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Pépite : « Secourir au feu de meschief » : lutter contre les incendies à Lille au XVe siècle

Incendie de Tarse en -333 BANDEAU

Billet rédigé par Anne-Frédérique Provou

« Incendie de Tarse en -333 », Histoire d’Alexandre le Grand, BnF, ms fr 47

Les villes médiévales ne sont pas réputées, en Europe occidentale, pour avoir innové dans leur lutte contre les incendies. Jean-Pierre Leguay rappelait en 2015 qu’elles avaient perdu les techniques employées dans l’Antiquité romaine pour neutraliser les feux :

« Aucune solution n’est réellement trouvée pour éteindre les feux gigantesques qui dévorent périodiquement les villes médiévales […]. Le matériel efficace est pratiquement inexistant, les pompes et les siphons connus dans les mines allemandes et wallonnes inutilisés, les secours mal organisés et, pire encore, les municipalités se heurtent sans cesse à un manque de solidarité. » 1

À première vue, force est de constater que la ville de Lille ne fait pas exception. Elle n’a nullement innové sur le plan technique pour lutter contre les incendies, alors même que la ville n’échappait pas plus que ses consœurs urbaines à ce fléau fréquent, les constructions étant souvent réalisées dans des matières inflammables (bois, chaume…). Pour autant, les feux de meschief sont une thématique récurrente dans les bans lillois (textes normatifs urbains) et méritent qu’on s’y intéresse. Le nombre important de bans à ce sujet, plusieurs fois renouvelés, et l’adoption de nouveaux statuts prouvent la nécessité pour les magistrats lillois d’anticiper et d’éviter au maximum ces incendies domestiques accidentels.

Le terme « nécessité » n’est pas choisi au hasard. Le mot n’est certes employé qu’une seule fois dans les bans lillois relatifs aux feux de meschief entre 1395 et 1500, mais avec d’autres formules, il rappelle la nécessité d’agir rapidement, dans l’urgence, pour éteindre les incendies et prévenir leur arrivée.2 Les termes peril (de feu) et perilleu[x] apparaissent treize fois sur un total de 29 bans, sans compter le souci des échevins – dirigeants de la ville – de [préserver] les Lillois des incendies.3 Les bans font ressentir l’urgence de la situation et si le nom « urgence » en lui-même n’existe pas encore au Moyen Âge, contrairement à l’adjectif « urgent », l’idée est bien présente lorsque le clerc de la ville écrit à quatre reprises qu’il faut agir incontinement et sans delay. Les incendies pressent les échevins à réagir pour anticiper et limiter au maximum ces situations de crise et d’exception.

Quels sont ces nouveaux statuts, régulièrement renouvelés au cours du XVe siècle et qui, à défaut d’innover sur le plan technique, marquent tout de même le souci constant des échevins de lutter contre ce fléau ? La première mesure apparaît le 12 avril 1397 lorsque les échevins enjoignent à tous les habitants de tenir au-devant de leur maison des récipients d’eau près des nocs, c’est-à-dire des gouttières, qui se rempliront naturellement grâce aux eaux de pluie.4 Ce ban fut régulièrement renouvelé au cours du XVe siècle, comme l’illustrent les registres étudiés. Le 29 avril 1446, les échevins ajoutent que chacun doit tenir devant sa demeure des échelles prêtes à l’emploi.5 De nombreuses villes à l’époque médiévale et moderne édictèrent des bans semblables, conservant prêts à l’usage des seaux d’eau et des échelles pour éteindre les feux avant qu’ils ne prennent de l’ampleur.6 Une autre mesure concerne en juin 1397 les bourreez et raimes, c’est-à-dire les branchages et fagots que les marchands de bois, les fourniers et les brasseurs utilisaient pour leur activité professionnelle, soit pour les vendre, soit pour les brûler. L’essentiel de ces matières inflammables et dangereuses doit être stocké en dehors de la ville, par mesure de précaution.7 Toujours en juin 1397, les échevins obligent chaque chef de maison de plus de vingt ans à participer en personne au guet de nuit, afin de repérer les départs d’incendie et d’avertir la population au besoin. Si la personne en question était trop âgée, elle devait désigner quelqu’un pour la remplacer.8 Là encore, la mesure est fréquente dans les villes de l’époque. Le 22 juin 1397, il est également interdit aux habitants de la ville d’allumer des feux dans les rues et les quaufours (fours à chaux) les jours et les nuits de la saint Jean-Baptiste et de la saint Pierre, soit entre le 20 et le 24 juin. Cette période correspond aux festivités de la saint Jean, où il est coutume de sauter au-dessus de feux pour fêter le solstice d’été. La date du ban indique que les autorités craignaient qu’un incendie n’éclate lors de ces jeux.

La multiplication des bans contre les feux de meschief au printemps et à l’été 1397 (cinq en tout) suggère la survenue d’un incendie la même année, ce que confirme le registre de comptes de l’année 1397, qui fait mention de seaux en cuir réparés afin d’éteindre un incendie.9 Les autorités urbaines anticipent et tirent des leçons du présent en prenant leurs dispositions pour prévenir les incendies qui pourraient advenir dans le futur. Les registres urbains, outils de travail pour les élites dirigeantes, donnent à voir des échevins pragmatiques et des normes juridiques adaptées à la vie au jour le jour des citadins et prêts à répondre à leurs besoins, ce qui révèle un certain « présentisme » de la part de ces élites.10 Certes, les hommes du Moyen Âge n’ont pas innové techniquement dans leur lutte contre les incendies, mais ils n’ont pas subi pour autant ces fléaux sans agir, ce qui remet en perspective les conclusions généralement tirées à ce sujet par les historiens ayant étudié les incendies urbains au Moyen Âge et dans la première modernité.

Il est tout de même troublant de constater que les bans ne sont pas automatiquement renouvelés tous les étés, périodes propices aux incendies. À première vue, les échevins donnent l’impression d’agir contre les feux de meschief uniquement lorsque l’un deux se déclare dans la ville, comme en 1397, un sentiment d’urgence favorisant alors la prise de décision. Certes, l’ensemble des bans municipaux de la fin du Moyen Âge n’ont pas été conservés, mais les manques sont tout de même visibles. L’extrait qui suit date du 10 janvier 1483 et renouvelle les mesures prises en 1397 : placer des seaux d’eau et des échelles devant les maisons et veiller à la bonne réalisation du guet. Or ces statuts n’avaient plus été renouvelés depuis l’été 1469, soit quatorze ans auparavant. Même si l’on peut supposer, en s’appuyant sur d’autres bans de ce type, que les règlements de 1469 avaient pour objectif d’être appliqués entre une et trois années, l’espace temporel pendant lequel les bans ne furent pas renouvelés – du moins dans les registres de la ville – reste conséquent.

« Et sy fay le ban comme dessus que il ne soyt personne qui mefface aux eschielles mises sur lesdittes maisons ne respande les eauwes mises aux huys d’icelles pour subvenir audit dangier de feu et ne meffache aussy au ghet ordonné a veillier le feu et le chandeille avant les rues de ceste ditte ville pour la preservacion dudit feu de meschief sur a panir de ban criminel toutes et quanteffois que aucuns feroyt le contraire. »11

Extrait d’un registre aux bans lillois, AML, BB 378, fol. 111

Mais l’extrait précédent, comparé à d’autres renouvellements de bans sur le même sujet, montre en réalité que ces pratiques étaient devenues, à la fin du XVe siècle, une habitude pour les Lillois, à tel point que les registres n’ont plus besoin de revenir sur les dispositions prises dans le détail, ou même de rappeler que les bans ont été renouvelés. Les mentions de renouvellement sont pourtant très brèves dans les registres lillois et rapides à écrire, mais le clerc de la ville n’enregistre le plus souvent que les mesures nouvelles : ce sont ces dernières qu’il faut décrire pour bien les annoncer à la bretèche de l’hôtel de ville12, et non les bans tant répétés qu’ils sont finalement connus de tous et maîtrisés par cœur par le héraut de la ville, chargé d’annoncer à haute voix sur la place du marché les normes à respecter. La nouveauté est devenue habitude et rituel bien maîtrisé par les habitants de la ville et leurs dirigeants : l’innovation juridique s’est faite norme, aussi bien dans le texte que dans les pratiques.

A VENIR

Ces réflexions sont issues d’un travail de thèse mené sous la direction d’Élodie Lecuppre-Desjardin : « Innover sans le dire ? Réformer la ville dans les anciens Pays-Bas bourguignons au XVe siècle ».

Bibliographie

– Christine Felicelli, « Le feu, la ville et le roi : l’incendie de la ville de Bourges en 1252 », Histoire urbaine, 2002, vol. 1, n°5, p. 105-134, consulté en ligne le 29/01/2026.

– David Garrioch, « Towards a fire history of European cities (late Middle Ages to late nineteenth century) », Urban History, t. 46, n°2, 2019.

– François Hartog, Régimes d’historicité. Présentisme et expérience du temps, Paris, Éditions du Seuil, 2003.

– Jean-Pierre Leguay, Le feu au Moyen Âge, Rennes, Presses Universitaires de Rennes, 2015, consulté en ligne le 29/01/2026.

– Julien le Mauff, L’empire de l’urgence ou la fin politique, Paris, PUF, 2024.

Nous renvoyons aussi au projet dirigé par Janna Coomans, (In)flammable cities: Rethinking Crisis, Resilience and Community in the Low Countries, 1200-1650 (2021-2026).

  1. Jean-Pierre Leguay, Le feu au Moyen Âge, Rennes, Presses Universitaires de Rennes, 2015, conclusion de la partie V « La lutte contre l’incendie » du chapitre 14, consulté en ligne le 29/01/2026. ↩︎
  2. Nous faisons référence plus précisément aux registres aux bans BB 374 (1395-1407), BB 375 (1414-1421), BB 376 (1421-1443), BB 377 (1441-1447) et BB 378 (1369-1506) conservés aux Archives Municipales de Lille, abrégé AML. ↩︎
  3. L’expression exacte est preservacion dudict feu de meschief (AML, BB 377, fol. 129v, 22 avril 1468). ↩︎
  4. AML, BB 374, fol. 35. ↩︎
  5. AML, BB 377, fol. 70v-71. Là encore ces bans furent renouvelés tout au long du XVe siècle (BB 378, fol. 62v). ↩︎
  6. David Garrioch, « Towards a fire history of European cities (late Middle Ages to late nineteenth century) », Urban History, t. 46, n°2, 2019, voir la partie III : « Responses to fire: prevention and fire-fighting ». ↩︎
  7. AML, BB 374, fol. 37. Le statut est renouvelé mot pour mot le 11 mars 1399, le 1er juin 1402 et le 9 mars 1406 (fol. 59v, 86v et 134v). ↩︎
  8. Ibid., fol. 37. Ce ban est renouvelé le 6 avril 1402, le 5 mai 1403 et le 24 avril 1405 (fol. 85, 101 et 122v). ↩︎
  9. AML, CC 16130 (1397), p. 81 de la numérisation en ligne. ↩︎
  10. La notion est empruntée à François Hartog, Régimes d’historicité. Présentisme et expérience du temps, Paris, Éditions du Seuil, 2003. ↩︎
  11. AML, BB 378, fol. 111. ↩︎
  12. Petite tribune extérieure, balcon dans les hôtels de ville au Nord du royaume de France, qui regarde la place principale et sert aux publications officielles. Les registres aux bans lillois précisent régulièrement que les nouveaux statuts étaient proclamés à la bretesque de la ville. ↩︎

Gem: An emblem to mirror the narrative? Exploring the iconography of an Antwerp newsprint on the Guelders War of 1538-1543.”

Article written by Marie Verbiest

Sekere nyeuwe tijdinghe, printed in Antwerp (1543) USTC n° 408361)

Introduction

When preparing a presentation on the mediatization of the Guelders’ conflict of 1538-1543, I came across a rather unusual newsprint, not so much for its content as for the imagery it presented. Entitled Sekere nyeuwe tijdinghe vanden furst van Cleve ende Gulick wat steden, sloten ende dorpen etc dat hem afhendich ghemaect sijn, ende wat in brande ghesteken sijn, this newssheet recounts the various “cities, castles and villages” that had been seized by imperial forces from the Duke of Cleves, and, more importantly, which places “have been set on fire”1. Right beneath this lengthy title, we can see an imperial emblem. The peculiarity of this print lies not in the presence of the imperial emblem itself, which was very common, but in the small flames encircling it. Since the news report recounts areas that were set on fire, might the symbol have been intentionally adapted to reflect the content of the text? Can we, in other words, speak of an ‘actualization’ of a political emblem in light of a current event?

Mediatization of a conflict

When Charles II of Egmond (1467-1538), duke of Guelders, dies without an heir in the summer of 1538, a regional succession crisis provokes a large-scale international conflict implicating among others the Habsburg emperor, the French king, the Schmalkaldic League and the Ottomans. Charles V (1500-1558) had claimed his rights to the duchy as the descendant of the Dukes of Burgundy, since both his great-grandfather Charles the Bold (1433-1477) and his grandfather Maximilian I (1459-1519) had held the ducal title of Guelders2. Charles II of Egmont, however, had made a secret agreement with Francis I (1494-1547) in 1534, promising to grant the French king the duchy of Guelders upon his death. The Guelders’ Diet (Landdag) of 1537, on the other hand, rejected both candidates and appointed William V Duke of Cleves (1516-1592) instead. An armed conflict ensued in 1542-43, opposing the army of William V, aided by the French, and the imperial troops. This ended only in the summer of 1543, when the imperial army conquered Guelders and it was incorporated into the Habsburg Netherlands3.

Left: Portrait of Charles II of Egmond (1462-1538), duke of Guelders and count of Zutphen, oil on canvas, 46.5 x 58 cm (ca. 1518-1600), Museum Arnhem. Right: Clouet François, William V of Mark, duke of Cleves, Julier and Berg, called “the Rich” (1516-1592), black chalk on paper, 332 x 223 cm (ca. 1541), Musée Condé.)

Many contemporary newssheets printed all over Northwestern Europe testify to the destruction and violence that followed this succession crisis, especially in the Low Countries. As is the case with the print in question, several of these reports were composed in rime, meant to be recited or sung as well as read. Compared to newssheets written in prose, these prints favour a more literary use of language that infuse the text with symbolic meaning. This can be seen, for example, when our print describes the invasion by the Guelders’ army into Brabant (‘the lion’), which was eventually deterred by imperial troops (‘the eagle’): 

Si moghen den leuwe wel verradelick in sijn landen sluypen
Maer om te verscueren is hi te scarp getant den Arent doet hem onderstant
Hy ontluyct clauwen ende vlercken
Het tkeysers macht is quaet taenmercken.

They may treacherously stalk the lion in his own land
But he is too sharp-toothed to be torn apart the Eagle comes to his aid
He unfurls his claws and wings
The emperor’s power is hard to ignore4.

A Burgundian symbol

To return to our emblem, like on most of these prints, we can see a version of the imperial symbol of Charles V printed right on the first page: the two-headed eagle, the imperial crown, the Order of the Golden Fleece collar, the columns of Hercules with the famous “Plus Ultra” slogan, or – in this case – a combination of all four elements. Our print, however, is the only one – to my knowledge – that exhibits the imperial emblem with a remarkable addition: small flames surrounding the imperial crown.

zoom in on the emblem, Sekere nyeuwe tijdinghe, printed in Antwerp (1543) USTC n° 408361)

Flames or sparks that accompany a fire or flint stone (fusil or briquet in French) was the chosen symbol of Philip the Good (1396-1467), Duke of Burgundy, and appears as early as 1420 in his inventories. The symbol is generally interpreted as representing a policy of military aggression, chosen in response to the assassination of John the Fearless (1371-1419)5.

The symbol of the ‘fusil’ or flint stone surrounded by flames in the marginal decoration of the ducal copy of Le Mortifiement de Vaine Plaisance by René of Anjou, Brussels, KBR, MS. 10308, fol. 1, https://devise.saprat.fr/embleme/fusil

Dissecting the emblem printed on the title page of the newssheet in question, then, we can identify the flames along with the collar of the Order of the Golden Fleece as clear Burgundian symbols. The identification with Charles’ Burgundian heritage becomes even more apparent when we look at the content of the text itself. For example, our newsprint starts the text as follows: 

Verblijt this tijt, ghi Borgoensche sinnen, 
van deser blijder maren

Rejoice in this time, you Burgundian souls, 
of these cheerful tales

In general, newsprints on the Guelders’ War of 1538-43 portray the conflict, as well as the people and lands it affected, as distinctly ‘Burgundian’. Throughout the text, the imperial troops are consistently called ‘the Burgundians’ and we find multiple references to their bravery and military prowess. Even the lands that they took from the Duke of Cleves had, according to the text, “already wished to become Burgundian”6.

An emblem between symbolism and pragmatism

Refocusing on our peculiar emblem, it seems to me that its presence could be explained by several possible scenarios. Of course, first of all, it is possible that this emblem was simply the (only) one the printer had available. In this case, its presence merely testifies to an imperial- or ‘Burgundian’-minded printer, as evidenced by the content of the text itself, and nothing more. Unfortunately, given that the newssheet itself gives very little information as to the circumstances of its production, we know hardly anything about the creators or their intentions. We are left to wonder why the printer had this specific emblem in his possession, and what other purposes it could have served.

The second option echoes the question I introduced at the start of this post: could the emblem have been adapted to reflect the content of the text? Could it be that small flames were added because the narrative itself discusses cities and villages that had been set on fire? This seems plausible, considering that I have not (yet) found this particular emblem on any other print7. There are, however, other instances where a woodcut image has been modified to fit the topic of the print. One example is a news report on the sack of Rome, printed in Antwerp in 1527: it used a woodcut from a 1520 print and added a small shield displaying the letters ‘SPQR’, effectively identifying the city in the image as Rome8. Given that the reuse and ‘customizing’ of existing woodcuts to fit different purposes was a common, cost-efficient practice, it is entirely possible that this is the case with our newsprint9.

Left: Gherechtighe copie vander nieuwer tidinghe, printed in Antwerp by Jacob van Liesvelt (1527) USTC n° 415552; Right: Of the newe landes and of ye people founde, printed in Antwerp by Jan van Doesborch (1520) USTC n° 410154

In a third scenario, the imperial emblem could have been intentionally modified to highlight or accentuate Charles V’s Burgundian legacy, seeing as this plays a major role in the Guelders’ conflict. As mentioned earlier, many newsprints on the topic frame the conflict as one between the ‘Burgundian emperor’ and his ‘Burgundian Netherlands’ on the one hand, and the Duke of Cleves – who is, in reality, under the control of the French king – on the other. From this perspective, it makes sense that the emblem would be adapted to call attention to Charles’ Burgundian heritage. We could even argue that the flames are used in the same way as under Philip the Good, expressing the military dominance of the Habsburg-Burgundian house over the French kingdom.

Conclusion

Considering these different options, a few points can be made with reasonable certainty: the little flames are undoubtably a Burgundian symbol that – whether intentionally or not – underscore the topic and narrative of the text. Moreover, like we’ve seen, woodcuts could be adapted to fit the topic of the text. This adaptability illustrates the nuanced interaction between text and image – an aspect I intend to explore further in my study of this medium. With the aforementioned elements in mind, I lean more towards the second and third scenario, in which the emblem is effectively adapted to the text. Ultimately, whatever the intentions of the author or printer – and whether the emblem was meant to echo the text or not – the newssheet effectively highlights both Charles V’s Burgundian heritage and his military dominance, conveyed through the text itself and the imperial symbol that accompanies it.

TO COME

I am grateful to Elodie Lecuppre-Desjardin and Maxim Hoffman of our WP 3 for sharing their time and insights, which greatly helped in shaping my reflections on this topic. This post is connected to my ongoing research on the mediatization of the Guelders’ conflict, a part of which I presented at the 66th Rencontres of the Centre Européen d’Études Bourguignonnes (CEEB) in Paderborn in September 2025. Here my focus lay on the peculiarities of the ‘media coverage’ of this conflict, as well as the narrative portrayal of those in power in these newsprints. The collected papers of this conference are expected to be published in the autumn of 2026. Within the scope of my thesis, entitled “Expanding Horizons. Media Impact of International Events in Printed News Reports in the Early Sixteenth Century”, the Guelders War of 1538-43 is one of the six events that I study to examine the media impact of early sixteenth century events in printed news reports.

BIBLIOGRAPHY

Sources

Sekere nyeuwe tijdinghe vanden furst van Cleve ende Gulick wat steden sloten, ende dorpen, & dat hem afhendich ghemaect sijn, ende wat in brande ghesteken sijn, printed in Antwerp (1543), USTC n° 408361, Centrale Universiteitsbibliotheek Gent: Rés. 423/3, digitized version via Google.

Gherechtige copie vander nieuwer tidinghe welcke die ionghe Montrichart ghebracht heeft van Roomen, printed in Antwerp byJacob van Liesvelt (1527) USTC n° 415552, Centrale Bibliotheek van de Universiteit Gent: Meul 11/2, digitized version via Google. Of the newe landes and of ye people founde by the messengers of the kynge of Portygale named Emanuel, printed in Antwerp by Jan van Doesborch (1520) USTC n° 410154, British Library London: G.7106, digitized version via USTC.

Literature

Arthur M. Hind, An Introduction to a History of Woodcut, 2 vols, Houghton Mifflin: Boston, 1935.

Renate Holzschuh-Hofer, ‘Feuereisen im Dienst politischer Propaganda von Burgund bis Habsburg. Zur Entwicklung der Symbolik des Ordens vom Goldenen Vlies von Herzog Philipp dem Guten bis Kaiser Ferdinand I.’, RIHA Journal 6 (2010): 1-47.

Marjolijn Kruip, ‘Jan van Battel (1477-1557), (heraldisch) schilder in Mechelen. Kunstenaar, werken en nieuwe vondsten’, Handelingen van de Koninklijke Kring voor Oudheidkunde, Letteren en Kunst van Mechelen 119 (2015), 105-139.

Elodie Lecuppre-Desjardin, The Illusion of the Burgundian State, trans. by Christopher Fletcher, Manchester University Press: Manchester, 2022.

Markus Neuwirth, ‘Plus Ultra – Origins and Impact of Emperor Charles V’s Imprese’, Plus Ultra. Beyond Modernity, Stefan Bidner (ed.), Thomas Feuerstein (ed.), Frankfurt am Main, Revolver, 2005, 305-352.

Aart Noordzij, Gelre: dynastie, land en identiteit in de late middeleeuwen, Hilversum, Uitgeverij Verloren, 2008.

Marion Pouspin, ‘La relation texte-image dans les pièces gothiques. De la pensée conceptuelle des imprimeurs à l’expérience du lecteur’, Perspectives Médiévales 38 (2017),

Earl E. Rosenthal, ‘The Invention of the Columnar Device of Emperor Charles V at the Court of Burgundy in Flanders in 1516’, Journal of the Warburg and Courtauld Institutes 36 (1973): 198-230.Steven Thiry, Anne-Laure Van Bruaene, ‘Burgundian Afterlives: Appropriating the Dynastic Past(s) in the Habsburg Netherlands’, Dutch Crossing 43, n° 1 (2019), 1-6.



  1. Sekere nyeuwe tijdinghe vanden furst van Cleve ende Gulick wat steden sloten, ende dorpen, & dat hem afhendich ghemaect sijn, ende wat in brande ghesteken sijn, printed in Antwerp (1543), USTC n° 408361, Centrale Universiteitsbibliotheek Gent: Rés. 423/3, digitized version on Google Books [↩]
  2. Aart Noordzij, Gelre: dynastie, land en identiteit in de late middeleeuwen (Hilversum, Uitgeverij Verloren, 2008), 52. [↩]
  3. Ibid., 177-179. [↩]
  4. Any translation into English is mine. [↩]
  5. https://devise.saprat.fr/embleme/fusil [↩]
  6. “Die landen willen al borgoens wesen”, my italics. [↩]
  7. We do, of course, find the ‘briquet’ surrounded by flames incorporated in imperial artworks such as the tryptic made by Jan van Battel in 1517-18, or in the heraldic representations painted in the Cathedral of Barcelona for the XIX Chapter meeting of the Order of the Golden Fleece in 1519: Jan van Battel, ‘Triptiek met Karel van Habsburg als koning van Spanje’ (1517-1518) oil on canvas (97,7 x 67,3 cm – middle pannel) (97,7 x 33,4 cm – side pannels), Hof van Busleyden, Mechelen; Markus Nieuwirth, ‘Plus Ultra – Origins and Impact of Charles V’s Imprese’, Plus Ultra. Beyond Modernity, Stefan Bidner (ed.), Thomas Feuerstein (ed.) (Frankfurt am Main, Revolver, 2005), 333. [↩]
  8. The print on the sack of Rome: Gherechtige copie vander nieuwer tidinghe welcke die ionghe Montrichart ghebracht heeft van Roomen, printed in Antwerp by Jacob van Liesvelt (1527) USTC n° 415552. The print displaying the same woodcut-image: Of the newe landes and of ye people founde by the messengers of the kynge of Portygale named Emanuel, printed in Antwerp by Jan van Doesborch (1520) USTC n° 410154. The image in this last print is potentially a portrayal of the Siege of Jacob’s Ford (1179). [↩]
  9. Arthur M. Hind, An Introduction to a History of Woodcut, 2 vols, II (Houghton Mifflin: Boston, 1935): 284-285; Marion Pouspin, ‘La relation texte-image dans les pièces gothiques. De la pensée conceptuelle des imprimeurs à l’expérience du lecteur’, Perspectives Médiévales 38 (2017), URL : http://journals.openedition.org/peme/12646. [↩]

Pépite : La lèpre ou le feu ? – représenter l’incendie de Delft à l’aune des conflits confessionnels

Billet rédigé par Cordélia Floc’hic

“Int iaer ons heeren duijsent vijf hondert ses en dortich op heijlich Cruijs dach datmen de stadt delft branden sach opden dorden dach meij”
« En l’an de notre Seigneur mil cinq cent trente-six, le jour de la Sainte Croix, on vit la ville de Delft brûler, le troisième jour de mai. »

Le 3 mai 1536, un violent incendie détruit les trois quarts de la ville de Delft. Des sources postérieures documentent l’événement et en énoncent les diverses causes. Lodovico Guiccardini dans sa Description de touts les Pays-Bas (1567) mentionne un « cas fortuit1 » sans apporter davantage de détails. Cornelius Aurelius dans ses Chronijcke, Die van Hollant, Zeelant ende van Vrieslandt (1595) omet l’origine de la catastrophe et insiste sur sa soudaineté et son intensité. Abraham Goos et Reiner Telle, dans leur ouvrage Nieuw Nederlandtsch caertboeck (1616), blâment quant à eux le vent dont les bourrasques répandent des cendres ardentes dans la ville.

Cet incendie est un fait marquant de l’histoire de Delft. Il donne lieu à des représentations discursives et visuelles qui, en plus de cristalliser le moment du drame, rendent compte des réactions et de la réception de l’événement.

L’estampe étudiée est de petit format (119 mm x 96 mm) et est réalisée par un artiste anonyme probablement entre 1536 et 1599. Seule la signature en bas à gauche « S.K exc » nous fournit une indication lacunaire sur l’identité de l’éditeur de l’œuvre. Elle est par ailleurs la seule estampe attribuée à cet imprimeur.

La composition de l’œuvre retient tout particulièrement notre attention. Fait étonnant, l’incendie n’occupe pas le premier plan alors même qu’il est le sujet désigné de l’estampe. Le bâtiment mis en avant est la « Laservs Huys » (la maison de Lazare), un lieu consacré aux soins des lépreux, dont la première mention dans les sources date de 13562. Malgré l’aspect schématique de l’estampe, la figuration de la bâtisse est relativement fidèle à la réalité. Le mur érigé autour de l’édifice, symbole de l’exclusion des malades, y est bien figuré3. La ville en feu apparaît à l’arrière-plan. Elle est représentée de manière synthétique. Quatre tours dominent un amoncellement de maisons. Nous reconnaissons les clocher de la Nieuwe Kerk (à l’extrême gauche de la ville) ainsi que celui de la Oude Kerk (Il s’agit de la troisième tour.). Deux représentations de ces églises en permettent l’identification formelle.

 Cette estampe soulève de nombreuses interrogations en raison du peu d’informations connues à son sujet. Parmi les éléments les plus singuliers figure l’association de l’incendie et de la léproserie, du désastre environnemental et de la catastrophe sanitaire, une articulation rare. Nous pouvons établir un parallèle avec un épisode de l’Ancien Testament issu du livre de Job. Ce dernier subit les nombreuses agressions de Satan dont une maladie que l’exégèse médiévale identifie à la lèpre4, et le brûlement de ses biens par le feu du ciel. L’association de ces deux châtiments se retrouve dans les représentations de la tentation de Job du début de la période moderne5. C’est le cas par exemple dans l’estampe réalisée par le Monogrammiste CV en 1524.

 L’observation de l’œuvre met d’emblée en évidence sa teneur moralisante. La mise en avant des églises delftoises embrasées, la nature ecclésiastique des trois uniques figures et l’invitation à la louange divine du chapelain6 admoniteur confirment le ton édifiant adopté par l’artiste. L’image de la ville en flammes en tant que châtiment divin apparaît fréquemment dans la Bible. La fonction et la cause du feu sont notamment décrites dans le livre de Job par Eliphaz de Théman. Ce dernier déclare que « La maison de l’impie deviendra stérile, Et le feu dévorera la tente de l’homme corrompu »7. La lèpre, quant à elle, si elle souffre d’une symbolique négative, est tout de même attachée à certaines figures saintes comme Job et Lazare. Les lépreux peuvent même être considérés comme des « image[s] du Christ souffrant »8.

Ainsi, nous constatons des correspondances compositionnelles entre notre estampe et le canon représentatif de la tentation de Job. Un élément essentiel diffère cependant. Si la léproserie est bien au premier plan, aucun ladre n’y apparaît. Nous pouvons alors suggérer que l’absence de malades soutient la signification positive allouée à la léproserie. Le bon fonctionnement de la maison de Lazare est assuré par des religieux dévoués, à l’inverse des habitants de la ville pécheresse enflammée.  L’identité des impénitents visés par l’estampe nous interroge alors. Depuis l’incendie du 3 mai 1536, la ville de Delft est agitée par des dissensions politico-religieuses. Nombreux sont ceux qui adhèrent aux préceptes luthériens et anabaptistes9. Nous pourrions alors proposer une analyse de l’œuvre nourrie par les conflits confessionnels. L’incendie résulterait de l’impiété réformée en opposition à la noblesse et la simplicité des catholiques qui s’ostracisent pour venir en aide aux malades et sont par conséquent épargnés du châtiment divin.

La datation approximative de l’œuvre peut nous encourager à formuler une hypothèse supplémentaire. Trente ans après le terrible incendie, la ville de Delft connaît d’importantes destructions lors de la furie iconoclaste. Les deux églises figurées sur notre estampe sont gravement endommagées. Nous pourrions alors suggérer que cette œuvre établit d’une part une analogie entre la tentation de Job et l’incendie de Delft par un procédé typologique fréquemment employé durant la période étudiée. D’autre part, elle unirait ces deux récits à un troisième, celui des affrontements iconoclastes de 1566.

Il convient enfin, de s’intéresser à la diffusion de cette estampe. Elle possède une fonction ouvertement didactique assurée par plusieurs éléments qui en accompagnent la lecture. Les diverses légendes rapportent l’incendie succinctement (voir le cartel en dessous de la scène gravée), les paroles des protagonistes((Voir l’estampe « godt sij gelooft », « Dieu soit loué « ; « Delft brant », « Delft brûle ». )) (à proximité des figures) et désignent les lieux figurés (au-dessus de la ville de Delft et de la léproserie). À cela s’ajoutent son format restreint et le fait que les inscriptions soient en langue vernaculaire. Ces éléments pourraient alors nous inciter à concevoir cette estampe comme destinée à un large public. Ce que semble confirmer le nombre de versions conservées encore aujourd’hui10, et les nombreuses réimpressions dont elle a fait l’objet11.

L’estampe de l’incendie de Delft illustre alors un mécanisme de récupération et d’adaptation d’un thème canonique, celui de la punition divine par le feu, à un présent marqué par de vives tensions religieuses.

À venir

J’aurai l’occasion d’étudier à nouveau les représentations de l’incendie de Delft, par la cartographie cette fois, dans le cadre du colloque « La ville au présent : temporalités et rythmes urbains en Europe occidentale (XIVe-XVIIe siècles) » qui se déroulera à l’Université de Lille du 1 au 3 octobre 2025.
De plus, ce billet s’inscrit dans le cadre plus large de ma thèse de doctorat consacrée aux représentations littéraires et visuelles des incendies provoqués par des phénomènes météorologiques en France et aux Pays-Bas du XVe au XVIIe siècle.

Bibliographie

Sources primaires

AURELIUS, Cornelius, Chronijcke, Die van Hollant, Zeelant ende van Vrieslandt, Amsterdam, Cornelis Claesz., 1595

GOOS, Abraham, TELLE, Reiner, Nieuw Nederlandtsch caertboeck, Amsterdam, Abraham Goos, 1616.

GUICHARDIN, Lodovico, Description de touts les Pays-Bas, autrement appelez, la Germanie inferieure, ou Basse Allemagne , par messire Loys Guicciardin gentil-homme Florentin : maintenant reveuë, & augmentée plus que de la moitié par le mesme autheur. Avec toutes les cartes geographiques desdicts pays, & plusieurs pourtraicts de villes & autres bastimens en belle perspective tirez par M. Pierre Keere. Derechef illustrée de plusieurs additions remarquables, par Pierre du Mont. Avec un indice tres-ample des choses les plus memorables, Arnhem, Jean Jeansz., 1613.

Sources secondaires

GRÖN, K, “Leprosy in Literature and Art” in International Journal of Leprosy, vol.41, n.2, 1973, pp.249-283.

LEEUWEN, Daan van, Het lazaren huys buyten. Een onderzoek naar de laatmiddeleeuwse stichtingen van Hollandse leprooshuizen in Europees perspectief, Mémoire de master, Université de Leiden, sous la direction de Dr. A Janse et Prof, dr. P.C.M. Hoppenbrouwers, 2013.

MONTIAS, John Michael, Vermeer and his milieu. A Web of Social History, Princeton, Princeton University Press, 2018.

De Stad Delft, cultuur en maatschappij tot 1572, (cat.exp., Delft, Princenhof museum, 15 décembre 1979-17 février 1980), Delft, Princenhof museum, 1980.

  1. GUICCARDINI, Lodovico, Description de touts les Pays-Bas, Arnhem, Jean Jeansz., 1613, p.303. [↩]
  2. LEEUWEN, Daan van, Het lazaren huys buyten. Een onderzoek naar de laatmiddeleeuwse stichtingen van Hollandse leprooshuizen in Europees perspectief, Mémoire de master, Université de Leiden, sous la direction de Dr. A Janse et Prof, dr. P.C.M. Hoppenbrouwers, 2013, p. 41. [↩]
  3. Ibid, p.32. [↩]
  4. GRÖN, K, “Leprosy in Literature and Art” in International Journal of Leprosy, vol.41, n.2, 1973, pp.249-283, p.252. [↩]
  5. Idem. Voir par exemple : Maître BOS, La tentation de Job, Job consolé par des musiciens, circa.1500-1515, gravure sur papier vergé, 9,4 mm x 7,9 mm, Ashmolean museum, Oxford ; Le livre d’heures d’Henri II, fol.73v, Bibliothèque nationale de France. [↩]
  6. LEEUWEN, Daan van, Het lazaren huys buyten. Een onderzoek naar de laatmiddeleeuwse stichtingen van Hollandse leprooshuizen in Europees perspectief, Mémoire de master, Université de Leiden, sous la direction de Dr. A Janse et Prof, dr. P.C.M. Hoppenbrouwers, 2013, p.47. [↩]
  7. La Sainte Bible, Ségond 1910, Job 15 :34. [↩]
  8. BLEVEC, Daniel le, « Les lépreux peuvent-ils vivre en société ? Réflexions sur l’exclusion sociale dans les villes du Midi à la fin du Moyen-Âge » in dir. Claude Carozzi, Daniel le Blévec et Huguette Taviani-Carozzi, Vivre en société au Moyen-Âge. Occident chrétien VIe-XVe siècle, Aix-en-Provence, Presses universitaires de Provence, 2008, pp.281-291. [↩]
  9. MONTIAS, John Michael, Vermeer and his milieu. A web of social history, Princeton, Princeton Universtiy Press, 1989, p.4. [↩]
  10. L’estampe est notamment conservée au Rijksmuseum où il en existe deux versions, au British Museum, à la Wellcome Library et aux archives de la ville de Delft. [↩]
  11. Par exemple, les archives de la ville de Delft conservent une réimpression du XVIIIe siècle. [↩]