Du 10 au 13 septembre dernier, se tenait à Palerme le XIIème congrès ‘La città crocevia : relazioni e scambi, insezioni ed incroci nelle realtà urbana’ de l’AISU (Associazione Internazionale di Storia Urbana). Dans le cadre du panel interdisciplinaire et diachronique « Urban Images and Their Unpredictable Narratives, 1450–1950: Stakeholders, Authorities, and ‘the Others’ » élaboré par Linda Stagni (ETH Zurich) et Davide Ferri (Université de Berne, KHI Florence), j’ai eu l’occasion de présenter une partie de mes recherches. Ma communication intitulée « Divine Punishment and Civic Memory : Visual Representations of the Zandpoort Explosion in Mechelen (1546) » proposait une étude comparative de deux tableaux consacrés à l’explosion de la Zandpoort de Malines.
In the night of 7 August 1546, a bolt of lightning struck an old gateway of the city of Mechelen, the Zandpoort, which had been converted into a gunpowder depot, causing a devastating explosion. The building, which had been neglected since its conversion, had not been restored, exacerbating the consequences of the impact. The explosion destroyed a large part of the city and killed many people. This trauma gave rise to a series of textual and iconographic representations that, far from portraying the event neutrally, exploited it for political and religious ends, turning it into a divine punishment while glorifying the salutary intervention of the city authorities.
These discursive dynamics are apparent in two oil paintings depicting the disaster. The first, painted shortly after the event by an anonymous artist, is now in the Museum M in Leuven. Due to its temporal proximity to the explosion, it is a valuable record of its immediate reception. The second, executed between 1680 and 1681 by Jan Verhuyck and kept at the Museum Hof van Busleyden in Mechelen, is an almost identical copy produced more than a century later. A comparison of these two works invites us to question not only the contemporary perception of the event, characterised by a predominantly religious discourse, but also the way in which it continues to haunt the collective memory of Mechelen’s inhabitants more than a century later, and how it came to symbolise the city’s political and economic.
We will see that it is through the syncretism and analogy of contemporary events and biblical episodes that a discourse is developed on the disaster as divine punishment and an invitation to repentance. Subsequently, we will examine how the event endures over time and becomes inscribed within a framework of political memory, drawing upon the work of Verhuyck.
« Incendie de Tarse en -333 », Histoire d’Alexandre le Grand, BnF, ms fr 47
Les villes médiévales ne sont pas réputées, en Europe occidentale, pour avoir innové dans leur lutte contre les incendies. Jean-Pierre Leguay rappelait en 2015 qu’elles avaient perdu les techniques employées dans l’Antiquité romaine pour neutraliser les feux :
« Aucune solution n’est réellement trouvée pour éteindre les feux gigantesques qui dévorent périodiquement les villes médiévales […]. Le matériel efficace est pratiquement inexistant, les pompes et les siphons connus dans les mines allemandes et wallonnes inutilisés, les secours mal organisés et, pire encore, les municipalités se heurtent sans cesse à un manque de solidarité. » 1
À première vue, force est de constater que la ville de Lille ne fait pas exception. Elle n’a nullement innové sur le plan technique pour lutter contre les incendies, alors même que la ville n’échappait pas plus que ses consœurs urbaines à ce fléau fréquent, les constructions étant souvent réalisées dans des matières inflammables (bois, chaume…). Pour autant, les feux de meschief sont une thématique récurrente dans les bans lillois (textes normatifs urbains) et méritent qu’on s’y intéresse. Le nombre important de bans à ce sujet, plusieurs fois renouvelés, et l’adoption de nouveaux statuts prouvent la nécessité pour les magistrats lillois d’anticiper et d’éviter au maximum ces incendies domestiques accidentels.
Le terme « nécessité » n’est pas choisi au hasard. Le mot n’est certes employé qu’une seule fois dans les bans lillois relatifs aux feux de meschief entre 1395 et 1500, mais avec d’autres formules, il rappelle la nécessité d’agir rapidement, dans l’urgence, pour éteindre les incendies et prévenir leur arrivée.2 Les termes peril (de feu) et perilleu[x] apparaissent treize fois sur un total de 29 bans, sans compter le souci des échevins – dirigeants de la ville – de [préserver] les Lillois des incendies.3 Les bans font ressentir l’urgence de la situation et si le nom « urgence » en lui-même n’existe pas encore au Moyen Âge, contrairement à l’adjectif « urgent », l’idée est bien présente lorsque le clerc de la ville écrit à quatre reprises qu’il faut agir incontinement et sans delay. Les incendies pressent les échevins à réagir pour anticiper et limiter au maximum ces situations de crise et d’exception.
Quels sont ces nouveaux statuts, régulièrement renouvelés au cours du XVe siècle et qui, à défaut d’innover sur le plan technique, marquent tout de même le souci constant des échevins de lutter contre ce fléau ? La première mesure apparaît le 12 avril 1397 lorsque les échevins enjoignent à tous les habitants de tenir au-devant de leur maison des récipients d’eau près des nocs, c’est-à-dire des gouttières, qui se rempliront naturellement grâce aux eaux de pluie.4 Ce ban fut régulièrement renouvelé au cours du XVe siècle, comme l’illustrent les registres étudiés. Le 29 avril 1446, les échevins ajoutent que chacun doit tenir devant sa demeure des échelles prêtes à l’emploi.5 De nombreuses villes à l’époque médiévale et moderne édictèrent des bans semblables, conservant prêts à l’usage des seaux d’eau et des échelles pour éteindre les feux avant qu’ils ne prennent de l’ampleur.6 Une autre mesure concerne en juin 1397 les bourreez et raimes, c’est-à-dire les branchages et fagots que les marchands de bois, les fourniers et les brasseurs utilisaient pour leur activité professionnelle, soit pour les vendre, soit pour les brûler. L’essentiel de ces matières inflammables et dangereuses doit être stocké en dehors de la ville, par mesure de précaution.7 Toujours en juin 1397, les échevins obligent chaque chef de maison de plus de vingt ans à participer en personne au guet de nuit, afin de repérer les départs d’incendie et d’avertir la population au besoin. Si la personne en question était trop âgée, elle devait désigner quelqu’un pour la remplacer.8 Là encore, la mesure est fréquente dans les villes de l’époque. Le 22 juin 1397, il est également interdit aux habitants de la ville d’allumer des feux dans les rues et les quaufours (fours à chaux) les jours et les nuits de la saint Jean-Baptiste et de la saint Pierre, soit entre le 20 et le 24 juin. Cette période correspond aux festivités de la saint Jean, où il est coutume de sauter au-dessus de feux pour fêter le solstice d’été. La date du ban indique que les autorités craignaient qu’un incendie n’éclate lors de ces jeux.
La multiplication des bans contre les feux de meschief au printemps et à l’été 1397 (cinq en tout) suggère la survenue d’un incendie la même année, ce que confirme le registre de comptes de l’année 1397, qui fait mention de seaux en cuir réparés afin d’éteindre un incendie.9 Les autorités urbaines anticipent et tirent des leçons du présent en prenant leurs dispositions pour prévenir les incendies qui pourraient advenir dans le futur. Les registres urbains, outils de travail pour les élites dirigeantes, donnent à voir des échevins pragmatiques et des normes juridiques adaptées à la vie au jour le jour des citadins et prêts à répondre à leurs besoins, ce qui révèle un certain « présentisme » de la part de ces élites.10 Certes, les hommes du Moyen Âge n’ont pas innové techniquement dans leur lutte contre les incendies, mais ils n’ont pas subi pour autant ces fléaux sans agir, ce qui remet en perspective les conclusions généralement tirées à ce sujet par les historiens ayant étudié les incendies urbains au Moyen Âge et dans la première modernité.
Il est tout de même troublant de constater que les bans ne sont pas automatiquement renouvelés tous les étés, périodes propices aux incendies. À première vue, les échevins donnent l’impression d’agir contre les feux de meschief uniquement lorsque l’un deux se déclare dans la ville, comme en 1397, un sentiment d’urgence favorisant alors la prise de décision. Certes, l’ensemble des bans municipaux de la fin du Moyen Âge n’ont pas été conservés, mais les manques sont tout de même visibles. L’extrait qui suit date du 10 janvier 1483 et renouvelle les mesures prises en 1397 : placer des seaux d’eau et des échelles devant les maisons et veiller à la bonne réalisation du guet. Or ces statuts n’avaient plus été renouvelés depuis l’été 1469, soit quatorze ans auparavant. Même si l’on peut supposer, en s’appuyant sur d’autres bans de ce type, que les règlements de 1469 avaient pour objectif d’être appliqués entre une et trois années, l’espace temporel pendant lequel les bans ne furent pas renouvelés – du moins dans les registres de la ville – reste conséquent.
« Et sy fay le ban comme dessus que il ne soyt personne qui mefface aux eschielles mises sur lesdittes maisons ne respande les eauwes mises aux huys d’icelles pour subvenir audit dangier de feu et ne meffache aussy au ghet ordonné a veillier le feuet le chandeille avant les rues de ceste ditte ville pour la preservacion dudit feu de meschief sur a panir de ban criminel toutes et quanteffois que aucuns feroyt le contraire. »11
Extrait d’un registre aux bans lillois, AML, BB 378, fol. 111
Mais l’extrait précédent, comparé à d’autres renouvellements de bans sur le même sujet, montre en réalité que ces pratiques étaient devenues, à la fin du XVe siècle, une habitude pour les Lillois, à tel point que les registres n’ont plus besoin de revenir sur les dispositions prises dans le détail, ou même de rappeler que les bans ont été renouvelés. Les mentions de renouvellement sont pourtant très brèves dans les registres lillois et rapides à écrire, mais le clerc de la ville n’enregistre le plus souvent que les mesures nouvelles : ce sont ces dernières qu’il faut décrire pour bien les annoncer à la bretèche de l’hôtel de ville12, et non les bans tant répétés qu’ils sont finalement connus de tous et maîtrisés par cœur par le héraut de la ville, chargé d’annoncer à haute voix sur la place du marché les normes à respecter. La nouveauté est devenue habitude et rituel bien maîtrisé par les habitants de la ville et leurs dirigeants : l’innovation juridique s’est faite norme, aussi bien dans le texte que dans les pratiques.
A VENIR
Ces réflexions sont issues d’un travail de thèse mené sous la direction d’Élodie Lecuppre-Desjardin : « Innover sans le dire ? Réformer la ville dans les anciens Pays-Bas bourguignons au XVe siècle ».
Bibliographie
– Christine Felicelli, « Le feu, la ville et le roi : l’incendie de la ville de Bourges en 1252 », Histoire urbaine, 2002, vol. 1, n°5, p. 105-134, consulté en ligne le 29/01/2026.
– David Garrioch, « Towards a fire history of European cities (late Middle Ages to late nineteenth century) », Urban History, t. 46, n°2, 2019.
– François Hartog, Régimes d’historicité. Présentisme et expérience du temps, Paris, Éditions du Seuil, 2003.
– Jean-Pierre Leguay, Le feu au Moyen Âge, Rennes, Presses Universitaires de Rennes, 2015, consulté en ligne le 29/01/2026.
– Julien le Mauff, L’empire de l’urgence ou la fin politique, Paris, PUF, 2024.
Nous renvoyons aussi au projet dirigé par Janna Coomans, (In)flammable cities: Rethinking Crisis, Resilience and Community in the Low Countries, 1200-1650 (2021-2026).
Jean-Pierre Leguay, Le feu au Moyen Âge, Rennes, Presses Universitaires de Rennes, 2015, conclusion de la partie V « La lutte contre l’incendie » du chapitre 14, consulté en ligne le 29/01/2026. ↩︎
Nous faisons référence plus précisément aux registres aux bans BB 374 (1395-1407), BB 375 (1414-1421), BB 376 (1421-1443), BB 377 (1441-1447) et BB 378 (1369-1506) conservés aux Archives Municipales de Lille, abrégé AML. ↩︎
L’expression exacte est preservacion dudict feu de meschief (AML, BB 377, fol. 129v, 22 avril 1468). ↩︎
AML, BB 377, fol. 70v-71. Là encore ces bans furent renouvelés tout au long du XVe siècle (BB 378, fol. 62v). ↩︎
David Garrioch, « Towards a fire history of European cities (late Middle Ages to late nineteenth century) », Urban History, t. 46, n°2, 2019, voir la partie III : « Responses to fire: prevention and fire-fighting ». ↩︎
AML, BB 374, fol. 37. Le statut est renouvelé mot pour mot le 11 mars 1399, le 1er juin 1402 et le 9 mars 1406 (fol. 59v, 86v et 134v). ↩︎
Ibid., fol. 37. Ce ban est renouvelé le 6 avril 1402, le 5 mai 1403 et le 24 avril 1405 (fol. 85, 101 et 122v). ↩︎
AML, CC 16130 (1397), p. 81 de la numérisation en ligne. ↩︎
La notion est empruntée à François Hartog, Régimes d’historicité. Présentisme et expérience du temps, Paris, Éditions du Seuil, 2003. ↩︎
Petite tribune extérieure, balcon dans les hôtels de ville au Nord du royaume de France, qui regarde la place principale et sert aux publications officielles. Les registres aux bans lillois précisent régulièrement que les nouveaux statuts étaient proclamés à la bretesque de la ville. ↩︎
Helvetia standing above an Alpine landscape where William Tell takes aim at his son. Johann Caspar Weissenbach, Eydgnoßsisches Contrafeth Auff- uund Abnemmender Jungfrawen Helvetiae. Von denn Edlen Ehrenvesten Vornehmen, Vorsichtigen unnd Weisen Herren, Herren gesambter Burgerschafft Löbl. Statt Zug, durch offentliche Exhibition den 14. und 15. Sept. Anno 1672, Zug, Jacob Ammon, 1673. Engraving by Conrad Meyer. Bayerische Staatsbibliothek München, P.o.germ. 1567 o, p. 3, urn:nbn:de:bvb:12-bsb10122955-0.
Between 1350 and 1650, many European polities devised new ways of representing their homeland. Allegorical figures such as Dame France, Helvetia, and others embodied how elites imagined their contemporary regimes, circulating widely through texts, images, songs, and performances. To date, scholarship has concentrated primarily on two aspects. First, the origins of the phenomenon: the renewed humanist interest in ancient political prosopopoeiae (Roma being a prime example) was almost certainly one of its drivers around 1400. Second, research has focused on the period of its greatest expansion: the global success of political allegories in the nineteenth and early twentieth centuries is inseparable from the age of nationalisms. Investigations have also converged on a question prompted by the troubling status attributed to these allegories: why did communities of citizens, until very recently defined as exclusively male, choose to capture their political identity in female figures?
Thanks to gender‑studies methodologies, it has become clear that this paradox was not a paradox at all. Addressing politically active subjects, personifications of homeland and sovereignty presuppose a heteronormative male gaze (Yuval-Davis, 1997). To engage this gaze, they perform socially codified feminine roles, mother, wife, daughter, naturalised through their bodies and behaviour. Far from being decorative, these gendered scripts seek to activate communities of emotion grounded in filial attachment, in the desire for possession, but also in the indignation and shame aroused by violations of family values.
This short piece, which synthesises two forthcoming publications, examines a more specific question that has so far attracted little attention: how, in the same period, within the same work, can a single national allegory shift its mode of femininity in response to differing perceptions of the country’s present condition? My case study is Johan Caspar Weissenbach’s Eydgnoßsisches Contrafeth Auff- uund Abnemmender Jungfrawen Helvetiae (Confederate Representation of the Rise and Fall of the Maiden Helvetia). This drama is generally regarded as the most prominent political spectacle of the Swiss Counter-Reformation. Performed in September 1672 by the inhabitants of the Catholic canton of Zug, it was published the following year in a volume illustrated by the celebrated Reformed engraver Conrad Meyer. The Contrafeth is also reputed to be the first work to embody the Swiss Confederation in the allegorical figure of Helvetia. Yet while Weissenbach’s play stages Mutter Helvetia, the accompanying engraving by Meyer depicts Jungfrau Helvetia. What understandings of the Confederation’s political present did these divergent representational conventions seek to promote?
Maternal Outcry in a Disrupted Present
In his play, Weissenbach places the allegory Helvetia at the centre of a relational framework dominated by male figures. In Act I, she expresses deference towards the founding heroes of Switzerland’s past; in Act V, she receives support from Bruder Klaus (Saint Nicholas of Flüe) in order to obtain from God the future restoration of her former greatness. At the same time, the Mutter exercises both empathetic and reproving authority over the thirteen cantons, her “liebste Kinder, liebste Glieder” (her dearest children and members, IV, 9, 194), whom she holds responsible for the recent risks of disunion and decline threatening the Swiss alliance.
The bipartite structure of the play (“Auff- uund Abnemmend”, elevation and fall) thus makes the opposition between past and present starkly visible. A glorious past rooted in freedom and armed resistance: in Act I, the allegory praises Tell’s legendary struggle for independence; in Act II, the Confederates’ victories in the Burgundian Wars (1474–1477); and in Act III, the advantageous treaties concluded with the Habsburg and Valois monarchs, which she hails as a “Tryumpff” (III, 6, 154). This is followed by a weakened present. Helvetia reproaches her cantons-sons for their lust for money, for the conversion of some of them to the Reformation, and even for their loss of faith, represented in Act IV by the figure of Atheismus.
The primary register of her many interventions is lament: “Helvetia klagt abermahlen den 13. Löbl. Cantonen ihren wunderlischen Zustand” (Helvetia once again complains to the thirteen honourable cantons about the strange situation in which they find themselves, stage direction IV, 9). Through her indignant and sorrowful maternity, the gender role assigned to her by Weissenbach, Helvetia conveys to the Swiss an attitude that is both accusatory and inclusive. This stance closely matches the communication strategy developed by the Catholic cantons towards their Protestant partners during the Counter‑Reformation : a strategy that sought both to denounce confessional divergences and to preserve the political alliance.
A New Republic’s Intersexual Icon ?
In the image designed by the Zurich artist Meyer for the frontispiece of the Contrafeth edition, Helvetia’s appearance at first seems more consistent with the title that names her Jungfrau, or virgin. Her supra-human nature is signalled by the halo surrounding her, dispersing the clouds “numini et lumini” (by divine will and in the light). Her gender identity, however, is far less clear. While her delicate face and cornucopia belong to a feminine visual code, her armour points to a masculine corporeality.
As Thomas Maissen has shown (Maissen, 2006), the process of Helvetia’s personification began after the legal recognition of Switzerland as an entity independent of the Holy Roman Empire with the ratification of the Peace of Westphalia in 1648. Only then could the Confederation conceive of itself as a unified oligarchic republic and assign its political sovereignty a feminine allegorical body, in accordance with the representational conventions discussed above. Meyer appears to have been the first artist to trouble this conventional femininity by equipping Helvetia with arms. She does not yet hold the spear and shield that will define her iconography in the eighteenth century; her armour, exclusively defensive, signifies the virgin’s resistance to any form of violation : sexual, military, or political. This meaning is reinforced by the fortified city and Alpine landscape unfurled at her feet. The choice may thus be read as an echo of the Swiss efforts, at the end of the Thirty Years’ War, to temper their reputation as ferocious warriors ; a first step in a longer process culminating in the official declaration of neutrality at the Congress of Vienna in 1815. If the illustrator’s aim was indeed to promote the image of a ‘new Switzerland’, sovereign, armed, yet peaceable, it does not align with the intentions of the dramatist. The discreet queerness of Meyer’s engraved Helvetia therefore enters into tension with the maternity staged in the theatre.
Another attribute strengthens this impression: the cornucopia carried by the figure. Associated with fertility, this object aligns poorly with Helvetia’s virginal status. Meyer seems in fact to have reworked an earlier model, the Topographia Helvetiae engraved by Merian in the 1630s (Schaller, 1995). Merian had depicted the circle of cantonal coats of arms surrounded by the celestial allegories of Pax and Victoria, and by a terrestrial pair made up of an Old Confederate armed with a halberd and a plump young woman holding a cornucopia. The former embodied the mercenary tradition and the martial past of the Swiss in the fifteenth and sixteenth centuries; the latter represented the natural wealth of the territory, while perhaps also suggesting the current state of a homeland more prosperous, but less formidable and less virtuous than in earlier times. This offered female body, which Merian had anchored to the ground, was lifted by Meyer into the heavens in the form of an armoured virgin. Yet the transformation of the territory’s fertility into the inviolable body of the republic remains incomplete in the image, for Helvetia’s arms still bear an attribute ill‑suited to her new political significance.
Conclusion
The illustrated edition of the Contrafeth shows that, within a single object and within the same representational system, the political allegory, it was possible for fully contemporary artists to depict divergent conceptions of their country’s present political condition. As a devastated mother, Helvetia denounced, in Weissenbach’s drama, the failings of a Switzerland now torn apart by the Reformation and consumed by its appetite for wealth. As a fierce virgin, she celebrated, in Meyer’s engraving, the present of a Confederation that was sovereign and resistant to any form of submission. In doing so, each artist drew on pre‑existing allegorical traditions: that of the maternal Dame France, created during the Anglo‑French wars around 1400; and that of the virgin representing the Republic of the Seven United Provinces, the visual embodiment of the independence claimed by the Netherlands against Spain in the 1580s. The works cited below explore further the connections among these different “captures” of the political present in fictional female bodies.
Forthcoming
For an article on cross‑cultural French–German allegorical traditions, see DOUDET Estelle, “Dame France et Jungfrau Helvetia. Regards croisés sur le (trans)genre des allégories politiques, XVe / XVIIe siècle,” Un Moyen Âge queer?, ed. Leticia Ding and Philippe Frieden, Neuchâtel, Alphil, forthcoming 2026.
For a comparative study of the Contrafeth text and illustrations, see DOUDET Estelle, “Wie (und warum) politische Allegorie auf der Bühne markiert werden sollte. Weissenbachs Eydgnoßsisches Contrafeth”, Kulturkontakte und Mobilitäten im deutschsprachigen Raum, ed. Julia Gold, Pia Selmayr, and Christoph Schanze, Berlin, De Gruyter, forthcoming 2027.
Antoon van Dyck, Portrait of Maria de’ Medici, c. 1631. Lille, Palais des Beaux-Arts.
DESCRIPTIF
The goal of this summer school, organised with the support of the Institut du Genre, the FNS/Sinergia project “Capturing the Present in Northwestern Europe (1348-1648)” and HARTIS (Université de Lille), partnered with the Palais des Beaux-Arts de Lille, is to help doctoral students develop an interdisciplinary reflection on the intersection between gender and time in the early modern period. With the help of invited keynote speakers, workshops around secondary literature, visits of the Palais des Beaux-Arts’s collections presented by its curators, and presentations by each participant, we aim to foster interest in this framework and complexify approaches to gender studies and key themes such as the question of agency or the inscription of women in history. This summer school will be structured around three main themes:
Rhytmic lives: contextualising the rhythm of women’s lives historically, socially and culturally, beyond bioessentialist thinking.
Thinking in the long term: explore women’s engagement with the distant past or future, and questions of heritage and legacy.
Time and power: understanding the intersections between gender, power, and politics, to better define how women exercised agency over different temporalities.
This summer school is open to both doctoral students and master’s students who wish to pursue a PhD, specialising in the human sciences and the early modern period, with no requirements in terms of nationality or institution. Both English and French will be spoken. Candidates are invited to send a CV, a description of the current research project, thesis, or dissertation with an indication of the potential interest of this summer school to the project, and an abstract for a presentation connected to one or several of the three proposed themes.
Please refer to the call for applications below for additional information:
Antoon van Dyck, Portrait de Marie de Médicis, v. 1631. Lille, Palais des Beaux-Arts.
DESCRIPTIF
L’objectif de cette école d’été, organisée avec le soutien de l’Institut du genre, du projet FNS Sinergia « Capturing the Present in Northwestern Europe (1348-1648) » et du laboratoire HARTIS (Université de Lille), et en partenariat avec le Palais des Beaux-Arts de Lille, est d’aider les candidat·es à développer une réflexion interdisciplinaire sur l’intersection entre le genre et le temps à la période moderne. Avec l’aide des conférencières invitées, d’ateliers portant sur la littérature secondaire sur le sujet, des visites en présence des conservateur·rices des collections du Palais des Beaux-Arts de Lille, ainsi que des présentations des participant·es, il s’agira de mieux se saisir de ce cadre théorique et de le mobiliser pour traiter de questions clés des études de genre, comme l’agentivité ou l’inscription des femmes dans l’histoire. Cette école d’été sera structurée autour de trois thèmes principaux :
Des vies rythmées : recontextualiser les rythmes de la vie des femmes dans un cadre historique, social et culturel, par-delà une pensée bio-essentialiste de ceux-ci.
Réfléchir sur le long terme : explorer le rapport des femmes à un passé ou un futur lointain, à leur héritage et leur postérité.
Temps et pouvoir : comprendre les intersections entre genre, pouvoir et politique, afin de définir les modalités d’exercice de l’agentivité des femmes sur différentes temporalités.
L’école d’été, assurée en anglais et en français, est à destination de doctorant·es ou de masterant·es souhaitant poursuivre une recherche doctorale, spécialisé·es en sciences humaines sur la période moderne, sans condition de nationalité ou d’université de rattachement. Les candidat·es sont invité·es à envoyer un CV, un résumé du projet de recherche en cours, thèse ou mémoire, avec une indication l’utilité potentielle de l’école d’été pour ce projet, et un projet de communication en lien avec un ou plusieurs des trois thèmes proposés.
Pour plus de précisions, veuillez vous référer à l’appel à candidatures ci-dessous:
Les participant·es sont invité·es à se tourner vers leurs institutions de rattachement pour les frais de déplacement et de logement : seuls les repas en commun seront couverts par les organisateur·rices.