les murs de la ville et dans l’ensemble du territoire sous contrôle de la ville, et même dans certains territoires en dehors du contrôle de la ville. Nous ne savons pas si cela était aussi le cas pour ce jugement-ci, car il n’est question que de ne plus jamais revenir dans la ville, sans préciser les zile, le territoire bernois. Le règlement pour bannissement dans les statuts est allégé en 1404, date à laquelle les autorités permettent un passage au pont et au fossé de la ville, où se trouvaient les portes, pour transmettre un message important à une personne honorable. Néanmoins, il leur a toujours été interdit de loger ou de travailler au sein du territoire10. On pourrait estimer que cet allégement soit paradoxal au regard de l’interdiction de se loger ou de travailler dans l’ensemble du territoire bernois. Cela pourrait être un indice signalant qu’en pratique, beaucoup de bannis restaient vivre près de la ville dans l’espoir d’un pardon, comme le suggère également ce jugement-ci, qui évoque uniquement l’interdiction d’entrer dans la ville11. Mais cela reste à observer dans la suite de mon étude. À la fin du procès une charte recueillant les noms des témoins du jugement c’est produit en guise de preuve pour les plaignants.

À venir

Ce procès fait partie du corpus de ma thèse au sein du projet « Capturing the present in Northwestern Europe (1348-1648) ». Dans cette thèse, j’analyse les marqueurs temporels dans les villes de Berne et de Mons à la fin du XIVe et au XVe siècle. Les rythmes de la justice font partis de ces marqueurs temporels pour la vie quotidienne, que je veux mettre en avant en analysant les temporalités et spatialités de la pratique ainsi que les statuts communaux.

Bibliographie

Sources

Spruchbuch 1427-1433: Bern, Staatsarchiv, A I 306 Band B: 1427-1433, f. 108r-v.

Satzungenbuch W: Welti, Friedrich Emil; Rennefahrt, Hermann (éds.), Rechtsquellen des Kantons Bern. Erster Teil: Stadtrechte. Erster und zweiter Band: Das Stadtrecht von Bern I und II. Handfeste, Satzungenbücher, Stadtbuch, Stadtsatzung 1539, Aarau, Sauerländer, 1971, p. 61-203.

Pour aller plus loin

BEER, Ellen Judith et al. (éds.), Berns grosse Zeit. Das 15. Jahrhundert neu entdeckt, Bern, Berner Lehrmittel- und Medienverlag, 1999.

GERBER, Roland, Gott ist Burger zu Bern. Eine spätmittelalterliche Stadtgesellschaft zwischen Herrschaftsbildung und sozialem Ausgleich, (Forschungen zur mittelalterlichen Geschichte 39), Weimar, Hermann Böhlaus Nachfolger, 2001.

HOFER, Sibylle, « Das Richthaus : Rechtsprechung im Berner Rathaus vom Mittelalter bis zur Neuzeit », Berner Zeitschrift für Geschichte, vol. 3, n° 79, 2017, p. 38‑48.

LECUPPRE-DESJARDIN, É., « The space of punishments: reflections on the expression and perception of judgment and punishment in the cities of the Low Countries in the late middle ages », dans Boone, M. et Howell, M.C. (éds.), The Power of Space in Late Medieval and Early Modern Europe: The cities of Italy, Northern France and the Low Countries, (Studies in European urban history 30), Turnhout, 2013, p. 139‑151.

LETT, Didier, Crimes, genre et châtiments au Moyen Age: Hommes et femmes face à la justice (XII-XVe siècle), (Histoire), Paris, Armand Colin, 2024.

SCHMID, Regula, « Wahlen in Bern : das Regiment und seine Erneuerung im 15. Jahrhundert », Berner Zeitschrift für Geschichte und Heimatkunde, vol. 3, n° 58, 1996, p. 233‑270.

SCHMID KEELING, Regula (éd.), Die Berner Handfeste. Neue Forschungen zur Geschichte Berns im 13. Jahrhundert, (Archiv des Historischen Vereins des Kantons Bern 93), Baden, Hier und Jetzt, 2019.

SCHWINGES, Rainer Christoph (éd.), Berns mutige Zeit: Das 13. und 14. Jahrhundert neu entdeckt, (Berner Zeiten), Bern, Schulverlag blmv AG / Stämpfli Verlag, 2003.

  1. Spruchbuch 1427-1433: Bern, Staatsarchiv, A I 306 Band B: 1427-1433, f. 108r-v. []
  2. Toutes les traductions ici sont faites par moi. []
  3. Hofer, «Das Richthaus …», p. 40. [] []
  4. Spruchbuch 1427-1433: Bern, Staatsarchiv, A I 306 Band B: 1427-1433, f. 15v. []
  5. Gerber, « Die kommunalen Gebäude », Beer, Ellen Judith et al. (éds.), Berns grosse Zeit. Das 15. Jahrhundert neu entdeckt, p. 48. []
  6. Gerber, « … Der Berner Rat zwischen 1223 und 1273 », Schmid Keeling, Regula (éd.), Die Berner Handfeste. Neue Forschungen zur Geschichte Berns im 13. Jahrhundert, p. 112; Hofer, «Das Richthaus …», p. 42. [] []
  7. Welti (éd.), « Satzungenbuch W », article 94, p. 119. []
  8. Lett, Crimes, Genre et châtiment au Moyen-Âge, p, 276-277. []
  9. Lett, Crimes, Genre et châtiment au Moyen-Âge, p. 409. []
  10. Welti (éd.), « Satzungenbuch W », article 25, p. 86-87. []
  11. Lecuppre-Desjardin, « The space of punishments … », p. 144; Lett, Crimes, Genre et châtiment au Moyen-Âge, p. 421. []