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Compte-rendu ‘La ville au présent : Temporalités et rythmes urbains en Europe occidentale (XIVe-XVIIe siècles)’ : colloque international

Billet rédigé par Lucie Rizzo

Programme et descriptif du colloque 

Du 1er au 3 octobre 2025 s’est tenu à Lille un colloque international intitulé « La ville au présent : Temporalités et rythmes urbains en Europe occidentale (XIVe-XVIIe siècles) », organisé dans le cadre de notre projet par Elodie Lecuppre-Desjardin, Anne-Frédérique Provou et Sebastian Hackbarth. Rassemblant vingt intervenants provenant de disciplines variées, cette rencontre scientifique a offert un espace de réflexion interdisciplinaire sur les manières dont le présent est vécu, perçu, régulé et représenté dans les espaces urbains à la fin du Moyen Âge et au début de l’époque moderne.

Mercredi 1er octobre 2025

Le colloque s’est ouvert par une conférence inaugurale de Pierre Monnet (EHESS) intitulée « La ville tardo-médiévale : une communauté rythmée ».

Partant des définitions de « présent » en latin et en moyen haut allemand, Pierre Monnet a souligné le sens pécuniaire que prend parfois le terme, ce qui l’a mené à rappeler le rôle de certaines horloges dans les villes, programmées pour sonner deux fois par an précisément aux dates du paiement de l’impôt urbain, matérialisant alors le rythme de la ville.

Diebold Schilling (le Jeune), Chronique illustrée de Lucerne, 1513, Bibliothèque centrale et universitaire de Lucerne, S.23, f.570v https://www.e-codices.ch/en/kol/S0023-2/570/0/

Poursuivant sa réflexion en évoquant les écrits personnels, Pierre Monnet a mis en évidence l’émergence de la première personne dans les textes, mais aussi la présence de plus en plus marquée de la langue vernaculaire. Ces innovations sont contemporaines de l’apparition des notations indiquant les naissances familiales à la demi-heure près, minutie temporelle qui ne concerne par ailleurs pas uniquement la sphère domestique : des événements « collectifs » tels que les déclenchements de tumultes et révoltes, les catastrophes naturelles ou encore les fluctuations du cours des monnaies se retrouvent également consignés très précisément. L’inscription de l’individu dans le temps est surtout incarnée de manière paradigmatique dans un ouvrage : Le livre de costumes de Matthäus Schwarz (1497-1574). Ce dernier documente les étapes de sa vie à travers les tenues qu’il porte, constituant ainsi un autoportrait vestimentaire qui révèle en arrière-plan un autre niveau de temporalité : celui de la ville d’Augsbourg. Pierre Monnet note toutefois l’absence d’horloge dans ces représentations. Cette omission contraste alors avec le développement et la diffusion, à la même époque, de cadrans solaires portatifs, qui contribuent à une véritable appropriation individuelle et nominale du temps.

Hans Fugger, Augsburger Monatsbilder (octobre, novembre, décembre), 1580/82, huile sur toile, 234.8 x 366 cm, Musée historique allemand, Berlin, n.1990/185.4.

Cette dynamique d’appropriation du temps s’étend par ailleurs également à l’échelle politique. En effet, l’Augsburger Monatsbilder, composé de quatre panneaux saisonniers représentant des scènes de la vie sociale et civique, donne à voir une ville ancrée dans le temps et dans l’espace. Ce temps urbain cyclique crée alors une annualisation du temps politique, dans lequel les consuls réélus en hiver sont représentés à nouveau lors du banquet figurant sur le panneau printanier. Il s’agit pourtant d’une image trompeuse : la réalité de l’époque de réalisation est plutôt celle d’un temps de ruptures, d’une réalité traversée à la fois par la révolte des paysans et par les bouleversements religieux de la Réforme.

Finalement, Pierre Monnet conclut sa présentation en abordant la Cronica Cronicarum. Dans cette chronique, Hartmann Schedel compare Ulm à Jérusalem, et constate l’accélération du temps de construction des grands chantiers urbains au XVe siècle. Tout en reprenant la distinction traditionnelle d’une histoire universelle en sept âges, certaines éditions introduisent cependant un espace vierge pour le lecteur, ménagé pour consigner l’histoire immédiate de la ville, entre le 6e et le 7e âge du Jugement dernier. Se crée alors un bouleversement de l’organisation traditionnelle du temps du monde, en permettant l’insertion du présent local.

L’ensemble de ces observations conduit Pierre Monnet à souligner l’émergence à la fin du Moyen Âge d’un surgissement du temps présent dans les villes, que ce soit sur le plan individuel, collectif, gouvernemental ou historiographique.

Jeudi 2 octobre 2025

Après un mot de bienvenue de Charles Mériaux, la deuxième journée du colloque a été ouverte par Élodie Lecuppre-Desjardin (IRHIS, Université de Lille), qui a rappelé, dans son propos introductif, les principaux jalons historiographiques relatifs à l’histoire du temps. Elle a notamment mis en lumière plusieurs moments, concepts et notions clés du champ, tels que l’invention de l’horloge mécanique au XIVe siècle, le rôle du calendrier liturgique, l’évolution du rapport au Jugement dernier, les évidences d’une conscience au temps présent dans les environnements urbains aux XVe-XVIe siècle, et la notion de communautés temporelles.

Cette introduction a été suivie d’un premier panel consacré au temps des marchands, mené par Marc Boone (Université de Gand).

La première communication de ce panel a été assurée par Jeroen Puttevils et Niccolo Zennaro (Université d’Anvers). Ces derniers ont présenté les résultats d’une partie de leurs recherches menées dans le cadre du projet « Back to the future ». Leur intervention portait sur la manière dont le passé, le présent et le futur peuvent être saisis au sein des échanges épistolaires des marchands de la compagnie des Médicis faisant du commerce dans la mer du Nord entre 1447 et 1464 ; ces lettres constituent alors de véritables « capsules temporelles ». En identifiant des mots précis comportant une dimension temporelle, les deux chercheurs ont constaté 39% de références au futur, 35% au présent et 26% au passé. Cette prédominance du futur dans les correspondances reflète la logique propre à l’activité marchande, caractérisée par l’anticipation et la spéculation. Par ailleurs, les chercheurs ont souligné que l’échange épistolaire s’inscrit lui-même au sein d’une temporalité multiple, puisqu’une distance temporelle sépare la rédaction, la réception et le moment des événements anticipés dont il est question dans les lettres.

La deuxième conférence, intitulée « Contrôler le temps du marché à la fin du Moyen Âge » a été présentée par Alexis Wilkin (Université libre de Bruxelles). Son intervention a exploré les multiples dimensions temporelles à l’œuvre dans l’organisation des marchés. Il a tout d’abord souligné le rôle du temps comme facteur économique, l’importance de la saisonnalité des produits vendus, la course pour la vente des produits frais, mais aussi l’influence du temps religieux – notamment des fêtes liturgiques et des jeûnes –, mettant en évidence l’interaction et la superposition du temps religieux et du temps profane. Alexis Wilkin a également mis en lumière l’existence de plages horaires différenciées au sein du marché, permettant de segmenter l’accès aux produits selon le statut social des consommateurs. Finalement, il a abordé les réponses institutionnelles apportées aux situations de crise, telles que l’instauration d’obligations de vente ou l’attribution de monopoles temporaires, qui contraignent le rythme normal du commerce. Le temps naturel apparaît donc comme étant à la fois subi par les acteurs du marché, mais aussi utilisé comme un repère, un levier d’organisation sociale.

Le cycle de conférences suivant intitulé « La ville au rythme du Ciel et du foyer » a ensuite été dirigé par Pierre Monnet.

La première communication de cette session, donnée par Agathe Roby (Université de Toulouse) portait sur les rondes de nuit du guet de Toulouse au début du XVIe siècle. L’intervenante a mis en lumière la structuration temporelle de cette pratique de surveillance urbaine, instaurée pour préserver l’ordre chrétien et les bonnes mœurs. Le guet possède un rythme bien précis : il débute toujours dans le même créneau horaire et comporte une durée fixe. Toutefois, la modification systématique de l’itinéraire emprunté rend la surveillance imprévisible et contribue à transformer la ville en un espace sécurisé. Par sa présence, le groupe du guet rythme la nuit et définit ce qui peut s’y produire ou non. Ces sources permettent alors de mettre en évidence l’émergence d’une communauté temporelle : celle des usagers de la nuit et celles des chargés de sécurité.

Rozemarijn Landsman (Université d’Amsterdam) a ensuite proposé une communication intitulée « Amsterdam, circa 1669 an exploration of Van der Heyden’s time », dans laquelle elle a analysé la manière dont Jan Van der Heyden, à travers ses représentations de la ville d’Amsterdam, parvient à capturer des moments précis de la journée grâce à un usage maîtrisé des jeux d’ombre et de lumière. En modifiant subtilement le rapport ombre-lumière dans ses œuvres, l’artiste inscrit chaque scène dans une temporalité particulière, reflétant les rythmes de la vie urbaine quotidienne. Ces jeux de lumière participent également d’une mise en valeur de certains éléments. Les lampadaires, par exemple, nouvellement installés dans l’espace public, sont ainsi mis en évidence, témoignant d’un progrès technique majeur dans l’aménagement urbain de l’époque. De même, l’attention portée aux bâtiments, notamment aux différents types de briques, illustre un souci du détail chez l’artiste.

La communication suivante, intitulée « Remembering Rain: Sound, Space and Sense in the Drought Rituals of Sixteenth- and Seventeenth-Century Barcelona » a été présentée par Helen Herbert (Université de Barcelone). À travers l’analyse des descriptions de processions religieuses organisées en réponse aux épisodes de sécheresse – considérés comme des punitions divines –, l’intervenante a mis en évidence la richesse des données sensorielles mobilisées par ces rituels, en particulier celles liées au son et au rythme. Ces sécheresses s’imposent comme des marqueurs forts de la temporalité barcelonaise, puisqu’elles interrompent les rythmes quotidiens de la ville, notamment ceux du travail, pour imposer leur cadence propre. Les processions qui en découlent suivent alors un narratif précis dont l’issue est systématiquement l’arrivée de la pluie.

L’après-midi s’est poursuivi avec l’intervention de Guilhem Ferrand (Université de Bourgogne), intitulée « Espace et temps à soi à Dijon à la fin du Moyen Age à travers les inventaires après décès ». À partir d’un croisement entre des inventaires après-décès et des sources judiciaires de la fin du Moyen Âge, Guilhem Ferrand a proposé une réflexion sur l’évolution du rapport à soi et à l’environnement, tout en interrogeant aussi l’appropriation des espaces domestiques, en abordant notamment la problématique du « mal logement ». Il a ainsi démontré comment ces sources permettent d’observer les rythmes dans les espaces, notamment ceux en dehors du cadre de l’habitat – qu’il qualifie « d’autre espace et d’autre temps ». Explorant la manière dont les individus investissent ces espaces, il observe une mobilité importante, qui met alors en scène une série de séquences composant une pulsation irrégulière, à la fois individuelle et collective, donnant à voir les rythmes de différentes communautés temporelles distinguées selon leur statut social.

La communication suivante a été présentée par Christian Liddy (Université de Durham) et s’intitulait « Le temps familial ? À la recherche d’une définition temporelle de la famille dans la ville médiévale anglaise ». S’appuyant notamment sur les travaux du sociologue Barry Sugarman, Christian Liddy a tout d’abord souligné l’influence déterminante de la classe sociale sur l’expérience et la conscience de la temporalité. Il a ensuite introduit les deux textes au centre de son propos sur le temps familial : un récit de William Worcester (1480) et le Liber Lynne (1424). Le premier texte, qui constitue une description de la ville de Bristol à travers la perspective du scripteur en déambulation, manifeste un présent n’ayant de signification que lorsqu’il est mis en lien avec le passé – l’enfance du scripteur – ou avec le futur – les questions de succession qui le font revenir à Bristol. Le Liber Lynne, livre de famille rédigé dans une perspective de transmission patrimoniale, porte une temporalité différente : le futur n’y est abordé que par l’incertitude du présent, celui d’une période de peste noire qui n’est pourtant jamais directement évoquée. 

La deuxième journée du colloque s’est achevée par la communication Keynote de Matthew Champion (Université de Melbourne), intitulée « Now is the Time : Senses of the Present in 15th- and 16th-Century Northern Europe ». Cette intervention a d’abord proposé une approche sensorielle du présent, à travers les cinq sens, mais aussi les émotions. La polysémie du terme « present », qui peut désigner aussi bien le temps immédiat que des souvenirs ou des attentes a également été évoquée. La deuxième partie de la communication proposait une approche de la temporalité à travers les sons et la musique. Matthew Champion a notamment mis en lumière la manière dont le présent urbain est marqué par le son du présent liturgique par le biais des cloches : leur son varie pendant les saisons et rythme la vie urbaine, tandis que leur silence ponctuel, en période de révolte par exemple, traduit un temps en suspension. Matthew Champion a également mis en évidence l’apport des concepts et terminologies issus de la musique pour étudier le temps, comme par exemple l’ars nova et ses notations polyphoniques complexes. À ce titre, il a évoqué une partition du Credo de Gilles Binchois, où figure l’indication « tourner rapidement la page », révélatrice d’un temps présent de l’urgence.

Matthew Champion a consacré la troisième partie de son intervention aux sources matérielles et visuelles permettant de capturer le présent – des œuvres contenant des représentations de fenêtres montrant des moments présents, instantanés du quotidien, ou d’autres reflétant des éléments de modes vestimentaires, saisissant alors un présent visuel et social. Enfin, il a abordé la temporalité sous l’angle d’une histoire de la lecture, en évoquant notamment la publication des Cent nouvelles nouvelles. Le livre offre ainsi un présent d’immersion pour le lecteur, tout en ouvrant sur un futur immédiat – la page suivante – et sur une multiplicité des présents, rendue possible par la pluralité des lecteurs.

Rogier van der Weyden, The Magdalen Reading, 1435-1438, huile sur bois, 62.2 x 54.4cm, National Gallery, Londres.

Vendredi 3 octobre 2025

La dernière journée du colloque s’est ouverte sur un panel intitulé « L’accélération au temps des troubles », dirigé par Jelle Haemers (KU Leuven).

La première communication de la journée a été présentée par Jordy Saillier (Université de Lille) sous le titre « Un présent hors du temps ? La réforme d’Arras au lendemain du siège de 1414 ». L’intervention portait sur le changement de paradigme d’élection des échevins à Arras au lendemain du siège de septembre 1414, qui constitue un moment de rupture dans le fonctionnement institutionnel de la ville. Bien que cette réforme ait revêtu une importance significative pour la gouvernance urbaine, elle est rétrospectivement considérée comme un non-événement – sa mise en œuvre vient même à être confondue avec d’autres réformes. Malgré une prétendue immuabilité des institutions municipales, ce renouvellement de la loi s’apparente à une véritable innovation : elle bouleverse les modalités traditionnelles de l’élection en interrompant le cycle normal d’élection, déplace la date électorale, amène de nouveaux acteurs au pouvoir et modifie une partie des modalités de l’élection. Elle marque alors le passage d’un temps politique cyclique à un temps politique beaucoup plus linéaire, et constitue ainsi une sorte de temps suspendu et insaisissable, traduisant une volonté d’intervention dans l’urgence du présent.

La communication suivante, présentée par Julien Régibeau (Université de Liège) et intitulée « Les temps de la guerre civile – Liège, XVIIe siècle », s’est penchée sur les révoltes à Liège entre 1610 et 1630, qui opposent deux factions, les Chiroux et les Grignoux. Il a mis en lumière la manière dont l’organisation urbaine contribue à structurer ces affrontements civils ; l’espace du marché y apparaît notamment comme un lieu ambivalent, à la fois propice à la sociabilité et à la confrontation. Évoquant notammentlemeurtre de Sébastien de la Ruelle le 16 avril 1637, Julien Régibeau a mis en avant le retentissement de cet épisode dans les imprimés. Ces derniers détaillent précisément les heures des différentes étapes de l’événement, mettant ainsi en évidence la préparation minutieuse du complot. Parallèlement à ces sources imprimées, le livre de comptes du chanoine Lintermans offre une saisie « sur le vif » des événements. Le récit quotidien du scripteur mêle ainsi vie privée et vie politique jusqu’en 1639, année charnière durant laquelle un incendie détruit une partie de ses biens, marquant alors une rupture nette dans son écriture et un retrait du présent politique. La guerre civile en contexte urbain peut ainsi être productrice de temporalités multiples.

Ce panel s’est conclu par la communication d’Adrien Aracil (Université de Paris-Sorbonne) intitulée « Un ‘présentisme’ réformé est-il possible après l’édit de Nantes ? (premier XVIIe siècle) ». L’intervention portait sur la situation des communautés réformées dans les villes françaises au lendemain de l’édit de Nantes, mais aussi sur la réaction du pouvoir royal qui cherche à purifier le présent par un refoulement du passé. Les cahiers de doléances, qui compilent les revendications des communautés réformées face au pouvoir royal, constituent un témoignage du présent de ces communautés et de leur réaction face au régime d’historicité imposé par le pouvoir royal. Ils représentent cependant aussi un moyen pour cette communauté d’implanter ses propres rythmes dans l’espace urbain : une temporalité réformée, construite en opposition à la temporalité catholique. 

Le second panel de conférences du matin s’intitulait « L’événement : un marqueur du temps urbain ? » et était mené par Thalia Brero (Université de Neuchâtel).

La première communication du panel a été donnée par Marie Verbiest (Université de Neuchâtel) et s’intitulait « All roads lead to Bologna : news reports on the royal entry and coronations of Charles V in Bologna, 1529-1530 ». L’intervention portait sur la médiatisation de l’entrée solennelle et du couronnement impérial de Charles Quint à Bologne dans les imprimés d’actualité. Marie Verbiest a démontré la mise en scène multiforme de la ville, notamment à travers les descriptions de l’architecture, des habitants et des symboles urbains. Elle a notamment mis en lumière une seconde construction symbolique de la ville : celle d’une Bologne « roméifiée », évoquant Rome (qui aurait dû être le lieu du couronnement) par le biais de dispositifs éphémères. Cette mise en scène participe à la légitimation du couronnement, en rendant symboliquement présente la ville de Rome. Les imprimés contribuent donc à rendre cette double représentation de la ville, à la fois réelle et idéalisée, au service d’une narration politique de l’événement.

La communication suivante, présentée par Alexandre Goderniaux (Universités de Neuchâtel et de Lille) portait le titre « De Rome à Anvers en venant de Tunis : les multiples présents de Charles Quint (1536) ». À partir d’un imprimé d’actualité diffusé en 1536, relatant l’entrée triomphale de Charles Quint à Rome après sa victoire à Tunis, Alexandre Goderniaux a analysé la mise en scène complexe des temporalités dans ce document. L’imprimé décrit le parcours de l’empereur à travers la ville comme étant ponctué par une série d’arcs de triomphe mêlant structures antiques et constructions érigées pour l’occasion. Charles Quint est alors placé dans une double temporalité : celle du présent et celle de la Rome impériale, l’inscrivant dès lors dans la lignée des empereurs du passé. Par ailleurs, ces arcs permettent un second jeu sur la temporalité, puisqu’ils matérialisent la présence d’autres villes dans Rome et créent ainsi un jeu d’échelle sur l’espace, mais aussi sur le temps que représentent ces villes (passé, présent, futur et éphémère). La multiplicité des villes symbolise alors la multiplicité des présents de l’empereur et lui permet de mettre en scène son pouvoir.  

Le dernier après-midi du colloque, consacré entièrement à l’histoire de l’art, s’est déroulé dans le cadre d’un panel intitulé « La ville au rythme du burin et du pinceau » mené par Gaëtane Maes (Université de Lille).

La première communication du panel fut donnée par Ludovic Nys (Université de Valenciennes) et s’intitulait « La temporalité des œuvres d’art dans l’espace urbain. Le cas de la sculpture mobilière à Tournai (XIVe-XVe siècle) ». Si le patrimoine mobilier des églises paroissiales de Tournai a totalement disparu, de nombreuses archives – actes d’intérêts privés, testaments, comptes d’exécutions testamentaires, contrats et commandes – permettent d’étudier la temporalité des entreprises médiévales de renouvellement du mobilier liturgique. Ces processus de production artistique s’inscrivent cependant dans une temporalité longue et en étapes : de la commande à la conception jusqu’au parachèvement, certaines œuvres, comme les retables, peuvent nécessiter entre vingt et trente ans, mobilisant successivement plusieurs générations d’artisans, d’artistes et de donateurs. Cette temporalité étendue est également liée aux contraintes financières, qui rythment l’avancée des chantiers.

La deuxième communication a été présentée par Marije Osnabrugge (Université de Lausanne) et s’intitulait : « Les rythmes de la vie urbaine dans les pratiques des artistes aux Pays-Bas aux XVIe et XVIIe siècles ». Marije Osnabrugge a démontré l’importance et l’impact des temporalités de l’environnement urbain sur les artistes et leur pratique artistique, prenant notamment en compte la mobilité fréquente des artistes entre différents centres urbains, mais aussi les rythmes liés à la profession artistique (institutions, magasins d’art, matériaux) et aux domaines sociaux, politiques et culturels (éditions, institutions scientifiques et civiques). L’exemple du tableau d’Aert van der Neer représentant un paysage de coucher de soleil à la campagne illustre de manière concrète ces interactions : contraint par la fermeture nocturne des portes d’Amsterdam, l’artiste ne peut accéder à une observation directe du paysage et sa réalisation s’est donc forcément déroulée à l’intérieur de la ville.

Aert van der Neer, Paysage fluvial, ca. 1650, huile sur panneau, 44.8 x 63cm, Musée Mauritshuis, La Haye.

La dernière communication du colloque a été présentée par Cordélia Floc’hic (Université de Lausanne) et s’intitulait « Les cartes comme marqueurs temporels et événementiels. Etude de cas comparative de deux cartes de Delft après l’incendie de 1536 ». Dans sa communication Cordélia Floc’hic a présenté deux cartes de Delft qui capturent le présent de la ville en un moment bien spécifique. La première carte, élaborée peu après l’incendie, saisit la situation de la ville dans l’immédiateté de la catastrophe, offrant une vision du tissu urbain partiellement détruit. La seconde, datée de 1581, présente quant à elle une Delft reconstruite. Cordélia Floc’hic a démontré que cette seconde carte constitue une version actualisée de la première, permettant de mesurer les transformations opérées en réponse à l’événement. Au-delà de ces aspects, cette carte de 1581 révèle également d’autres dimensions du présent. Par la représentation vestimentaire des personnages, elle inscrit la scène dans un présent climatique, celui du petit âge glaciaire. Par ailleurs, la carte désigne aussi un lectorat indésirable dans la représentation d’un Turc, reflet des angoisses contemporaines liées à la menace d’une invasion ottomane. À travers ces choix iconographiques, la carte superpose ainsi trois présents à travers des choix subjectifs : un présent urbain, un présent coutumier et un présent socio-politique.

Le colloque s’est achevé par une conclusion générale établie par Elodie Lecuppre-Desjardin suivie d’une table ronde finale, offrant un moment de synthèse et de prolongement des réflexions engagées au cours des différentes sessions. Cette discussion collective a permis de faire émerger plusieurs questionnements, notamment concernant la segmentation du présent, le présent malmené, le présent en mouvement et l’artificialisation ponctuelle de la temporalité. Ont également été abordées les distinctions entre ville et campagne, qui doivent être nuancées selon les espaces ; la dimension anthropologique du temps ; tout comme la nécessité d’inclure le prisme du genre et du social dans les questionnements. Enfin, le concept de rythme a été souligné comme devant être appréhendé comme une cadence qui n’est pas forcément régulière.

La richesse des communications et des échanges durant ces trois jours a ainsi témoigné de la vitalité de ce champ de recherche où les différentes approches de la temporalité ouvrent de nouvelles perspectives pour l’analyse des sociétés urbaines de la fin du Moyen Age et du début de l’époque moderne.

Une publication d’un ouvrage collectif est prévue.

Participation au colloque : 1st Egodocumental Network Conference

Egodocuments from Medieval Codex to Modern Media : Narratives, Presentations, Identities

Vilnius, 24-26 avril 2025

Le 24 avril 2025, j’ai participé au colloque « 1st Egodocumental Network Conference: Egodocuments from Medieval Codex to Modern Media : Narratives, Presentations, Identities » à Vilnius.

Le colloque, organisé par l’Université de Vilnius, l’Université de Toruń Nicolaus Copernicus, l’Université de Lodz et le groupe de recherche « Egodocumental Research Group », réunissait 70 participants provenant de 16 pays et de disciplines académiques variés.

MON INTERVENTION

Au sein de ce colloque international et dans une session modérée par Michaël Green, j’ai présenté mes premiers résultats par le prisme d’un cas neuchâtelois : le livre de raison de la famille Favarger.

Mon intervention, intitulée « From one’s own wedding to the death of Guillaume Farel: A typology of the events related in the livre de raison of the Favarger family (county of Neuchâtel, 1547-1681) » s’intéressait aux différents événements mentionnés dans ce document et à leur organisation au sein de celui-ci.

En effet, dans ce document intrinsèquement personnel et familial, des événements au rayonnement plus large – le décès de Guillaume Farel, l’entrée du duc d’Orléans à Neuchâtel ou la description d’une tempête – sont entremêlés à des événements relevant plus typiquement de la sphère familiale et personnelle –les étapes de la carrière professionnelle du scripteur, la naissance d’un enfant ou le décès d’un parent. Quel équilibre peut-on alors observer entre ces différents types d’événements ? Pourquoi certains événements sont mentionnés tandis que d’autres, parfois attendus, ne le sont pas ? La présence de ces événements prenant part sur une plus large échelle, témoigne-t-elle d’une certaine curiosité pour l’actualité de la part des scripteurs ?

Par ailleurs, l’intérêt de cette source réside également dans sa structure : les différents scripteurs de la famille ont ainsi créé et respecté une structure thématique, sous forme de typologie d’événements. Les événements inscrits dans le livre sont alors spécifiquement ordonnés par catégories, elles-mêmes séparées par des pages vierges. Que signifie cette volonté de structurer les événements ? Dans quelle mesure ces événements peuvent-ils alors fonctionner en tant que marqueurs temporels ?

Ces différents questionnements, qui sont essentiels à mon projet de thèse, ont ainsi été abordés durant mon intervention et nourries par les discussions qui lui ont succédé.

Plusieurs publications collectives des interventions du colloque sont prévues.

Call for papers : conference “Prodigious Presents” (Lausanne, Febuary 12-13th 2026)

FR

Prodigious Presents. Representations, Uses, and Knowledge of the Extraordinary through the Lens of Time (15th–17th centuries)

Organised by Cordélia Floc’hic and Alexandre Goderniaux

DESCRIPTION

This conference aims to renew the study of prodigies (15th–17th centuries) by placing them at the heart of a reflection on time — and, more specifically, on the present. Extraordinary and often ambiguous events, prodigies offer a lens through which to explore how societies represent their own present, caught between practices of memory and projections toward the future.

The conference will be structured around three main themes:
1. The forms of representation of prodigies (through text, image, rhythm, emotion)
2. Their political, religious, and social functions
3. The dynamics of scholarly theorization and knowledge production that they generate

We particularly welcome contributions on learned and popular uses of prodigies, the interplay between text and image in their narrative construction, debates over their legibility, their circulation in printed media, and their interpretative or mobilizing effects. The aim is to explore how prodigies — through their suddenness and their symbolic potency — contribute to the construction of a present saturated with meaning: a present that is at once unstable and fertile, charged with signs, emotions, and open possibilities.

PLACE & DATE

University of Lausanne, February 12-13th 2026

CONTACT

To submit your proposal, please contact cordelia.flochic@unil.ch and alexandre.goderniaux@unine.ch by september 1st.

Appel à communications : Colloque “Présents prodigieux” (Lausanne, 12-13 février 2026)

EN

Présents prodigieux. Représentations, usages et savoirs de l’extraordinaire à l’épreuve du temps (XVe – XVIIe siècle)

Organisation par Cordélia Floc’hic et Alexandre Goderniaux

Ce colloque invite à renouveler l’étude des prodiges (XVe–XVIIe siècles) en les replaçant au cœur d’une réflexion sur le temps — et plus particulièrement sur le présent. Événements extraordinaires, souvent ambigus, les prodiges permettent d’interroger la manière dont une société se représente son actualité, entre pratiques mémorielles et projection vers l’avenir.

Trois axes structureront les échanges :
1. Les formes de représentation du prodige (texte, image, rythme, émotion)
2. Les fonctions politiques, religieuses et sociales qu’il remplit
3. Les dynamiques de théorisation érudite et de production de savoirs qu’il suscite

On s’intéressera aux usages savants ou populaires du prodige, aux rapports entre texte et image dans sa mise en récit, aux débats sur sa lisibilité, à ses circulations dans les médias imprimés, à ses effets d’interprétation ou de mobilisation. Il s’agira ainsi d’explorer la manière dont le prodige, par sa soudaineté et sa puissance de signification, participe à la construction d’un présent saturé de sens — un présent à la fois instable et fécond, traversé de signes, d’émotions et de possibles.

DATE & LIEU

12-13 février 2026, Université de Lausanne

CONTACT

Pour soumettre une proposition, veuillez contacter cordelia.flochic@unil.ch et alexandre.goderniaux@unine.ch d’ici le 1er octobre 2025.

Colloque : Fragments de présents passés : les imprimés éphémères à l’honneur à Genève

Du 10 au 11 avril 2025 se tiendra à l’Université de Genève le deuxième congrès international «La longue vie des imprimés éphémères»

DESCRIPTIF

Genève, ville importante pour l’histoire de l’imprimerie européenne, est également le lieu de conservation de plusieurs collections de feuillets francophones et anglophones, de pliegos de cordel espagnols et d’imprimés brésiliens. Ce congrès se propose de faire connaître la richesse de ces fonds, de faire le point sur la recherche actuelle sur la question des imprimés éphémères (aussi qualifiés d’imprimés bon marché, de large circulation, etc.) et d’aborder cette production sous un angle transnational avec un spectre chronologique large, allant du XVe au XXIe siècle.

Les axes de recherche qui ont été retenus pour cette rencontre interdisciplinaire sont les suivants :

1) Le rôle de l’image

2) Propagande et censure 

3) L’actualité de la recherche

PROGRAMME

Cette manifestation, organisée par Constance Carta (Université de Genève), Thalia Brero (Université de Neuchâtel) et Cristina R. Martínez Torres (Université de Genève), prendra place à l’Espace Colladon, Rue Jean-Daniel-Colladon 2, 1204 Genève.

Consulter le programme

Deux membres de l’équipe du projet Capturing the Present y présenteront leur recherche : Alexandre Goderniaux et Marie Verbiest.

Call for papers – Conference : Present in the City. Urban Temporalities and rhythms in Northwestern Europe (14th-17th centuries)

Lille, October 1-3, 2025

FR

Researchers wishing to take part in this event are asked to send a short CV, a title and a 300-word summary of their paper by February 15, 2025.

Contact : elodie.lecuppre@univ-lille.fr, sebastian.hackbarth@univ-lille.fr, annefrederique.provou.etu@univ-lille.fr

Languages

French/English (a passive knowledge of French is welcome for exchanges).

Field of Study

History, Art History, Literature, Environmental History, History of Emotions, Gender Studies, Archaeology.  

Description

“Temporalities are a common code for deciphering space and giving an account of a complex, contextualized world”. This quotation from geographer Françoise Lucchini (2015) opens up an original reading of urban space, considered in the rhythm of its own pulsations. The city, as a space that is built, developed, inhabited and conceived, has been the subject of numerous studies, which have occasionally introduced a temporal dimension to their reflections, enabling us to better grasp the dynamics of its evolutions and urban practices. However, it has to be said that the “sense of time”, captured in the rhythms of daily life and the planned organization of places, has attracted more attention from geographers, urban planners, sociologists and historians of the 19th and 20th centuries. The acceleration of time induced by industrialization, the great urban metamorphoses that accompanied it and the development of new technologies undoubtedly makes it easier to take hold of this elusive material that is time and to forge a presentist “regime of historicity”, supposedly specific to the contemporary period, according to the expression conceived by François Hartog (2003). 

This expression has become so popular that it now seems obvious and indisputable that not only is “presentism” a fact of our modernity, but also that we should necessarily be disappointed by it. And yet, for several decades now, Peter Burke’s (2004) commentary on Jacques Le Goff’s pioneering observations on “merchant time” has been inviting us to explore the living matter of medieval and early modern cities, to better understand the meaning of the multiplicity of temporalities concentrated in a single place, and to question the relationship between the “field of experience” and the “horizons of expectation” of medieval communities (Koselleck 1979). There is thus another cultural history of time to be written, in which forms of presentism other than the one that prevails today may have asserted themselves. 

At least, that’s the idea behind this meeting, part of the SNSF-Sinergia project “Capturing the Present in Northwestern Europe (1348-1648)”. The aim is to capture not only the measurement of present time, but also the feeling of its passing,which so troubled the mind of Saint Augustine and all those who strove to define it. The question of subjectively experienced time may seem trivial. But placing it in a particular context, determined by as many parameters as places, social status, ages, activities, individual or collective ambitions, political or economic imperatives, etc., gives it all its richness and fulfils the wishes of Marc Bloch, for whom history must approach “the human moment when these currents tighten in the powerful node of consciences” (Bloch, 1949). In the comparison offered by a vast Western urban Europe, which will support studies more specifically dedicated to its northern part, in order to grasp its specificities, the aim of this meeting is to observe city dwellers caught up in the game of multiple temporalities that cross them and feed their sense of belonging or exclusion to different social groups. 

How do city dwellers (and those who pass through them) live in the present? How do they share this individual experience within the communities to which they refer or are assigned? Can we speak of time communities , shaped by the contours of a social group, political membership or shared faith? What degree of awareness and what cultural foundation underlies this apprehension and representation of the present, considered as much for its own sake as for the past it synthesizes and the future it heralds? These are just some of the questions that will be addressed. Daily rhythms, the dynamics of events, intimate time, risk control and the impact of accidents, the suspension of action – these are just some of the perspectives that will enable historians of practical sources, literature and images to examine the city as lived and thought in the present(s) of those who live in it. 

Scientific Committee

Jan Blanc (Université de Lausanne), Thalia Brero (Université de Neuchâtel), Estelle Doudet (Université de Lausanne), Elodie Lecuppre-Desjardin (Université de Lille), Marije Osnabrugge (Université de Lausanne).  Marc Boone (Université de Gand), Marie Bouhaïk (EHESS), Matthieu Caesar (Université de Genève), Ingrid Falque (UC Louvain-la-Neuve), Gaëtane Maës (Université de Lille), Mélanie Traversier (Université de Lille), Mathieu Vivas (Université de Lille) Alexis Wilkin (Université Libre de Bruxelles). 

Organization

S. Hackbarth, É. Lecuppre-Desjardin, A.-F. Provou

Appel à communication – Colloque : La ville au présent. Temporalités et rythmes urbains en Europe occidentale (XIVe-XVIIe siècles)

Lille, 1-3 octobre 2025

EN

Les chercheuses et chercheurs qui souhaitent participer à cette rencontre sont priés d’envoyer un court CV, un titre et un résumé de leur proposition de communication de 300 mots avant le 15 février 2025.

Contacts : elodie.lecuppre@univ-lille.fr, sebastian.hackbarth@univ-lille.fr, annefrederique.provou.etu@univ-lille.fr

Langue

Français/Anglais (une connaissance passive du français est souhaitable pour nourrir les échanges).

Disciplines

Histoire, histoire de l’art, littérature, histoire environnementale, histoire des émotions, gender studies, archéologie.

Description

« Les temporalités sont un code de lecture pour comprendre l’espace et rendre compte d’un monde complexe et contextualisé ». Cette citation que l’on doit à la géographe Françoise Lucchini (2015) ouvre une lecture originale de l’espace urbain, considéré au rythme de ses pulsations propres. La ville, comme espace construit, aménagé, vécu et pensé, a fait l’objet de nombreuses études, qui ont ponctuellement introduit une dimension temporelle à leurs réflexions, permettant de mieux saisir la dynamique de ses évolutions et des pratiques urbaines. Toutefois, il faut reconnaître que le « sens du temps », saisi au fil des rythmicités quotidiennes comme de l’organisation planifiée des lieux, a davantage retenu l’attention des géographes, urbanistes, sociologues ou des historiens des xixe et xxe siècles. L’accélération du temps induite par l’industrialisation, les grandes métamorphoses urbanistiques qui l’accompagnèrent et le développement des nouvelles technologies permet sans doute plus aisément de s’emparer de cette matière fuyante qu’est le temps et de forger, selon l’expression conçue par François Hartog (2003), un « régime d’historicité » présentiste, censément propre à la période contemporaine.  

Cette expression, on le sait, fait florès, si bien qu’il paraît désormais évident et incontestable que non seulement le « présentisme » est un fait de notre modernité mais aussi qu’il faudrait nécessairement s’en désoler. Pourtant, les remarques de Peter Burke (2004), commentateur des observations pionnières de Jacques Le Goff sur le « temps du marchand », invitent depuis plusieurs décennies à explorer la matière vivante des villes du Moyen Âge et de la première modernité, pour mieux comprendre le sens de la multiplicité des temporalités qui se concentrent en un même lieu et forcent à interroger le rapport entre « le champ de l’expérience » et « les horizons d’attente » des communautés médiévales (Koselleck, 1979). Il y aurait ainsi une autre histoire culturelle du temps à écrire, où d’autres formes de présentisme que celle qui prévaudrait aujourd’hui ont pu s’affirmer.  

C’est tout du moins l’idée qu’aimerait défendre cette rencontre, inscrite dans le projet FNS-Sinergia « Capturing the Present in Northwestern Europe (1348-1648) ». Il s’agira de saisir non seulement la mesure du temps présent, mais aussi le ressenti de son écoulement, qui troublait tant l’esprit de saint Augustin et de tous ceux qui s’efforcèrent d’en donner une définition. La question du temps subjectivement vécu peut s’avérer d’une grande banalité. Mais la replacer dans un contexte particulier, déterminé par autant de paramètres que sont les lieux, les statuts sociaux, les âges, les activités, les ambitions individuelles ou collectives ou encore les impératifs politiques, économiques, etc. lui donne toute sa richesse et comble les vœux de Marc Bloch, pour qui l’histoire se doit d’approcher « le moment humain où ces courants se resserrent dans le nœud puissant des consciences » (Bloch,1949). Dans la comparaison offerte par une vaste Europe urbaine occidentale, qui viendra en appui aux études plus spécifiquement dédiées à sa partie septentrionale, afin d’en saisir les spécificités, le but de cette rencontre est d’observer les citadins pris dans le jeu des multiples temporalités qui les traversent et nourrissent leur sentiment d’appartenance ou d’exclusion à différents groupes sociaux.  

Comment les habitants de villes (mais aussi celles et ceux qui les traversent) habitent-ils le temps présent ? Comment partagent-ils cette expérience individuelle au sein des communautés auxquelles ils se réfèrent ou sont assignés ? Peut-on parler de time communities (communautés temporelles), façonnées par les contours du groupe social, de l’adhésion politique ou du partage d’une même foi ? Sur quel socle culturel se fondent cette appréhension et cette représentation du temps présent, considéré autant pour lui-même que pour le passé qu’il synthétise et l’avenir qu’il annonce ? Autant de questions non limitatives qui nourriront la réflexion. Rythmes quotidiens, dynamiques de l’événement, temps de l’intime, maîtrise du risque et impacts de l’accident, suspension de l’action, sont autant de perspectives qui permettront aux historiens et historiennes des sources de la pratique, de la littérature et des images de s’interroger sur la ville vécue et pensée dans le(s) présent(s) de celles et ceux qui l’animent.  

Comité scientifique

Jan Blanc (Université de Lausanne), Thalia Brero (Université de Neuchâtel), Estelle Doudet (Université de Lausanne), Elodie Lecuppre-Desjardin (Université de Lille), Marije Osnabrugge (Université de Lausanne).  Marc Boone (Université de Gand), Marie Bouhaïk (EHESS), Matthieu Caesar (Université de Genève), Ingrid Falque (UC Louvain-la-Neuve), Gaëtane Maës (Université de Lille), Mélanie Traversier (Université de Lille), Mathieu Vivas (Université de Lille) Alexis Wilkin (Université Libre de Bruxelles). 

Organisation

S. Hackbarth, É. Lecuppre-Desjardin, A.-F. Provou

Compte rendu : “Back to the Future: Thinking about Futures in Late Medieval and Early Modern Europe and Beyond”

Université d’Anvers, 14-15 novembre 2024

Billet rédigé par Sebastian Hackbarth et Anne-Frédérique Provou

Lien vers le programme

 « Back to the Future » est un projet de recherche qui a débuté en 2020 à l’Université d’Anvers, dirigé par Jeroen Puttevils (PI, principal investigator), avec la participation de Max-Quentin Bischoff (doctorant), de Sanne Hermans (doctorante), de Nicolò Zennaro (doctorant), de Sara Budts (post-doctorante) et d’Elisabeth Heijmans (post-doctorante). Le projet entend revenir sur les travaux pionniers, mais sur certains points discutables, de Reinhard Koselleck et de François Hartog, assurant que la notion de futur n’existerait pas avant le siècle des Lumières, le seul futur réellement envisageable avant cette époque étant celui associé à l’Apocalypse et à la fin des temps. Les membres de « Back to the Future » placent le tournant avant les XVIIIe et XIXe siècles. Dès la fin du Moyen Âge, le futur n’est pas uniquement associé à la fin des temps, et les hommes et les femmes pensent aussi au lendemain, au futur proche (un ou plusieurs mois), anticipent les choses et organisent leur avenir. Les membres de ce projet entendent proposer une nouvelle histoire du futur et penser de nouveaux « régimes d’historicité » (F. Hartog), en étudiant un corpus de plus de 15 000 lettres allant de 1400 à 1830, des correspondances de marchands anglais, français, néerlandais, italiens et germaniques, avec une approche statistique soutenue par des outils numériques et l’intelligence artificielle.

Nous renvoyons à leur article :

Jeroen Puttevils, Max-Quentin Bischoff, Sara Budts, Elisabeth Heijmans, Sanne Hermans et Nicolò Zennaro, “State of the Field: Histories of the Future”, History, vol. 109, issue 384-385, avril 2024, p. 150-172.

Jeroen Puttevils – Introduction to the conference and the theme

PI du projet et professeur à l’Université d’Anvers, Jeroen Puttevils a d’abord rappelé les principaux objectifs du projet : évaluer les manières de penser le futur sur le long terme, c’est-à-dire de la fin du Moyen Âge au début de l’époque moderne, et voir comment elles ont évolué et influencé les actions humaines. Il est ensuite revenu sur le corpus étudié, qui  permet d’accéder à la fois aux mentalités et aux actions des marchands, mais aussi de leurs femmes et de leurs enfants, rendant possible une perspective de genre. L’usage de la technologie HTR (Handwritten Text Recognition) a été précieux, et notamment l’outil de transcription Transkribus, même si l’intelligence artificielle ne fournit pas encore des résultats suffisamment précis pour être utilisée seule.

L’équipe s’est centrée sur les mots et les structures grammaticales afin d’identifier les mentions du futur. Sur l’ensemble des lettres étudiées, 2 687 mentions ont  été recensées dont  147 sont des conventions littéraires (« si Dieu le veut »), et la majorité des ordres et des instructions (732). Ces premiers résultats montrent l’importance de ne pas considérer un seul futur, mais bien des futurs : le futur proche (quelques heures), le futur sur le moyen ou à long terme (jusqu’à plusieurs années), et même l’éternité associée au Jugement dernier. En moyenne, les lettres nous engagent dans un futur de 5,38 mois, la médiane se situant à 3 mois. Les hommes et les femmes de l’époque ne pensent donc pas uniquement à la fin des temps ou à leur salut. Plusieurs futurs sur le plan temporel doivent être considérés, mais aussi sur le plan social : tout le monde n’a pas le même futur selon son âge, son genre, sa catégorie sociale… On peut ainsi identifier une pluritemporalité, avec plusieurs timelines selon les individus. En outre et même si les mentalités évoluent progressivement, Dieu reste un acteur central : le futur est le résultat du plan divin. Dieu est largement mentionné dans les lettres, ne serait-ce que par des formules conventionnelles comme « par la grâce de Dieu ».

Marek Tamm (Tallinn University) – Future: a Useful Category of Historical analysis

Marek Tamm, professeur à l’Université de Tallinn, affirme que le futur doit être considéré comme « a useful category of historical analysis », pour reprendre l’expression de Joan Scott. Les travaux sur l’histoire du futur se sont d’ailleurs multipliés ces dernières années, à l’image du projet qu’il anime avec Zoltan Boldizsar Simon, qui a abouti à la publication d’un livre du même nom, Historical Futures. Leur objectif est d’étudier les modalités historiques du futur qui permettent d’expliquer notre rapport actuel au futur, en s’appuyant sur une démarche profondément interdisciplinaire. Pour plus de précisions.

Matthew S. Champion – “There will come a time”: imagining futurity in the devotio moderna

Professeur à l’Université de Melbourne, Matthew S. Champion assure que si la fin des temps est essentielle dans la pensée médiévale, les hommes et les femmes de l’époque pensent également à des futurs plus proches et plus concrets, comme il a pu le montrer dans son livre The Fullness of Time. Temporalities of the 15th Low Countries (2017). L’histoire du passé, du présent et du futur doivent être pensées ensemble, puisque les hommes et les femmes de l’époque les envisagent d’un même tenant ; il n’est pas possible de comprendre une temporalité sans avoir connaissance des autres. Pour souligner son propos, M. S. Champion présente le Triptyque des Miracles du Christ (1491-1495), qui met en scène plusieurs temporalités de la vie du Christ. On y voit aussi une femme sur le point de boire, montrant la capacité des hommes et des femmes du Moyen Âge à s’ancrer dans un futur proche. Parmi d’autres exemples, celui des cloches rythmant la vie des religieux, qui attendentau fil des heures leur tintement, leur imposent une organisation rigoureuse du temps diurne et nocturne, accentuée par la devotio moderna.

Sanne Hermans – Future ties: Familial Experiences and Expectations in the Early Modern Low Countries (c. 1600)

Sanne Hermans est doctorante dans le cadre du projet et étudie les dynamiques personnelles et familiales à l’œuvre dans les mariages des familles marchandes néerlandaises et germaniques (corpus de 400 lettres allant de 1584 à 1614). Elle repère notamment différents « timings » qui influencent la prise de décision : le temps personnel (désaccord de la fille à marier par exemple), le temps familial (intérêts de la famille : nouer une alliance commerciale avec une autre famille), le temps social (les défis posés par la guerre de Quatre-Vingts Ans notamment) et le temps divin, essentiel pour des calvinistes qui considèrent que Dieu contrôle leur vie.  La vertu chrétienne de la « patience », temps investi à attendre, prend une place importante dans ces lettres.

Judith Pollmann – What’s in the air? Predicting the Political Future in the Early Modern Low Countries

Judith Pollmann est professeure à l’Université de Leyde et présente les résultats d’un projet de recherche mené avec Erika Kuijpers : Chronicling Novelty. New Knowledge in the Low Countries, 1500-1800 (NWO project). En étudiant une centaine de chroniques produites par des communautés locales et éditées via Transkribus, elles ont estimé comment les sociétés des Anciens Pays-Bas se projetaient dans le présent et le futur : via les nouvelles et les rumeurs, des comparaisons entre des événements présents et passés, des signes et des augures, ainsi que des paris politiques.

Elisabeth Heijmans – Gendered Future Thinking and Self-Representation in French Merchant’s Correspondences during the 18th c.

Post-doctorante de l’équipe, Elisabeth Heijmans s’intéresse aux femmes remariées et aux veuves des marchands Le Roux à Marseille au XVIIIe siècle. Le futur est perceptible de différentes manières dans les lettres de ces femmes : via des ordres et des instructions, par des notifications de plans, des prédictions, l’expression d’espoirs ou de peurs, et enfin de leurs opinions. Certaines veuves sont très pessimistes quant à l’avenir en raison des incertitudes liées à la reprise des affaires familiales après le veuvage. D’autres se mettent en avant dans leurs lettres pour engager de nouveaux partenariats commerciaux en ventant leur partenaire, ou via un discours d’humilité.

Matthew D. O’Hara – Futures from the Ruins: History and Prediction in Early Mexico

Matthew D. O’Hara est professeur à l’Université UC Santa Cruz et revient sur un journal original et étonnant, déjà étudié vingt ans auparavant, écrit par un prêtre vivant au nord de Mexico. Rédigé dans les années 1850, dans un Mexique fraichement indépendant, ce texte témoigne des inquiétudes de son auteur quant à l’avenir. Pourtant, le prêtre critique aussi la période coloniale, incapable de se retrouver ni dans le passé, ni dans l’avenir.

Shahzad Bashir – What Did the Future Look Like in Early Colonial India?

Shahzad Bashir est professeur à l’Université d’Aga Khan au Pakistan et nous présente une lithographie proche visuellement du manuscrit, un rouleau de 1.5 m de long et 0,5 m de large publié dans l’Inde coloniale, en 1849. Le document, riche de connaissances variées (statistiques démographiques, religion et cosmogonie, magie…), conservé à la British Library, témoigne de différentes visions du futur : un futur passé (Koselleck), un futur comme prédestination et anticipation pour l’auteur (eschatologique vs. futur ouvert aux possibilités), des futurs aussi multiples que le nombre de lecteurs potentiels, et le passé comme clé de compréhension de la société actuelle, et comme espoir pour les hommes d’aujourd’hui. L’un des intérêts de ce document est la représentation spatiale du futur diffracté en plusieurs rubriques.

Sara Budts – Candlemas or February 2nd? The Use of Temporal Frameworks in Early Modern English Merchant Letters

Membre de l’équipe et post-doctorante, Sara Budts étudie les familles Cely (247 lettres, 1474-1489) et Johnson (878 lettres, 1542-1553), familles anglaises impliquées dans le commerce de laine. Elle identifie plusieurs catégories de références au temps : mentions de dates, de congés et de vacances, des quarter days, références fonctionnelles au futur et fondées sur des événements précis. Si le passé est souvent mentionné via des dates, le futur au contraire s’inscrit dans l’évocation des congés et des quarter days, qui sont l’occasion de réunions familiales. Ces familles se projettent également dans leurs activités commerciales, dans les voyages à effectuer, planifient leurs activités, avec néanmoins des différences entre familles et individus.

Penelope J. Corfield – Shifting Views of Time – From Cyclical to Linear – and the Future of Prophecies

Professeure émérite à l’Université de Londres, Penelope Corfield souligne l’ambivalence au XIXe siècle entre la foi dans le progrès (des sciences, de la raison, de la technologie), qui donne espoir en un avenir meilleur, et la peur qui perdure de la fin des temps.

Max-Quentin Bischoff – Letters, Contracts and Testaments: the Future Horizon of a Family Firm (1520-1550)

Max-Quentin Bischoff est doctorant dans le cadre du projet. Il analyse la compagnie de la famille de Tucher au XVIesiècle, établie à Nuremberg, grâce à un corpus de lettres allant de la fin du XVe siècle à 1566, mais aussi à travers des testaments, des comptes et des contrats. Le futur est omniprésent : que ce soit le futur de la compagnie à travers les testaments ou les contrats avec des partenaires commerciaux (ces contrats durent entre quatre et dix ans), ou la nécessité de prodiguer une éducation soignée aux jeunes hommes de la famille, qui apprennent le métier au sein de la compagnie afin de prendre le relais de la génération actuelle.

Benjamin Scheller – Practical Futurology in the Late Middle Ages: Some Thoughts and Observations

Benjamin Scheller est professeur à l’Université de Duisburg-Essen et résume les travaux de plusieurs doctorants de l’université, menés au sein d’un programme de recherche sur « l’agir pour l’avenir » (Zukunftshandeln). Tous permettent de s’intéresser à la fois aux imaginaires et aux pratiques liées au futur à l’époque médiévale. Ils distinguent trois manières d’agir en se projetant dans le futur : la « prévention » avec la thèse de Franziska Klein (Die Domus Conversorum und die Konvertiten des Königs, 2020), qui montre les efforts d’un hôpital destinés aux juifs convertis au christianisme pour prévenir toute apostasie ; le « risque » avec la thèse de Franzisca Scheiner (Die Commenda – Ein riskantes Unternehmen), sur les dangers occasionnés par les activités des partenaires commerciaux à Gênes ; et la planification avec la thèse de Gion Wallmeyer (Wissen über Ungewisses, 2023) qui montre l’importance pour les croisés de faire appel, au préalable et afin de planifier leurs expéditions, à des experts financiers, militaires et à des géographes.

Klaus Oschema – After the End: Medieval Ideas on the Limits of Future

Directeur de l’Institut Historique allemand de Paris, Klaus Oschema s’interroge sur une idée-reçue : les sociétés médiévales sont-elles obsédées par la fin des temps ? La fin absolue, totale et définitive, est difficile à déceler dans les sources médiévales. Ainsi, la condamnation au bûcher de Jan Hus comme hérétique  marque la fin de son existence physique, mais pas de ses idées. En outre, si l’on est tenté de voir le Jugement dernier comme la fin d’un monde, il apparaît davantage à l’époque comme le commencement de quelque chose de nouveau, le royaume de Dieu. Il n’est pas anxiogène, mais synonyme d’espoir.

Nicolò Zennaro – The Ermine’s Game: Mercantile Futures and Warfare in Late Medieval Venice.

Nicolò Zennaro est doctorant dans le cadre du projet. Il a étudié 879 lettres de marchands vénitiens issues des archives Datini, écrites entre 1389 et 1411, et les a transcrites via Transkribus. Les marchands sont conscients des risques et les anticipent, parlant notamment de « gran danno » (grand dommage) lié à la guerre, comme pendant l’expédition en Italie de Robert du Palatinat, roi des Romains (1400-1402), contre les Visconti, même si la guerre peut aussi être source de profits et prouve la capacité d’adaptation de ces familles. Les marchands sont sensibles aux informations qui circulent et se tiennent informés de l’actualité. Ils s’inspirent des conseils des anciens, plus expérimentés et gages de prudentia, comme de l’astrologie qui leur permet d’anticiper les besoins du marché. Les prières à Dieu sont fréquentes, et les hommes de l’époque cherchent également dans les prophéties des signes de Dieu leur permettant d’anticiper le futur.

Colloque “Spectacles et diplomatie. Conférences et congrès de paix du XVe siècle au début du XXI siècle”

Paris-Versailles (25-27 septembre 2024)

Elodie Lecuppre-Desjardin (avec Jordy Sailier) a donné une communication : “Une diplomatie rythmée ? Les multiples temporalités de la paix signée à Arras en septembre 1435”.

En croisant les informations issues du Journal d’Antoine de la Taverne, prévôt de l’abbaye Saint-Vaast, des registres de délibérations de la ville, des protocoles anglais et des chroniques du XVe siècle, l’étude a permis d’analyser l’agenda des rencontres et de comprendre, jour après jour et quasiment heure par heure, les stratégies mises en place lors de cette assemblée. L’attention portée au temps ordinaire et à ses bouleversements, aux exigences pratiques de l’organisation d’une telle rencontre et aux attentes parfois contrariées des uns et des autres, a suscité une réflexion sur l’expertise diplomatique au risque de l’ethos chevaleresque. La nature exceptionnelle des sources a permis d’observer les différents présents rassemblés en un même lieu : ceux des échevins préoccupés, des plénipotentiaires déterminés, des religieux inspirés, des mères inquiètes, des princes fêtards, des jouteurs frustrés…