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Pépite : Neuss, ou les habits de l’empereur du contretemps

Billet rédigé par Élodie Lecuppre-Desjardin

À l’été 1474, le duc de Bourgogne Charles le Téméraire engageait son armée devant la ville de Neuss pour un long siège qui, sous la plume de son indiciaire, George Chastelain, devint l’une des Douze Magnificences dont ce prince pouvait s’enorgueillir. Après les noces de Bruges (juillet 1468), l’humiliation des rebelles Gantois à Bruxelles en janvier 1469, agenouillés dans la neige, rendus à la merci de la terrible sanction de leur redouté seigneur, le chapitre de la Toison d’Or à Valenciennes (1473), l’entrevue de Trèves (octobre 1473)…, Neuss devenait une nouvelle occasion pour enjoliver le caractère exceptionnel d’un principat dont la brièveté (1467-1477) et le caractère chaotique réclamaient toute la rhétorique des encomiastes de la cour pour en faire oublier l’échec piteux devant Nancy, le 5 janvier 1477.  

« La douzième et dernière magnificence fut au siège de Nusse, où toutes les choses, tant de marchandises comme de drogueries, se recouvroient comme à Bruges ou Gand ; et comment, le dit siège gardé, il envahit l’empereur, ensemble la puissance de Germanie ».

(Jean Molinet, Chronique, G. Douteront & O. Jodogne ed., Bruxelles, 1935-1937, Tome 1, chapitre 36, 170-172.)  

« Camp de Charles le Téméraire devant Nancy avec bombardes et armures italiennes », Pierre de Blarru, Le Nancéidos, (1518), BM Besançon, n°65310, p. 11. 

Bousculé par une révolte dans sa principauté ecclésiastique, Robert de Bavière (1427-1480), l’archevêque de Cologne, avait appelé en renfort son allié le duc de Bourgogne qui ne se fit pas prier pour saisir cette nouvelle occasion de faire la démonstration de sa puissance face à une Alsace remuante et des princes germaniques qu’il était bien décidé à convaincre de la légitimité de ses prétentions impériales, malgré le fiasco de l’entrevue de Trèves où, en octobre 1474, l’empereur Frédéric III avait préféré s’éclipser pendant la nuit plutôt que d’accéder aux demandes jugées extravagantes d’un duc de Bourgogne cherchant couronne. Élu grâce au soutien de Philippe le Bon, c’est naturellement que l’archevêque de Cologne s’était tourné vers l’héritier de celui-ci pour obtenir un arbitrage dans le conflit qui l’opposait à Herman de Hesse, désigné par les villes de sa principauté comme protecteur de leurs intérêts. Après l’échec des négociations, il revenait aux armes de se faire entendre. 

Une entreprise titanesque hors du temps

Le 30 juillet 1474, l’imposante armée du Téméraire établissait donc son camp devant Neuss afin d’éradiquer la rébellion. Pendant près de onze mois, le duc multiplia les tentatives pour venir à bout d’une ville dont la situation topographique et les ravitaillements constants finirent par épuiser les 13 à 20.000 hommes engagés sous la bannière ducale. Élévation de ponts, assèchement de fossés, détournement du cours de l’Erft, introduction de nouvelles bombardes, structuration d’un camp aux allures de ville avec ses rues, ses places, ses églises, ses lois … Tout dit l’exubérance et l’agitation d’un prince, dont l’hyperactivité surprend, saisit les ambassadeurs italiens de passage comme les officiers de la cour, à l’instar de Philippe de Croy, comte de Chimay, dont le rapport est resté célèbre : 

« Nous avons un duc volant et plus mouvant qu’une aronde (hirondelle) : une heure, il est au quartier des Ytaliens, et en un moment, en celui des Anglois. Il va aux Hollandais, Hainuyers et Picards, il commande à ceux des ordonnances et ordonnes aux fieffés. Et vous asseure qu’il ne tient pas en oyseuses ceux de son hôtel ni de sa garde. Il est toujours sur bout et jamais ne se repose, et se treuve en tous lieux. » 

(Georges Chastelain, Oeuvres, J. Kervyn de Lettenhove (ed), Bruxelles, 1863-1868; t. VIII, p. 266-268)

 

Anonyme, Le siège de Neuss, (XVIe siècle), Malines, Museum Hof van Busleyden (Inv. n° S0609)

À Neuss, non seulement les entreprises innovantes se succèdent à un rythme effréné, mais également les délégations reçues en grande pompe, les messagers, les coursiers informant le prince des affaires de ses territoires, tandis que les mandements, requêtes, instructions prennent le chemin inverse qui garantit au sceau et au contre-sceau de ces allers et retours la bonne conduite de la machine gouvernementale. Et pourtant, tandis que les Anglais annoncent le débarquement prochain d’Édouard IV, accompagné de 10.0000 hommes pour en finir avec le royaume de France, relancent un duc qui toujours promet de se rallier mais jamais ne bouge, le temps à Neuss semble suspendu…       

Neuss, rêve d’Empire

Cet épisode de l’histoire bourguignonne a longtemps, pour ne pas dire toujours, été perçu comme le signe de l’archaïsme d’un prince englué dans ses chimères, un nouvel Alexandre conquérant et s’acharnant sur cette ville de Neuss, tel le Macédonien devant Tyr, prisonnier d’une image d’enluminure. Et pourtant, à bien y regarder, l’activité débordante du Téméraire n’a rien d’anarchique ou de romanesque. Elle ressortit d’un plan, d’une stratégie dont l’œuvre postérieure du peintre Adriaen Van den Houtte nous livre la clef. 

Adriaen Van den Houtte, Het Belegh van Nuysen, (début du XVIe siècle), Malines, Museum Hof van Busleyden. (Inv. n°S0608)

Dans ce tableau intitulé « Het Belegh van Nuysen » (Le siège de Neuss), Adriaen Van den Houtte (c. 1459-1521), connu pour avoir développé ses talents dans l’art du vitrail, des tapisseries et de la peinture à l’huile, exécute au début du XVIe siècle une représentation fidèle d’un camp militaire aux allures de ville tel qu’il nous est décrit par les chroniqueurs de l’époque et peut-être inspiré du plan que Le Téméraire avait lui-même établi. L’observation nous invite à deux régimes de contemplation : l’un qui consiste à tout embrasser d’un seul regard pour apprécier l’événement, l’autre qui nous invite à ralentir et à suivre ces différentes temporalités suggérées par tous ces détails parfois curieux. En effet, sur ces chemins sinueux, s’y croisent des hommes et des femmes, tous animés par leur propre temporalité. Le temps du commerce apparaît dans les échoppes, le temps des entraînements guerriers ou des jeux de hasard dit l’attente et le divertissement affiché dans la figuration des plaisirs licencieux, le temps de la justice n’est pas négligé si l’on veut bien estimer le nombre de cadavres pendus au pilori sous le regard du prévôt, le temps religieux scande la vie quotidienne de tous et domine la représentation par l’église figurée derrière la tente ducale, etc. 

Marché et soldats jouant aux dés. Adriaen Van den Houtte, Het Belegh van Nuysen, (début du XVIe siècle), Malines, Museum Hof van Busleyden. (Inv. n°S0608) (détail)

Justice du prévôt des maréchaux près du gibet. Adriaen Van den Houtte, Het Belegh van Nuysen, (début du XVIe siècle), Malines, Museum Hof van Busleyden. (Inv. n°S0608) (détail)

Enfin, légèrement excentré, le camp ducal fait apparaître une sorte de ville dans la ville, dans un espace restreint où, malgré les allers et venues des diplomates et des messagers, le duc de Bourgogne, absorbé par la nécessité du moment, semble s’exclure des réalités du temps. Alors que les costumes et les vêtements sont ceux des premières décennies du XVIe siècle (période de réalisation de l’œuvre), le duc au centre, accompagné de proches officiers, porte une armure dorée, et surtout la couronne fermée de l’Empire qu’il ne parvint jamais à obtenir autrement qu’en rêve. 

Charles le Téméraire en habit d’empereur. Adriaen Van den Houtte, Het Belegh van Nuysen, (début du XVIe siècle), Malines, Museum Hof van Busleyden. (Inv. n°S0608) (détail).

Charles le Téméraire, dans ce raccourci de l’histoire proposé par le peintre, est devenu son arrière-petit-fils, Charles Quint, sacré empereur à Aix-la-Chapelle en 1520 ! Cette image d’un avenir ambitionné, recomposée a posteriori, explique l’attitude d’un homme dont l’engagement excessif n’est pas pour autant déconnecté d’une stratégie établie depuis son arrivée au pouvoir : faire accéder la Grande Principauté de Bourgogne à l’Empire. En cela, tout démesuré et brutal qu’il pouvait être, il n’est pas un nouvel Alexandre aux allures surranées. Il est en avance sur son temps et donc en discordance avec lui. Aussi, à bien y regarder, l’activité débordante du Téméraire s’inscrit tout simplement dans une temporalité non partagée, ni par ses officiers, inquiets d’assister à la construction de ponts qui feront le succès du siège d’Anvers par Alexandre Farnèse près de cent ans plus tard en 1584, ni par des conseillers pour lesquels le rapport de force avec la France est le seul qui compte. Charles est un prince dont le présent ne le pousse pas à rejoindre les troupes anglaises, non par négligence, mais par un choix politique qui fait de lui le non-contemporain du roi d’Angleterre comme de ses propres conseillers ignorants des aspirations de leur maître et seigneur.  Sa Qualité des temps, pour reprendre l’expression machiavélienne, le pousse à agir dans une relation à ‘son’ présent. Cependant, privé de concordance des temps avec ses homologues, il n’en est pas le contemporain, et pire encore il n’en est pas non plus celui de ses sujets. Là réside, sans doute, la clef de son échec que met en lumière l’histoire différentielle et qui permet d’éviter l’écueil d’une sanction historienne confortée par le cumul omniscient des siècles de distance, encore formulée récemment, assimilant Charles à « un prince malhabile n’ayant pas su profiter du formidable patrimoine légué ».

À venir

Ce billet s’appuie sur un exemple qui illustrera l’article « Saisir les multiples temporalités des sociétés de la fin du Moyen Âge : vers une histoire différentielle ? » et qui fera l’objet d’une analyse plus détaillée dans le cadre d’une communication qui sera donnée à Nancy pour le 550ème anniversaire de la bataille de Nancy (23-25 novembre 2027). 

Bibliographie

P. Ehm, Burgund und das Reich : spättmittelalterliche Aussenpolitik am Beispiel der Regierung Karls der Kühnen, 1465-1477, Munich, 2002.

É. Lecuppre-Desjardin, Le Royaume inachevé des ducs de Bourgogne, Paris, 2016.

W. Paravicini, “Die zwölf ‘Magnificences’ Karls des Kühnen”, in Vorträge und Forschungen: Formen und Funktionen öffentlicher Kommunikation im Mittelalter, (Band 51), Stuttgart, 2001, p. 319-395.

J.-B. Santamaria, 5 janvier 1477. La mort de Charles le Téméraire, Paris, 2023.

R. Vaughan, Charles the Bold. The last Valois Duke of Burgundy, London & New York, 1973 (reed. 2002).

H. Wayment, A rediscovered Master : Adrian van den Houtte of Malines (c. 1459-1521) and the Malines/Brussels School, Leiden, 1967.


   

Gem : A present to be present: the ceremonial coach offered by Mary of Hungary to Francis I (November 1539)

Article by Maxim Hoffman

Marguerite de Navarre, La Coche, ou le Débat d’Amour, f. 42v (Chantilly, Bibliothèque et archives du château, n° 522).

In the winter of 1539-40, king Francis I invited emperor Charles V to travel with him through France. The king knew that the emperor wished to go from Spain to Ghent in the Netherlands in order to suppress the revolt that had broken out in the city1. Although the French and Habsburg rulers had only recently laid down their arms, both now recognised the mutual advantages of staging such a joint journey2 . For the emperor, the journey offered an opportunity to cultivate the image of a virtuous prince – one who was celebrated in the realm of his former archenemy with ceremonial entries as if he were the king himself. For Francis, the event served as a charm offensive, intended to persuade the emperor to renounce his rights to the Duchy of Milan. The occasion thus quickly turned into a major propaganda spectacle for both crowns. Within a matter of weeks, a variety of pamphlets were printed across Europe to commemorate the ceremonial entries in cities such as Poitiers, Orléans and Paris, while the diplomatic community looked on in astonishment at this remarkable display of amity.

Pamphlets circulated widely across Europe to mark the occasion of the imperial visit to France in 1539-40.

Francis’s participation in the journey, however, had appeared most uncertain, as he had been seriously ill only a few weeks before the emperor’s arrival in France. Had it not been for the intervention of the king’s wife, Eleanor of Austria, and her sister Mary of Hungary, governor-general of the Netherlands, the journey might have unfolded very differently and been perceived quite differently across Europe. In October 1539, Eleanor worriedly wrote to her sister Mary that her husband ‘is unable to ride on horseback and avoids the litter because he cannot have company in it.’ She therefore appealed to Mary to ‘obtain the carriage of the late lord of Nassau, which is said to be remarkably suitable,’ adding that she hoped it would arrive ‘before the emperor’s coming, so that the king, if he so wishes, may make use of it :

Et pour se que pour quelque tans yl ne pora aller a cheval et que la lytyere luy fache pour se quy ny peult avoyr compaygnye j’anvoye se present porteur pour me fayre recouvrer le charyot de feu monsieur de Nasou ce que l’on ma dyt qu’yl etet mervylyeuzement ayze et fayt a se pourpos et afyn quy set yssy pour le tans de la venue de l’ampereur pour sy d’avanture le roy seret an dyspozycyon pour s’an servyr.

Eleanor of Austria to Mary of Hungary, October 1539 (PA 47/2, f. 222).

In late November 1539, a ‘shining coach’, drawn by four black Hungarian horses ‘of the finest quality’, arrived at the French court, just in time for the journey that lay ahead3 .

Portraits of Eleanor of Austria (Joos van Cleve, oil on panel, 35,5 x 29,5 cm, 1531, KHM-Museumsverband, Inv.-Nr. GG 6079) and Mary of Hungary (Jan Cornelisz Vermeyen, oil on panel, 54,6 x 45,7 cm, c. 1540, Metropolitan Museum of Art, 1982.60.26).

The Habsburg sisters’ determination to ensure the success of the emperor’s journey demonstrates the ways in which gifts were deployed as instruments for influencing the temporalities of action. As governor, Mary had weathered severe difficulties during the recent war with France and with the revolt in Ghent, while Eleanor, as a Habsburg consort at the French court, had endured close scrutiny in the past wartime and had been obliged to dismiss part of her household. It is therefore understandable that Mary responded promptly to her sister’s request. She took particular care over the Hungarian horses, equipping each one with new saddles, and supervised the refurbishment of the coach that had belonged to the late Henry III of Nassau, prince of Orange. The woodwork was repaired where necessary, the exterior and interior was reupholstered in black velvet, and the cushions were renewed4 . A heavily revised draft letter in Mary’s own hand, further indicates that the coach could be heated, no unpleasant feature, given that the imperial journey was to take place in winter.

‘And since, Madam, I have learned that you had heard there was some sort of stove within this coach, I wish to inform you of what the prince of Orange used in order to keep himself warm. When it was cold, he would have a good quantity of sand thoroughly heated and put into a sack, and after closing the coach, he would have the heated sack placed inside, which gave warmth as though it had been a stove. And when travelling across the fields, he would always send someone ahead to heat another sack of sand, to replace it when the first had turned cold ((Et pour autant, madame, que ay entendu du desusdit que avois entendu qu’il y eult quelle pale dedens, vous veult bien avertir de quoy il usoit pour estre chaudement. Cant il faissoit froit, il faissoit tres bien chauffer de bonne cantité de sablon et le mestre dedens ung sac et, apres bien avoir bouclé le cheriot, le faisoit mestre bien chauffé la dedans quy donoit la chaleur come sy se fut ung palle et en allant par les champs envoiant tousjours devant pour rechauffer ung aultre sac de sablon pour resanger cant celuy se refroidisoit.

Draft letter by Mary of Hungary to Eleanor of Austria, Brussels, 3 November 1539 (HHStA, PA 47/1, f. 42-43)

Detail from the autograph draft letter by Mary of Hungary to Eleanor of Austria, in which she discusses how to heat the coach, Brussels, 3 November 1539 (Haus-, Hof- und Staatsarchiv, Vienna, LA Belgien PA 47/1, f. 42-43).

At first glance, it may seem surprising that, amid the many pressures of her governorship in the Netherlands (not least the need to manage the revolt in Ghent) Mary would have devoted so much care to the preparation of gifts. Yet such objects must be understood as an essential element of the political latitude available to dowager queens such as Mary of Hungary 5. Gifts were crucial instruments through which royal women shaped reputations, structured patron–client relationships, and commented upon or influenced policies. Through such exchanges, queens played an indispensable role in maintaining amicable relations between rulers6 .

Two points are particularly interesting to consider in this case, illustrating how Mary sought to influence the political agenda despite not being present during the journey itself. First, she wished the emperor to reach the Netherlands promptly in order to assist her in suppressing the revolt in Ghent. The illness of the French king had the potential to delay the entire journey considerably, as the emperor, following the rules of courtesy, would adapt his pace to that of his colleague. By sending the carriage, she ensured the French king could not use his indisposition as a pretext to prolong the journey, and consequently, her brother’s swift arrival. Secondly, if the longstanding rivalry between Charles V and Francis I were ever to be resolved, such a reconciliation would have to depend upon personal rapport and a sense of mutual obligation. What better opportunity to cultivate this than time spent together by the two rulers in the convivial setting of a shining coach, gathered around the warmth of a stove?

Charles V’s ceremonial entry in Paris, 1 January 1540 (Taddeo Zuccari, fresco, between 1557-1566, Palazzo Farnese, Caprarola).

TO BE PUBLISHED

This example forms part of a forthcoming article examining how Mary of Hungary sought to shape the political agenda through the use of gifts. The temporalities of action constitute one of the themes addressed in Work Package 3 of the CAPT project. The media strategies behind the imperial visit to France in 1539-40 will be discussed in a forthcoming article on propaganda in the Italian Wars that I am preparing together with Marie Verbiest.

SOURCES

Eleanor of Austria to Mary of Hungary, October 1539 & November 1539 (Haus-, Hof- und Staatsarchiv, Vienna, LA Belgien PA 47/2, f. 222 & f. 224).

Mary of Hungary to Eleanor of Austria, Brussels, 3 November 1539 (Haus-, Hof- und Staatsarchiv, Vienna, LA Belgien PA 47/1, f. 42-43).

Archives départementales du Nord, Lille, série B, 2410, f. 423v-426r.

BIBLIOGRAPHY

Knecht, Robert J., “Charles V’s Journey through France, 1539-1540,” in J.R. Mulryne & E. Goldring, Court Festivals of the European Renaissance: Art, Politics and Performance, London, 2017, p. 153-170.

Le Person, Xavier, “A Moment of ‘Resverie’: Charles V and Francis I’s Encounter at Aigues-Mortes (July 1538),” French History, 19, 1 (2005), 1-27.

Sowerby, Tracey, “Early Modern Queens Consort and Dowager and Diplomatic Gifts,” Women’s History Review, 30, 5 (2021), 723-737.

Watanabe-O’Kelly, Helen & Morton, Adam (eds.), Queens Consort, Cultural Transfer, and European Politics, c.1500–1800, London, 2017.

Zemon Davis, Nathalie, The Gift in Sixteenth-century France, Oxford, 2000.

  1. Knecht, “Charles V’s Journey through France”, p. 153-170 ↩︎
  2. Le Person, “A Moment of ‘Resverie’, p. 1-27 ↩︎
  3. Eleanor of Austria to Mary of Hungary, November 1539 (HHStA, PA 47/2, f. 224); ADN, série B 2410, f. 425v-426r. ↩︎
  4. ADN, série B 2410, f. 423v-425r ↩︎
  5. Watanabe-O’Kelly, Queens Consort & Cruz, The Rule of Women ↩︎
  6. Sowerby, “Early Modern Queens,” p. 723-737 & Zemon Davis, The Gift ↩︎

Participation au colloque : Marie Verbiest a participé au 66e Rencontres du CEEB

“Les ducs de Bourgogne dans les conflits de leur temps (XIVe-XVIe siècles)”

Paderborn, 25-27 septembre 2025

Le 27 septembre 2025, Marie Verbiest a participé au colloque 66e Rencontres –  Les ducs de Bourgogne dans les conflits de leur temps (XIVe-XVIe siècles du Centre Européen des Études bourguignonnes (CEEB) à Paderborn. Elle a présenté une intervention, intitulée « Les feuilles d’actualité sur les guerres de Gueldre (1538-1543): Chambre d’écho des guerres d’Italie ? »

MON INTERVENTION

Sous l’impulsion de grands événements « internationaux » au début du XVIe siècle tout comme d’innovations technologiques comme l’imprimerie, apparaît ce que l’on appelle aujourd’hui « le marché des nouvelles ». Même si ces premières « feuilles d’actualité » traitaient généralement des conflits majeurs, un événement plus régional pouvait néanmoins recevoir une couverture médiatique considérable, comme ce fut le cas lors des guerres de Gueldre (1538-1543) entre Charles V et le duc de Gueldre lié aux droits de succession au duché. Dans cette communication, j’aimerais analyser la représentation de ce conflit et de ses principaux acteurs à travers les imprimés d’actualité. De quelle manière, au sein de la médiatisation, sont évoqués, expliqués et justifiés les événements ainsi que les actions des autorités impliquées dans cette confrontation ? Et comment un conflit régional a-t-il pu devenir la chambre d’écho d’un affrontement international bien plus vaste ?

Le Centre Européen d’Études bourguignonnes envisage de publier les actes de colloque au cours de l’automne 2026.

Gem: An emblem to mirror the narrative? Exploring the iconography of an Antwerp newsprint on the Guelders War of 1538-1543.”

Article written by Marie Verbiest

Sekere nyeuwe tijdinghe, printed in Antwerp (1543) USTC n° 408361)

Introduction

When preparing a presentation on the mediatization of the Guelders’ conflict of 1538-1543, I came across a rather unusual newsprint, not so much for its content as for the imagery it presented. Entitled Sekere nyeuwe tijdinghe vanden furst van Cleve ende Gulick wat steden, sloten ende dorpen etc dat hem afhendich ghemaect sijn, ende wat in brande ghesteken sijn, this newssheet recounts the various “cities, castles and villages” that had been seized by imperial forces from the Duke of Cleves, and, more importantly, which places “have been set on fire”1. Right beneath this lengthy title, we can see an imperial emblem. The peculiarity of this print lies not in the presence of the imperial emblem itself, which was very common, but in the small flames encircling it. Since the news report recounts areas that were set on fire, might the symbol have been intentionally adapted to reflect the content of the text? Can we, in other words, speak of an ‘actualization’ of a political emblem in light of a current event?

Mediatization of a conflict

When Charles II of Egmond (1467-1538), duke of Guelders, dies without an heir in the summer of 1538, a regional succession crisis provokes a large-scale international conflict implicating among others the Habsburg emperor, the French king, the Schmalkaldic League and the Ottomans. Charles V (1500-1558) had claimed his rights to the duchy as the descendant of the Dukes of Burgundy, since both his great-grandfather Charles the Bold (1433-1477) and his grandfather Maximilian I (1459-1519) had held the ducal title of Guelders2. Charles II of Egmont, however, had made a secret agreement with Francis I (1494-1547) in 1534, promising to grant the French king the duchy of Guelders upon his death. The Guelders’ Diet (Landdag) of 1537, on the other hand, rejected both candidates and appointed William V Duke of Cleves (1516-1592) instead. An armed conflict ensued in 1542-43, opposing the army of William V, aided by the French, and the imperial troops. This ended only in the summer of 1543, when the imperial army conquered Guelders and it was incorporated into the Habsburg Netherlands3.

Left: Portrait of Charles II of Egmond (1462-1538), duke of Guelders and count of Zutphen, oil on canvas, 46.5 x 58 cm (ca. 1518-1600), Museum Arnhem. Right: Clouet François, William V of Mark, duke of Cleves, Julier and Berg, called “the Rich” (1516-1592), black chalk on paper, 332 x 223 cm (ca. 1541), Musée Condé.)

Many contemporary newssheets printed all over Northwestern Europe testify to the destruction and violence that followed this succession crisis, especially in the Low Countries. As is the case with the print in question, several of these reports were composed in rime, meant to be recited or sung as well as read. Compared to newssheets written in prose, these prints favour a more literary use of language that infuse the text with symbolic meaning. This can be seen, for example, when our print describes the invasion by the Guelders’ army into Brabant (‘the lion’), which was eventually deterred by imperial troops (‘the eagle’): 

Si moghen den leuwe wel verradelick in sijn landen sluypen
Maer om te verscueren is hi te scarp getant den Arent doet hem onderstant
Hy ontluyct clauwen ende vlercken
Het tkeysers macht is quaet taenmercken.

They may treacherously stalk the lion in his own land
But he is too sharp-toothed to be torn apart the Eagle comes to his aid
He unfurls his claws and wings
The emperor’s power is hard to ignore4.

A Burgundian symbol

To return to our emblem, like on most of these prints, we can see a version of the imperial symbol of Charles V printed right on the first page: the two-headed eagle, the imperial crown, the Order of the Golden Fleece collar, the columns of Hercules with the famous “Plus Ultra” slogan, or – in this case – a combination of all four elements. Our print, however, is the only one – to my knowledge – that exhibits the imperial emblem with a remarkable addition: small flames surrounding the imperial crown.

zoom in on the emblem, Sekere nyeuwe tijdinghe, printed in Antwerp (1543) USTC n° 408361)

Flames or sparks that accompany a fire or flint stone (fusil or briquet in French) was the chosen symbol of Philip the Good (1396-1467), Duke of Burgundy, and appears as early as 1420 in his inventories. The symbol is generally interpreted as representing a policy of military aggression, chosen in response to the assassination of John the Fearless (1371-1419)5.

The symbol of the ‘fusil’ or flint stone surrounded by flames in the marginal decoration of the ducal copy of Le Mortifiement de Vaine Plaisance by René of Anjou, Brussels, KBR, MS. 10308, fol. 1, https://devise.saprat.fr/embleme/fusil

Dissecting the emblem printed on the title page of the newssheet in question, then, we can identify the flames along with the collar of the Order of the Golden Fleece as clear Burgundian symbols. The identification with Charles’ Burgundian heritage becomes even more apparent when we look at the content of the text itself. For example, our newsprint starts the text as follows: 

Verblijt this tijt, ghi Borgoensche sinnen
van deser blijder maren

Rejoice in this time, you Burgundian souls
of these cheerful tales

In general, newsprints on the Guelders’ War of 1538-43 portray the conflict, as well as the people and lands it affected, as distinctly ‘Burgundian’. Throughout the text, the imperial troops are consistently called ‘the Burgundians’ and we find multiple references to their bravery and military prowess. Even the lands that they took from the Duke of Cleves had, according to the text, “already wished to become Burgundian”6.

An emblem between symbolism and pragmatism

Refocusing on our peculiar emblem, it seems to me that its presence could be explained by several possible scenarios. Of course, first of all, it is possible that this emblem was simply the (only) one the printer had available. In this case, its presence merely testifies to an imperial- or ‘Burgundian’-minded printer, as evidenced by the content of the text itself, and nothing more. Unfortunately, given that the newssheet itself gives very little information as to the circumstances of its production, we know hardly anything about the creators or their intentions. We are left to wonder why the printer had this specific emblem in his possession, and what other purposes it could have served.

The second option echoes the question I introduced at the start of this post: could the emblem have been adapted to reflect the content of the text? Could it be that small flames were added because the narrative itself discusses cities and villages that had been set on fire? This seems plausible, considering that I have not (yet) found this particular emblem on any other print7. There are, however, other instances where a woodcut image has been modified to fit the topic of the print. One example is a news report on the sack of Rome, printed in Antwerp in 1527: it used a woodcut from a 1520 print and added a small shield displaying the letters ‘SPQR’, effectively identifying the city in the image as Rome8. Given that the reuse and ‘customizing’ of existing woodcuts to fit different purposes was a common, cost-efficient practice, it is entirely possible that this is the case with our newsprint9.

Left: Gherechtighe copie vander nieuwer tidinghe, printed in Antwerp by Jacob van Liesvelt (1527) USTC n° 415552; Right: Of the newe landes and of ye people founde, printed in Antwerp by Jan van Doesborch (1520) USTC n° 410154

In a third scenario, the imperial emblem could have been intentionally modified to highlight or accentuate Charles V’s Burgundian legacy, seeing as this plays a major role in the Guelders’ conflict. As mentioned earlier, many newsprints on the topic frame the conflict as one between the ‘Burgundian emperor’ and his ‘Burgundian Netherlands’ on the one hand, and the Duke of Cleves – who is, in reality, under the control of the French king – on the other. From this perspective, it makes sense that the emblem would be adapted to call attention to Charles’ Burgundian heritage. We could even argue that the flames are used in the same way as under Philip the Good, expressing the military dominance of the Habsburg-Burgundian house over the French kingdom.

Conclusion

Considering these different options, a few points can be made with reasonable certainty: the little flames are undoubtably a Burgundian symbol that – whether intentionally or not – underscore the topic and narrative of the text. Moreover, like we’ve seen, woodcuts could be adapted to fit the topic of the text. This adaptability illustrates the nuanced interaction between text and image – an aspect I intend to explore further in my study of this medium. With the aforementioned elements in mind, I lean more towards the second and third scenario, in which the emblem is effectively adapted to the text. Ultimately, whatever the intentions of the author or printer – and whether the emblem was meant to echo the text or not – the newssheet effectively highlights both Charles V’s Burgundian heritage and his military dominance, conveyed through the text itself and the imperial symbol that accompanies it.

TO COME

I am grateful to Elodie Lecuppre-Desjardin and Maxim Hoffman of our WP 3 for sharing their time and insights, which greatly helped in shaping my reflections on this topic. This post is connected to my ongoing research on the mediatization of the Guelders’ conflict, a part of which I presented at the 66th Rencontres of the Centre Européen d’Études Bourguignonnes (CEEB) in Paderborn in September 2025. Here my focus lay on the peculiarities of the ‘media coverage’ of this conflict, as well as the narrative portrayal of those in power in these newsprints. The collected papers of this conference are expected to be published in the autumn of 2026. Within the scope of my thesis, entitled “Expanding Horizons. Media Impact of International Events in Printed News Reports in the Early Sixteenth Century”, the Guelders War of 1538-43 is one of the six events that I study to examine the media impact of early sixteenth century events in printed news reports.

BIBLIOGRAPHY

Sources

Sekere nyeuwe tijdinghe vanden furst van Cleve ende Gulick wat steden sloten, ende dorpen, & dat hem afhendich ghemaect sijn, ende wat in brande ghesteken sijn, printed in Antwerp (1543), USTC n° 408361, Centrale Universiteitsbibliotheek Gent: Rés. 423/3, digitized version via Google.

Gherechtige copie vander nieuwer tidinghe welcke die ionghe Montrichart ghebracht heeft van Roomen, printed in Antwerp byJacob van Liesvelt (1527) USTC n° 415552, Centrale Bibliotheek van de Universiteit Gent: Meul 11/2, digitized version via Google. Of the newe landes and of ye people founde by the messengers of the kynge of Portygale named Emanuel, printed in Antwerp by Jan van Doesborch (1520) USTC n° 410154, British Library London: G.7106, digitized version via USTC.

Literature

Arthur M. Hind, An Introduction to a History of Woodcut, 2 vols, Houghton Mifflin: Boston, 1935.

Renate Holzschuh-Hofer, ‘Feuereisen im Dienst politischer Propaganda von Burgund bis Habsburg. Zur Entwicklung der Symbolik des Ordens vom Goldenen Vlies von Herzog Philipp dem Guten bis Kaiser Ferdinand I.’, RIHA Journal 6 (2010): 1-47.

Marjolijn Kruip, ‘Jan van Battel (1477-1557), (heraldisch) schilder in Mechelen. Kunstenaar, werken en nieuwe vondsten’, Handelingen van de Koninklijke Kring voor Oudheidkunde, Letteren en Kunst van Mechelen 119 (2015), 105-139.

Elodie Lecuppre-Desjardin, The Illusion of the Burgundian State, trans. by Christopher Fletcher, Manchester University Press: Manchester, 2022.

Markus Neuwirth, ‘Plus Ultra – Origins and Impact of Emperor Charles V’s Imprese’, Plus Ultra. Beyond Modernity, Stefan Bidner (ed.), Thomas Feuerstein (ed.), Frankfurt am Main, Revolver, 2005, 305-352.

Aart Noordzij, Gelre: dynastie, land en identiteit in de late middeleeuwen, Hilversum, Uitgeverij Verloren, 2008.

Marion Pouspin, ‘La relation texte-image dans les pièces gothiques. De la pensée conceptuelle des imprimeurs à l’expérience du lecteur’, Perspectives Médiévales 38 (2017),

Earl E. Rosenthal, ‘The Invention of the Columnar Device of Emperor Charles V at the Court of Burgundy in Flanders in 1516’, Journal of the Warburg and Courtauld Institutes 36 (1973): 198-230.Steven Thiry, Anne-Laure Van Bruaene, ‘Burgundian Afterlives: Appropriating the Dynastic Past(s) in the Habsburg Netherlands’, Dutch Crossing 43, n° 1 (2019), 1-6.



  1. Sekere nyeuwe tijdinghe vanden furst van Cleve ende Gulick wat steden sloten, ende dorpen, & dat hem afhendich ghemaect sijn, ende wat in brande ghesteken sijn, printed in Antwerp (1543), USTC n° 408361, Centrale Universiteitsbibliotheek Gent: Rés. 423/3, digitized version on Google Books []
  2. Aart Noordzij, Gelre: dynastie, land en identiteit in de late middeleeuwen (Hilversum, Uitgeverij Verloren, 2008), 52. []
  3. Ibid., 177-179. []
  4. Any translation into English is mine. []
  5. https://devise.saprat.fr/embleme/fusil []
  6. “Die landen willen al borgoens wesen”, my italics. []
  7. We do, of course, find the ‘briquet’ surrounded by flames incorporated in imperial artworks such as the tryptic made by Jan van Battel in 1517-18, or in the heraldic representations painted in the Cathedral of Barcelona for the XIX Chapter meeting of the Order of the Golden Fleece in 1519: Jan van Battel, ‘Triptiek met Karel van Habsburg als koning van Spanje’ (1517-1518) oil on canvas (97,7 x 67,3 cm – middle pannel) (97,7 x 33,4 cm – side pannels), Hof van Busleyden, Mechelen; Markus Nieuwirth, ‘Plus Ultra – Origins and Impact of Charles V’s Imprese’, Plus Ultra. Beyond Modernity, Stefan Bidner (ed.), Thomas Feuerstein (ed.) (Frankfurt am Main, Revolver, 2005), 333. []
  8. The print on the sack of Rome: Gherechtige copie vander nieuwer tidinghe welcke die ionghe Montrichart ghebracht heeft van Roomen, printed in Antwerp by Jacob van Liesvelt (1527) USTC n° 415552. The print displaying the same woodcut-image: Of the newe landes and of ye people founde by the messengers of the kynge of Portygale named Emanuel, printed in Antwerp by Jan van Doesborch (1520) USTC n° 410154. The image in this last print is potentially a portrayal of the Siege of Jacob’s Ford (1179). []
  9. Arthur M. Hind, An Introduction to a History of Woodcut, 2 vols, II (Houghton Mifflin: Boston, 1935): 284-285; Marion Pouspin, ‘La relation texte-image dans les pièces gothiques. De la pensée conceptuelle des imprimeurs à l’expérience du lecteur’, Perspectives Médiévales 38 (2017), URL : http://journals.openedition.org/peme/12646. []

Compte-rendu ‘La ville au présent : Temporalités et rythmes urbains en Europe occidentale (XIVe-XVIIe siècles)’ : colloque international

Billet rédigé par Lucie Rizzo

Programme et descriptif du colloque 

Du 1er au 3 octobre 2025 s’est tenu à Lille un colloque international intitulé « La ville au présent : Temporalités et rythmes urbains en Europe occidentale (XIVe-XVIIe siècles) », organisé dans le cadre de notre projet par Elodie Lecuppre-Desjardin, Anne-Frédérique Provou et Sebastian Hackbarth. Rassemblant vingt intervenants provenant de disciplines variées, cette rencontre scientifique a offert un espace de réflexion interdisciplinaire sur les manières dont le présent est vécu, perçu, régulé et représenté dans les espaces urbains à la fin du Moyen Âge et au début de l’époque moderne.

Mercredi 1er octobre 2025

Le colloque s’est ouvert par une conférence inaugurale de Pierre Monnet (EHESS) intitulée « La ville tardo-médiévale : une communauté rythmée ».

Partant des définitions de « présent » en latin et en moyen haut allemand, Pierre Monnet a souligné le sens pécuniaire que prend parfois le terme, ce qui l’a mené à rappeler le rôle de certaines horloges dans les villes, programmées pour sonner deux fois par an précisément aux dates du paiement de l’impôt urbain, matérialisant alors le rythme de la ville.

Diebold Schilling (le Jeune), Chronique illustrée de Lucerne, 1513, Bibliothèque centrale et universitaire de Lucerne, S.23, f.570v https://www.e-codices.ch/en/kol/S0023-2/570/0/

Poursuivant sa réflexion en évoquant les écrits personnels, Pierre Monnet a mis en évidence l’émergence de la première personne dans les textes, mais aussi la présence de plus en plus marquée de la langue vernaculaire. Ces innovations sont contemporaines de l’apparition des notations indiquant les naissances familiales à la demi-heure près, minutie temporelle qui ne concerne par ailleurs pas uniquement la sphère domestique : des événements « collectifs » tels que les déclenchements de tumultes et révoltes, les catastrophes naturelles ou encore les fluctuations du cours des monnaies se retrouvent également consignés très précisément. L’inscription de l’individu dans le temps est surtout incarnée de manière paradigmatique dans un ouvrage : Le livre de costumes de Matthäus Schwarz (1497-1574). Ce dernier documente les étapes de sa vie à travers les tenues qu’il porte, constituant ainsi un autoportrait vestimentaire qui révèle en arrière-plan un autre niveau de temporalité : celui de la ville d’Augsbourg. Pierre Monnet note toutefois l’absence d’horloge dans ces représentations. Cette omission contraste alors avec le développement et la diffusion, à la même époque, de cadrans solaires portatifs, qui contribuent à une véritable appropriation individuelle et nominale du temps.

Hans Fugger, Augsburger Monatsbilder (octobre, novembre, décembre), 1580/82, huile sur toile, 234.8 x 366 cm, Musée historique allemand, Berlin, n.1990/185.4.

Cette dynamique d’appropriation du temps s’étend par ailleurs également à l’échelle politique. En effet, l’Augsburger Monatsbilder, composé de quatre panneaux saisonniers représentant des scènes de la vie sociale et civique, donne à voir une ville ancrée dans le temps et dans l’espace. Ce temps urbain cyclique crée alors une annualisation du temps politique, dans lequel les consuls réélus en hiver sont représentés à nouveau lors du banquet figurant sur le panneau printanier. Il s’agit pourtant d’une image trompeuse : la réalité de l’époque de réalisation est plutôt celle d’un temps de ruptures, d’une réalité traversée à la fois par la révolte des paysans et par les bouleversements religieux de la Réforme.

Finalement, Pierre Monnet conclut sa présentation en abordant la Cronica Cronicarum. Dans cette chronique, Hartmann Schedel compare Ulm à Jérusalem, et constate l’accélération du temps de construction des grands chantiers urbains au XVe siècle. Tout en reprenant la distinction traditionnelle d’une histoire universelle en sept âges, certaines éditions introduisent cependant un espace vierge pour le lecteur, ménagé pour consigner l’histoire immédiate de la ville, entre le 6e et le 7e âge du Jugement dernier. Se crée alors un bouleversement de l’organisation traditionnelle du temps du monde, en permettant l’insertion du présent local.

L’ensemble de ces observations conduit Pierre Monnet à souligner l’émergence à la fin du Moyen Âge d’un surgissement du temps présent dans les villes, que ce soit sur le plan individuel, collectif, gouvernemental ou historiographique.

Jeudi 2 octobre 2025

Après un mot de bienvenue de Charles Mériaux, la deuxième journée du colloque a été ouverte par Élodie Lecuppre-Desjardin (IRHIS, Université de Lille), qui a rappelé, dans son propos introductif, les principaux jalons historiographiques relatifs à l’histoire du temps. Elle a notamment mis en lumière plusieurs moments, concepts et notions clés du champ, tels que l’invention de l’horloge mécanique au XIVe siècle, le rôle du calendrier liturgique, l’évolution du rapport au Jugement dernier, les évidences d’une conscience au temps présent dans les environnements urbains aux XVe-XVIe siècle, et la notion de communautés temporelles.

Cette introduction a été suivie d’un premier panel consacré au temps des marchands, mené par Marc Boone (Université de Gand).

La première communication de ce panel a été assurée par Jeroen Puttevils et Niccolo Zennaro (Université d’Anvers). Ces derniers ont présenté les résultats d’une partie de leurs recherches menées dans le cadre du projet « Back to the future ». Leur intervention portait sur la manière dont le passé, le présent et le futur peuvent être saisis au sein des échanges épistolaires des marchands de la compagnie des Médicis faisant du commerce dans la mer du Nord entre 1447 et 1464 ; ces lettres constituent alors de véritables « capsules temporelles ». En identifiant des mots précis comportant une dimension temporelle, les deux chercheurs ont constaté 39% de références au futur, 35% au présent et 26% au passé. Cette prédominance du futur dans les correspondances reflète la logique propre à l’activité marchande, caractérisée par l’anticipation et la spéculation. Par ailleurs, les chercheurs ont souligné que l’échange épistolaire s’inscrit lui-même au sein d’une temporalité multiple, puisqu’une distance temporelle sépare la rédaction, la réception et le moment des événements anticipés dont il est question dans les lettres.

La deuxième conférence, intitulée « Contrôler le temps du marché à la fin du Moyen Âge » a été présentée par Alexis Wilkin (Université libre de Bruxelles). Son intervention a exploré les multiples dimensions temporelles à l’œuvre dans l’organisation des marchés. Il a tout d’abord souligné le rôle du temps comme facteur économique, l’importance de la saisonnalité des produits vendus, la course pour la vente des produits frais, mais aussi l’influence du temps religieux – notamment des fêtes liturgiques et des jeûnes –, mettant en évidence l’interaction et la superposition du temps religieux et du temps profane. Alexis Wilkin a également mis en lumière l’existence de plages horaires différenciées au sein du marché, permettant de segmenter l’accès aux produits selon le statut social des consommateurs. Finalement, il a abordé les réponses institutionnelles apportées aux situations de crise, telles que l’instauration d’obligations de vente ou l’attribution de monopoles temporaires, qui contraignent le rythme normal du commerce. Le temps naturel apparaît donc comme étant à la fois subi par les acteurs du marché, mais aussi utilisé comme un repère, un levier d’organisation sociale.

Le cycle de conférences suivant intitulé « La ville au rythme du Ciel et du foyer » a ensuite été dirigé par Pierre Monnet.

La première communication de cette session, donnée par Agathe Roby (Université de Toulouse) portait sur les rondes de nuit du guet de Toulouse au début du XVIe siècle. L’intervenante a mis en lumière la structuration temporelle de cette pratique de surveillance urbaine, instaurée pour préserver l’ordre chrétien et les bonnes mœurs. Le guet possède un rythme bien précis : il débute toujours dans le même créneau horaire et comporte une durée fixe. Toutefois, la modification systématique de l’itinéraire emprunté rend la surveillance imprévisible et contribue à transformer la ville en un espace sécurisé. Par sa présence, le groupe du guet rythme la nuit et définit ce qui peut s’y produire ou non. Ces sources permettent alors de mettre en évidence l’émergence d’une communauté temporelle : celle des usagers de la nuit et celles des chargés de sécurité.

Rozemarijn Landsman (Université d’Amsterdam) a ensuite proposé une communication intitulée « Amsterdam, circa 1669 an exploration of Van der Heyden’s time », dans laquelle elle a analysé la manière dont Jan Van der Heyden, à travers ses représentations de la ville d’Amsterdam, parvient à capturer des moments précis de la journée grâce à un usage maîtrisé des jeux d’ombre et de lumière. En modifiant subtilement le rapport ombre-lumière dans ses œuvres, l’artiste inscrit chaque scène dans une temporalité particulière, reflétant les rythmes de la vie urbaine quotidienne. Ces jeux de lumière participent également d’une mise en valeur de certains éléments. Les lampadaires, par exemple, nouvellement installés dans l’espace public, sont ainsi mis en évidence, témoignant d’un progrès technique majeur dans l’aménagement urbain de l’époque. De même, l’attention portée aux bâtiments, notamment aux différents types de briques, illustre un souci du détail chez l’artiste.

La communication suivante, intitulée « Remembering Rain: Sound, Space and Sense in the Drought Rituals of Sixteenth- and Seventeenth-Century Barcelona » a été présentée par Helen Herbert (Université de Barcelone). À travers l’analyse des descriptions de processions religieuses organisées en réponse aux épisodes de sécheresse – considérés comme des punitions divines –, l’intervenante a mis en évidence la richesse des données sensorielles mobilisées par ces rituels, en particulier celles liées au son et au rythme. Ces sécheresses s’imposent comme des marqueurs forts de la temporalité barcelonaise, puisqu’elles interrompent les rythmes quotidiens de la ville, notamment ceux du travail, pour imposer leur cadence propre. Les processions qui en découlent suivent alors un narratif précis dont l’issue est systématiquement l’arrivée de la pluie.

L’après-midi s’est poursuivi avec l’intervention de Guilhem Ferrand (Université de Bourgogne), intitulée « Espace et temps à soi à Dijon à la fin du Moyen Age à travers les inventaires après décès ». À partir d’un croisement entre des inventaires après-décès et des sources judiciaires de la fin du Moyen Âge, Guilhem Ferrand a proposé une réflexion sur l’évolution du rapport à soi et à l’environnement, tout en interrogeant aussi l’appropriation des espaces domestiques, en abordant notamment la problématique du « mal logement ». Il a ainsi démontré comment ces sources permettent d’observer les rythmes dans les espaces, notamment ceux en dehors du cadre de l’habitat – qu’il qualifie « d’autre espace et d’autre temps ». Explorant la manière dont les individus investissent ces espaces, il observe une mobilité importante, qui met alors en scène une série de séquences composant une pulsation irrégulière, à la fois individuelle et collective, donnant à voir les rythmes de différentes communautés temporelles distinguées selon leur statut social.

La communication suivante a été présentée par Christian Liddy (Université de Durham) et s’intitulait « Le temps familial ? À la recherche d’une définition temporelle de la famille dans la ville médiévale anglaise ». S’appuyant notamment sur les travaux du sociologue Barry Sugarman, Christian Liddy a tout d’abord souligné l’influence déterminante de la classe sociale sur l’expérience et la conscience de la temporalité. Il a ensuite introduit les deux textes au centre de son propos sur le temps familial : un récit de William Worcester (1480) et le Liber Lynne (1424). Le premier texte, qui constitue une description de la ville de Bristol à travers la perspective du scripteur en déambulation, manifeste un présent n’ayant de signification que lorsqu’il est mis en lien avec le passé – l’enfance du scripteur – ou avec le futur – les questions de succession qui le font revenir à Bristol. Le Liber Lynne, livre de famille rédigé dans une perspective de transmission patrimoniale, porte une temporalité différente : le futur n’y est abordé que par l’incertitude du présent, celui d’une période de peste noire qui n’est pourtant jamais directement évoquée. 

La deuxième journée du colloque s’est achevée par la communication Keynote de Matthew Champion (Université de Melbourne), intitulée « Now is the Time : Senses of the Present in 15th- and 16th-Century Northern Europe ». Cette intervention a d’abord proposé une approche sensorielle du présent, à travers les cinq sens, mais aussi les émotions. La polysémie du terme « present », qui peut désigner aussi bien le temps immédiat que des souvenirs ou des attentes a également été évoquée. La deuxième partie de la communication proposait une approche de la temporalité à travers les sons et la musique. Matthew Champion a notamment mis en lumière la manière dont le présent urbain est marqué par le son du présent liturgique par le biais des cloches : leur son varie pendant les saisons et rythme la vie urbaine, tandis que leur silence ponctuel, en période de révolte par exemple, traduit un temps en suspension. Matthew Champion a également mis en évidence l’apport des concepts et terminologies issus de la musique pour étudier le temps, comme par exemple l’ars nova et ses notations polyphoniques complexes. À ce titre, il a évoqué une partition du Credo de Gilles Binchois, où figure l’indication « tourner rapidement la page », révélatrice d’un temps présent de l’urgence.

Matthew Champion a consacré la troisième partie de son intervention aux sources matérielles et visuelles permettant de capturer le présent – des œuvres contenant des représentations de fenêtres montrant des moments présents, instantanés du quotidien, ou d’autres reflétant des éléments de modes vestimentaires, saisissant alors un présent visuel et social. Enfin, il a abordé la temporalité sous l’angle d’une histoire de la lecture, en évoquant notamment la publication des Cent nouvelles nouvelles. Le livre offre ainsi un présent d’immersion pour le lecteur, tout en ouvrant sur un futur immédiat – la page suivante – et sur une multiplicité des présents, rendue possible par la pluralité des lecteurs.

Rogier van der Weyden, The Magdalen Reading, 1435-1438, huile sur bois, 62.2 x 54.4cm, National Gallery, Londres.

Vendredi 3 octobre 2025

La dernière journée du colloque s’est ouverte sur un panel intitulé « L’accélération au temps des troubles », dirigé par Jelle Haemers (KU Leuven).

La première communication de la journée a été présentée par Jordy Saillier (Université de Lille) sous le titre « Un présent hors du temps ? La réforme d’Arras au lendemain du siège de 1414 ». L’intervention portait sur le changement de paradigme d’élection des échevins à Arras au lendemain du siège de septembre 1414, qui constitue un moment de rupture dans le fonctionnement institutionnel de la ville. Bien que cette réforme ait revêtu une importance significative pour la gouvernance urbaine, elle est rétrospectivement considérée comme un non-événement – sa mise en œuvre vient même à être confondue avec d’autres réformes. Malgré une prétendue immuabilité des institutions municipales, ce renouvellement de la loi s’apparente à une véritable innovation : elle bouleverse les modalités traditionnelles de l’élection en interrompant le cycle normal d’élection, déplace la date électorale, amène de nouveaux acteurs au pouvoir et modifie une partie des modalités de l’élection. Elle marque alors le passage d’un temps politique cyclique à un temps politique beaucoup plus linéaire, et constitue ainsi une sorte de temps suspendu et insaisissable, traduisant une volonté d’intervention dans l’urgence du présent.

La communication suivante, présentée par Julien Régibeau (Université de Liège) et intitulée « Les temps de la guerre civile – Liège, XVIIe siècle », s’est penchée sur les révoltes à Liège entre 1610 et 1630, qui opposent deux factions, les Chiroux et les Grignoux. Il a mis en lumière la manière dont l’organisation urbaine contribue à structurer ces affrontements civils ; l’espace du marché y apparaît notamment comme un lieu ambivalent, à la fois propice à la sociabilité et à la confrontation. Évoquant notammentlemeurtre de Sébastien de la Ruelle le 16 avril 1637, Julien Régibeau a mis en avant le retentissement de cet épisode dans les imprimés. Ces derniers détaillent précisément les heures des différentes étapes de l’événement, mettant ainsi en évidence la préparation minutieuse du complot. Parallèlement à ces sources imprimées, le livre de comptes du chanoine Lintermans offre une saisie « sur le vif » des événements. Le récit quotidien du scripteur mêle ainsi vie privée et vie politique jusqu’en 1639, année charnière durant laquelle un incendie détruit une partie de ses biens, marquant alors une rupture nette dans son écriture et un retrait du présent politique. La guerre civile en contexte urbain peut ainsi être productrice de temporalités multiples.

Ce panel s’est conclu par la communication d’Adrien Aracil (Université de Paris-Sorbonne) intitulée « Un ‘présentisme’ réformé est-il possible après l’édit de Nantes ? (premier XVIIe siècle) ». L’intervention portait sur la situation des communautés réformées dans les villes françaises au lendemain de l’édit de Nantes, mais aussi sur la réaction du pouvoir royal qui cherche à purifier le présent par un refoulement du passé. Les cahiers de doléances, qui compilent les revendications des communautés réformées face au pouvoir royal, constituent un témoignage du présent de ces communautés et de leur réaction face au régime d’historicité imposé par le pouvoir royal. Ils représentent cependant aussi un moyen pour cette communauté d’implanter ses propres rythmes dans l’espace urbain : une temporalité réformée, construite en opposition à la temporalité catholique. 

Le second panel de conférences du matin s’intitulait « L’événement : un marqueur du temps urbain ? » et était mené par Thalia Brero (Université de Neuchâtel).

La première communication du panel a été donnée par Marie Verbiest (Université de Neuchâtel) et s’intitulait « All roads lead to Bologna : news reports on the royal entry and coronations of Charles V in Bologna, 1529-1530 ». L’intervention portait sur la médiatisation de l’entrée solennelle et du couronnement impérial de Charles Quint à Bologne dans les imprimés d’actualité. Marie Verbiest a démontré la mise en scène multiforme de la ville, notamment à travers les descriptions de l’architecture, des habitants et des symboles urbains. Elle a notamment mis en lumière une seconde construction symbolique de la ville : celle d’une Bologne « roméifiée », évoquant Rome (qui aurait dû être le lieu du couronnement) par le biais de dispositifs éphémères. Cette mise en scène participe à la légitimation du couronnement, en rendant symboliquement présente la ville de Rome. Les imprimés contribuent donc à rendre cette double représentation de la ville, à la fois réelle et idéalisée, au service d’une narration politique de l’événement.

La communication suivante, présentée par Alexandre Goderniaux (Universités de Neuchâtel et de Lille) portait le titre « De Rome à Anvers en venant de Tunis : les multiples présents de Charles Quint (1536) ». À partir d’un imprimé d’actualité diffusé en 1536, relatant l’entrée triomphale de Charles Quint à Rome après sa victoire à Tunis, Alexandre Goderniaux a analysé la mise en scène complexe des temporalités dans ce document. L’imprimé décrit le parcours de l’empereur à travers la ville comme étant ponctué par une série d’arcs de triomphe mêlant structures antiques et constructions érigées pour l’occasion. Charles Quint est alors placé dans une double temporalité : celle du présent et celle de la Rome impériale, l’inscrivant dès lors dans la lignée des empereurs du passé. Par ailleurs, ces arcs permettent un second jeu sur la temporalité, puisqu’ils matérialisent la présence d’autres villes dans Rome et créent ainsi un jeu d’échelle sur l’espace, mais aussi sur le temps que représentent ces villes (passé, présent, futur et éphémère). La multiplicité des villes symbolise alors la multiplicité des présents de l’empereur et lui permet de mettre en scène son pouvoir.  

Le dernier après-midi du colloque, consacré entièrement à l’histoire de l’art, s’est déroulé dans le cadre d’un panel intitulé « La ville au rythme du burin et du pinceau » mené par Gaëtane Maes (Université de Lille).

La première communication du panel fut donnée par Ludovic Nys (Université de Valenciennes) et s’intitulait « La temporalité des œuvres d’art dans l’espace urbain. Le cas de la sculpture mobilière à Tournai (XIVe-XVe siècle) ». Si le patrimoine mobilier des églises paroissiales de Tournai a totalement disparu, de nombreuses archives – actes d’intérêts privés, testaments, comptes d’exécutions testamentaires, contrats et commandes – permettent d’étudier la temporalité des entreprises médiévales de renouvellement du mobilier liturgique. Ces processus de production artistique s’inscrivent cependant dans une temporalité longue et en étapes : de la commande à la conception jusqu’au parachèvement, certaines œuvres, comme les retables, peuvent nécessiter entre vingt et trente ans, mobilisant successivement plusieurs générations d’artisans, d’artistes et de donateurs. Cette temporalité étendue est également liée aux contraintes financières, qui rythment l’avancée des chantiers.

La deuxième communication a été présentée par Marije Osnabrugge (Université de Lausanne) et s’intitulait : « Les rythmes de la vie urbaine dans les pratiques des artistes aux Pays-Bas aux XVIe et XVIIe siècles ». Marije Osnabrugge a démontré l’importance et l’impact des temporalités de l’environnement urbain sur les artistes et leur pratique artistique, prenant notamment en compte la mobilité fréquente des artistes entre différents centres urbains, mais aussi les rythmes liés à la profession artistique (institutions, magasins d’art, matériaux) et aux domaines sociaux, politiques et culturels (éditions, institutions scientifiques et civiques). L’exemple du tableau d’Aert van der Neer représentant un paysage de coucher de soleil à la campagne illustre de manière concrète ces interactions : contraint par la fermeture nocturne des portes d’Amsterdam, l’artiste ne peut accéder à une observation directe du paysage et sa réalisation s’est donc forcément déroulée à l’intérieur de la ville.

Aert van der Neer, Paysage fluvial, ca. 1650, huile sur panneau, 44.8 x 63cm, Musée Mauritshuis, La Haye.

La dernière communication du colloque a été présentée par Cordélia Floc’hic (Université de Lausanne) et s’intitulait « Les cartes comme marqueurs temporels et événementiels. Etude de cas comparative de deux cartes de Delft après l’incendie de 1536 ». Dans sa communication Cordélia Floc’hic a présenté deux cartes de Delft qui capturent le présent de la ville en un moment bien spécifique. La première carte, élaborée peu après l’incendie, saisit la situation de la ville dans l’immédiateté de la catastrophe, offrant une vision du tissu urbain partiellement détruit. La seconde, datée de 1581, présente quant à elle une Delft reconstruite. Cordélia Floc’hic a démontré que cette seconde carte constitue une version actualisée de la première, permettant de mesurer les transformations opérées en réponse à l’événement. Au-delà de ces aspects, cette carte de 1581 révèle également d’autres dimensions du présent. Par la représentation vestimentaire des personnages, elle inscrit la scène dans un présent climatique, celui du petit âge glaciaire. Par ailleurs, la carte désigne aussi un lectorat indésirable dans la représentation d’un Turc, reflet des angoisses contemporaines liées à la menace d’une invasion ottomane. À travers ces choix iconographiques, la carte superpose ainsi trois présents à travers des choix subjectifs : un présent urbain, un présent coutumier et un présent socio-politique.

Le colloque s’est achevé par une conclusion générale établie par Elodie Lecuppre-Desjardin suivie d’une table ronde finale, offrant un moment de synthèse et de prolongement des réflexions engagées au cours des différentes sessions. Cette discussion collective a permis de faire émerger plusieurs questionnements, notamment concernant la segmentation du présent, le présent malmené, le présent en mouvement et l’artificialisation ponctuelle de la temporalité. Ont également été abordées les distinctions entre ville et campagne, qui doivent être nuancées selon les espaces ; la dimension anthropologique du temps ; tout comme la nécessité d’inclure le prisme du genre et du social dans les questionnements. Enfin, le concept de rythme a été souligné comme devant être appréhendé comme une cadence qui n’est pas forcément régulière.

La richesse des communications et des échanges durant ces trois jours a ainsi témoigné de la vitalité de ce champ de recherche où les différentes approches de la temporalité ouvrent de nouvelles perspectives pour l’analyse des sociétés urbaines de la fin du Moyen Age et du début de l’époque moderne.

Une publication d’un ouvrage collectif est prévue.

Gem: “Per dubio che i congiurati non la dessero ai Francesi”: New Clues on the 1547 Piacenza Plot and the Reconstruction of a Lost Imperial Chancellery Archive

Article by Maxim Hoffman

Tiziano Vecellio, called Titian, Portrait of Antoine Perrenot de Granvelle, 1548, Oil on canvas, 111.3×88.27 cm, The Nelson-Atkins Museum of Art, Kansas City, Purchase: William Rockhill Nelson Trust. (& detail above)

For a political historian, few experiences rival the thrill of discovering a ciphered letter in an archive, one that seems to offer a vital clue to a famous plot. The excitement only grows when you manage to decipher it, and it turns out to be exactly what you suspected. That is precisely what happened to me two weeks ago, during broader research I was conducting at the Archivo General de Simancas in Spain, as part of Work Package 3 of the Capturing the Present project.

The case in question is well known. On 10 September 1547, a rebellion broke out in the Italian city of Piacenza, resulting in the assassination of Duke Pier Luigi Farnese. Two days later, Ferrante Gonzaga, imperial governor of Milan, seized the city with cavalry he had secretly stationed at the border beforehand. He claimed to have taken Piacenza in the name of the emperor, arguing it was to prevent the city from falling into enemy hands. Ferrante was immediately suspected by all of orchestrating the whole rebellion, although in his correspondence and public statements he insisted that he had acted without the emperor’s knowledge. Several scholars, however, have already shown that this was not true. Indeed, the emperor’s principal concern at the time was to counter the threat posed by the newly created Farnese state in Parma and Piacenza, established in 1545 by Pope Paul III for his son, Pier Luigi Farnese. Rumours that the duke had supported a conspiracy in Genoa in January 1547 had alarmed imperial ministers. The emperor would soon agree to a plan to seize the duchy of Parma and Piacenza, albeit, it seems, without intending necessarily to kill Pier Luigi.1

On 10 September 1547, Pier Luigi Farnese was stabbed to death in the citadel of Piacenza and his body was thrown out of a window. Two days later, Ferrante Gonzaga seized control of the fortress. Giovan Federico Bonzagni, Citadel of Piacenza [reverse], c. 1547, bronze medal, 4.03cm (diameter), National Gallery of Art, Samuel H. Kress Collection.

Much about the conspiracy’s planning, however, remains shrouded in mystery till this day. In my PhD thesis, I showed that the emperor’s first councillor, Nicolas Perrenot de Granvelle, was already fully aware of Ferrante’s plans on Piacenza as early as March 1547. The governor had sent his secretary, Giuliano Gosellini, to present the scheme personally to Granvelle at his urban palace in Besançon. The successful execution of the plan, according to Granvelle, would leave the papacy and the Farnese family ‘in a final state of confusion’2.

The cipher key used by Ferrante Gonzaga to communicate with Emperor Charles V and his ministers in 1547. Meister, Die Geheimschrift, p. 212-213.

The ciphered letter I discovered in Simancas sheds further light on the planning of the conspiracy. On 15 August 1547, Ferrante wrote to Granvelle to confirm receipt of his instructions ‘on the Piacenza case.’ While Granvelle’s instructions are most likely lost, the rest of Ferrante’s letter leaves little doubt as to their content. Ferrante had already even begun formulating how he might later plead his innocence. He proposed making ‘a lengthy excuse to His Majesty’ (‘una lunga scusa con sua maestà’), claiming that he had been compelled to seize the city ‘out of fear that the conspirators might hand it over to the French’ (‘per dubio che i congiurati non la dessero ai Francesi’)3. A conspiracy most foul, indeed.

While the assassination reinforced Habsburg power in Italy, the struggle over Piacenza was, at the time, one of many crises unfolding across the empire of Charles V, which stretched over half of Europe and into the Americas. The complexity of governing this vast empire is perhaps most clearly apprehensible in the letters of Nicolas Perrenot de Granvelle with his son Antoine Perrenot. Even when discussing the plan concerning Piacenza, Granvelle addressed dozens of other pressing present matters in imperial politics simultaneously. The timing of the conspiracy itself also offers a revealing case in point. Although Ferrante Gonzaga had already devised the plan to seize Piacenza by March 1547, the emperor delayed giving final approval. He was then deeply engaged in military operations in Saxony against the Protestants during the Schmalkaldic War, and it was hardly the right moment to provoke another conflict in Italy. At the same time, however, the plot had to be carried out swiftly, before the element of surprise was lost. Once Charles V had secured victory and stabilised the situation with the Protestant forces by the summer, he finally gave the green light for the plan to proceed.

Leone Leoni,The triumph of Ferrante Gonzaga over Envy, 1560-1564, bronze statue, Guastalla, Wikimedia Commons

One of the central aims of my subproject within Work Package 3 is to make sense of these overlapping and simultaneous presents within the empire, and how they shaped decision-making and the organisation of Charles V’s composite monarchy. Governing such a diverse collection of kingdoms, provinces, and peoples under a single ruler inevitably created almost insoluble challenges. Imperial presence was needed everywhere at once; the emperor’s attention, or that of his trusted ministers, had to be virtually omnipresent. This relentless need for oversight is clearly reflected in the letters of Granvelle, who constantly alluded to the immense burdens of his role as first councillor in managing it all. He often described himself as working ‘day and night’, or lamented that he had ‘no extra time’ to deal with matters, frequently specifying the long hours worked and the sleepless nights endured. New letters raising new issues were constantly arriving at court. On one occasion, the councillor compared himself to a sick man desperately seeking every possible remedy (‘yo soy como el enfermo que busca todos los remedios’)4. Elsewhere, he wrote that he was overwhelmed by the constant flow of despatches being sent ‘throughout all of Christendom’5.

It is therefore no coincidence that a clock appears on the desk in Titian’s portrait of Antoine Perrenot (later Cardinal Granvelle), who increasingly assisted his father in the imperial chancellery from the 1540s onwards and ultimately succeeded him as the emperor’s first councillor. Ministers like the Granvelles began to measure their work by the minute, kept detailed agendas, and thereby sought to rationalise the overwhelming demands of governing an empire of such unprecedented scale.

Nicolas Perrenot de Granvelle sending letters ‘throughout all of Christendom’. His signatures used in a French, Latin and Spanish letter, along with his abbreviated signature used for reviewing chancellery documents. Excerpts taken from documents held in the Haus-, Hof- und Staatsarchiv Vienna (LA Belgien PA 37/1, f. 125r), the Hauptstaatsarchiv Dresden (Geheimer Rat, Loc. 07273/16, f. 129r), and the Archivo General de Simancas (Estado 1185, no. 109 & Estado 499, no. 120).

Yet for someone who was in communication with ‘all of Christendom’ and orchestrating political plots, surprisingly little is known about Nicolas Perrenot de Granvelle during the 1530s and 1540s, or his ideology, his networks or the functioning of the imperial chancellery and council he led. Although significant efforts were made, for example, by the Konstanz Project in the 1990s to catalogue a large portion of the emperor’s political correspondence, that same project already noted the absence of a comprehensive study of the imperial political thought under Granvelle and his son6.

Part of the problem lies in the fact that the personal archive of Nicolas Perrenot de Granvelle has largely been lost (and not only in relation to secretive matters such as the Piacenza Plot). However, a vast body of unstudied letters and marginal notes survives in the archives of the imperial secretaries of state who worked under Granvelle’s supervision, not only in the archive of Simancas, but also in Brussels and Vienna. The personal archives of his son and successor, Antoine Perrenot, are also relatively well preserved in Madrid and Besançon. In addition, the broader correspondence that spanned ‘all of Christendom’ offers valuable clues. Often overlooked from an imperial perspective, many archives in Italy and Germany still hold hundreds (possibly thousands) of letters written by the emperor and his first councillor that often remain uncatalogued or unexamined.

The reconstructing of this correspondence of Nicolas Perrenot (and what we might describe as an imperial chancellery archive), first begun during my PhD, is now continuing as part of the Capturing the Present project. To date, it has led me to consult over sixty archives, libraries and collections across Europe, either in person or online. The current estimate suggests the total surviving corpus will comprise around 5,000 documents, in six different languages. Engaging with this fragmented and dispersed archival record is, in itself, partially a reflection of how the composite Habsburg empire under Charles V and his chancellery functioned, with regional centres maintaing a high degree of administrative autonomy. Nevertheless, tackling this archival reality is essential in order to assess an imperial present and how the complex and shifting realities were faced by the emperor and his first councillor, realities that were not always readily apprehensible to other contemporaries influenced by local expectations within their respective realms. This task is all the more important given the enduring myth on Charles V in later historiography, where his reign is often associated with an ideal of unification or a vision of Monarchia Universalis7.

The Palais Granvelle in Besançon was constructed between 1534 and 1547. It was here that Nicolas Perrenot received Ferrante Gonzaga’s secretary to discuss the first plans for the Piacenza Plot. Today, the palace houses the Musée du Temps.

Although the project remains in its early stages, it’s clear that the notion of a growing, unifying central administration, allegedly initiated under chancellor Gattinara and continued under Granvelle, is often overstated. In practice, governance was shaped by precedent, tradition and the pragmatic demands of a fractured empire. The present itself, stretched and compounded by the time needed to obtain information from across Europe, posed a real challenge to political planning. Far from enforcing a rigid centralism, which was often even impossible to enforce, the imperial administration sought instead to accommodate regional differences, and implementing incremental reforms. Yet at times (and this is what makes the process of reconstructing a chancellery’s archive never boring), a ‘smoking gun’ emerges, such as the Gonzaga letter, which reveals that an ideal of unification and state formation was sometimes advanced by means of betrayal and the occasional act of bloodshed, incorporating the unexpected into the political process.

TO BE PUBLISHED

Parts of this article appeared in my PhD thesis, “The Secret Face of Empire: Espionage, Governance and the Habsburg Archives under Charles V, 1525–1550”, Ghent University, 2025, which I am currently revising for publication. An edition of the 1546-1547 correspondence between Nicolas Perrenot de Granvelle and his son Antoine Perrenot is under revision for publication in the Bulletin de la Commission royale d’Histoire: Nicolas Perrenot de Granvelle and the Making of a First Councillor: a Commission Letter (1551) and the Correspondence with Antoine Perrenot (1546–1547) as a Guide to Imperial Statecraft.” In addition, I am preparing an article on the essential role of time in political decision-making, as already exemplified in the Piacenza Plot. This article will incorporate several extra cases that illustrate how temporal rhythms shaped imperial governance. Working title: “The Emperor’s Clock: Chronopolitics in the Reign of Charles V and the Myth of the Monarchia Universalis.”

BIBLIOGRAPHY

Primary Sources

Ferrante Gonzaga to Nicolas Perrenot de Granvelle, Milan, 15 August 1547, deciphered by the author (Archivo General de Simancas, Estado 1193, no. 226).

Nicolas Perrenot de Granvelle to Francisco de los Cobos, Savona, 6 February 1542 (Archivo General de Simancas, Estado 1375, no. 57).

Nicolas Perrenot de Granvelle to Mary of Hungary, Toledo, 21 March 1539 (Haus-, Hof- und Staatsarchiv, Vienna, LA Belgien PA 30/1, f. 49r).

Secondary Sources

Bertomeu Masiá, María José, La guerra secreta de Carlos V contra el papa. La cuestión de Parma y Piacenza en la correspondencia del cardenal Granvela. Edición, estudio y notas,Valencia, 2009.

Meister, Aloys, Die Geheimschrift im Dienste der päpstlichen Kurie von ihren Anfängen bis zum Ende des XVI. Jahrhunderts, Paderborn, 1906.

Parker, Geoffrey, Emperor: A New Life of Charles V, New Haven, 2019.

Rabe, Horst & Heide Stratenwerth, “Die Politische Korrespondenz Kaiser Karls V. und ihre wissenschaftliche Erschließung,” in Horst Rabe (ed.), Karl V. Politik und politisches System. Berichte und Studien aus der Arbeit an der Politischen Korrespondenz des Kaisers,Konstanz, 1996, p. 11-39.

Rodríguez-Salgado, Maria José, “Ferrante Gonzaga: The champion of innocence,” in G. Signorotto (ed.), Ferrante Gonzaga. Il Mediterraneo, L’Impero (1507-1557),Rome, 2009, p. 139-196.

Simonetta, Marcello, Pier Luigi Farnese. Vita, morte e scandali di un figlio degenere, Piacenza, 2020.

  1. Bertomeu Masiá, La guerra secreta de Carlos V contra el papa, p. 458-461; Rodríguez-Salgado, “Ferrante Gonzaga: The champion of innocence,” p. 143-145; Simonetta, Pier Luigi Farnese. ↩︎
  2. Letters from Nicolas Perrenot de Granvelle to Antoine Perrenot, Besançon, 31 March & 7 April 1547; see Hoffman, “The Secret Face of Empire”, p. 50-51. ↩︎
  3. Ciphered letter from Ferrante Gonzaga to Nicolas Perrenot de Granvelle, Milan, 15 August 1547, deciphered by the author (Archivo General de Simancas, Estado 1193, no. 226). The cipher key in question is published in Bertomeu Masiá, La guerra secreta, p. 152-153 and Meister, Die Geheimschrift, p. 212-213 ↩︎
  4. Nicolas Perrenot de Granvelle to Francisco de los Cobos, Savona, 6 February 1542 (Archivo General de Simancas, Estado 1375, no. 57). ↩︎
  5. Nicolas Perrenot de Granvelle to Mary of Hungary, Toledo, 21 March 1539 (Haus-, Hof- und Staatsarchiv, Vienna, LA Belgien PA 30/1, f. 49r.). ↩︎
  6. Rabe & Heide Stratenwerth, “Die Politische Korrespondenz Kaiser Karls V.”, p. 11-39. ↩︎
  7. This unifying myth of the reign of Charles V is discussed in Parker, Emperor, p. 490-502. ↩︎

Séminaires – Janvier 2025

Temps et espaces du pouvoir en Europe du Nord-Ouest : Séminaire de recherche, Master Histoire, Cultures et idéologies politiques fin du Moyen-Âge – Première modernité

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Séminaire online : contacter elodie.lecuppre@univ-lille.fr

Horaire

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08/01/2025

Olivier Richard (Université de Fribourg), Le secrétaire, le temps et l’espace : le livre de comptes du secrétaire bernois Thüring Fricker.

15/01/2025

Jelle Hamers (KU Leuven), Le temps des rebelles dans les anciens Pays-Bas à la fin du Moyen Âge.

22/01/2025

Jonathan Dumont (Université de Liège) : Prendre le pouvoir par les mots. L’avènement de Charles de Habsbourg (1515).

29/01/2025

Baptiste Rameau (Université de Dijon), Quand le don fait date. La générosité des ducs de Bourgogne Jean sans Peur et Philippe le Bon, entre temps de la cour, stratégies politiques et agendas personnels.