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Pépite : Du présent de la catastrophe au présent catastrophique. La fonction temporelle de l’analogie dans les canards consacrés aux incendies (fin du XVIe siècle- première moitié du XVIIe siècle)

Billet rédigé par Cordélia Floc’hic

Discovrs veritable dv desastre Miraculeux arriué par le feu du Ciel sur la fléche de l’Eglise parochiale de Bar-le-Duc,ville capitale du Duché de Barrois, le 14. Iour du present mois de Mars 1619, A Paris, Chez Pierre de Lon, Ruë Iudas, à la Nauette, BNF, Paris, Gallica ©.

Jean-Pierre Seguin, dans l’ouvrage qu’il consacre à L’information en France avant le périodique, définit les canards produits après 1560 comme des « imprimé[s] vendu[s] à l’occasion d’un fait divers d’actualité, ou relatant une histoire présentée comme telle1 ». Parmi les récits qui retiennent l’attention des canardiers, ceux des désastres occupent une place importante2. C’est la raison pour laquelle, à la fin du XVIe siècle et durant la première moitié du XVIIe siècle, ces publications sont les supports privilégiés de représentation des incendies.  Les destructions par le feu sont retenues par les auteurs car elles répondent parfaitement aux objectifs de ces imprimés. En effet, en raison de leur caractère extraordinaire, elles font l’objet de récits hyperboliques qui suscitent l’effroi et invitent le lecteur à se tourner vers Dieu pour prévenir de nouveaux désastres.  

“Le chevet de Notre-Dame, le Pont de la Tournelle et l’île Saint-Louis, durant un incendie, vers 1635”. Huile sur toile anonyme. Paris, musée Carnavalet.

Les récits de catastrophes suivent généralement une structure narrative codifiée. Avant de rapporter l’événement désastreux, l’auteur explique ses causes. Il présente l’incendie comme un châtiment divin dirigé vers des incroyants ou des ennemis politiques. Il formule aussi parfois des explications naturalistes3. Cet exorde, qui répond d’emblée à une volonté de clarification, est suivi par le récit de l’incendie. L’auteur fournit des informations temporelles sur l’événement – la date et l’heure –   puis rapporte son déroulé tout en faisant état des destructions et des pertes qu’il engendre. La narration s’achève la plupart du temps sur une exhortation à se repentir.

Cette structure narrative est fréquemment enrichie par un procédé rhétorique qui accompagne le passage du préambule au récit de l’événement catastrophique. Il s’agit de l’analogie. Dans les canards, elle établit une relation entre le désastre présent et des faits passés de même nature, en suivant une narration chronologique. Les incendies sont en premier lieu, comparés à des brûlements issus des textes mythologiques et sacrés, tels que les destructions de Troie et de Sodome et Gomorrhe. Les références à l’histoire sainte visent à émouvoir et nourrissent la lecture religieuse du désastre4. Les canardiers rapportent ensuite des incendies révolus mais contemporains.

Mais quels sont ces incendies qui succèdent aux destructions mythologiques et bibliques ? Les événements retenus par les canardiers ne sont pas anodins. En effet, les auteurs se réfèrent à des désastres bien connus du lectorat en raison notamment de leur importante médiatisation. De plus, la survivance de ces événements est assurée par leur invocation répétée dans des publications plus tardives. Ce processus de médiatisation en deux temps apparaît notamment dans le cas de l’incendie de l’ancien palais de justice de Paris le 7 mars 1618.

En premier lieu, l’événement est en rapporté dans de courts imprimés5 et des ouvrages historiques6.

En second lieu, il fait l’objet de mentions fréquentes dans des canards plus tardifs. C’est le cas par exemple dans le canard consacré à l’incendie du Pont aux Change (1618) : « comme par exemple nous auons veu parsi deuant en ceste presente année au vingt deuxiesme iour de Mars dernier d’vn feu inremediable lequel a consommé tout le pallais de ceste ville de Paris… »7 ; dans l’imprimé rapportant l’incendie de l’église paroissiale de Bar-le-Duc (1619) : « Aussi auons-nous veuz d’estranges & desplorables accidents, tant en ceste ville de Paris, par le desastre arriué au Palais… »8 ; ainsi que dans celui relatant de l’incendie de la forêt de Boisfort en Picardie (1634) : « Nous auons veu à nostre très-grand regret, les accidens qui sont arriuez en divers lieux de se Royaume depuis quelques années. Sçauoir le bruslement du Palais de la ville de Paris (petit Microcosme de l’Vniuers) dans lequel le plus Auguste Senat du monde, rend équitablement la iustice à un chacun9. ». Ce réemploi d’un événement connu ayant déjà fait l’objet d’une médiatisation considérable peut être comparé à la stratégie éditoriale qui visait à réimprimer certains canards, pratique qui répond notamment à des objectifs commerciaux. Maurice Lever s’intéresse à ce procédé et montre que la réimpression annihile le caractère actuel de ces écrits10. Ils deviennent alors des apologues. L’auteur explique aussi que le choix des canards réimprimés s’appuie sur le potentiel édifiant de certains thèmes.

Le rapprochement entre ces deux phénomènes de réutilisation d’un même récit dans des contextes différents met d’une part en lumière le caractère exemplaire de l’événement11 et souligne d’autre part le processus de construction de la mémoire du désastre12. La mention de l’incendie du palais de Paris dans des écrits publiés respectivement en 1618, 1619 et 1634 met en lumière sa survivance dans la mémoire collective à différentes étapes de sa construction.

L’analogie apparaît alors comme un outil exemplaire et mémoriel fondée sur l’interévénementialité13. Nous pourrions alors penser, comme l’avance Maurice Lever au sujet de la réimpression des canards, que cette succession de récits d’incendies empruntés à des temporalités différentes entraînerait une atemporalité. Pourtant, le contraire se produit, et se brosse alors le portrait d’un présent catastrophique constamment ébranlé par des désastres.

En effet, l’accumulation de narrations d’événements similaires inscrit le présent de la catastrophe dans un présent catastrophique. Dans un canard consacré aux destructions entraînées par la foudre et le feu en Poitou et en Touraine, l’auteur établit le cadre chronologique de ce présent catastrophique. Il déclare qu’il dure « depuis trente ou quarante ans14 » et précise ensuite « depuis si long temps affligé de toutes sortes de maux, comme guerres, pestes, famines, & autres aduersitez qui nous ont accablez depuis trente cinq ou trente six ans en çà »15. L’emploi répété de la préposition « depuis » montre bien qu’il s’agit d’un état en cours et non révolu. Le caractère actuel et durable de ce présent calamiteux est à nouveau mis en évidence par le canardier qui parle « de nostre temps »16 et qui écrit « quand ie pense à ce qui est aduenu depuis peu de temps en çà » et « que nous auons veuz à l’œil depuis peu de temps »17. Cette dernière citation atteste la valeur du témoignage, par l’évocation de la vision. Cette observation est, de plus, universalisée par le pronom personnel « nous » qui au caractère direct du témoignage, ajoute une expérience commune et partagée.

Ces mêmes procédés apparaissent dans l’imprimé rapportant le Second Accident arrivé en la ville de Paris, ce 26e jour de juin 1618, d’un feu lequel a brûlé trente pauvres personnes et neuf bateaux de foin. La durée du présent catastrophique est élargie, puisque l’auteur écrit : « En ce dernier siecle ou nous sommes nous voyons beaucoup d’infirmittez qui menassent nostre France… »18. Le canardier unit à nouveau qualificatif temporel et vocabulaire sensoriel pour montrer la fréquence des désastres ainsi que l’expérience directe qui en est faite : « beaucoup de menasses que iournellement nous voyons deuant nos yeux19».

Ces deux imprimés d’actualité nourrissent l’hypothèse selon laquelle l’analogie, en sa qualité d’exemple, n’efface pas le présent mais s’unit à lui afin d’exposer une époque désastreuse en déliquescence. Cette conclusion découle de l’accumulation des calamités passées, de leur mise en relation avec les événements du présent ainsi que de la précision dans la définition du cadre temporel de l’époque catastrophique.

En ouverture, nous pourrions suggérer que ce présent désastreux s’élabore dans les canards à partir de la fin du XVIe siècle. Auparavant, les imprimés sur les désastres naturels sont marqués par une tonalité fortement apocalyptique20 qui n’apparaît plus dans les écrits étudiés dans le cadre de cet article. Plutôt que de formuler un discours eschatologique résolument tourné vers un avenir décadent, les canardiers de la fin du XVIe siècle et de la première moitié du XVIIe siècle inviteraient leur lectorat à interroger et à agir sur un présent en crise.

À VENIR 

Cette réflexion sur l’écriture du présent du désastre s’inscrit dans le cadre plus large de ma thèse de doctorat consacrée aux représentations littéraires et visuelles des incendies accidentels en France et aux Pays-Bas de 1500 à 1652.

BIBLIOGRAPHIE

CATEL, Thibault, « Exposer ou « philosopher » ? Le discours savant dans les canards sur les calamités naturelles » in Canards, occasionnels, éphémères, Actes du colloque organisé à l’université de Rouen en septembre 2018, Silvia Liebel et Jean-Claude Arnould dir., publications numériques du CÉRÉdI, « Actes de colloques et journées d’étude », n° 23, 2019.

CROUZET, Denis, « Sur la signification eschatologique des « canards » (France, fin du XVe– milieu du XVIe siècle » in Rumeurs et nouvelles au temps de la Renaissance, Paris, Klincksieck, 1997.

DUPRAT, Anne, « Pestes et incendies : l’exemplarité du récit de témoin au XVIe-XVIIe siècles » in Construire l’exemplarité. Pratiques littéraires et discours historiens (XVIe-XVIIIe siècle), Laurence Giavarini dir., Dijon, Éditions universitaires de Dijon, 2008.

LAMIZET, Bernard, Sémiotique de l’événement, Paris, Hermès Science publications : Lavoisier, 2006.

LAVOCAT, Françoise, Peste, incendies, naufrages. Écritures du désastre au dix-septième siècle, Turnhout, Brepols, 2011.

LEVER, Maurice, « De l’information à la nouvelle : les “canards” et les “histoires tragiques” de François de Rosset » in Revue d’histoire littéraire de la France, n.79, 1979, [en ligne], https://www.jstor.org/stable/40526273, pp.577-593.

SEGUIN, Jean-Pierre, L’information en France avant le périodique : 517 canards imprimés entre 1529 et 1631, Paris, G-P. Maisonneuve et Larose, 1964.


  1. SEGUIN, Jean-Pierre, L’information en France avant le périodique : 517 canards imprimés entre 1529 et 1631, Paris, G-P. Maisonneuve et Larose, 1964. []
  2. Ibid.p.25. []
  3. CATEL, Thibault, « Exposer ou « philosopher » ? Le discours savant dans les canards sur les calamités naturelles » in Canards, occasionnels, éphémères, Actes du colloque organisé à l’université de Rouen en septembre 2018, Silvia Liebel et Jean-Claude Arnould dir., publications numériques du CÉRÉdI, « Actes de colloques et journées d’étude », n° 23, 2019. []
  4. LAVOCAT, Françoise, Peste, incendies, naufrages. Écritures du désastre au dix-septième siècle, Turnhout, Brepols, 2011, p.483. []
  5. Voir par exemple : BOUTRAY, Raoul, L’histoire de l’incendie et embrazement dv palais de Paris, traduit du Latin de monsieur Boutray, aduocat au Grand Conseil, Paris, Abraham Saugrain, 1618 ; Accident merveilleux et espouventable du désastre arrivé le 7 jour de Mars de ceste presente année 1618. d’un feu inremediable lequel a bruslé et consommé tout le Palais de Paris. Ensemble la perte et la ruyne de plusieurs marchands lesquels ont esté ruynez et tous leurs biens perdus. Auec l’arrest de la Cour de Parlement sur le diuertissement fait au Palais, À Paris, chez la vfve Jean Du Carroy, M.DC.XVIII, 1618. []
  6. BOITEL, Pierre, Histoire mémorable de ce qui s’est passé tant en France qu’aux pays étrangers, commençant en l’an mil six cent dix, et finissant en l’an mil six cent dix-neuf, sous le règne de Louis le Juste, Roy de France & de Nauarre, À Rouen, chez Iacqves Besogne, 1619, p.417. []
  7. Second Accident arrivé en la ville de Paris, ce 26e jour de juin 1618, d’un feu lequel a brûlé trente pauvres personnes et neuf bateaux de foin, A Paris, chez la vefue Iean du Carroy Libraire demeurant ruë S.Iean de Beauuais au Cadran. M.D.C.XVIII, p.4. []
  8. Discovrs veritable dv desastre Miraculeux arriué par le feu du Ciel sur la fléche de l’Eglise parochiale de Bar-le-Duc,ville capitale du Duché de Barrois, le 14. Iour du present mois de Mars 1619, A Paris, Chez Pierre de Lon, Ruë Iudas, à la Nauette, p.4. []
  9. L’effroyable incendie et bruslement general de la grande forest de Boisfort en Picardie . Et les deplorables ruines arrivées par le feu aux lieux circonvoisins. La nuict du mardy au mercredy, trentiesme aoust 1634, p.6 []
  10. LEVER, Maurice, « De l’information à la nouvelle : les “canards” et les “histoires tragiques” de François de Rosset » in Revue d’histoire littéraire de la France, n.79, 1979, p.578 []
  11. DUPRAT, Anne, « Pestes et incendies : l’exemplarité du récit de témoin au XVIe-XVIIe siècles » in Construire l’exemplarité. Pratiques littéraires et discours historiens (XVIe-XVIIIe siècle), Laurence Giavarini dir., Dijon, Éditions universitaires de Dijon, 2008. []
  12. Voir au sujet de la construction de la mémoire du désastre dans les canards : LAVOCAT, Françoise, Peste, incendies, naufrages. Écritures du désastre au dix-septième siècle, Turnhout, Brepols, 2011. []
  13. Voir : LAMIZET, Bernard, Sémiotique de l’événement, Paris, Hermès Science publications : Lavoisier, 2006. Ce concept développé par Bernard Lamizet dans l’ouvrage mentionné précédemment suggère qu’un événement participe à la signification d’un autre événement. []
  14. Discours merveilleux et espouvantable, de ce qui est advenu le mercredy 15. de juillet 1598. és pays de Poictou , Touraine, & autres lieux : par la foudre & feu du Ciel, les ruines des villes, chasteaux, forteresses, eglises, & autres places emportez & ruinez par icelle, À Lyon, par Thibaud Ancelin et Guichard Jullieron, imprimeurs ordonaires du Roy. M.D.XCVIII.Prins sur la copie imprimé à Paris, 1598, p.4. []
  15. Ibid., p.11-12. []
  16. Ibid., p.6. []
  17. Ibid. []
  18. Second Accident arrivé en la ville de Paris, ce 26e jour de juin 1618, d’un feu lequel a brûlé trente pauvres personnes et neuf bateaux de foin []
  19. Ibid., p.4 []
  20. CROUZET, Denis, « Sur la signification eschatologique des « canards » (France, fin du XVe– milieu du XVIe siècle » in Rumeurs et nouvelles au temps de la Renaissance, Paris, Klincksieck, 1997 []

Gem : A present to be present: the ceremonial coach offered by Mary of Hungary to Francis I (November 1539)

Article by Maxim Hoffman

Marguerite de Navarre, La Coche, ou le Débat d’Amour, f. 42v (Chantilly, Bibliothèque et archives du château, n° 522).

In the winter of 1539-40, king Francis I invited emperor Charles V to travel with him through France. The king knew that the emperor wished to go from Spain to Ghent in the Netherlands in order to suppress the revolt that had broken out in the city1. Although the French and Habsburg rulers had only recently laid down their arms, both now recognised the mutual advantages of staging such a joint journey2 . For the emperor, the journey offered an opportunity to cultivate the image of a virtuous prince – one who was celebrated in the realm of his former archenemy with ceremonial entries as if he were the king himself. For Francis, the event served as a charm offensive, intended to persuade the emperor to renounce his rights to the Duchy of Milan. The occasion thus quickly turned into a major propaganda spectacle for both crowns. Within a matter of weeks, a variety of pamphlets were printed across Europe to commemorate the ceremonial entries in cities such as Poitiers, Orléans and Paris, while the diplomatic community looked on in astonishment at this remarkable display of amity.

Pamphlets circulated widely across Europe to mark the occasion of the imperial visit to France in 1539-40.

Francis’s participation in the journey, however, had appeared most uncertain, as he had been seriously ill only a few weeks before the emperor’s arrival in France. Had it not been for the intervention of the king’s wife, Eleanor of Austria, and her sister Mary of Hungary, governor-general of the Netherlands, the journey might have unfolded very differently and been perceived quite differently across Europe. In October 1539, Eleanor worriedly wrote to her sister Mary that her husband ‘is unable to ride on horseback and avoids the litter because he cannot have company in it.’ She therefore appealed to Mary to ‘obtain the carriage of the late lord of Nassau, which is said to be remarkably suitable,’ adding that she hoped it would arrive ‘before the emperor’s coming, so that the king, if he so wishes, may make use of it :

Et pour se que pour quelque tans yl ne pora aller a cheval et que la lytyere luy fache pour se quy ny peult avoyr compaygnye j’anvoye se present porteur pour me fayre recouvrer le charyot de feu monsieur de Nasou ce que l’on ma dyt qu’yl etet mervylyeuzement ayze et fayt a se pourpos et afyn quy set yssy pour le tans de la venue de l’ampereur pour sy d’avanture le roy seret an dyspozycyon pour s’an servyr.

Eleanor of Austria to Mary of Hungary, October 1539 (PA 47/2, f. 222).

In late November 1539, a ‘shining coach’, drawn by four black Hungarian horses ‘of the finest quality’, arrived at the French court, just in time for the journey that lay ahead3 .

Portraits of Eleanor of Austria (Joos van Cleve, oil on panel, 35,5 x 29,5 cm, 1531, KHM-Museumsverband, Inv.-Nr. GG 6079) and Mary of Hungary (Jan Cornelisz Vermeyen, oil on panel, 54,6 x 45,7 cm, c. 1540, Metropolitan Museum of Art, 1982.60.26).

The Habsburg sisters’ determination to ensure the success of the emperor’s journey demonstrates the ways in which gifts were deployed as instruments for influencing the temporalities of action. As governor, Mary had weathered severe difficulties during the recent war with France and with the revolt in Ghent, while Eleanor, as a Habsburg consort at the French court, had endured close scrutiny in the past wartime and had been obliged to dismiss part of her household. It is therefore understandable that Mary responded promptly to her sister’s request. She took particular care over the Hungarian horses, equipping each one with new saddles, and supervised the refurbishment of the coach that had belonged to the late Henry III of Nassau, prince of Orange. The woodwork was repaired where necessary, the exterior and interior was reupholstered in black velvet, and the cushions were renewed4 . A heavily revised draft letter in Mary’s own hand, further indicates that the coach could be heated, no unpleasant feature, given that the imperial journey was to take place in winter.

‘And since, Madam, I have learned that you had heard there was some sort of stove within this coach, I wish to inform you of what the prince of Orange used in order to keep himself warm. When it was cold, he would have a good quantity of sand thoroughly heated and put into a sack, and after closing the coach, he would have the heated sack placed inside, which gave warmth as though it had been a stove. And when travelling across the fields, he would always send someone ahead to heat another sack of sand, to replace it when the first had turned cold ((Et pour autant, madame, que ay entendu du desusdit que avois entendu qu’il y eult quelle pale dedens, vous veult bien avertir de quoy il usoit pour estre chaudement. Cant il faissoit froit, il faissoit tres bien chauffer de bonne cantité de sablon et le mestre dedens ung sac et, apres bien avoir bouclé le cheriot, le faisoit mestre bien chauffé la dedans quy donoit la chaleur come sy se fut ung palle et en allant par les champs envoiant tousjours devant pour rechauffer ung aultre sac de sablon pour resanger cant celuy se refroidisoit.

Draft letter by Mary of Hungary to Eleanor of Austria, Brussels, 3 November 1539 (HHStA, PA 47/1, f. 42-43)

Detail from the autograph draft letter by Mary of Hungary to Eleanor of Austria, in which she discusses how to heat the coach, Brussels, 3 November 1539 (Haus-, Hof- und Staatsarchiv, Vienna, LA Belgien PA 47/1, f. 42-43).

At first glance, it may seem surprising that, amid the many pressures of her governorship in the Netherlands (not least the need to manage the revolt in Ghent) Mary would have devoted so much care to the preparation of gifts. Yet such objects must be understood as an essential element of the political latitude available to dowager queens such as Mary of Hungary 5. Gifts were crucial instruments through which royal women shaped reputations, structured patron–client relationships, and commented upon or influenced policies. Through such exchanges, queens played an indispensable role in maintaining amicable relations between rulers6 .

Two points are particularly interesting to consider in this case, illustrating how Mary sought to influence the political agenda despite not being present during the journey itself. First, she wished the emperor to reach the Netherlands promptly in order to assist her in suppressing the revolt in Ghent. The illness of the French king had the potential to delay the entire journey considerably, as the emperor, following the rules of courtesy, would adapt his pace to that of his colleague. By sending the carriage, she ensured the French king could not use his indisposition as a pretext to prolong the journey, and consequently, her brother’s swift arrival. Secondly, if the longstanding rivalry between Charles V and Francis I were ever to be resolved, such a reconciliation would have to depend upon personal rapport and a sense of mutual obligation. What better opportunity to cultivate this than time spent together by the two rulers in the convivial setting of a shining coach, gathered around the warmth of a stove?

Charles V’s ceremonial entry in Paris, 1 January 1540 (Taddeo Zuccari, fresco, between 1557-1566, Palazzo Farnese, Caprarola).

TO BE PUBLISHED

This example forms part of a forthcoming article examining how Mary of Hungary sought to shape the political agenda through the use of gifts. The temporalities of action constitute one of the themes addressed in Work Package 3 of the CAPT project. The media strategies behind the imperial visit to France in 1539-40 will be discussed in a forthcoming article on propaganda in the Italian Wars that I am preparing together with Marie Verbiest.

SOURCES

Eleanor of Austria to Mary of Hungary, October 1539 & November 1539 (Haus-, Hof- und Staatsarchiv, Vienna, LA Belgien PA 47/2, f. 222 & f. 224).

Mary of Hungary to Eleanor of Austria, Brussels, 3 November 1539 (Haus-, Hof- und Staatsarchiv, Vienna, LA Belgien PA 47/1, f. 42-43).

Archives départementales du Nord, Lille, série B, 2410, f. 423v-426r.

BIBLIOGRAPHY

Knecht, Robert J., “Charles V’s Journey through France, 1539-1540,” in J.R. Mulryne & E. Goldring, Court Festivals of the European Renaissance: Art, Politics and Performance, London, 2017, p. 153-170.

Le Person, Xavier, “A Moment of ‘Resverie’: Charles V and Francis I’s Encounter at Aigues-Mortes (July 1538),” French History, 19, 1 (2005), 1-27.

Sowerby, Tracey, “Early Modern Queens Consort and Dowager and Diplomatic Gifts,” Women’s History Review, 30, 5 (2021), 723-737.

Watanabe-O’Kelly, Helen & Morton, Adam (eds.), Queens Consort, Cultural Transfer, and European Politics, c.1500–1800, London, 2017.

Zemon Davis, Nathalie, The Gift in Sixteenth-century France, Oxford, 2000.

  1. Knecht, “Charles V’s Journey through France”, p. 153-170 ↩︎
  2. Le Person, “A Moment of ‘Resverie’, p. 1-27 ↩︎
  3. Eleanor of Austria to Mary of Hungary, November 1539 (HHStA, PA 47/2, f. 224); ADN, série B 2410, f. 425v-426r. ↩︎
  4. ADN, série B 2410, f. 423v-425r ↩︎
  5. Watanabe-O’Kelly, Queens Consort & Cruz, The Rule of Women ↩︎
  6. Sowerby, “Early Modern Queens,” p. 723-737 & Zemon Davis, The Gift ↩︎

Compte-rendu ‘La ville au présent : Temporalités et rythmes urbains en Europe occidentale (XIVe-XVIIe siècles)’ : colloque international

Billet rédigé par Lucie Rizzo

Programme et descriptif du colloque 

Du 1er au 3 octobre 2025 s’est tenu à Lille un colloque international intitulé « La ville au présent : Temporalités et rythmes urbains en Europe occidentale (XIVe-XVIIe siècles) », organisé dans le cadre de notre projet par Elodie Lecuppre-Desjardin, Anne-Frédérique Provou et Sebastian Hackbarth. Rassemblant vingt intervenants provenant de disciplines variées, cette rencontre scientifique a offert un espace de réflexion interdisciplinaire sur les manières dont le présent est vécu, perçu, régulé et représenté dans les espaces urbains à la fin du Moyen Âge et au début de l’époque moderne.

Mercredi 1er octobre 2025

Le colloque s’est ouvert par une conférence inaugurale de Pierre Monnet (EHESS) intitulée « La ville tardo-médiévale : une communauté rythmée ».

Partant des définitions de « présent » en latin et en moyen haut allemand, Pierre Monnet a souligné le sens pécuniaire que prend parfois le terme, ce qui l’a mené à rappeler le rôle de certaines horloges dans les villes, programmées pour sonner deux fois par an précisément aux dates du paiement de l’impôt urbain, matérialisant alors le rythme de la ville.

Diebold Schilling (le Jeune), Chronique illustrée de Lucerne, 1513, Bibliothèque centrale et universitaire de Lucerne, S.23, f.570v https://www.e-codices.ch/en/kol/S0023-2/570/0/

Poursuivant sa réflexion en évoquant les écrits personnels, Pierre Monnet a mis en évidence l’émergence de la première personne dans les textes, mais aussi la présence de plus en plus marquée de la langue vernaculaire. Ces innovations sont contemporaines de l’apparition des notations indiquant les naissances familiales à la demi-heure près, minutie temporelle qui ne concerne par ailleurs pas uniquement la sphère domestique : des événements « collectifs » tels que les déclenchements de tumultes et révoltes, les catastrophes naturelles ou encore les fluctuations du cours des monnaies se retrouvent également consignés très précisément. L’inscription de l’individu dans le temps est surtout incarnée de manière paradigmatique dans un ouvrage : Le livre de costumes de Matthäus Schwarz (1497-1574). Ce dernier documente les étapes de sa vie à travers les tenues qu’il porte, constituant ainsi un autoportrait vestimentaire qui révèle en arrière-plan un autre niveau de temporalité : celui de la ville d’Augsbourg. Pierre Monnet note toutefois l’absence d’horloge dans ces représentations. Cette omission contraste alors avec le développement et la diffusion, à la même époque, de cadrans solaires portatifs, qui contribuent à une véritable appropriation individuelle et nominale du temps.

Hans Fugger, Augsburger Monatsbilder (octobre, novembre, décembre), 1580/82, huile sur toile, 234.8 x 366 cm, Musée historique allemand, Berlin, n.1990/185.4.

Cette dynamique d’appropriation du temps s’étend par ailleurs également à l’échelle politique. En effet, l’Augsburger Monatsbilder, composé de quatre panneaux saisonniers représentant des scènes de la vie sociale et civique, donne à voir une ville ancrée dans le temps et dans l’espace. Ce temps urbain cyclique crée alors une annualisation du temps politique, dans lequel les consuls réélus en hiver sont représentés à nouveau lors du banquet figurant sur le panneau printanier. Il s’agit pourtant d’une image trompeuse : la réalité de l’époque de réalisation est plutôt celle d’un temps de ruptures, d’une réalité traversée à la fois par la révolte des paysans et par les bouleversements religieux de la Réforme.

Finalement, Pierre Monnet conclut sa présentation en abordant la Cronica Cronicarum. Dans cette chronique, Hartmann Schedel compare Ulm à Jérusalem, et constate l’accélération du temps de construction des grands chantiers urbains au XVe siècle. Tout en reprenant la distinction traditionnelle d’une histoire universelle en sept âges, certaines éditions introduisent cependant un espace vierge pour le lecteur, ménagé pour consigner l’histoire immédiate de la ville, entre le 6e et le 7e âge du Jugement dernier. Se crée alors un bouleversement de l’organisation traditionnelle du temps du monde, en permettant l’insertion du présent local.

L’ensemble de ces observations conduit Pierre Monnet à souligner l’émergence à la fin du Moyen Âge d’un surgissement du temps présent dans les villes, que ce soit sur le plan individuel, collectif, gouvernemental ou historiographique.

Jeudi 2 octobre 2025

Après un mot de bienvenue de Charles Mériaux, la deuxième journée du colloque a été ouverte par Élodie Lecuppre-Desjardin (IRHIS, Université de Lille), qui a rappelé, dans son propos introductif, les principaux jalons historiographiques relatifs à l’histoire du temps. Elle a notamment mis en lumière plusieurs moments, concepts et notions clés du champ, tels que l’invention de l’horloge mécanique au XIVe siècle, le rôle du calendrier liturgique, l’évolution du rapport au Jugement dernier, les évidences d’une conscience au temps présent dans les environnements urbains aux XVe-XVIe siècle, et la notion de communautés temporelles.

Cette introduction a été suivie d’un premier panel consacré au temps des marchands, mené par Marc Boone (Université de Gand).

La première communication de ce panel a été assurée par Jeroen Puttevils et Niccolo Zennaro (Université d’Anvers). Ces derniers ont présenté les résultats d’une partie de leurs recherches menées dans le cadre du projet « Back to the future ». Leur intervention portait sur la manière dont le passé, le présent et le futur peuvent être saisis au sein des échanges épistolaires des marchands de la compagnie des Médicis faisant du commerce dans la mer du Nord entre 1447 et 1464 ; ces lettres constituent alors de véritables « capsules temporelles ». En identifiant des mots précis comportant une dimension temporelle, les deux chercheurs ont constaté 39% de références au futur, 35% au présent et 26% au passé. Cette prédominance du futur dans les correspondances reflète la logique propre à l’activité marchande, caractérisée par l’anticipation et la spéculation. Par ailleurs, les chercheurs ont souligné que l’échange épistolaire s’inscrit lui-même au sein d’une temporalité multiple, puisqu’une distance temporelle sépare la rédaction, la réception et le moment des événements anticipés dont il est question dans les lettres.

La deuxième conférence, intitulée « Contrôler le temps du marché à la fin du Moyen Âge » a été présentée par Alexis Wilkin (Université libre de Bruxelles). Son intervention a exploré les multiples dimensions temporelles à l’œuvre dans l’organisation des marchés. Il a tout d’abord souligné le rôle du temps comme facteur économique, l’importance de la saisonnalité des produits vendus, la course pour la vente des produits frais, mais aussi l’influence du temps religieux – notamment des fêtes liturgiques et des jeûnes –, mettant en évidence l’interaction et la superposition du temps religieux et du temps profane. Alexis Wilkin a également mis en lumière l’existence de plages horaires différenciées au sein du marché, permettant de segmenter l’accès aux produits selon le statut social des consommateurs. Finalement, il a abordé les réponses institutionnelles apportées aux situations de crise, telles que l’instauration d’obligations de vente ou l’attribution de monopoles temporaires, qui contraignent le rythme normal du commerce. Le temps naturel apparaît donc comme étant à la fois subi par les acteurs du marché, mais aussi utilisé comme un repère, un levier d’organisation sociale.

Le cycle de conférences suivant intitulé « La ville au rythme du Ciel et du foyer » a ensuite été dirigé par Pierre Monnet.

La première communication de cette session, donnée par Agathe Roby (Université de Toulouse) portait sur les rondes de nuit du guet de Toulouse au début du XVIe siècle. L’intervenante a mis en lumière la structuration temporelle de cette pratique de surveillance urbaine, instaurée pour préserver l’ordre chrétien et les bonnes mœurs. Le guet possède un rythme bien précis : il débute toujours dans le même créneau horaire et comporte une durée fixe. Toutefois, la modification systématique de l’itinéraire emprunté rend la surveillance imprévisible et contribue à transformer la ville en un espace sécurisé. Par sa présence, le groupe du guet rythme la nuit et définit ce qui peut s’y produire ou non. Ces sources permettent alors de mettre en évidence l’émergence d’une communauté temporelle : celle des usagers de la nuit et celles des chargés de sécurité.

Rozemarijn Landsman (Université d’Amsterdam) a ensuite proposé une communication intitulée « Amsterdam, circa 1669 an exploration of Van der Heyden’s time », dans laquelle elle a analysé la manière dont Jan Van der Heyden, à travers ses représentations de la ville d’Amsterdam, parvient à capturer des moments précis de la journée grâce à un usage maîtrisé des jeux d’ombre et de lumière. En modifiant subtilement le rapport ombre-lumière dans ses œuvres, l’artiste inscrit chaque scène dans une temporalité particulière, reflétant les rythmes de la vie urbaine quotidienne. Ces jeux de lumière participent également d’une mise en valeur de certains éléments. Les lampadaires, par exemple, nouvellement installés dans l’espace public, sont ainsi mis en évidence, témoignant d’un progrès technique majeur dans l’aménagement urbain de l’époque. De même, l’attention portée aux bâtiments, notamment aux différents types de briques, illustre un souci du détail chez l’artiste.

La communication suivante, intitulée « Remembering Rain: Sound, Space and Sense in the Drought Rituals of Sixteenth- and Seventeenth-Century Barcelona » a été présentée par Helen Herbert (Université de Barcelone). À travers l’analyse des descriptions de processions religieuses organisées en réponse aux épisodes de sécheresse – considérés comme des punitions divines –, l’intervenante a mis en évidence la richesse des données sensorielles mobilisées par ces rituels, en particulier celles liées au son et au rythme. Ces sécheresses s’imposent comme des marqueurs forts de la temporalité barcelonaise, puisqu’elles interrompent les rythmes quotidiens de la ville, notamment ceux du travail, pour imposer leur cadence propre. Les processions qui en découlent suivent alors un narratif précis dont l’issue est systématiquement l’arrivée de la pluie.

L’après-midi s’est poursuivi avec l’intervention de Guilhem Ferrand (Université de Bourgogne), intitulée « Espace et temps à soi à Dijon à la fin du Moyen Age à travers les inventaires après décès ». À partir d’un croisement entre des inventaires après-décès et des sources judiciaires de la fin du Moyen Âge, Guilhem Ferrand a proposé une réflexion sur l’évolution du rapport à soi et à l’environnement, tout en interrogeant aussi l’appropriation des espaces domestiques, en abordant notamment la problématique du « mal logement ». Il a ainsi démontré comment ces sources permettent d’observer les rythmes dans les espaces, notamment ceux en dehors du cadre de l’habitat – qu’il qualifie « d’autre espace et d’autre temps ». Explorant la manière dont les individus investissent ces espaces, il observe une mobilité importante, qui met alors en scène une série de séquences composant une pulsation irrégulière, à la fois individuelle et collective, donnant à voir les rythmes de différentes communautés temporelles distinguées selon leur statut social.

La communication suivante a été présentée par Christian Liddy (Université de Durham) et s’intitulait « Le temps familial ? À la recherche d’une définition temporelle de la famille dans la ville médiévale anglaise ». S’appuyant notamment sur les travaux du sociologue Barry Sugarman, Christian Liddy a tout d’abord souligné l’influence déterminante de la classe sociale sur l’expérience et la conscience de la temporalité. Il a ensuite introduit les deux textes au centre de son propos sur le temps familial : un récit de William Worcester (1480) et le Liber Lynne (1424). Le premier texte, qui constitue une description de la ville de Bristol à travers la perspective du scripteur en déambulation, manifeste un présent n’ayant de signification que lorsqu’il est mis en lien avec le passé – l’enfance du scripteur – ou avec le futur – les questions de succession qui le font revenir à Bristol. Le Liber Lynne, livre de famille rédigé dans une perspective de transmission patrimoniale, porte une temporalité différente : le futur n’y est abordé que par l’incertitude du présent, celui d’une période de peste noire qui n’est pourtant jamais directement évoquée. 

La deuxième journée du colloque s’est achevée par la communication Keynote de Matthew Champion (Université de Melbourne), intitulée « Now is the Time : Senses of the Present in 15th- and 16th-Century Northern Europe ». Cette intervention a d’abord proposé une approche sensorielle du présent, à travers les cinq sens, mais aussi les émotions. La polysémie du terme « present », qui peut désigner aussi bien le temps immédiat que des souvenirs ou des attentes a également été évoquée. La deuxième partie de la communication proposait une approche de la temporalité à travers les sons et la musique. Matthew Champion a notamment mis en lumière la manière dont le présent urbain est marqué par le son du présent liturgique par le biais des cloches : leur son varie pendant les saisons et rythme la vie urbaine, tandis que leur silence ponctuel, en période de révolte par exemple, traduit un temps en suspension. Matthew Champion a également mis en évidence l’apport des concepts et terminologies issus de la musique pour étudier le temps, comme par exemple l’ars nova et ses notations polyphoniques complexes. À ce titre, il a évoqué une partition du Credo de Gilles Binchois, où figure l’indication « tourner rapidement la page », révélatrice d’un temps présent de l’urgence.

Matthew Champion a consacré la troisième partie de son intervention aux sources matérielles et visuelles permettant de capturer le présent – des œuvres contenant des représentations de fenêtres montrant des moments présents, instantanés du quotidien, ou d’autres reflétant des éléments de modes vestimentaires, saisissant alors un présent visuel et social. Enfin, il a abordé la temporalité sous l’angle d’une histoire de la lecture, en évoquant notamment la publication des Cent nouvelles nouvelles. Le livre offre ainsi un présent d’immersion pour le lecteur, tout en ouvrant sur un futur immédiat – la page suivante – et sur une multiplicité des présents, rendue possible par la pluralité des lecteurs.

Rogier van der Weyden, The Magdalen Reading, 1435-1438, huile sur bois, 62.2 x 54.4cm, National Gallery, Londres.

Vendredi 3 octobre 2025

La dernière journée du colloque s’est ouverte sur un panel intitulé « L’accélération au temps des troubles », dirigé par Jelle Haemers (KU Leuven).

La première communication de la journée a été présentée par Jordy Saillier (Université de Lille) sous le titre « Un présent hors du temps ? La réforme d’Arras au lendemain du siège de 1414 ». L’intervention portait sur le changement de paradigme d’élection des échevins à Arras au lendemain du siège de septembre 1414, qui constitue un moment de rupture dans le fonctionnement institutionnel de la ville. Bien que cette réforme ait revêtu une importance significative pour la gouvernance urbaine, elle est rétrospectivement considérée comme un non-événement – sa mise en œuvre vient même à être confondue avec d’autres réformes. Malgré une prétendue immuabilité des institutions municipales, ce renouvellement de la loi s’apparente à une véritable innovation : elle bouleverse les modalités traditionnelles de l’élection en interrompant le cycle normal d’élection, déplace la date électorale, amène de nouveaux acteurs au pouvoir et modifie une partie des modalités de l’élection. Elle marque alors le passage d’un temps politique cyclique à un temps politique beaucoup plus linéaire, et constitue ainsi une sorte de temps suspendu et insaisissable, traduisant une volonté d’intervention dans l’urgence du présent.

La communication suivante, présentée par Julien Régibeau (Université de Liège) et intitulée « Les temps de la guerre civile – Liège, XVIIe siècle », s’est penchée sur les révoltes à Liège entre 1610 et 1630, qui opposent deux factions, les Chiroux et les Grignoux. Il a mis en lumière la manière dont l’organisation urbaine contribue à structurer ces affrontements civils ; l’espace du marché y apparaît notamment comme un lieu ambivalent, à la fois propice à la sociabilité et à la confrontation. Évoquant notammentlemeurtre de Sébastien de la Ruelle le 16 avril 1637, Julien Régibeau a mis en avant le retentissement de cet épisode dans les imprimés. Ces derniers détaillent précisément les heures des différentes étapes de l’événement, mettant ainsi en évidence la préparation minutieuse du complot. Parallèlement à ces sources imprimées, le livre de comptes du chanoine Lintermans offre une saisie « sur le vif » des événements. Le récit quotidien du scripteur mêle ainsi vie privée et vie politique jusqu’en 1639, année charnière durant laquelle un incendie détruit une partie de ses biens, marquant alors une rupture nette dans son écriture et un retrait du présent politique. La guerre civile en contexte urbain peut ainsi être productrice de temporalités multiples.

Ce panel s’est conclu par la communication d’Adrien Aracil (Université de Paris-Sorbonne) intitulée « Un ‘présentisme’ réformé est-il possible après l’édit de Nantes ? (premier XVIIe siècle) ». L’intervention portait sur la situation des communautés réformées dans les villes françaises au lendemain de l’édit de Nantes, mais aussi sur la réaction du pouvoir royal qui cherche à purifier le présent par un refoulement du passé. Les cahiers de doléances, qui compilent les revendications des communautés réformées face au pouvoir royal, constituent un témoignage du présent de ces communautés et de leur réaction face au régime d’historicité imposé par le pouvoir royal. Ils représentent cependant aussi un moyen pour cette communauté d’implanter ses propres rythmes dans l’espace urbain : une temporalité réformée, construite en opposition à la temporalité catholique. 

Le second panel de conférences du matin s’intitulait « L’événement : un marqueur du temps urbain ? » et était mené par Thalia Brero (Université de Neuchâtel).

La première communication du panel a été donnée par Marie Verbiest (Université de Neuchâtel) et s’intitulait « All roads lead to Bologna : news reports on the royal entry and coronations of Charles V in Bologna, 1529-1530 ». L’intervention portait sur la médiatisation de l’entrée solennelle et du couronnement impérial de Charles Quint à Bologne dans les imprimés d’actualité. Marie Verbiest a démontré la mise en scène multiforme de la ville, notamment à travers les descriptions de l’architecture, des habitants et des symboles urbains. Elle a notamment mis en lumière une seconde construction symbolique de la ville : celle d’une Bologne « roméifiée », évoquant Rome (qui aurait dû être le lieu du couronnement) par le biais de dispositifs éphémères. Cette mise en scène participe à la légitimation du couronnement, en rendant symboliquement présente la ville de Rome. Les imprimés contribuent donc à rendre cette double représentation de la ville, à la fois réelle et idéalisée, au service d’une narration politique de l’événement.

La communication suivante, présentée par Alexandre Goderniaux (Universités de Neuchâtel et de Lille) portait le titre « De Rome à Anvers en venant de Tunis : les multiples présents de Charles Quint (1536) ». À partir d’un imprimé d’actualité diffusé en 1536, relatant l’entrée triomphale de Charles Quint à Rome après sa victoire à Tunis, Alexandre Goderniaux a analysé la mise en scène complexe des temporalités dans ce document. L’imprimé décrit le parcours de l’empereur à travers la ville comme étant ponctué par une série d’arcs de triomphe mêlant structures antiques et constructions érigées pour l’occasion. Charles Quint est alors placé dans une double temporalité : celle du présent et celle de la Rome impériale, l’inscrivant dès lors dans la lignée des empereurs du passé. Par ailleurs, ces arcs permettent un second jeu sur la temporalité, puisqu’ils matérialisent la présence d’autres villes dans Rome et créent ainsi un jeu d’échelle sur l’espace, mais aussi sur le temps que représentent ces villes (passé, présent, futur et éphémère). La multiplicité des villes symbolise alors la multiplicité des présents de l’empereur et lui permet de mettre en scène son pouvoir.  

Le dernier après-midi du colloque, consacré entièrement à l’histoire de l’art, s’est déroulé dans le cadre d’un panel intitulé « La ville au rythme du burin et du pinceau » mené par Gaëtane Maes (Université de Lille).

La première communication du panel fut donnée par Ludovic Nys (Université de Valenciennes) et s’intitulait « La temporalité des œuvres d’art dans l’espace urbain. Le cas de la sculpture mobilière à Tournai (XIVe-XVe siècle) ». Si le patrimoine mobilier des églises paroissiales de Tournai a totalement disparu, de nombreuses archives – actes d’intérêts privés, testaments, comptes d’exécutions testamentaires, contrats et commandes – permettent d’étudier la temporalité des entreprises médiévales de renouvellement du mobilier liturgique. Ces processus de production artistique s’inscrivent cependant dans une temporalité longue et en étapes : de la commande à la conception jusqu’au parachèvement, certaines œuvres, comme les retables, peuvent nécessiter entre vingt et trente ans, mobilisant successivement plusieurs générations d’artisans, d’artistes et de donateurs. Cette temporalité étendue est également liée aux contraintes financières, qui rythment l’avancée des chantiers.

La deuxième communication a été présentée par Marije Osnabrugge (Université de Lausanne) et s’intitulait : « Les rythmes de la vie urbaine dans les pratiques des artistes aux Pays-Bas aux XVIe et XVIIe siècles ». Marije Osnabrugge a démontré l’importance et l’impact des temporalités de l’environnement urbain sur les artistes et leur pratique artistique, prenant notamment en compte la mobilité fréquente des artistes entre différents centres urbains, mais aussi les rythmes liés à la profession artistique (institutions, magasins d’art, matériaux) et aux domaines sociaux, politiques et culturels (éditions, institutions scientifiques et civiques). L’exemple du tableau d’Aert van der Neer représentant un paysage de coucher de soleil à la campagne illustre de manière concrète ces interactions : contraint par la fermeture nocturne des portes d’Amsterdam, l’artiste ne peut accéder à une observation directe du paysage et sa réalisation s’est donc forcément déroulée à l’intérieur de la ville.

Aert van der Neer, Paysage fluvial, ca. 1650, huile sur panneau, 44.8 x 63cm, Musée Mauritshuis, La Haye.

La dernière communication du colloque a été présentée par Cordélia Floc’hic (Université de Lausanne) et s’intitulait « Les cartes comme marqueurs temporels et événementiels. Etude de cas comparative de deux cartes de Delft après l’incendie de 1536 ». Dans sa communication Cordélia Floc’hic a présenté deux cartes de Delft qui capturent le présent de la ville en un moment bien spécifique. La première carte, élaborée peu après l’incendie, saisit la situation de la ville dans l’immédiateté de la catastrophe, offrant une vision du tissu urbain partiellement détruit. La seconde, datée de 1581, présente quant à elle une Delft reconstruite. Cordélia Floc’hic a démontré que cette seconde carte constitue une version actualisée de la première, permettant de mesurer les transformations opérées en réponse à l’événement. Au-delà de ces aspects, cette carte de 1581 révèle également d’autres dimensions du présent. Par la représentation vestimentaire des personnages, elle inscrit la scène dans un présent climatique, celui du petit âge glaciaire. Par ailleurs, la carte désigne aussi un lectorat indésirable dans la représentation d’un Turc, reflet des angoisses contemporaines liées à la menace d’une invasion ottomane. À travers ces choix iconographiques, la carte superpose ainsi trois présents à travers des choix subjectifs : un présent urbain, un présent coutumier et un présent socio-politique.

Le colloque s’est achevé par une conclusion générale établie par Elodie Lecuppre-Desjardin suivie d’une table ronde finale, offrant un moment de synthèse et de prolongement des réflexions engagées au cours des différentes sessions. Cette discussion collective a permis de faire émerger plusieurs questionnements, notamment concernant la segmentation du présent, le présent malmené, le présent en mouvement et l’artificialisation ponctuelle de la temporalité. Ont également été abordées les distinctions entre ville et campagne, qui doivent être nuancées selon les espaces ; la dimension anthropologique du temps ; tout comme la nécessité d’inclure le prisme du genre et du social dans les questionnements. Enfin, le concept de rythme a été souligné comme devant être appréhendé comme une cadence qui n’est pas forcément régulière.

La richesse des communications et des échanges durant ces trois jours a ainsi témoigné de la vitalité de ce champ de recherche où les différentes approches de la temporalité ouvrent de nouvelles perspectives pour l’analyse des sociétés urbaines de la fin du Moyen Age et du début de l’époque moderne.

Une publication d’un ouvrage collectif est prévue.

Pépite : Signes célestes et pouvoir royal : La comete de l’ire de Dieu (1611), manifeste prophétique pour Louis XIII

Billet rédigé par Alexandre Goderniaux

Illustration de Judicium astrologicum, von dem newen Cometa den I. Decemb. 1618 zu Augspurg gesehen worden. Auteur non identifié ; Elias Ehinger, auteur de texte. Source : gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France

La comete de l’ire de Dieu. Nous advertissant des maux dont les terres d’Occident sont menacees d’icy à la conversion du Turc à l’Eglise catholicque, apostolique et romaine. À commencer de l’an 1612. Sous un titre ample, typique des imprimés d’actualité des XVIe et XVIIe siècles, se déploie un document d’une quarantaine de pages paru en 1611 chez Claude Percheron, imprimeur-libraire parisien. Très peu étudié jusqu’ici, il semble en outre avoir circulé de façon extrêmement limitée1, mais se révèle néanmoins d’un intérêt historique majeur : il montre, à trois niveaux, comment la mise en récit de prodiges peut devenir un instrument polémique dans un contexte particulièrement dense, à la jonction de l’expérience du présent et des projections sur l’avenir, de la littérature prophétique et du manifeste politique.

La comete de l’ire de Dieu illustre de manière exemplaire le rôle politique des récits prodigieux dans les imprimés d’actualité des XVIᵉ et XVIIᵉ siècles. Durant la première Modernité, alors que certaines voix contestent que catastrophes, naissances monstrueuses ou phénomènes astronomiques revêtent une signification particulière, d’autres, à l’abri de l’anonymat, s’en emparent au contraire pour élaborer des lectures originales, parfois même subversives. Limité à un texte seul – là où d’autres imprimés proposent des illustrations de phénomènes célestes –, l’opuscule alterne prophéties et prières, nouant étroitement interprétation astronomique et commentaire sur l’actualité du temps.

La comte de l’ire de Dieu […], Paris, Claude Percheron, 1611. Source : Bibliothèque municipale de Lille / Alexandre Goderniaux

L’auteur anonyme affirme d’abord que Dieu intervient sur terre « pour advertir tout homme vivant » (p. 2r). Les signes envoyés à ses fidèles doivent être lus comme autant d’avertissements et conduire au repentir pour éviter le courroux céleste : « Aussi-tost verras Dieu monstrer sa colere/ Pour destourner le coup, fais pœnitence amere » (p. 3r). Paradoxalement, malgré son titre, l’imprimé ne décrit pas une comète récemment apparue mais assemble différentes prophéties contradictoires quant à la période de châtiment divin – 23 ans à partir de 1616 ou 1625, 1584-1667, 1453-1653 (p. 10v-11r)… Renvoyant ces chronologies dos à dos, l’auteur conclut que « les dispositifs de la corruption des mœurs » annoncent dès à présent des temps « plains de desolation » (p. 11r). L’opuscule se positionne ainsi comme un texte d’urgence et de crise : il invite ses lecteurs à scruter le présent pour en comprendre les dangers et agir afin de conjurer le pire.

De ce diagnostic découle un véritable programme politique. L’auteur identifie les responsables de la colère divine : « Depuis l’an 1500 jusques à l’an 1600, toute la chrestienté en l’Occident a esté traversee d’heretiques plus que depuis quinze cens ans auparavant, […] et le chancre n’est pas mort. […] Toute la chrestienté en a esté principalement empestee depuis cent ans en ça, et ceste contagion ne cesse point » (p. 6v et 7v). En désignant les protestants comme les coupables des malheurs qui affligent la chrétienté, l’auteur dévoile sa probable appartenance à la mouvance des catholiques zélés. Ce groupe social et confessionnel particulier, aux limites imprécises, à l’organisation mal connue et à l’évolution incertaine se caractérise par une opposition plus ou moins explicite à d’autres groupes de catholiques – et notamment les catholiques royaux – à propos d’un certain nombre d’idées2. Ainsi, à rebours de la politique menée par Marie de Médicis – qui renouvelle l’édit de Nantes et s’efforce d’en appliquer les dispositions3 –, l’auteur soutient que la cohabitation confessionnelle a échoué et qu’il faut en tirer les conséquences. Treize ans après l’imposition de cette solution par Henri IV, il en appelle à un changement : l’avènement d’un nouveau roi ouvre, selon lui, la possibilité d’un tournant salutaire.

Frans Pourbus le Jeune, Louis XIII enfant roi (1611), Palis Pitti. Source : Wikimedia / Jean-Pol Grandmont

Le texte place en effet Louis XIII au cœur de ce scénario. Longtemps éclipsé par la figure de Richelieu et souvent présenté comme un souverain effacé, le jeune roi incarne ici l’acteur décisif d’une restauration catholique. Selon l’auteur anonyme, « toutes propheties et revelations demeurent d’accord […] qu’un roy de France levera les armes en main forte contre [les Turcs] » (p. 12r-v). Cette croisade rêvée permettrait non seulement la reconquête des terres chrétiennes occupées par l’Empire ottoman, mais aussi l’avènement d’un projet visant à restaurer l’unité confessionnelle par les armes : l’auteur prédit que, par ce même souverain, « n’y aura au monde qu’un pasteur à une bergerie, tout schisme et heresies ostees, tous tyrans et meschans tuez et puniz ; y aura un s. pape, un s. clergé, un s. roy de France, assisté de sainte noblesse, et de bon peuple » (p. 12r-v) – un programme politique typique des catholiques zélés, entre projection du passé sur l’avenir et antiprotestantisme à peine voilé. En 1611, Louis n’a que neuf ou dix ans et ne règne que depuis un an, mais l’auteur lui attribue une mission quasi messianique : mettre fin à la parenthèse henricienne et incarner un nouveau départ pour la France et la chrétienté.

L’intérêt de La comete de l’ire de Dieu se mesure enfin à son réseau de production. Son imprimeur, Claude Percheron, actif de 1610 à 1628, reste une figure méconnue mais intrigante de l’actualité parisienne. Ses presses publient à la fois récits d’empoisonnement, prophéties, meurtres ou possessions diaboliques4 et commentaires serrés des événements politiques5. On sait en outre qu’il est condamné en 1607 à résider dans le périmètre de l’Université6, ce qui suggère que Percheron est à la fois très actif dans la vie politique des années 1610-1620 et inséré dans des réseaux potentiellement subversifs. Diffuser La comete de l’ire de Dieu en 1611 n’a donc rien d’anodin : c’est agir délibérément, par la diffusion de discours polémique, en faveur des idées catholiques zélées alors qu’un nouveau roi monte sur le trône. En outre, l’imprimé est réédité, en 1617, sous le titre Extrait des propheties et revelations des sainctz Peres, ensemble la noble fleur de lys de Louys treiziesme, roy de France et de Navarre7. Diffusées dans les suites immédiates du « coup de majesté » de Louis XIII8, les prédictions – légèrement modifiées par rapport au texte original de La comete – apparaissent alors comme un rappel adressé au souverain : désormais maître du royaume, il lui revient d’écarter la colère divine en menant une politique catholique offensive, contre les Turcs comme contre les protestants.

À VENIR

Cet imprimé se situe à la croisée de deux projets de recherche que je mène actuellement. Il appartient d’abord au corpus de ma thèse de doctorat, Une autre foi, une autre France. Les libelles imprimés par les catholiques zélés durant les guerres de Religion (1585-1629), dont je révise actuellement le manuscrit en vue d’une publication chez la librairie Droz. Il illustre aussi, de manière très concrète, la façon dont les récits de prodiges ont permis à divers acteurs d’élaborer des discours politiques parfois inattendus. C’est cette dynamique que je souhaite explorer, avec Cordelia Floc’hic, dans le cadre d’un colloque qui se tiendra les 12 et 13 février 2026 à l’Université de Lausanne : Présents prodigieux. Représentations, usages et savoirs de l’extraordinaire à l’épreuve du temps (XVe–XVIIe siècle) (appel à communications désormais clôturé).

BIBLIOGRAPHIE

Delphine Amstutz et Bernard Teyssandier (dir.), 1617, le coup d’État de Louis XIIIDix-Septième siècle, 276, 2017/3.

Nicolas Balzamo, Les miracles dans la France du XVIe siècle. Métamorphoses du surnaturel, Paris, Belles Lettres, 2014.

Hervé Drévillon, Lire et écrire l’avenir. L’astrologie dans la France du Grand siècle, 1610-1715, Seyssel, Champ Vallon, 1996.

Hélène Duccini, Faire voir, faire croire. L’opinion publique sous Louis XIII, Seyssel, Champ Vallon, 2003.

Jean-François Dubost, Marie de Médicis. La reine dévoilée, Paris, Payot & Rivages, 2009.

Jacques Halbronn, Le texte prophétique en France. Formation et fortune, thèse de doctorat, Université de Paris 10, 1999.

  1. L’USTC (6009617) n’en signale que trois exemplaires, dont l’un – à la Bibliothèque nationale de France – renvoie en réalité à un tout autre texte. Le Catalogue collectif de France identifie un troisième exemplaire, WorldCat un quatrième, et nos propres recherches en ont localisé un dernier à la Bibliothèque municipale de Lille []
  2. Ma thèse de doctorat, Une autre foi, une autre France. Les libelles imprimés par les catholiques zélés durant les guerres de Religion (1585-1629)  (soutenue à l’Université de Liège le 13 décembre 2023), a proposé d’évaluer leur action politique à travers les imprimés polémiques qu’ils ont publiés []
  3. Contrairement à ce qu’on a longtemps affirmé, la régente ne mène pas une politique confessionnelle antiprotestante, et les dévots qui l’entourent ne sont pas les héritiers des ligueurs. Voir Jean-François Dubost, Marie de Médicis. La reine dévoilée, Paris, Payot & Rivages, 2009. []
  4. USTC 6017867, 6012299, 6012547, 6010498, 6012773 []
  5. USTC 6009200, 6014592, 6018470, 6017854, 6010182, 6011170, 6009166, 6800289, 6015616, 6013685, 6012765, 6012384, 6012240 []
  6. Data.BnF : https://data.bnf.fr/fr/ark:/12148/cb155905406. Nous ne disposons pas d’informations supplémentaires sur le contexte et les implications exactes de cette sentence, mais on devine que celle-ci traduit un souhait de contrôler Percheron par les autorités religieuses. []
  7. Voir Jacques Halbronn, Le texte prophétique en France. Formation et fortune, thèse de doctorat, Université de Paris 10, 1999, vol. 2, p. 650-652. L’USTC (6014336 et 6012275) et la BnF attribuent cet ouvrage à Claude Villette, chanoine de l’église Saint-Marcel à Paris et auteur d’ouvrages sur l’histoire de l’Église ou le sacre des rois de France []
  8. Le 24 avril 1617, Louis XIII ordonne l’assassinat de Concino Concini, favori de Marie de Médicis qui est accusé d’avoir acquis une influence démesurée au sein du gouvernement du royaume. Cet épisode marque la fin d’une période d’entre-deux durant laquelle Louis XIII est majeur mais laisse sa mère exercer la réalité du pouvoir : par ce coup de majesté, le souverain prend les rênes du royaume. Voir Delphine Amstutz et Bernard Teyssandier (dir.), 1617, le coup d’État de Louis XIIIDix-Septième siècle, 276, 2017/3. []

Pépite : Henri III, pilote au cœur de la tempête (22 mai 1588)

Billet rédigé par Alexandre Goderniaux

Le 22 mai 1588 paraît La declaration de la volonté du roy faicte depuis son departement de Paris. Probablement imprimé à Chartres, le texte circule rapidement jusqu’à Paris, Lyon, et même Bruxelles1. Cet opuscule, représentatif des imprimés d’actualité que j’étudie dans le cadre du Work Package 3 du projet Capturing the Present, est conçu pour agir sur le présent avec effet immédiat. Il s’insère dans le contexte des guerres de Religion et tout spécifiquement de la Ligue, ce mouvement politico-religieux fondé en 1585 pour défendre la foi catholique et peser sur la succession royale. Durant ce conflit à la fois politique et religieux, l’imprimé d’actualité devient un outil stratégique, entre prise de parole publique et instrument de persuasion partisan.

À travers cette Declaration, Henri III expose sa lecture des événements survenus à Paris dix jours auparavant. Le 12 mai 1588, la tension atteint son comble dans la capitale : en réaction au déploiement des troupes royales, les Parisiens dressent dans les rues et les carrefours des barrages constitués de barriques – c’est la « journée des Barricades ». Le roi quitte Paris dans la nuit, contraint de laisser le champ libre aux ligueurs. Ceux-ci investissent rapidement les ateliers d’imprimerie pour proposer leur version des faits, largement favorable à leur cause2. Pendant dix jours, le silence du roi laisse le terrain médiatique à ses adversaires.

Avec la Declaration, Henri III reprend la parole et propose une interprétation alternative des événements. Contrairement aux récits ligueurs, qui suggèrent un complot ourdi par le pouvoir royal, le roi affirme avoir agi dans l’intérêt de la paix et de la sécurité publique. Il évoque certes le rôle du duc de Guise, mais sans en faire le principal responsable. Il préfère mettre en cause des éléments extérieurs à Paris, voire au royaume. Aussi la première et la seule intervention écrite d’Henri III sur la journée des Barricades est-elle placée sous le sceau de la concorde : en diffusant cet imprimé, le souverain cherche à reconstituer son autorité en fédérant autour de sa personne – objectif qui guidera son action politique jusqu’à la fin de l’année 1588, notamment aux États généraux qui s’ouvrent à Blois le 16 octobre3.

Le délai entre les événements du 12 mai et la publication du texte le 22 mai n’est sans doute pas fortuit. Il est possible qu’Henri III ait choisi de temporiser pour rendre sa parole attendue et donc plus audible. Ce document traduirait alors une volonté de redevenir, au moment où son pouvoir est au plus bas, le maître du jeu et du temps. Alors que la tempête politique gronde, le roi cherche à construire une image de pilote serein et magnanime, à incarner cet idéal renaissant du prince prudent qui saura guider le navire français à bon port. La Declaration de la volonté du roy montre ainsi combien les imprimés d’actualité, dans un contexte de conflit civil et religieux, ont été exploités par le prince pour infléchir le cours des événements par l’écrit ou pour exploiter les événements afin de reconquérir le pouvoir – autrement dit, pour agir au présent.

À VENIR

Ce billet donne un aperçu de recherches menées dans le cadre de ma thèse, que je souhaite reprendre prochainement en vue d’une publication sous la forme d’un ouvrage distinct, qui livrera un récit de la journée des Barricades au prisme des imprimés polémiques. Une sélection de ces textes pourra y faire l’objet d’une édition critique.

BIBLIOGRAPHIE

Fadi El Hage, La guerre de Succession de France. Henri IV devait-il être roi ?, Paris, Passés composés, 2023.

Alexandre Goderniaux, Un coup de majesté manqué. Henri III aux États généraux de Blois (16 et 18 octobre 1588), Genève, Droz, 2024.

Nicolas Le Roux, Les guerres de Religion. 1559-1629 Paris, Belin, 2009.

Idem, Un régicide au nom de Dieu. L’assassinat d’Henri III (1er août 1589), Paris, Gallimard, 2006.

Denis Pallier, Recherches sur l’imprimerie à Paris pendant la Ligue (1585-1594), Genève, Droz, 1975.

  1. L’Universal Short Title Catalogue répertorie une édition chartraine perdue (63863), douze éditions ou tirages parisiens, une à Lyon et une dernière à Bruxelles. []
  2. Ces textes ont été répertoriés par Denis Pallier, Recherches sur l’imprimerie à Paris pendant la Ligue (1585-1594), Genève, Droz, 1975, p. 254-256. À ma connaissance, la première recherche scientifique sur ces documents a été conduite dans le cadre de ma thèse, Une autre foi, une autre France. Les libelles imprimés par les catholiques zélés durant les guerres de Religion (1585-1629), thèse de doctorat en histoire, Université de Liège, 2023. []
  3. J’ai reconstitué ces stratégies dans Un coup de majesté manqué. Henri III aux États généraux de Blois (16 et 18 octobre 1588), Genève, Droz, 2024. []

Publication d’Elodie Lecuppre-Desjardin : “La rumeur entre présent immédiat et présent continu : les effets d’une histoire différentielle sur la société politique médiévale”

EN

Élodie Lecuppre-Desjardin, “La rumeur entre présent immédiat et présent continu : les effets d’une histoire différentielle sur la société politique médiévale”, “Dicitur”, Hearsay in Science, Memory and Poetry, Micrologus, XXXII, 2024, p. 419-433.

RESUME

L’historiographie a longtemps considéré la rumeur comme le versant populaire de la propagande validée par l’autorité. Mais grâce à des études récentes, la rumeur a changé de camp et s’est vue reconnaître une plasticité propre à renforcer l’arsenal des outils de communication et d’influence tout autant manipulés par le pouvoir en place. Sur la base de cas anglais, français et bourguignons, cet article analyse non seulement les mécanismes de la rumeur (ses thèmes de prédilection, ses moyens de diffusion, les caractéristiques de sa crédibilité et de sa plausibilité), mais aussi son rapport au temps. En essayant de comprendre les raisons de son infinie répétition, la notion “d’histoire différentielle” permet de saisir les présents d’une époque et l’importance de la perception subjective comme moteur du caractère cyclique de la rumeur, sans cesse relancée dans le temps en fonction des attentes propres à chaque individu.

Publication by Elodie Lecuppre-Desjardin : “La rumeur entre présent immédiat et présent continu : les effets d’une histoire différentielle sur la société politique médiévale”

FR

Elodie Lecuppre-Desjardin, “La rumeur entre présent immédiat et présent continu : les effets d’une histoire différentielle sur la société politique médiévale”, “Dicitur”, Hearsay in Science, Memory and Poetry, Micrologus, XXXII, 2024, p. 419-433.

ABSTRACT

Historiography has long considered rumor as the popular side of propaganda validated by the authority. But thanks to recent studies, rumor has changed side and has been recognized for a plasticity suitable for strengthening the arsenal of tools manipulated just as much by the power in place. In this article, and on the basis of English, French and Burgundian cases from the end of the Middle Ages, I analyze not only the mechanisms of rumor (its favorite themes, its means of dissemination, its sources of credibility and plausibility), but also its relation to time. By trying to understand the reasons for its infinite repetition, I introduce the notion of “differential history” allowing us to grasp the presents of en era and the importance of subjective perception as a driving force behind the cyclical nature of rumor, constantly revived over time, according to the expectations specific to each individual.