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International Medieval Congress Leeds 2026 “Temporalities”

L’IMC de Leeds se tient cette année du 6 au 9 juillet 2026 sur le thème des Temporalités. Le projet Capt y sera largement représenté et propose les interventions suivantes.

Monday 6 July 9.45-10.30 – Esther Simpson Building : LG 08

Keynote Lecture by Elodie Lecuppre-Desjardin : “Considering the Multiple Temporalities of Late Medieval Societies ; A Path Towards Differential History”

Tuesday 7 July 16.30-18.00- Clarendon Building 1. 06

Session 814 Time an Power in the Renaissance: Temporalities of the Burgundian-Habsburg Chanceries organized by Maxim Hoffman and moderated by Elodie Lecuppre-Desjardin

Thursday 9 July 9.00-10.30 – Esther Simpson Building 3.02

Session 1524 Res Futurae : Futures in the Late Medieval Low Countries, I. Paper delivered by Marie-Hélène Meresse : “Governing for possible Futures”

Thursday 9 July 14h15-15h45 – Maurice Keyworth Building 1.31

Session 1722 The Time of the Burgher at the end of the Middle Ages (14th-15th c.) organized by Sebastian Hackbarth and Anne-Frederique Provou, moderated by Elodie Lecuppre-Desjardin.

Conférence: Le présent décousu des diplomates : la temporalité de la correspondance française du Congrès de Westphalie et ses implications anthropologiques (Albert Schirrmeister, Institut historique allemand, Paris)

Dans le cadre des rencontres d’experts de notre projet, Albert Schirrmeister (Institut historique allemand, Paris) donnera une conférence à l’Université de Lausanne, le 3 mai 2026, intitulée: “Le présent décousu des diplomates : la temporalité de la correspondance française du Congrès de Westphalie et ses implications anthropologiques “.

Lieu et date

Crédits Photographiques : Dominik Gehl, https://dominikgehl.com/unil-anthropole

Description

 

 

Participation au colloque : Marie Verbiest a participé au 66e Rencontres du CEEB

“Les ducs de Bourgogne dans les conflits de leur temps (XIVe-XVIe siècles)”

Paderborn, 25-27 septembre 2025

Le 27 septembre 2025, Marie Verbiest a participé au colloque 66e Rencontres –  Les ducs de Bourgogne dans les conflits de leur temps (XIVe-XVIe siècles du Centre Européen des Études bourguignonnes (CEEB) à Paderborn. Elle a présenté une intervention, intitulée « Les feuilles d’actualité sur les guerres de Gueldre (1538-1543): Chambre d’écho des guerres d’Italie ? »

MON INTERVENTION

Sous l’impulsion de grands événements « internationaux » au début du XVIe siècle tout comme d’innovations technologiques comme l’imprimerie, apparaît ce que l’on appelle aujourd’hui « le marché des nouvelles ». Même si ces premières « feuilles d’actualité » traitaient généralement des conflits majeurs, un événement plus régional pouvait néanmoins recevoir une couverture médiatique considérable, comme ce fut le cas lors des guerres de Gueldre (1538-1543) entre Charles V et le duc de Gueldre lié aux droits de succession au duché. Dans cette communication, j’aimerais analyser la représentation de ce conflit et de ses principaux acteurs à travers les imprimés d’actualité. De quelle manière, au sein de la médiatisation, sont évoqués, expliqués et justifiés les événements ainsi que les actions des autorités impliquées dans cette confrontation ? Et comment un conflit régional a-t-il pu devenir la chambre d’écho d’un affrontement international bien plus vaste ?

Le Centre Européen d’Études bourguignonnes envisage de publier les actes de colloque au cours de l’automne 2026.

Compte-rendu ‘La ville au présent : Temporalités et rythmes urbains en Europe occidentale (XIVe-XVIIe siècles)’ : colloque international

Billet rédigé par Lucie Rizzo

Programme et descriptif du colloque 

Du 1er au 3 octobre 2025 s’est tenu à Lille un colloque international intitulé « La ville au présent : Temporalités et rythmes urbains en Europe occidentale (XIVe-XVIIe siècles) », organisé dans le cadre de notre projet par Elodie Lecuppre-Desjardin, Anne-Frédérique Provou et Sebastian Hackbarth. Rassemblant vingt intervenants provenant de disciplines variées, cette rencontre scientifique a offert un espace de réflexion interdisciplinaire sur les manières dont le présent est vécu, perçu, régulé et représenté dans les espaces urbains à la fin du Moyen Âge et au début de l’époque moderne.

Mercredi 1er octobre 2025

Le colloque s’est ouvert par une conférence inaugurale de Pierre Monnet (EHESS) intitulée « La ville tardo-médiévale : une communauté rythmée ».

Partant des définitions de « présent » en latin et en moyen haut allemand, Pierre Monnet a souligné le sens pécuniaire que prend parfois le terme, ce qui l’a mené à rappeler le rôle de certaines horloges dans les villes, programmées pour sonner deux fois par an précisément aux dates du paiement de l’impôt urbain, matérialisant alors le rythme de la ville.

Diebold Schilling (le Jeune), Chronique illustrée de Lucerne, 1513, Bibliothèque centrale et universitaire de Lucerne, S.23, f.570v https://www.e-codices.ch/en/kol/S0023-2/570/0/

Poursuivant sa réflexion en évoquant les écrits personnels, Pierre Monnet a mis en évidence l’émergence de la première personne dans les textes, mais aussi la présence de plus en plus marquée de la langue vernaculaire. Ces innovations sont contemporaines de l’apparition des notations indiquant les naissances familiales à la demi-heure près, minutie temporelle qui ne concerne par ailleurs pas uniquement la sphère domestique : des événements « collectifs » tels que les déclenchements de tumultes et révoltes, les catastrophes naturelles ou encore les fluctuations du cours des monnaies se retrouvent également consignés très précisément. L’inscription de l’individu dans le temps est surtout incarnée de manière paradigmatique dans un ouvrage : Le livre de costumes de Matthäus Schwarz (1497-1574). Ce dernier documente les étapes de sa vie à travers les tenues qu’il porte, constituant ainsi un autoportrait vestimentaire qui révèle en arrière-plan un autre niveau de temporalité : celui de la ville d’Augsbourg. Pierre Monnet note toutefois l’absence d’horloge dans ces représentations. Cette omission contraste alors avec le développement et la diffusion, à la même époque, de cadrans solaires portatifs, qui contribuent à une véritable appropriation individuelle et nominale du temps.

Hans Fugger, Augsburger Monatsbilder (octobre, novembre, décembre), 1580/82, huile sur toile, 234.8 x 366 cm, Musée historique allemand, Berlin, n.1990/185.4.

Cette dynamique d’appropriation du temps s’étend par ailleurs également à l’échelle politique. En effet, l’Augsburger Monatsbilder, composé de quatre panneaux saisonniers représentant des scènes de la vie sociale et civique, donne à voir une ville ancrée dans le temps et dans l’espace. Ce temps urbain cyclique crée alors une annualisation du temps politique, dans lequel les consuls réélus en hiver sont représentés à nouveau lors du banquet figurant sur le panneau printanier. Il s’agit pourtant d’une image trompeuse : la réalité de l’époque de réalisation est plutôt celle d’un temps de ruptures, d’une réalité traversée à la fois par la révolte des paysans et par les bouleversements religieux de la Réforme.

Finalement, Pierre Monnet conclut sa présentation en abordant la Cronica Cronicarum. Dans cette chronique, Hartmann Schedel compare Ulm à Jérusalem, et constate l’accélération du temps de construction des grands chantiers urbains au XVe siècle. Tout en reprenant la distinction traditionnelle d’une histoire universelle en sept âges, certaines éditions introduisent cependant un espace vierge pour le lecteur, ménagé pour consigner l’histoire immédiate de la ville, entre le 6e et le 7e âge du Jugement dernier. Se crée alors un bouleversement de l’organisation traditionnelle du temps du monde, en permettant l’insertion du présent local.

L’ensemble de ces observations conduit Pierre Monnet à souligner l’émergence à la fin du Moyen Âge d’un surgissement du temps présent dans les villes, que ce soit sur le plan individuel, collectif, gouvernemental ou historiographique.

Jeudi 2 octobre 2025

Après un mot de bienvenue de Charles Mériaux, la deuxième journée du colloque a été ouverte par Élodie Lecuppre-Desjardin (IRHIS, Université de Lille), qui a rappelé, dans son propos introductif, les principaux jalons historiographiques relatifs à l’histoire du temps. Elle a notamment mis en lumière plusieurs moments, concepts et notions clés du champ, tels que l’invention de l’horloge mécanique au XIVe siècle, le rôle du calendrier liturgique, l’évolution du rapport au Jugement dernier, les évidences d’une conscience au temps présent dans les environnements urbains aux XVe-XVIe siècle, et la notion de communautés temporelles.

Cette introduction a été suivie d’un premier panel consacré au temps des marchands, mené par Marc Boone (Université de Gand).

La première communication de ce panel a été assurée par Jeroen Puttevils et Niccolo Zennaro (Université d’Anvers). Ces derniers ont présenté les résultats d’une partie de leurs recherches menées dans le cadre du projet « Back to the future ». Leur intervention portait sur la manière dont le passé, le présent et le futur peuvent être saisis au sein des échanges épistolaires des marchands de la compagnie des Médicis faisant du commerce dans la mer du Nord entre 1447 et 1464 ; ces lettres constituent alors de véritables « capsules temporelles ». En identifiant des mots précis comportant une dimension temporelle, les deux chercheurs ont constaté 39% de références au futur, 35% au présent et 26% au passé. Cette prédominance du futur dans les correspondances reflète la logique propre à l’activité marchande, caractérisée par l’anticipation et la spéculation. Par ailleurs, les chercheurs ont souligné que l’échange épistolaire s’inscrit lui-même au sein d’une temporalité multiple, puisqu’une distance temporelle sépare la rédaction, la réception et le moment des événements anticipés dont il est question dans les lettres.

La deuxième conférence, intitulée « Contrôler le temps du marché à la fin du Moyen Âge » a été présentée par Alexis Wilkin (Université libre de Bruxelles). Son intervention a exploré les multiples dimensions temporelles à l’œuvre dans l’organisation des marchés. Il a tout d’abord souligné le rôle du temps comme facteur économique, l’importance de la saisonnalité des produits vendus, la course pour la vente des produits frais, mais aussi l’influence du temps religieux – notamment des fêtes liturgiques et des jeûnes –, mettant en évidence l’interaction et la superposition du temps religieux et du temps profane. Alexis Wilkin a également mis en lumière l’existence de plages horaires différenciées au sein du marché, permettant de segmenter l’accès aux produits selon le statut social des consommateurs. Finalement, il a abordé les réponses institutionnelles apportées aux situations de crise, telles que l’instauration d’obligations de vente ou l’attribution de monopoles temporaires, qui contraignent le rythme normal du commerce. Le temps naturel apparaît donc comme étant à la fois subi par les acteurs du marché, mais aussi utilisé comme un repère, un levier d’organisation sociale.

Le cycle de conférences suivant intitulé « La ville au rythme du Ciel et du foyer » a ensuite été dirigé par Pierre Monnet.

La première communication de cette session, donnée par Agathe Roby (Université de Toulouse) portait sur les rondes de nuit du guet de Toulouse au début du XVIe siècle. L’intervenante a mis en lumière la structuration temporelle de cette pratique de surveillance urbaine, instaurée pour préserver l’ordre chrétien et les bonnes mœurs. Le guet possède un rythme bien précis : il débute toujours dans le même créneau horaire et comporte une durée fixe. Toutefois, la modification systématique de l’itinéraire emprunté rend la surveillance imprévisible et contribue à transformer la ville en un espace sécurisé. Par sa présence, le groupe du guet rythme la nuit et définit ce qui peut s’y produire ou non. Ces sources permettent alors de mettre en évidence l’émergence d’une communauté temporelle : celle des usagers de la nuit et celles des chargés de sécurité.

Rozemarijn Landsman (Université d’Amsterdam) a ensuite proposé une communication intitulée « Amsterdam, circa 1669 an exploration of Van der Heyden’s time », dans laquelle elle a analysé la manière dont Jan Van der Heyden, à travers ses représentations de la ville d’Amsterdam, parvient à capturer des moments précis de la journée grâce à un usage maîtrisé des jeux d’ombre et de lumière. En modifiant subtilement le rapport ombre-lumière dans ses œuvres, l’artiste inscrit chaque scène dans une temporalité particulière, reflétant les rythmes de la vie urbaine quotidienne. Ces jeux de lumière participent également d’une mise en valeur de certains éléments. Les lampadaires, par exemple, nouvellement installés dans l’espace public, sont ainsi mis en évidence, témoignant d’un progrès technique majeur dans l’aménagement urbain de l’époque. De même, l’attention portée aux bâtiments, notamment aux différents types de briques, illustre un souci du détail chez l’artiste.

La communication suivante, intitulée « Remembering Rain: Sound, Space and Sense in the Drought Rituals of Sixteenth- and Seventeenth-Century Barcelona » a été présentée par Helen Herbert (Université de Barcelone). À travers l’analyse des descriptions de processions religieuses organisées en réponse aux épisodes de sécheresse – considérés comme des punitions divines –, l’intervenante a mis en évidence la richesse des données sensorielles mobilisées par ces rituels, en particulier celles liées au son et au rythme. Ces sécheresses s’imposent comme des marqueurs forts de la temporalité barcelonaise, puisqu’elles interrompent les rythmes quotidiens de la ville, notamment ceux du travail, pour imposer leur cadence propre. Les processions qui en découlent suivent alors un narratif précis dont l’issue est systématiquement l’arrivée de la pluie.

L’après-midi s’est poursuivi avec l’intervention de Guilhem Ferrand (Université de Bourgogne), intitulée « Espace et temps à soi à Dijon à la fin du Moyen Age à travers les inventaires après décès ». À partir d’un croisement entre des inventaires après-décès et des sources judiciaires de la fin du Moyen Âge, Guilhem Ferrand a proposé une réflexion sur l’évolution du rapport à soi et à l’environnement, tout en interrogeant aussi l’appropriation des espaces domestiques, en abordant notamment la problématique du « mal logement ». Il a ainsi démontré comment ces sources permettent d’observer les rythmes dans les espaces, notamment ceux en dehors du cadre de l’habitat – qu’il qualifie « d’autre espace et d’autre temps ». Explorant la manière dont les individus investissent ces espaces, il observe une mobilité importante, qui met alors en scène une série de séquences composant une pulsation irrégulière, à la fois individuelle et collective, donnant à voir les rythmes de différentes communautés temporelles distinguées selon leur statut social.

La communication suivante a été présentée par Christian Liddy (Université de Durham) et s’intitulait « Le temps familial ? À la recherche d’une définition temporelle de la famille dans la ville médiévale anglaise ». S’appuyant notamment sur les travaux du sociologue Barry Sugarman, Christian Liddy a tout d’abord souligné l’influence déterminante de la classe sociale sur l’expérience et la conscience de la temporalité. Il a ensuite introduit les deux textes au centre de son propos sur le temps familial : un récit de William Worcester (1480) et le Liber Lynne (1424). Le premier texte, qui constitue une description de la ville de Bristol à travers la perspective du scripteur en déambulation, manifeste un présent n’ayant de signification que lorsqu’il est mis en lien avec le passé – l’enfance du scripteur – ou avec le futur – les questions de succession qui le font revenir à Bristol. Le Liber Lynne, livre de famille rédigé dans une perspective de transmission patrimoniale, porte une temporalité différente : le futur n’y est abordé que par l’incertitude du présent, celui d’une période de peste noire qui n’est pourtant jamais directement évoquée. 

La deuxième journée du colloque s’est achevée par la communication Keynote de Matthew Champion (Université de Melbourne), intitulée « Now is the Time : Senses of the Present in 15th- and 16th-Century Northern Europe ». Cette intervention a d’abord proposé une approche sensorielle du présent, à travers les cinq sens, mais aussi les émotions. La polysémie du terme « present », qui peut désigner aussi bien le temps immédiat que des souvenirs ou des attentes a également été évoquée. La deuxième partie de la communication proposait une approche de la temporalité à travers les sons et la musique. Matthew Champion a notamment mis en lumière la manière dont le présent urbain est marqué par le son du présent liturgique par le biais des cloches : leur son varie pendant les saisons et rythme la vie urbaine, tandis que leur silence ponctuel, en période de révolte par exemple, traduit un temps en suspension. Matthew Champion a également mis en évidence l’apport des concepts et terminologies issus de la musique pour étudier le temps, comme par exemple l’ars nova et ses notations polyphoniques complexes. À ce titre, il a évoqué une partition du Credo de Gilles Binchois, où figure l’indication « tourner rapidement la page », révélatrice d’un temps présent de l’urgence.

Matthew Champion a consacré la troisième partie de son intervention aux sources matérielles et visuelles permettant de capturer le présent – des œuvres contenant des représentations de fenêtres montrant des moments présents, instantanés du quotidien, ou d’autres reflétant des éléments de modes vestimentaires, saisissant alors un présent visuel et social. Enfin, il a abordé la temporalité sous l’angle d’une histoire de la lecture, en évoquant notamment la publication des Cent nouvelles nouvelles. Le livre offre ainsi un présent d’immersion pour le lecteur, tout en ouvrant sur un futur immédiat – la page suivante – et sur une multiplicité des présents, rendue possible par la pluralité des lecteurs.

Rogier van der Weyden, The Magdalen Reading, 1435-1438, huile sur bois, 62.2 x 54.4cm, National Gallery, Londres.

Vendredi 3 octobre 2025

La dernière journée du colloque s’est ouverte sur un panel intitulé « L’accélération au temps des troubles », dirigé par Jelle Haemers (KU Leuven).

La première communication de la journée a été présentée par Jordy Saillier (Université de Lille) sous le titre « Un présent hors du temps ? La réforme d’Arras au lendemain du siège de 1414 ». L’intervention portait sur le changement de paradigme d’élection des échevins à Arras au lendemain du siège de septembre 1414, qui constitue un moment de rupture dans le fonctionnement institutionnel de la ville. Bien que cette réforme ait revêtu une importance significative pour la gouvernance urbaine, elle est rétrospectivement considérée comme un non-événement – sa mise en œuvre vient même à être confondue avec d’autres réformes. Malgré une prétendue immuabilité des institutions municipales, ce renouvellement de la loi s’apparente à une véritable innovation : elle bouleverse les modalités traditionnelles de l’élection en interrompant le cycle normal d’élection, déplace la date électorale, amène de nouveaux acteurs au pouvoir et modifie une partie des modalités de l’élection. Elle marque alors le passage d’un temps politique cyclique à un temps politique beaucoup plus linéaire, et constitue ainsi une sorte de temps suspendu et insaisissable, traduisant une volonté d’intervention dans l’urgence du présent.

La communication suivante, présentée par Julien Régibeau (Université de Liège) et intitulée « Les temps de la guerre civile – Liège, XVIIe siècle », s’est penchée sur les révoltes à Liège entre 1610 et 1630, qui opposent deux factions, les Chiroux et les Grignoux. Il a mis en lumière la manière dont l’organisation urbaine contribue à structurer ces affrontements civils ; l’espace du marché y apparaît notamment comme un lieu ambivalent, à la fois propice à la sociabilité et à la confrontation. Évoquant notammentlemeurtre de Sébastien de la Ruelle le 16 avril 1637, Julien Régibeau a mis en avant le retentissement de cet épisode dans les imprimés. Ces derniers détaillent précisément les heures des différentes étapes de l’événement, mettant ainsi en évidence la préparation minutieuse du complot. Parallèlement à ces sources imprimées, le livre de comptes du chanoine Lintermans offre une saisie « sur le vif » des événements. Le récit quotidien du scripteur mêle ainsi vie privée et vie politique jusqu’en 1639, année charnière durant laquelle un incendie détruit une partie de ses biens, marquant alors une rupture nette dans son écriture et un retrait du présent politique. La guerre civile en contexte urbain peut ainsi être productrice de temporalités multiples.

Ce panel s’est conclu par la communication d’Adrien Aracil (Université de Paris-Sorbonne) intitulée « Un ‘présentisme’ réformé est-il possible après l’édit de Nantes ? (premier XVIIe siècle) ». L’intervention portait sur la situation des communautés réformées dans les villes françaises au lendemain de l’édit de Nantes, mais aussi sur la réaction du pouvoir royal qui cherche à purifier le présent par un refoulement du passé. Les cahiers de doléances, qui compilent les revendications des communautés réformées face au pouvoir royal, constituent un témoignage du présent de ces communautés et de leur réaction face au régime d’historicité imposé par le pouvoir royal. Ils représentent cependant aussi un moyen pour cette communauté d’implanter ses propres rythmes dans l’espace urbain : une temporalité réformée, construite en opposition à la temporalité catholique. 

Le second panel de conférences du matin s’intitulait « L’événement : un marqueur du temps urbain ? » et était mené par Thalia Brero (Université de Neuchâtel).

La première communication du panel a été donnée par Marie Verbiest (Université de Neuchâtel) et s’intitulait « All roads lead to Bologna : news reports on the royal entry and coronations of Charles V in Bologna, 1529-1530 ». L’intervention portait sur la médiatisation de l’entrée solennelle et du couronnement impérial de Charles Quint à Bologne dans les imprimés d’actualité. Marie Verbiest a démontré la mise en scène multiforme de la ville, notamment à travers les descriptions de l’architecture, des habitants et des symboles urbains. Elle a notamment mis en lumière une seconde construction symbolique de la ville : celle d’une Bologne « roméifiée », évoquant Rome (qui aurait dû être le lieu du couronnement) par le biais de dispositifs éphémères. Cette mise en scène participe à la légitimation du couronnement, en rendant symboliquement présente la ville de Rome. Les imprimés contribuent donc à rendre cette double représentation de la ville, à la fois réelle et idéalisée, au service d’une narration politique de l’événement.

La communication suivante, présentée par Alexandre Goderniaux (Universités de Neuchâtel et de Lille) portait le titre « De Rome à Anvers en venant de Tunis : les multiples présents de Charles Quint (1536) ». À partir d’un imprimé d’actualité diffusé en 1536, relatant l’entrée triomphale de Charles Quint à Rome après sa victoire à Tunis, Alexandre Goderniaux a analysé la mise en scène complexe des temporalités dans ce document. L’imprimé décrit le parcours de l’empereur à travers la ville comme étant ponctué par une série d’arcs de triomphe mêlant structures antiques et constructions érigées pour l’occasion. Charles Quint est alors placé dans une double temporalité : celle du présent et celle de la Rome impériale, l’inscrivant dès lors dans la lignée des empereurs du passé. Par ailleurs, ces arcs permettent un second jeu sur la temporalité, puisqu’ils matérialisent la présence d’autres villes dans Rome et créent ainsi un jeu d’échelle sur l’espace, mais aussi sur le temps que représentent ces villes (passé, présent, futur et éphémère). La multiplicité des villes symbolise alors la multiplicité des présents de l’empereur et lui permet de mettre en scène son pouvoir.  

Le dernier après-midi du colloque, consacré entièrement à l’histoire de l’art, s’est déroulé dans le cadre d’un panel intitulé « La ville au rythme du burin et du pinceau » mené par Gaëtane Maes (Université de Lille).

La première communication du panel fut donnée par Ludovic Nys (Université de Valenciennes) et s’intitulait « La temporalité des œuvres d’art dans l’espace urbain. Le cas de la sculpture mobilière à Tournai (XIVe-XVe siècle) ». Si le patrimoine mobilier des églises paroissiales de Tournai a totalement disparu, de nombreuses archives – actes d’intérêts privés, testaments, comptes d’exécutions testamentaires, contrats et commandes – permettent d’étudier la temporalité des entreprises médiévales de renouvellement du mobilier liturgique. Ces processus de production artistique s’inscrivent cependant dans une temporalité longue et en étapes : de la commande à la conception jusqu’au parachèvement, certaines œuvres, comme les retables, peuvent nécessiter entre vingt et trente ans, mobilisant successivement plusieurs générations d’artisans, d’artistes et de donateurs. Cette temporalité étendue est également liée aux contraintes financières, qui rythment l’avancée des chantiers.

La deuxième communication a été présentée par Marije Osnabrugge (Université de Lausanne) et s’intitulait : « Les rythmes de la vie urbaine dans les pratiques des artistes aux Pays-Bas aux XVIe et XVIIe siècles ». Marije Osnabrugge a démontré l’importance et l’impact des temporalités de l’environnement urbain sur les artistes et leur pratique artistique, prenant notamment en compte la mobilité fréquente des artistes entre différents centres urbains, mais aussi les rythmes liés à la profession artistique (institutions, magasins d’art, matériaux) et aux domaines sociaux, politiques et culturels (éditions, institutions scientifiques et civiques). L’exemple du tableau d’Aert van der Neer représentant un paysage de coucher de soleil à la campagne illustre de manière concrète ces interactions : contraint par la fermeture nocturne des portes d’Amsterdam, l’artiste ne peut accéder à une observation directe du paysage et sa réalisation s’est donc forcément déroulée à l’intérieur de la ville.

Aert van der Neer, Paysage fluvial, ca. 1650, huile sur panneau, 44.8 x 63cm, Musée Mauritshuis, La Haye.

La dernière communication du colloque a été présentée par Cordélia Floc’hic (Université de Lausanne) et s’intitulait « Les cartes comme marqueurs temporels et événementiels. Etude de cas comparative de deux cartes de Delft après l’incendie de 1536 ». Dans sa communication Cordélia Floc’hic a présenté deux cartes de Delft qui capturent le présent de la ville en un moment bien spécifique. La première carte, élaborée peu après l’incendie, saisit la situation de la ville dans l’immédiateté de la catastrophe, offrant une vision du tissu urbain partiellement détruit. La seconde, datée de 1581, présente quant à elle une Delft reconstruite. Cordélia Floc’hic a démontré que cette seconde carte constitue une version actualisée de la première, permettant de mesurer les transformations opérées en réponse à l’événement. Au-delà de ces aspects, cette carte de 1581 révèle également d’autres dimensions du présent. Par la représentation vestimentaire des personnages, elle inscrit la scène dans un présent climatique, celui du petit âge glaciaire. Par ailleurs, la carte désigne aussi un lectorat indésirable dans la représentation d’un Turc, reflet des angoisses contemporaines liées à la menace d’une invasion ottomane. À travers ces choix iconographiques, la carte superpose ainsi trois présents à travers des choix subjectifs : un présent urbain, un présent coutumier et un présent socio-politique.

Le colloque s’est achevé par une conclusion générale établie par Elodie Lecuppre-Desjardin suivie d’une table ronde finale, offrant un moment de synthèse et de prolongement des réflexions engagées au cours des différentes sessions. Cette discussion collective a permis de faire émerger plusieurs questionnements, notamment concernant la segmentation du présent, le présent malmené, le présent en mouvement et l’artificialisation ponctuelle de la temporalité. Ont également été abordées les distinctions entre ville et campagne, qui doivent être nuancées selon les espaces ; la dimension anthropologique du temps ; tout comme la nécessité d’inclure le prisme du genre et du social dans les questionnements. Enfin, le concept de rythme a été souligné comme devant être appréhendé comme une cadence qui n’est pas forcément régulière.

La richesse des communications et des échanges durant ces trois jours a ainsi témoigné de la vitalité de ce champ de recherche où les différentes approches de la temporalité ouvrent de nouvelles perspectives pour l’analyse des sociétés urbaines de la fin du Moyen Age et du début de l’époque moderne.

Une publication d’un ouvrage collectif est prévue.

Review: “Portrait, Likeness, Representation and social identity in Northern Renaissance art, c. 1400-1530”, Till-Holger Borchert

Review written by Laurie Boissenin

On Wednesday, 11 June, our team had the pleasure of attending an online conference by Till-Holger Borchert, during which the German art historian shared his insights on the function of portraiture and representation between 1400 and 1530. Borchert is a specialist in painting and illuminations from the fourteenth, fifteenth and sixteenth century. He has worked on various aspects of portraiture and representation in Northern Europe. Currently the director of the Suermondt-Ludwig-Museum Aachen, he has previously worked in Bruges for more than twenty years. He has curated for numerous exhibitions in Belgium, Europe and in the United States. Moreover, he is the author of several books, including Van Eyck, first published by Taschen in 2008, and Peinture flamande : de Van Eyck à Rubens published by Citadelles & Mazenod in 2014.

What are the purposes of portraits?

In an endeavor to answer this question, Borchert begins his lecture with the perplexing betrothal portrait of Isabella of Portugal, originally painted by Jan van Eyck around 1429. Now lost, the portrait is only known through its copies. Van Eyck was sent to Portugal between 1428 and 1429 as part of an official embassy tasked with evaluating the suitability of Isabella as a bride for Philip the Good, duke of Burgundy. Two copies of this portrait were shipped back to the Low Countries. Till-Holger Borchert explains that these served the obvious purpose of showing the Duke what his future wife might look like. However, he believes that they may also have acted as a means of ensuring her identity, in order to prevent usurpers from claiming the throne. In this context, the portrait acts as a kind of insurance; it becomes an essential tool for safeguarding the future of the House of Burgundy.

Representations of Isabella of Portugal repeat certain of her traits and characteristics – such as her iconic white veil – so that she remains easily recognizable, regardless of the period or the medium. Borchert illustrates this with the help of the engraved votive tablet situated in the choir of the Barfüsserkirche in Basel, Switzerland. This memorial tablet was donated by Isabella of Portugal to the local charterhouse. It presents an engraved portrait of the Burgundian ducal couple with their son, the future Charles the Bold. An inscription beneath the image reminds the viewer that the duchess donated the substantial sum of 17,000 florins to the Charterhouse of Basel during the council of Basel (1431-1449). Isabella appears in her typical white veil whereas a young Philip the Good can be seen wearing the golden fleece, which serves to indicate succession. The art historian explains that the engraving carries the function of commemorating the dead as well as the vow that was taken during the votive offering. The portrait thus holds a memorial function; not for the people it represents but for the vows they have taken.

Till-Holger Borchert then shares his analysis of Jan van Eyck’s ‘Portrait of a Man with a Blue Chaperon’, which was commissioned and completed around 1430. The ring, which the sitter is holding, was long interpreted to be as a sign of his profession as a goldsmith or a jeweler and therefore as an early example of what becomes the “occupational portrait” during the 16th century. However, according to Borchert, the prominence of the sitter’s ear seems to indicate that the subject is awaiting an answer. He thus classifies this painting as a betrothal portrait (of which there are several examples in Northern European Painting, such as men holding flowers etc.).

He compares it to a similar portrait by the Flemish master, kept in Vienna: ‘Portrait of Jan de Leeuw’, completed in 1436. Here, van Eyck plays with the expectations of the medieval viewer, who would have been accustomed to seeing betrothal portraits and would most likely have interpreted the ring as a sign of a recent engagement. In this second portrait however, the subject looks outside of the image to address the viewer, which, as Borchert specifies, is rather rare for the period. In his opinion, it is thus clear that the portrait is not an offer for marriage but that the ring refers to the craft of the artisan, a goldsmith. As Borchert puts it: ‘The subject offers you his métier,not his hand in marriage.

Where did people encounter portraits?

Portrait of Marguerite van Eyck – exhibited in the chapel of the painters’ guild of Bruges until the beginning of the 18th century – is considered to be the first portrait of a non-noble woman in Western history. T.-H. Borchert points out the date which is hidden inside the frame as well as an inscription in Latin: ‘My husband Johannes completed me in the year 1439 on 17 June / My age was thirty-three’. The viewer’s only means to know the subject of the portrait is thus to know the artist. This portrait and its inscription have captured the interest of feminist art historians, notably for the repeated use of personal pronouns and the notion that the subject is completed by her husband. The inscription as well as the gaze of the sitter directly address the viewer. T.-H. Borchert explains that these elements contradict a more intuitive first reading of the painting which would suggest that it was painted for the domestic setting. Furthermore, the language of the inscription, Latin, seems to suggest that the portrait is aimed for public rather than private use.

This reasoning leads the art historian to question the place of display of these portraits during the 15th century. Who had access to them? Who were they addressing? As he asks these questions, Borchert highlights the importance of medium, which is a crucial element in the interpretation of portraits and is often overlooked by contemporary historians and art historians, who, by working with digital documents, tend to forget the materiality of these works. The materiality of art however, as Borchert reminds us, would have had an influence on its function.

Genres of representation

Borchert then raised the question of whether portraits were classified by their functions or by their pictorial medium. He highlights the equal difficulty and importance of investigating whether painted and sculpted epitaphs – both of which include representations of the deceased – would have been understood by contemporary viewers as painting and sculpture, as they are seen today, or, whether they were viewed as memorial tools. The specific forms of representing likeness in epitaphs also relates to portraits found in manuscripts in which donors are depicted in devotion. Borchert argues that these images serve the same purpose than those in epitaphs, in that they document the piousness of the depicted persons.

Memorials and miniatures as performance of social identity

For the art historian, memorials do not only serve to immortalize certain people or events, but they are also an essential way of displaying the identity of the ruling class. Some representations echo court ceremonies and presumably idealize them. Within those type of representational iconography, he explains, heraldry becomes a particularly useful means for display of political power. Indeed, coat of arms can stand in for a duke or a king and symbolically represent their identity.

Within imperial representations, the portrait has become a specific type. In those portraits, the ruling class is often represented in proximity to significant coat of arms in order to assert their power. To illustrate this, Borchert invokes several illuminated manuscripts, including the frontispiece of a manuscript which was commissioned by Philip the Good in 1448. In it, he is surrounded by members of his court (Nicolas Rolin and Jean Chevrot can be identified) and framed by the coat of arms of his territories, thus evoking his far-reaching influence.

Furthermore, the duke is dressed in typical Burgundian attire: a black fur trimmed cloak and the collar of the Golden Fleece around his neck. These symbols convey the magnitude of his wealth as well as the splendor of his court. They act as tools in the performance of his identity. Just like Isabella of Portugal and her white veil, Philip the Good thus remains easily recognizable though an archetypal wardrobe.

Maximilian of Austria, husband of Mary of Burgundy, inherits this practice from Philip the Good. When he becomes the new Holy Roman Emperor in 1508, he adopts the Burgundian decorum and adapts it to his own needs. As Borchert notes, the constant denominator of the Burgundian insignia is the golden fleece, symbolizing the antique lineage into which the Burgundians wish to insert themselves. In 1521, Emperor Charles V then restricts the insignia of power to the Golden Fleece alone.

Picturing activities: portraits of society

Borchert ends his presentation by introducing a type of medieval iconography which is particularly relevant to our project: calendar miniatures depicting the tasks of the month. Indeed, this type of imagery provides crucial insight into the way in which the passing of time was perceived.

He explains that these illuminations follow a specific convention for the depiction of both agrarian and leisurely activities. This tradition becomes more and more elaborate over time, giving us insight into how people acted and how they viewed themselves ­– or, more accurately, how the elites looked at laborers. Borchert draws a parallel with this type of medieval imagery and the famous Early Modern depictions of the four seasons such as those of Pieter Bruegel.

These ‘portraits of society’, broaden and enrich academic perspectives on the defining criteria of portraiture. Does a portrait need to have a single subject to qualify as such?Borchert’s presentation mostly highlighted political portraiture; must portraits depict a real person? Or can they represent imagined or mythical figures? What is the role of religious iconography in the shaping of societal hierarchies? How are the medium and the accessibility – and thus the reception – of portraits connected? These are but some of the questions that emerged during our fruitful conversation which followed the presentation.

In conclusion, viewing portraits not merely as representations but as a medium for performance enables a more precise level of analysis. As such, portraits serve to establish social identities and hierarchies, making them a fascinating gateway for the examination of these structures.

Participation au colloque : 1st Egodocumental Network Conference

Egodocuments from Medieval Codex to Modern Media : Narratives, Presentations, Identities

Vilnius, 24-26 avril 2025

Le 24 avril 2025, j’ai participé au colloque « 1st Egodocumental Network Conference: Egodocuments from Medieval Codex to Modern Media : Narratives, Presentations, Identities » à Vilnius.

Le colloque, organisé par l’Université de Vilnius, l’Université de Toruń Nicolaus Copernicus, l’Université de Lodz et le groupe de recherche « Egodocumental Research Group », réunissait 70 participants provenant de 16 pays et de disciplines académiques variés.

MON INTERVENTION

Au sein de ce colloque international et dans une session modérée par Michaël Green, j’ai présenté mes premiers résultats par le prisme d’un cas neuchâtelois : le livre de raison de la famille Favarger.

Mon intervention, intitulée « From one’s own wedding to the death of Guillaume Farel: A typology of the events related in the livre de raison of the Favarger family (county of Neuchâtel, 1547-1681) » s’intéressait aux différents événements mentionnés dans ce document et à leur organisation au sein de celui-ci.

En effet, dans ce document intrinsèquement personnel et familial, des événements au rayonnement plus large – le décès de Guillaume Farel, l’entrée du duc d’Orléans à Neuchâtel ou la description d’une tempête – sont entremêlés à des événements relevant plus typiquement de la sphère familiale et personnelle –les étapes de la carrière professionnelle du scripteur, la naissance d’un enfant ou le décès d’un parent. Quel équilibre peut-on alors observer entre ces différents types d’événements ? Pourquoi certains événements sont mentionnés tandis que d’autres, parfois attendus, ne le sont pas ? La présence de ces événements prenant part sur une plus large échelle, témoigne-t-elle d’une certaine curiosité pour l’actualité de la part des scripteurs ?

Par ailleurs, l’intérêt de cette source réside également dans sa structure : les différents scripteurs de la famille ont ainsi créé et respecté une structure thématique, sous forme de typologie d’événements. Les événements inscrits dans le livre sont alors spécifiquement ordonnés par catégories, elles-mêmes séparées par des pages vierges. Que signifie cette volonté de structurer les événements ? Dans quelle mesure ces événements peuvent-ils alors fonctionner en tant que marqueurs temporels ?

Ces différents questionnements, qui sont essentiels à mon projet de thèse, ont ainsi été abordés durant mon intervention et nourries par les discussions qui lui ont succédé.

Plusieurs publications collectives des interventions du colloque sont prévues.

Call for papers: In search of Lost Time? Women’s experience of Time and Temporality (1400-1700)

Renaissance Society of America Annual Conference 2026 (February 19-21, 2026)

Peter Paul Rubens, Les Parques filant le destin de la reine Marie de Médicis sous la
protection de Jupiter et de Junon, 1622-1625, Huile sur toile, 155 x 394 cm,
Paris, Musée du Louvre.

DESCRIPTION

In her 1659 essay on the possibility for a woman to be a scholar, Dutch savante Anna Maria van Schurman lists the following limitations:

“that the condition of the times, and her quality be such, that she may have spare hours from her general and special calling, that is, from the exercises of piety and household affairs. To which end will conduce, partly her immunity from cares and employments in her younger years, partly in her elder age either celibate, or the ministry of handmaids, which are wont to free the richer sort of matrons also from domestic troubles.”

This passage, which shows the difficulty for a woman of finding leisure time, and calls to mind for modern readers the ideas expressed in Virginia Woolf’s A Room of One’s Own, suggests an early modern awareness of women’s differentiated experience of time and its determination by their sex, age, and wealth.  As books of civility and household manuals rose in popularity over the sixteenth and seventeenth centuries especially, women’s time seemed to have been increasingly codified on a daily basis and over their lifetime, with different rules of conduct applying to women depending on their age, fertility, and marital status. These considerations, however, need to be nuanced in situations that fall outside of a gendered division of labour, especially as we move away from the bourgeoisie and consider both working women and women who held minor and major political positions. The numerous female rulers in France, England, or the Habsburg dynasty, among others, raise the question of their relationship not just to the present time (especially crucial to temporary rulers like regents) but to other temporalities. Their political role also implied a relationship to an individual and collective history and fate, such as the historical figures, ancestors and family members they could relate to in order to establish their legitimacy, as well as the future they sometimes had to ensure through childbearing and political manoeuvring. Important artistic commissions, such as Maria de Medici’s cycle for the Luxembourg Palace in Paris (1621–1625) or Amalia van Solms’s for the Huis ten Bosch in The Hague (1648–1651), immortalised and fictionalised their role as historical characters by emphasising their central position in the history of their country or even Europe, showing the cruciality of mastering time to assert their political agency.

CRITERIA FOR SUBMISSIONS

In this call, we seek participants for an on-location roundtable session. Participants are asked to present a brief case study exploring women’s experiences of time in early modern Europe and crucial methodological questions.

Is there indeed a gendered experience of temporality? By what factors is the experience of time structured? How did women’s experience of time generate visual or textual traces, or how were women’s temporal experiences shaped by visual and textual artifacts? How do we discuss women and time without lapsing into overly simplified biological determinism?

Case studies might include, but are not limited to:

  • discussions of women relating to or being depicted as historical or biblical figures; 
  • the legal, scientific, and social division of women’s lifetime and the rights and duties associated to each different stage; 
  • the structural role of religion in women’s everyday life; 
  • imitation and creation of precedent; 
  • questions of memory and immortality; 
  • relationship to technology
  • concepts of fame, dynasty, and legitimacy

Although the organizers both work on the Low Countries, we welcome submissions from across geographic boundaries and throughout the duration of the Renaissance and Early Modern periods. We welcome interdisciplinary, case-based contributions to be briefly presented before our collective discussion. 

SUBMISSION DEADLINE

Proposals should be 300 words long and centred on a case study. They should be sent on 31 July at the latest, along with a CV and a short biography, to both Dr. Saskia Beranek (srberan@ilstu.edu) and Dr. Léon Rochard (leon.rochard@outlook.fr). Accepted participants are required to be members of the Renaissance Society of America by the time of the conference and should be able to be present in person in San Francisco during the conference (19-21 february 2026).

Participation au 149e congrès du CTHS : Réformer, une arme au service des pouvoirs princiers ou urbains ? L’exemple de Saint-Omer au XVe siècle

Sceau Saint-Omer

Billet rédigé par Anne-Frédérique Provou

Le 15 avril 2025, Anne-Frédérique Provou a communiqué dans le cadre du 149e congrès du Comité des Travaux Historiques et Scientifiques, qui s’est tenu à l’Université d’Orléans, sur le thème “Reconstruire, réformer, refonder”. Elle a partagé à cette occasion les premiers résultats de ses recherches, dans le cadre de sa thèse débutée en septembre 2024 : “Innover sans le dire. Réformer la ville dans les Anciens Pays-Bas bourguignons au XVe siècle”.

RéSUMé DE LA COMMUNICATION

Les “réformations” politiques, pour reprendre le terme utilisé à la fin du Moyen Âge, sont nombreuses dans les villes du nord de la France et de la Belgique actuelles ; pourtant, elles ne sont pas forcément présentées, comme on pourrait s’y attendre, sous l’angle de l’innovation. La nouveauté n’est pas recherchée. Au contraire, les communautés médiévales, attachées à leurs coutumes et à leurs traditions, insistent généralement sur l’ancienneté des usages et des lois urbaines, sans évoquer leur caractère novateur, parfois même en dissimulant leurs décisions politiques sous le voile de la tradition, afin de rendre plus acceptables les réformes. La définition des verbes “innover” et “réformer” au Moyen Âge oscille justement entre l’idée d’instaurer de la nouveauté, d’améliorer une situation préexistante, et le sens le plus généralement usité : renouveler l’ancien, restaurer ce qui existe déjà. Ces définitions permettent aisément aux acteurs politiques de jouer sur l’ambivalence des deux termes, de les instrumentaliser pour dissimuler ou rendre moins choquante la nouveauté. La nouveauté a toujours troublé l’homme, l’incitant à se replier dans le domaine du connu, peut-être plus encore dans une société conservatrice comme celle de la fin du Moyen Âge. Mais allons plus loin : les hommes et les femmes de la fin du Moyen Âge distinguaient-ils seulement nouveauté et tradition, comme nous le faisons aujourd’hui ? Cette communication apporte un premier éclairage sur ces questions passionnantes qui sont au cœur de ma thèse.

Car le sens des mots innover et réformer à la fin du Moyen Âge ne signifie pas que les maires et les échevins, dirigeants politiques à la tête des villes médiévales, n’innovaient jamais. Au contraire, ces hommes furent amenés comme toute figure politique à s’adapter à une réalité nécessairement changeante, à un présent impérieux et remplis d’urgences et d’imprévus. L’évolution de l’industrie drapière au XVe siècle dans la ville de Saint-Omer (Pas-de-Calais), longtemps connue -comme d’autres villes flamandes- pour la qualité de ses textiles, en fournit l’exemple idéal. De nombreux habitants de la ville subsistaient grâce aux métiers de la draperie (tisserands, foulons…), sans parler des échevins au pouvoir, pour plusieurs d’entre eux de riches marchands drapiers. La crise économique qui toucha ce secteur dès la seconde moitié du XIVe siècle ne pouvait que fragiliser la ville et ses habitants, et força les échevins à réagir en innovant. Plus précisément, il leur fallait s’adapter au manque de laines anglaises, rendues difficiles d’accès par la guerre de Cent Ans, et aux nouvelles conditions du marché international, dominé par la Hanse germanique.

Au-delà des prises de décisions politiques, qui parsèment les délibérations municipales dont la ville conserve deux registres pour le XVe siècle, le clerc principal de l’échevinage, notaire chargé de rédiger ces documents urbains, dut plusieurs fois innover pour répondre à l’urgence des temps et penser des usages administratifs et des écrits plus pratiques et efficients. Les écrits délibératifs de la ville en sont de précieux témoins.

à VENIR

Ce dossier sera approfondi dans ma thèse et fera l’objet d’une publication dans le cadre des actes de ce colloque prévus en 2026. Je renvoie également au travail que j’ai mené en mémoire de Master à l’Université de Lille, sous la direction d’Elodie Lecuppre-Desjardin, qui consiste en une édition critique d’un registre de délibérations audomarois (1448-1472). Ce travail est en cours de publication.

BIBLIOGRAPHIE

Dejoux Marie (dir.), Reformatio ? Les mots pour dire la réforme au Moyen Âge, Paris, Presses Universitaires de la Sorbonne, 2023.

Derville Alain, Saint-Omer des origines au XIVe siècle, Lille, Presses Universitaires de Lille, 1995.

Espinas Georges, La draperie dans la Flandre française au Moyen Âge, deux vol., Paris, Picard, 1923.

Giry Arthur, Histoire de la ville de Saint-Omer et de ses institutions, Paris, F. Vieweg, 1877.

Godin Benoît, L’innovation sous tension. Histoire d’un concept, Laval, Presses Université Laval, 2017.

Ingham Patricia Clare, The Medieval New. Ambivalence in an age of innovation, Philadelphie, University of Pennsylvania Press, 2015.

Pétillon Claude, Économie, politique et finances à Saint-Omer au XVe siècle, 7 vol., thèse de doctorat, Lille, Université de Lille campus Pont de Bois, 2003.

Santamaria Jean-Baptiste, « Innover sans l’avouer : les fondations d’institutions de la fin du Moyen Âge », Séminaires « Innovations » (10 décembre 2015), compte rendu rédigé par É. Lecuppre-Desjardin.

Call for papers : conference “Prodigious Presents” (Lausanne, Febuary 12-13th 2026)

FR

Prodigious Presents. Representations, Uses, and Knowledge of the Extraordinary through the Lens of Time (15th–17th centuries)

Organised by Cordélia Floc’hic and Alexandre Goderniaux

DESCRIPTION

This conference aims to renew the study of prodigies (15th–17th centuries) by placing them at the heart of a reflection on time — and, more specifically, on the present. Extraordinary and often ambiguous events, prodigies offer a lens through which to explore how societies represent their own present, caught between practices of memory and projections toward the future.

The conference will be structured around three main themes:
1. The forms of representation of prodigies (through text, image, rhythm, emotion)
2. Their political, religious, and social functions
3. The dynamics of scholarly theorization and knowledge production that they generate

We particularly welcome contributions on learned and popular uses of prodigies, the interplay between text and image in their narrative construction, debates over their legibility, their circulation in printed media, and their interpretative or mobilizing effects. The aim is to explore how prodigies — through their suddenness and their symbolic potency — contribute to the construction of a present saturated with meaning: a present that is at once unstable and fertile, charged with signs, emotions, and open possibilities.

PLACE & DATE

University of Lausanne, February 12-13th 2026

CONTACT

To submit your proposal, please contact cordelia.flochic@unil.ch and alexandre.goderniaux@unine.ch by september 1st.

Appel à communications : Colloque “Présents prodigieux” (Lausanne, 12-13 février 2026)

EN

Présents prodigieux. Représentations, usages et savoirs de l’extraordinaire à l’épreuve du temps (XVe – XVIIe siècle)

Organisation par Cordélia Floc’hic et Alexandre Goderniaux

Ce colloque invite à renouveler l’étude des prodiges (XVe–XVIIe siècles) en les replaçant au cœur d’une réflexion sur le temps — et plus particulièrement sur le présent. Événements extraordinaires, souvent ambigus, les prodiges permettent d’interroger la manière dont une société se représente son actualité, entre pratiques mémorielles et projection vers l’avenir.

Trois axes structureront les échanges :
1. Les formes de représentation du prodige (texte, image, rythme, émotion)
2. Les fonctions politiques, religieuses et sociales qu’il remplit
3. Les dynamiques de théorisation érudite et de production de savoirs qu’il suscite

On s’intéressera aux usages savants ou populaires du prodige, aux rapports entre texte et image dans sa mise en récit, aux débats sur sa lisibilité, à ses circulations dans les médias imprimés, à ses effets d’interprétation ou de mobilisation. Il s’agira ainsi d’explorer la manière dont le prodige, par sa soudaineté et sa puissance de signification, participe à la construction d’un présent saturé de sens — un présent à la fois instable et fécond, traversé de signes, d’émotions et de possibles.

DATE & LIEU

12-13 février 2026, Université de Lausanne

CONTACT

Pour soumettre une proposition, veuillez contacter cordelia.flochic@unil.ch et alexandre.goderniaux@unine.ch d’ici le 1er octobre 2025.