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Compte rendu : “Une Place dans le temps : Une école d’été pour l’étude des femmes et de la temporalité en Europe à la période moderne” (6-8 juillet, Université de Lille)

Billet rédigé par Agathe Bonnin et Léon Rochard

EN

Att. Jacques Callot, Vieille Femme les mains étendues au dessus d’un brasier, XVIe siècle. Plume et encre brune, lavis brun sur papier, 14,2 x 9,9 cm. Lille, Palais des Beaux-Arts. Cliché C. Simoulin © Palais des Beaux-Arts de Lille

Dessin attribué à Jacques Callot présenté lors de la visite des collections d’arts graphiques par Patricia Truffin. Il fonctionne à la fois comme allégorie du grand âge et de l’hiver, mais aussi comme représentation artistiquement expressive du monde paysan, que Callot fera ensuite imprimer dans sa série des Gueux.

Du 6 au 8 juillet 2026 s’est tenue l’école d’été « A Place in Time : A Summer School for the Study of Women and Temporalities in Early Modern Europe », organisée par Léon Rochard (Université de Lille, membre du projet Capt.) et Agathe Bonnin (CY Cergy Paris Université, membre du projet AGENART) dans le cadre du projet « Capturing the Present in Northwestern Europe (1348–1648) ». L’événement était organisé avec le laboratoire HARTIS (Université de Lille) et hébergé dans ses locaux ainsi qu’au Palais des Beaux-Arts de Lille, avec le soutien d’une bourse de l’Institut du Genre. L’objectif de l’école d’été était d’aider les participant·es à développer une réflexion interdisciplinaire sur l’intersection entre le genre et le temps à la période moderne. Les présentations et échanges qui se sont tenus à cette occasion donneront lieu à une publication collective, prévue début 2027 sur le carnet hypothèses du projet, avec un profil détaillé des participant·es. 

6 juillet 2026

Clara Peeters, Nature morte, v. 1611. Huile sur panneau, 55 x 73 cm. Madrid, Musée du Prado.

Le couteau, clairement mis en avant dans la composition et que l’on serait tenté de saisir, arrête le regard par la signature de l’artiste, gravée dans le manche. Comme Annelies Verellen l’a montré, il ressemble bien aux couteaux de mariage traditionnellement offerts aux femmes à cette époque. Ici, le statut de femme mariée est montré comme indissociable de l’image que Clara Peeters construit d’elle-même en tant qu’artiste.

La première journée de l’école d’été s’est ouverte sur une introduction générale présentée par Agathe Bonnin et Léon Rochard. Il s’agissait d’exposer les principaux enjeux posés par l’intersection entre genre et temporalité à l’époque moderne, et d’introduire les différents cadres méthodologiques auxquels les participant·es étaient invité·es à réfléchir. Des études de cas spécifiques ont permis d’ouvrir la conversation sur les similitudes et différences entre les contextes britannique, français, espagnol, et néerlandais. 

Après un échange autour des questionnements spécifiques à chaque participant·e, tels que l’utilisation de concepts et cadres de pensée contemporains issus des études de genre, queer ou décoloniales pour étudier la période moderne, nous avons écouté les présentations d’Annelies Verellen (doctorante à McGill University, Montréal), Femke Valkhoff (doctorante à l’Université d’Utrecht) et Chenyang Ma (masterante à KU Leuven). La présentation d’Annelies Verellen s’intitulait « Domina Domus: The Knife as a Moral Compass and Promotional Tool for the Woman Artist ». Elle y étudiait le couteau de mariage intégré par Clara Peeters dans certaines natures mortes en tant qu’outil affirmant son autorité artistique en même temps que son rôle comme femme et épouse – lié à une certaine façon d’habiter le temps – mais aussi de se placer dans une tradition de la signature au long court. Femke Valkhoff a ensuite exposé un pan de ses recherches doctorales sous le titre « Lucretia Christina van Bochoven. Intellectual Self-development and Lifelong Learning ». À travers la correspondance et les poèmes de Lucretia Christina van Bochven, elle explorait la temporalité et spatialité de l’apprentissage des filles van Bochen dans leur enfance, mais aussi la façon dont l’apprentissage continuait, sous d’autres formes, à d’autres étapes de sa vie – en particulier pendant sa réclusion. Enfin, Chenyang Ma a présenté un papier tiré de son travail de master, « Love magic and the entangled world behind its practice in the seventeenth-century New Mexico ». Elle a exposé aux autres participant·es et intervenantes invitées les questions méthodologiques auxquelles elle fait face à cette étape de sa recherche, en particulier la difficulté d’étudier des personnes triplement marginalisées — du fait de leur place dans le système colonial, leur position sociale et leur genre — dont on ne conserve pas d’écrits à la première personne. 

Laura Bass, professeure à l’Université de Brown, a ensuite exposé dans une conférence cadre ses réflexions sur la temporalité dans la vie d’Estefanía de la Encarnación, une moniale espagnole qui fut à la fois peintre et écrivaine. Sa conférence mobilisait à la fois la théorie littéraire sur la temporalité de l’autobiographie et l’historiographie récente sur l’expérience des religieuses dans la Monarchie hispanique du XVIIe siècle, offrant de riches pistes méthodologiques. La journée s’est terminée par un atelier paléographique collaboratif sur deux textes du XVIIe siècle, en néerlandais et en espagnol. Les participant·es ont pu y développer leurs capacités de déchiffrement mais aussi d’analyse critique de diverses typologies de sources primaires, en tant qu’outils pour comprendre les temporalités des femmes à l’époque moderne. 

7 juillet 2026

Nicolaes Maes, Jeune Femme à sa couture, 1655. Huile sur panneau, 55,6 x 46,1 cm. Londres, Mansion House.

Dans son article, Hanneke Grootenboer attire l’attention de ses lecteur·ices sur la proximité entre certaines représentations du travail textile féminin et les images de penseurs et de philosophes aux Pays-Bas du XVIIe siècle. Elle y montre également que le travail textile pouvait être perçu par les femmes qui le pratiquaient comme un temps de réflexion intellectuelle.

Lors de la deuxième journée se sont tenues les présentations de Jasper Martens (doctorant à l’Université de Californie, Santa Barbara), Elie Pretot (doctorante à l’École Normale Supérieure de Paris et à l’Université Toulouse Jean-Jaurès), et Oana Stan (chercheuse indépendante, fondatrice du projet Women of Haarlem).  

Dans sa présentation de intitulée « Playing with Time: Identity and Queer Temporality in Seventeenth-Century Portrait Miniatures with Mica Overlays », Jasper Martens a détaillé ses recherches sur un corpus de portraits miniatures sur lesquels pouvaient être superposées des accessoires, costumes, décors, et personnages peints sur des calques transparents. Il y proposait une analyse de ces objets en tant que technologies matérielles offrant la possibilité d’explorations et transformations identitaires (sociales, géographiques, de genre), en réfléchissant aux différentes manières dont ce jeu pouvait engager un rapport particulier au temps. Elie Pretot a ensuite exposé une réflexion intitulée « Staging the Old Witch in 16th-Century Drama. Challenges and Implications ». Centrée sur le début de la chronologie de sa thèse, cette communication interrogeait les méthodes et sources à disposition pour comprendre l’archétype de la vieille sorcière dans le théâtre en lien avec la culture visuelle contemporaine. Enfin, Oana Stan a présenté les premières étapes de son projet de recherche actuel : « Synecdoche, Rubens. Olfaction, Food, and the Performance of Wealth in a Patrician Home ». Elle y expliquait le choix de ce cas d’étude, et posait les bases d’une étude de la cuisine comme lieu où se structure, matériellement et sensoriellement, la temporalité genrée dans le lieu de travail d’un artiste de l’époque moderne.

Catherine Powell-Warren, professeure assistante à KU Leven, a conclu la matinée avec une conférence cadre intitulée « Through the Lens of Time: Women, Art, and Praxis », recontextualisant la pratique d’artistes telles que Maria Sibylla Merian, Rachel et Anna Ruysch, ainsi qu’Anna Maria Janssens par rapport aux différentes temporalités genrées dans lesquelles elles étaient prises (leur mariage, leurs grossesses, les tâches ménagères, l’éducation et l’entraînement artistique de leurs enfants). Ceci a permis de mieux comprendre le fonctionnement de leur atelier ou leur rôle dans l’entreprise familiale, mais aussi d’interroger en profondeur des prémices traditionnels de la recherche en histoire de l’art, comme ce que l’on désigne par les mots d’artiste ou de création. 

Dans l’après-midi se sont tenus deux ateliers bibliographiques animés respectivement par Hanneke Grootenboer (professeure à l’Université d’Amsterdam) et Saskia Beranek (professeure à l’Illinois State University). L’atelier dirigé par Hanneke Grootenboer consistait en une discussion méthodologique basée sur les recherches des participant·es et sur leur lecture de son article « Sewing as a Form of Thinking: The Needle versus the Pen in the Dutch Republic » (The Art Bulletin, février 2026). Le dialogue a exploré l’importance des questions de temporalité dans la querelle des femmes, et la nécessité de prendre en compte l’agentivité des spectatrices face à des œuvres souvent interprétées de manière univoque comme des outils de disciplinement du temps des femmes, pour faire apparaître des modes de consommation plus divers de celles-ci. Saskia Beranek a ensuite parlé de son ouvrage paru en 2026 chez Routledge, The Cultural Work of the Early Modern Dutch Portrait. Amalia van Solms and the Shape of the Self in European Art, où elle explore l’inscription spatiale et temporelle d’Amalia van Solms au pouvoir au travers de la distribution spatiale de son palais et du décor de ce dernier. Elle a exposé les recherches doctorales dont il était issu, mais aussi le long travail de transformation de ces recherches en un ouvrage publiable, ouvrant une réflexion sur les changements de paradigme historiographique amené dans les dernières décennies par les études sur le genre. 

8 juillet 2026

Erasmus Quellinus le jeune, Jésus chez Marthe et Marie, entre 1650 et 1675. Huile sur toile, 113,2 x 163,5 cm. Lille, Palais des Beaux-Arts.

L’interprétation par Erasmus Quellinus le jeune du thème de Jésus chez Marthe et Marie thématise parfaitement les questionnements autour des impératifs temporels qui incombaient aux femmes à la période moderne, par cette diagonale qui oppose le temps passé à s’occuper des tâches ménagères (Marthe) à celui passé à méditer sur les paroles du Christ (Marie).

Le troisième et dernier jour de l’école d’été s’est déroulé au Palais des Beaux-Arts de Lille, où les participant·es étaient invité·es à présenter des recherches préparées pour l’occasion sur une série d’objet sélectionnés par les organisateur·ices en concertation avec l’équipe des conservateur·ices. La matinée était consacrée aux collections de peintures, suivant un parcours établi avec l’appui de Donatienne Dujardin. Nous avons été accueillis l’après-midi dans le cabinet des dessins et estampes par Patricia Truffin, pour étudier une série d’œuvres choisies avec l’aide de Cordélia Hattori. La journée s’est terminée dans les collections de médailles, à propos desquelles nous avions échangé avec François Becuwe. Outre les présentations des participant·es sur le corpus d’objet sélectionnés, Léon Rochard a proposé un atelier méthodologique autour d’une des médailles exposée, commanditée pour Marguerite de Parme en 1567, à propos de laquelle il avait déjà publié sur le présent blog

Nous remercions chaleureusement les participant·es et invitées pour la qualité des échanges, ainsi qu’Aurélie Gyselinck, Thibaut Foutreyn, Christine Aubry et l’Institut du Genre pour leur accompagnement. À bientôt pour la publication des résultats ! 

Programme

A propos des organisateur·ices

Agathe Bonnin (elle) est docteure en Histoire de l’art et en Études hispaniques par l’Université autonome de Madrid et CY Cergy Paris Université. Ses recherches doctorales ont mis en évidence la contribution des femmes à la culture visuelle et matérielle du culte à l’eucharistie à la cour d’Espagne au XVIIe siècle. Actuellement chercheuse postdoctorale au sein du projet ERC JestArt, elle étudie les représentations de corps jugés “extraordinaires” dans les cours européennes au XVIIe siècle, pour comprendre la production et les usages de ces images et leur place dans l’historiographie et le canon artistique – avec une attention particulière au genre performé par ces corps. 

Léon Rochard (il/iel) est chercheur postdoctoral au sein du projet Capt. Son profil est disponible sur le présent blog.

Event Report : “A Place in Time: A Summer School for the Study of Women and Temporalities in Early Modern Europe” (6-8 July, Université de Lille)

Written by Agathe Bonnin and Léon Rochard

FR

Att. Jacques Callot, Old Woman warming her Hands by Hot Coals, sixteenth century. Pen in brown ink, brown wash on paper, 14.2 x 9.9 cm. Lille, Palais des Beaux-Arts. Picture by C. Simoulin © Palais des Beaux-Arts de Lille

A drawing attributed to Jacques Callot presented by Patricia Truffin during our visit to the prints and drawings department. It works both as an allegory of old age and the winter and as an artistically expressive representation of peasantry, which Callot printed as part of his series of “gueux”.

The summer school “A Place in Time: A Summer School for the Study of Women and Temporalities in Early Modern Europe”, organised by Léon Rochard (Université de Lille and member of the project) and Agathe Bonnin (CY Cergy Paris Université and member of project AGENART) as part of the Sinergia project “Capturing the Present in Northwestern Europe (1348–1648)”, took place between 6 and 8 July 2026. The event was co-organised with and hosted by HARTIS (Université de Lille), as well as the Palais des Beaux-Arts in Lille, with the support of a grant from the French Institut du Genre. The aim of this summer school was to help participants develop an interdisciplinary reflection at the intersection of gender and time in the early modern period. The papers presented at this event and subsequent discussions will be published online in early 2027 on the project website, along with a profile for each participant.

6 July 2026

Clara Peeters, Still-Life, c. 1611. Oil on panel, 55 x 73 cm. Madrid, Museo del Prado.

The knife, clearly emphasised in the composition and which we are tempted to grab, catches the viewer’s gaze with the artist’s signature, engraved into the handle. As Annelies Verellen has shown, it looks like wedding knives traditionally gifted to women of that time. Here, marital status cannot be dissociated from the self-image that Clara Peeters is trying to build as an artist.

The first day began with a general introduction presented by Agathe Bonnin and Léon Rochard. They exposed the main challenges and questions raised by research on gender and temporality in the early modern period and presented several relevant methodological frameworks to be discussed among participants. Specific case studies open the path to debates about the similitudes and differences between the British, French, Spanish, and Dutch contexts.

After discussing methodological questions that were more specific to each participant, such as the applicability of contemporary concepts and frameworks stemming from gender studies, queer theory, or decolonial studies to the early modern context, we listened to papers presented by Annelies Verellen (doctoral student, McGill University, Montréal), Femke Valkhoff (doctoral student, Utrecht University), and Chenyang Ma (masters student, KU Leuven). Annelies Verellen’s paper was titled “Domina Domus: The Knife as a Moral Compass and Promotional Tool for the Woman Artist”. She presented the wedding knife integrated by Clara Peeters in some of her still-life paintings as a tool to establish her artistic authority, her status as a woman and a wife – implying certain ways of inhabiting time – but also as a manner of inscribing herself in a legacy of artists signing their work. Femke Valkhoff then exposed part of her doctoral research with a presentation entitled “Lucretia Christina van Bochoven. Intellectual Self-development and Lifelong Learning”. Comparing Lucretia Christina van Bochoven’s letters and poems, she explored both the temporality and spatiality of the Bochoven daughters’ education, as well as the ways in which learning carried on, under different modes, at other stages of her life, in particular during her incarceration. Lastly, Chenyang Ma presented a paper motivated by her masters research, “Love Magic and the Entangled World Behind its Practice in Seventeenth-Century New Mexico”. She introduced the other participants and invited speakers to the methodological questions she was facing at this stage of her research, in particular the difficulty of studying triply marginalised individuals – on account of their place within the colonial system, their social status, and gender – from whom no first-person testimonies have been preserved.

Laura Bass, professor at Brown University, then gave a keynote presentation on temporality in the life of Estefanía de la Encarnación, a Spanish nun as well as a painter and a writer. Her conference invoked both literary theory on the temporality of autobiography and recent research on religious women’s life under the seventeenth-century Spanish Monarchy, offering rich methodological possibilities. The first day ended on a collective palaeography workshop on two seventeenth-century documents, in Dutch and in Spanish. Participants were able to hone their deciphering skills as well as their critical approach of different types of primary sources as tools to understand women’s temporalities in the early modern period.

7 July 2026

Nicolaes Maes, Young Woman Sewing, 1655. Oil on panel, 55.6 x 46.1 cm. London, Mansion House.

In her 2026 paper, Hanneke Grootenboer suggested a strong proximity between certain representations of women’s textile work and images of thinkers and philosophers in the seventeenth-century Netherlands. She showed that textile work could be perceived by the women who practiced it as a time of intellectual reflexion.

On the second day, we listened to papers presented by Jasper Martens (doctoral student, University of California, Santa Barbara), Elie Pretot (doctoral student, Ecole Normale Supérieure de Paris, Université Toulouse Jean-Jaurès), and Oana Stan (independent researcher, founder of the Women of Haarlem project).

In his paper titled “Playing with Time: Identity and Queer Temporality in Seventeenth-Century Portrait Miniatures with Mica Overlays”, Jasper Martens introduced us to his research on a corpus of miniature portraits on which accessories, costumes, décors, as well as characters painted on transparent layers could be superposed. He offered an analysis of these objects as material technologies that made it possible to explore and transform one’s identity (socially, geographically, or from a gendered point of view), discussing the different ways in which this game could involve the user’s relationship to time. Elie Pretot then proposed a reflection titled “Staging the Old Witch in 16th-century Drama. Challenges and Implications”. Centred on the beginning of the period on which her research focuses, this paper questioned the methods and sources available to understand the archetype of the old witch in the theatre in connection with the visual culture of the time. Lastly, Oana Stan presented the early stages of her current research project, “Synecdoche, Rubens. Olfaction, Food, and the Performance of Wealth in a Patricipan Home”. She explained her choice of case study and introduced her project of researching the kitchen as a place that materially and sensorially structured gendered temporalities in an artist’s workplace.

Catherine Powell-Warren, assistant professor at KU Leuven, concluded the morning talks with a keynote entitled “Through the Lens of Time: Women, Art, and Praxis”, in which she contextualised the practice of artists such as Maria Sibylla Merian, Rachel and Anna Ruysch, as well as Anna Maria Janssenss, in relation with the gendered temporalities in which they were entangled (their marriage, pregnancies, chores, and their children’s education and artistic training). This made it possible to understand how their workshop functioned or what their role was in the family enterprise, but also to profoundly question traditional premises in art-historical research, such as what falls under the concepts of “artist” or “creation”.

In the afternoon were held two different reading workshops, chaired respectively by Hanneke Grootenboer (Professor at the University of Amsterdam) and Saskia Beranek (Associate professor at Illinois State University). Hanneke Grootenboer’s reading workshop consisted in a methodological discussion based on the participants’ research in relation to her paper “Sewing as a Form of Thinking: The Needle Versus the Pen in the Dutch Republic” (The Art Bulletin, Feb. 2026). This dialogue highlighted the importance of temporality in the querelle des femmes and the necessity to account for the agency of female viewers towards artworks commonly interpreted as aiming to discipline how they use their time, to instead explore more diverse modes of consumption. Saskia Beranek then discussed her book published a few months before by Routledge, The Cultural Work of the Early Modern Dutch Portrait. Amalia van Solms and the Shape of the Self in European Art, where she explores Amalia van Solms’s spatial and temporal inscription in the history of Dutch power, through an analysis of the spatial distribution of her palace and its décor. She presented her doctoral research from which her book derives, as well as the long process of turning it into a publication, opening a reflexion on the paradigmatic changes brought about by gender studies in the past few decades.

8 July 2026

Erasmus Quellinus The Younger, Jesus Visiting Martha and Mary, between 1650 and 1675. Oil on canvas, 113.2 x 163.5 cm. Lille, Palais des Beaux-Arts.

Erasmus Quellinus’s interpretation of Jesus visiting Martha and Mary perfectly encapsulates early modern debates about the temporal incentives weighing on women, through the diagonal that oppose time spent on chores (Martha) and time spent on reflecting about Jesus’s teachings.

The third and final day of the summer school took place at the Palais des Beaux-Arts de Lille, where participants were invited to present research on a series of objects selected by the organisers, in collaboration with the curatorial team. In the morning, we visited the paintings collection, following a route elaborated with Donatienne Dujardin. In the afternoon, we were welcomed to the department of prints and drawings by Patricia Truffin, to study a series of works chosen with the help of Cordélia Hattori. We finished the day in the collection of medals, about which we had previously exchanged with François Becuwe. Other than the participants’ presentations on the selected corpus, Léon Rochard organised a method-oriented workshop around one of the medals on view, commissioned for Margaret of Parma in 1567, about which he has already published on this website.

Our warmest thanks go to the participants and invited speakers for the quality of our exchanges, as well as Aurélie Gyselinck, Thibaut Foutreyn, Christine Aubry, and the Institut du Genre for their support. Stay tuned for the publication!

Programme

About the organisers

Agathe Bonnin (she/her) is a doctor of Art History and Spanish Studies from Cergy Paris Université and the Universidad Autónoma de Madrid. Her doctoral research focused on women’s contribution to and uses of the visual and material culture surrounding the eucharist at the royal court of the Hispanic Monarchy during the 17th century. Now a postdoctoral researcher at ERC project JestArt, she studies representations of bodies deemed “extraordinary” in 17th century European courts, to better understand the production and uses of these images in the early modern era, and their place in the contemporary art historiography and cultural canon – with a focus on gender.

Léon Rochard (he/they) is a postdoctoral researcher within the project. His profile is available on the project website.

Participation de Tilleane Charavel au colloque international « Bound for Devotion : The Prayer Book as Object and Practice, 1300-1800 » (University of Leiden, 1-3 juillet 2026).

Billet par : Tilleane Charavel

Du 1er au 3 juillet dernier, se tenait à l’Université de Leiden le colloque international « Bound for Devotion : The Prayer Book as Object and Practice, 1300-1800 » organisé par le projet PRAYER (ERC Starting Grant). J’y ai eu l’occasion de présenter une communication intitulée « Exploring the Temporalities of Philip the Good’s Breviaries Ad usum Parisiorum pars hiemalis and pars aestivalis (Royal Library of Belgium, mss. 9511 and 9026) » qui vise à définir comment l’étude de ces temporalités constitue un prisme central pour comprendre la culture dévotionnelle ducale, ainsi que la manière dont elle articule la pratique religieuse et la représentation du pouvoir en place.

Saint Andrew and Philip the Good, Bruxelles, KBR, ms.9511, fol.398

Descriptif (abrégé)

Philippe the Good’s winter and summer breviaries are copied from a Parisian liturgical model and illuminated in Bruges (1453-1460), chiefly by Willem Vrelant with two miniatures by Jean le Tavernier. Despite their exceptional quality, the manuscripts remain understudied since Leroquais’s 1929 study. The argument unfolds in three parts.

Prescribed time: The breviary’s codicological structure – its division into winter/summer volumes, the perpetual calendar, ferial psalter, common of saints, and sanctoral – embodies the cyclical, recurring rhythm of the liturgical year itself. Moving through the manuscript retraces this cycle materially, making the object not just a support for liturgical time but a form of it.

Superimposed time: Miniatures layer multiple temporal registers within a single visual space – founding/eschatological time, narrative time, celestial time, and the contemporary Flemish present – without hierarchy among them. A key example is the sanctoral-opening miniature showing Philip the Good in prayer before Saint Andrew, where the duke’s contemporary presence coexists with the saint’s timeless, hieratic figure.

Reflected time: This is presented as the paper’s central conceptual contribution, not a représentation-plus-text duality, but an intra-visual, semiotic phenomenon in which ducal emblems (the two facing E’s, the Golden Fleece collar, the Saint Andrew’s cross) function as condensed, legible signs of institutional history. Combined with the mise-en-abyme effect of the duke depicted performing the very devotional act his use of the book enacts, this produces a “doubled present” that continuously re-legitimizes ducal power by anchoring it in sacred and dynastic continuity.

The conclusion frames mss. 9511 and 9026 as a lens onto Burgundian devotional culture, where liturgical time, layered imagery, and symbolic reflexivity converge to make prayer an ongoing act of princely legitimation.

International Medieval Congress Leeds 2026 “Temporalities”

L’IMC de Leeds se tient cette année du 6 au 9 juillet 2026 sur le thème des Temporalités. Le projet Capt y sera largement représenté et propose les interventions suivantes.

Monday 6 July 9.45-10.30 – Esther Simpson Building : LG 08

Keynote Lecture by Elodie Lecuppre-Desjardin : “Considering the Multiple Temporalities of Late Medieval Societies ; A Path Towards Differential History”

Tuesday 7 July 16.30-18.00- Clarendon Building 1. 06

Session 814 Time an Power in the Renaissance: Temporalities of the Burgundian-Habsburg Chanceries organized by Maxim Hoffman and moderated by Elodie Lecuppre-Desjardin

Thursday 9 July 9.00-10.30 – Esther Simpson Building 3.02

Session 1524 Res Futurae : Futures in the Late Medieval Low Countries, I. Paper delivered by Marie-Hélène Meresse : “Governing for possible Futures”

Thursday 9 July 14h15-15h45 – Maurice Keyworth Building 1.31

Session 1722 The Time of the Burgher at the end of the Middle Ages (14th-15th c.) organized by Sebastian Hackbarth and Anne-Frederique Provou, moderated by Elodie Lecuppre-Desjardin.

Conférence: Le présent décousu des diplomates : la temporalité de la correspondance française du Congrès de Westphalie et ses implications anthropologiques (Albert Schirrmeister, Institut historique allemand, Paris)

Dans le cadre des rencontres d’experts de notre projet, Albert Schirrmeister (Institut historique allemand, Paris) donnera une conférence à l’Université de Lausanne, le 3 mai 2026, intitulée: “Le présent décousu des diplomates : la temporalité de la correspondance française du Congrès de Westphalie et ses implications anthropologiques “.

Lieu et date

Crédits Photographiques : Dominik Gehl, https://dominikgehl.com/unil-anthropole

Description

 

 

Compte rendu : « Présents prodigieux. Représentations, usages et savoirs de l’extraordinaire à l’épreuve du temps (XVe-XVIIe siècle) » (12-13 février 2026, Université de Lausanne)

Billet rédigé par Anne-Frédérique Provou

Les 12 et 13 février 2026, l’Université de Lausanne (Unil) accueillait en ses murs le colloque Présents prodigieux. Représentations, usages et savoirs de l’extraordinaire à l’épreuve du temps (XVe-XVIIe siècle), organisé par Cordélia Floc’hic (Unil) et Alexandre Goderniaux (Université de Neuchâtel – UniNE – et Université de Lille – ULille), deux membres du projet Capt.

Cordélia Floc’hic et Alexandre Goderniaux, organisateurs du colloque Présents prodigieux.

Cet événement scientifique a été l’occasion d’interroger un sujet encore peu étudié, celui des prodiges à la fin du Moyen Âge et durant la première modernité.1 Dans l’imaginaire médiéval et prémoderne, ces événements naturels ou surnaturels étaient interprétés comme les marques de la volonté divine, des signes envoyés par Dieu dont le sens exact échappait aux hommes. Oscillant entre catastrophes destructrices et phénomènes suscitant l’émerveillement, la notion reste difficile à définir et à cerner, amenant les organisateurs de ce passionnant colloque à réunir une équipe interdisciplinaire à la croisée de la littérature, de l’histoire, de l’histoire des savoirs et des sciences et de l’histoire de l’art, afin d’éclairer d’une lumière nouvelle les prodiges sous l’Ancien Régime, leurs manifestations et leurs significations.

Lié au projet Capturing the Present in Northwestern Europe (1348-1648), le colloque s’est fixé pour objectif de donner une envergure plus temporelle aux prodiges, qui éclairent la perception du temps présent dans les sociétés européennes d’avant les Lumières. Possédant leur propre temporalité, ces événements introduisent l’inattendu et l’imprévisible dans un temps présent relevant habituellement du quotidien, bouleversant ainsi la perception qu’en avaient les hommes et les femmes de l’Ancien Régime. Ils permettent aux contemporains de donner forme à l’ordinaire (incendies, orages, inondations) comme à l’extraordinaire (figures monstrueuses et démoniques, comètes…) en représentant et en interprétant le temps présent via des médias et des sources variés (imprimés d’actualité, journaux et égo-documents, récits de voyage, essais scientifiques, gravures et œuvres d’art…). Une manière en somme de « capturer le présent », révélant que les hommes et les femmes des temps médiévaux et modernes pouvaient être présentistes à leur manière.2

La richesse des échanges menés au cours de ces deux journées a engendré une émulation intellectuelle qu’il serait difficile de rendre dans ce compte rendu. Je vais tâcher d’en souligner les principaux acquis.

La première session, « Le prodige en représentation », présidée par Thibault Catel (Université de Limoges), a montré à quel point la représentation de ces événements extraordinaires et surprenants permettait d’en comprendre la nature et de leur donner une explication, souvent surnaturelle. Via des gravures, des imprimés d’actualité ou encore des essais, les hommes et les femmes de l’Ancien Régime capturèrent un temps présent sortant du commun, inscrivant ces événements dans un contexte politique précis. Les prodiges sont en effet appréhendés et interprétés à l’aune des crises du temps présent, plus particulièrement des événements politiques de la première Modernité.

Lisa Hecht (Philipps-University Marburg), dans sa communication « The Monster of Ravenna and its Siblings. Queering Prodigious Presents », s’est attachée à l’exemple du « monstre de Ravenne », une gravure présente dans l’ouvrage d’Ambroise Paré, Des Monstres et prodiges (1585). L’iconographie, mêlant traits humains et ornithologiques, mais aussi références aux deux genres, s’inspire d’images préexistantes pour représenter ce que nous considèrerions aujourd’hui comme une personne intersexe, vue à l’époque d’Ambroise Paré comme un monstre. Cette gravure et d’autres prouvent que la question de l’intersexualité était pensée à l’époque moderne, plus encore dans des temps de crise où les guerres de religions entrainèrent une flambée de gravures diabolisant l’ennemi sous des traits monstrueux.

Le monstre de Ravenne, gravure publiée dans Des Monstres et prodiges d’Ambroise Paré (1585).

Le ton est donné : les prodiges sont divers et incarnent tout ce que les contemporains peuvent considérer comme inhabituel et étrange, à l’image des personnes intersexes mais aussi des actes occultes et de sorcellerie, comme l’illustrent les Histoires tragiques de Rosset au XVIIe siècle, abordées dans la communication de Marwane Ovieve (Sorbonne Université), « Le Prodige dans les Histoires tragiques de Rosset. Présent de l’écriture et écriture du présent ? ». Là encore, le contexte des conflits confessionnels et de la chasse aux sorcières permet de comprendre ces faits extraordinaires et leur interprétation dans les Histoires de Rosset. L’auteur cherche à éveiller la curiosité du lecteur en évoquant l’actualité mais aussi en peignant des spectacles extraordinaires mêlant horreur, ébahissement, peur et étonnement. Les métalepses de l’auteur, incursions dans le récit, permettent à Rosset d’exprimer son opinion et ses sentiments, renforçant l’engagement du lecteur et créant une nouvelle strate temporelle, le « présent de l’écriture » (M. Ovieve), qui se mêle au présent des faits décrits dans le récit. Rosset critique son propre temps, s’indignant que de tels prodiges puissent avoir cours dans un pays chrétien. Pour l’auteur, le présent, associé à la crise et à la décadence, est un temps maudit, et les croyances hérétiques sont à l’origine de ces désordres et de la multiplication des prodiges et des diableries. Ces prodiges, d’origine divine, expriment la colère de Dieu. La solution est donc simple : pour restaurer l’ordre, il faut lutter plus efficacement contre les hérétiques.

Outre les monstres et les diableries, les prodiges peuvent évoquer des phénomènes plus communs comme les incendies, fréquents dans les villes médiévales et modernes. Cordélia Floc’hic (Unil) revient sur certains d’entre eux dans sa communication « Présents fragmentés et récits d’actualité : “Prodiges des fouldres & tonnerres” dans le manuscrit de 1559 des Histoires prodigieuses de Pierre Boaistuau ». Une fois de plus, le récit met en avant la rupture temporelle qu’induit le prodige. Ces événements rapides et soudains viennent perturber un présent quotidien et organisé. Leur narration, en faisant appel aux sens du lecteur (odeurs nauséabondes, éclairs fulgurants), les rend une seconde fois présents et rappellent l’effroi vécu lors de la catastrophe. Ce sont pour l’auteur des présages en ce qu’ils reconfigurent le temps présent et permettent d’anticiper l’avenir. Là encore, le prodige s’inscrit dans les crises de son temps, ici les guerres d’Italie avec notamment l’incendie de Milan en 1521. À Malines, en 1546, un coup de foudre contre l’arsenal de Charles Quint est interprété comme une punition divine condamnant les guerres d’Allemagne.

La représentation et l’interprétation du prodige déploie ainsi un projet politique et idéologique qu’il s’agit pour ces auteurs et artistes de défendre. Chacun d’entre eux exprime avec vigueur le sentiment de vivre dans une époque radicalement nouvelle et rompant définitivement, par ses horreurs, avec le passé. Les guerres de Religion notamment, comme l’ont montré les interventions de la session 2, ont introduit un véritable avant-après dans l’esprit des contemporains.

Présidée par Caroline Callard (Sorbonne Université), cette seconde session « Prodiges et conflits civils » s’est intéressée au cas précis des guerres et des conflits politiques français à la fin du XVIe et au début du XVIIe siècle. Le prodige, en tant qu’acte discursif, politique et social, épouse la temporalité instable des temps de crise, se parant comme l’avait déjà souligné la session précédente d’idéologies et de messages politiques. Il permet de souder des communautés comme de révéler des lignes de fracture, en faisant de l’actualité du monde un espace de l’action divine et de la Providence.

Borromée Cavro (Sorbonne Université), dans sa communication « Domestiquer les prodiges pour adoucir le présent. La fonction consolatrice des ’’singularitez’’ dans les Antiquités de Paris et L’Hécatomgraphie de Goilles Corrozet », revient sur le parcours de ce poète, historien et libraire parisien (1510-1568). Les deux œuvres évoquées ici, un recueil d’emblèmes et de proverbes sentencieux, ainsi qu’un guide de la capitale, expriment le rejet panique d’un présent effrayant, associé à l’hérésie. Dans ce cadre, les emblèmes, à la fois moralisants et divertissants, se veulent performatifs et doivent ramener le lecteur dans le droit chemin et favoriser la concorde dans une capitale divisée par les conflits religieux. Dans les Antiquités de Paris, Corrozet admet que le lecteur ne pourra que difficilement croire à l’ensemble des prodiges et mythes fondateurs de la ville qui lui sont soumis dans le guide, mais il l’invite tout de même à se faire sa propre opinion et à se renseigner lui-même en arpentant les rues de la ville. Le lecteur devient ainsi l’artisan de la mémoire et de la construction urbaine. Les deux œuvres invitent le lecteur à réfléchir, à se questionner et donnent à voir un passé exemplaire et mythifié qui s’oppose à un futur inquiétant, nécessitant d’agir dans le présent pour favoriser la concorde des Parisiens et construire un avenir meilleur.

Nicolas Champeaux (Université de Genève) étudie pour sa part, dans sa communication « Quand Dieu leur faisait signe ! Les prodiges dans les imprimés de la Ligue catholique (1576-1598) », une série de quinze imprimés éphémères produits par la Ligue, afin d’identifier si cette communauté a diffusé des récits semblables sur les prodiges, révélant une conception spécifique du temps présent. Les événements extraordinaires, tels que les comètes, les monstres ou les tempêtes, sont toujours des signes divins pour les ligueurs, des avertissements annonçant de mauvais présages. Leur conception est clairement négative, à quelques exceptions près : ils dénoncent l’hérésie protestante et les mauvais conseillers du roi, coupables de tyrannie, notamment lors de l’assassinat des Guise. Comme dans d’autres communautés, le récit prodigieux porte donc un discours politique. Il affirme la colère de Dieu de manière visible et manifeste, et invite à prendre les armes contre l’ennemi. Les prodiges peuvent aussi être interprétés de manière rétrospective afin de justifier après coup un acte politique, comme l’assassinat d’Henri III en 1589. Les ligueurs conçoivent leur présent comme une répétition perpétuelle des mêmes événements, le passé permettant de comprendre le présent et d’anticiper l’avenir. Cette conception du temps, classique à la Renaissance, s’exprime notamment par la reprise, dans les récits ligueurs, des mêmes motifs, comme la destruction des villes associée à celle, dans la Bible, de Jérusalem. Cette conception n’empêche pourtant pas les contemporains de pressentir leur présent comme un temps nouveau et de rupture, fondamentalement différent du passé et annonçant une Apocalypse imminente.

Alexandre Goderniaux (UniNE et ULille) poursuit la réflexion sur les conflits confessionnels en s’interrogeant sur la manière dont le récit prodigieux peut influencer la prise de décision politique et sa temporalité chez les catholiques zélés3 (« Prodiges, crise et urgence. Écrire l’extraordinaire pour comprendre la guerre civile (1585-1629) »). Le lexique de la vitesse et de la rapidité est très souvent mobilisé, induisant une perception particulière du temps présent comme temps de rupture, de précipitation et de crise. Pour l’historien, le présent se manifeste ainsi de trois manières dans les récits prodigieux : dans l’événement prodigieux lui-même, dans le message politique que porte l’imprimé d’actualité et enfin, dans la réaction suscitée par ce message chez le lecteur. Le prodige part du présent pour y revenir, construisant le temps présent dans un discours sur l’actualité. Si la dénonciation d’une époque décadente et misérable n’a rien d’étonnant et rappelle une rhétorique classique à cette époque, une idée nouvelle est pourtant introduite par les auteurs catholiques, qui ont le sentiment de vivre un temps présent nouveau, profondément distinct des temps passés tant il est saturé de malheurs. Ce temps de crépuscule et d’accélération s’inscrit là encore dans un discours eschatologique où Dieu lève le bras pour frapper et punir les hommes. La patience divine, trop longtemps éprouvée, s’oppose dans la narration à la rapidité et la promptitude de la sentence, si soudaine qu’elle ne peut être perçue à temps par les hommes. Par ses présages, Dieu cherche à réveiller les hommes d’un sommeil coupable et à les pousser à agir. La résolution de la crise ne peut passer que par l’action rapide et nécessaire, en prenant les armes contre les hérétiques. Le prodige interprète ainsi le présent afin de savoir comment agir et prendre des décisions politiques efficaces pour résoudre la crise.

Adrien Aracil (Sorbonne Université),dans sa communication « Prodiges dans la Rome protestante. Récits merveilleux et tensions politiques à La Rochelle dans les années 1620 », explore quant à lui le camp adverse, en revenant sur un lieu commun de l’historiographie, à savoir l’idée que le protestantisme aurait permis de rompre avec les superstitions. Les récents apports de l’anthropologie ont permis de remettre en cause cette idée.4 Les occurrences de prodiges pendant le siège de La Rochelle en 1627-1628 sont plutôt rares dans les écrits protestants, mais tout de même révélatrices. Dieu aurait frappé de faiblesse et de débilité les soldats qui comptaient attaquer la ville dans le Diaire de Joseph Guillaudeau, et la structure même du texte reflète la construction d’une communauté huguenote. Dans le Diaire de Jacques Merlin, le combat entre un dragon et un serpent, sous la forme de météores tombés dans la mer, illustre les tensions dans la ville entre protestants et catholiques. Ces informations se diffusent rapidement et créent l’émotion au sein de la population rochelaise, l’interprétation des prodiges étant toujours collective et permettant de renforcer les liens au sein de la communauté huguenote. Là encore, le prodige permet de comprendre le temps présent, de construire un lien communautaire, mais exprime aussi au sein de la communauté protestante une peur permanente du retour à la guerre civile. Les prodiges permettent de se remémorer les troubles du passé, pour mieux les éviter à l’avenir.

Les différentes communications de cette deuxième section ont donc permis de mettre en avant l’importance de la collectivité pour décoder et interpréter les prodiges, renforçant la cohérence des différentes communautés concernées. Le prodige permet de rendre plus intelligible le réel en créant des catégories et des hiérarchies, en désignant l’allié et l’ennemi, la colère divine venant frapper le camp adverse.

La première journée du colloque s’est achevée avec la keynote de Frank Lestringant (Sorbonne Université), « Prodiges au fil des jours et des nuits. ». Auteur de la thèse André Thevet, cosmographe des derniers Valois (1991) dirigée par Jean Céard, le professeur émérite est l’un des grands spécialistes des prodiges. Comme il le rappelle, les récits prodigieux réemploient souvent les mêmes motifs, les mêmes topoï, pour caractériser l’urgence du temps présent et sa décadence, peu importent les faits et la situation décrite. Les imprimeurs étaient avant tout des hommes d’affaire soucieux de vendre un maximum de canards et d’imprimés d’actualité, ce qui les amena à viser l’efficacité en réutilisant les mêmes bois gravés et les mêmes procédés narratifs, capables de faire sens pour nombre de lecteurs.Les prodiges de la Renaissance révèlent les peurs de l’époque et un monde décadent, suscitant la répulsion. Déçus par les réalités terrestres, les hommes portent leur regard vers le Ciel. Il faut attendre le siècle des Lumières pour que les prodiges tendent à disparaître, bien que le terrible tremblement de terre de Lisbonne en 1755 émeuve les plus sceptiques comme Voltaire. Des causes plus rationnelles sont avancées et la Providence divine tend progressivement à perdre son rôle explicatif. Cela n’empêche pourtant pas la hantise et la peur de persister et de se manifester sous de nouvelles formes, jusqu’à aujourd’hui : Caroline Callard et Thibault Catel rappelèrent ainsi que très récemment des explications divines avaient été amenées aux Etats-Unis pour justifier les inondations du printemps et de l’été 2025, sans parler du phénomène actuel du complotisme. Et même au XVIe siècle, Montaigne et Pierre de l’Estoile remettaient en cause les prodiges et les prophéties de Nostradamus. Chaque époque a ses prodiges et son propre rapport à l’inexpliqué.

La troisième session « Prodiges et espaces », présidée par Florian Métral (CNRS, Centre André-Chastel, CPJ Arvigraph), rappelle que les prodiges ne sont jamais hors-sols. Ils s’inscrivent dans un espace habité et socialement investi, des phénomènes locaux pouvant devenir universels. En hiérarchisant, en divisant et en rassemblant, le prodige crée des espaces relationnels et géographiques et même des « espaces publics éphémères » (Cordélia Floc’hic et Alexandre Goderniaux).

La communication d’Élodie Lecuppre-Desjardin et de Sebastian Hackbarth (ULille), « Wunderbarlich vom Himmel herab gevallen. Les prodiges comme marqueurs temporels dans les villes suisses alémaniques aux XVe et XVIe siècles », permet de s’immerger pleinement dans ces considérations spatiales, à travers l’étude de cinq chroniques urbaines des villes de Berne et de Lucerne, rédigées par Diebold Schilling l’Ancien et Diebold Schilling le Jeune. Dans ces manuscrits richement enluminés commandés par les autorités urbaines, les prodiges viennent construire l’histoire de la ville et l’identité de ses citadins avec pas moins de 17 illustrations représentant des prodiges divers, de l’éclipse lunaire à la comète, en passant par un poisson géant. Ces prodiges s’inscrivent dans l’actualité comme les entrées princières ou les guerres, et reflètent la vie de la cité et de l’échevinage, ou encore la diplomatie internationale. Dans ces commandes à la gloire de la ville, le prodige ne vaut pas pour lui-même mais, une fois de plus, pour les idées qu’il véhicule. Les chroniques, rédigées a posteriori des faits décrits, font régulièrement de fausses prédictions transformant le prodige, dans la mémoire des citadins, en un marqueur temporel : les habitants de Berne et de Lucerne se remémorent ces événements exceptionnels au fil des générations, associant prodiges et événements politiques majeurs. Le prodige permet aussi de renforcer l’honneur et le prestige de la ville, que les autorités urbaines cherchaient à défendre : ils prennent souvent place avant un événement politique important, ou encore après un cataclysme qui fait figure de sanction divine. L’auteur glorifie l’histoire de la ville autant qu’il cherche à interpréter et comprendre l’inattendu. Si les spécialistes des villes médiévales ont souvent rappelé que l’honneur de la cité sortait renforcé d’une comparaison avec un passé antique édifiant, l’interprétation d’un présent extraordinaire permet donc également de construire la mémoire et l’identité urbaine.

Eclipse lunaire en 1448 dans la Chronique de Lucerne, Diebold Schilling le Jeune, 1513, S23, p. 113

Enorme poisson dans le lac de Zug en 1509 dans la Chronique de Lucerne, Diebold Schilling le Jeune, 1513, S23, p. 671

Léon Rochard (ULille) repère pour sa part des lieux communs, des topoï récurrents dans les récits de voyage, sans cesse réactivés au fil des siècles par les touristes venus aux Pays-Bas, comme par les locaux (« Un simple village, fort visité pour cause d’une histoire singulière. Un tourisme du prodige aux Pays-Bas du XVIIe siècle ? »). Au XVIIe siècle, les récits de voyages vers les Pays-Bas se multiplient, reprenant indéfiniment les mêmes prodiges qui dynamisent et pimentent les récits en stimulant la mémoire et l’imagination collective des lecteurs, à l’image de cette histoire surprenante au village de Loosduinen, qui prêterait à la même femme la naissance de 365 enfants, morts brutalement en 1276. Si les prodiges permettent là encore d’interpréter et de comprendre un réel parfois surprenant, Léon Rochard montre que dans ce cadre précis, les prodiges sont davantage des arguments de vente qui stimulent le tourisme local, plus encore quand ils bénéficient de reliques matérielles comme une peinture ou une sculpture dans une église illustrant la légende. De nombreuses feuilles volantes imprimées relatent également ces légendes aux cours des XVIe et XVIIe siècles, venant renforcer l’attrait pour ces destinations. Les prodiges deviennent ainsi des « nœuds de construction culturelle » (L. Rochard) en façonnant des communautés à la fois locales et transrégionales, réunissant habitants des Pays-Bas et étrangers. Certains prodiges, s’inspirant du regard extérieur du touriste, sont même forgés de toute pièce.

Lucie Rizzo (UniNE), dans sa communication « Du quotidien au prodigieux. Récits de l’extraordinaire dans les égo-documents helvétiques (XVe-XVIIe s.) », se penche pour sa part sur les journaux et les récits autobiographiques afin d’envisager sous un jour nouveau les prodiges. Ces derniers ne sont jamais désignés comme tels dans les égo-documents, mais ils y apparaissent tout de même. Exceptionnels, ils viennent s’insérer dans une séquence plus large d’événements ordinaires mêlant vie privée de l’individu et événements parfois internationaux. Là encore, ils révèlent la perception qu’avaient les auteurs de leur propre temps, le passage d’un dragon venant par exemple annoncer une vague d’épidémies. Les auteurs cherchent par ailleurs à convaincre et à rendre leurs récits crédibles, bien qu’à première vue, ces textes soient personnels et ne visaient pas à être publiés : des témoins sont évoqués, de même que la mémoire de l’auteur, ce qui permet de légitimer le récit. Mais ces textes étaient en réalité transmis aux enfants et circulaient souvent au sein du cercle familial, ce qui peut expliquer ces procédés narratifs. Interprétant les prodiges comme des présages et des signes divins, les auteurs s’inscrivent comme des hommes de leur temps et relaient les explications développées dans les imprimés d’actualité et les rumeurs auxquelles ils ont eu accès. Mais les interprétations peuvent aussi être plus personnelles, les bourgeois revenant rétrospectivement sur le fait merveilleux pour l’expliciter, calquant leur propre expérience du présent sur l’événement. Les prodiges fonctionnent donc à nouveau comme les marqueurs temporels d’une mémoire à la fois individuelle et collective. Les journaux expriment la nécessité de garder la mémoire de faits exceptionnels qui permettent, via l’étude du passé, d’anticiper l’avenir. Ils créent un champ d’expérience collective transmis de génération en génération au sein de la famille.

La quatrième session, « Le prodige à la croisée des savoirs », animée par des spécialistes de l’histoire des sciences et des savoirs, rappelle que les récits autour des prodiges ont également des visées scientifiques. Il s’agit de comprendre ces phénomènes, leurs causes et de les prévenir. Si ces essais ne seraient pas forcément qualifiés, de nos jours, de « scientifiques » au sens actuel du terme, tous pourtant se veulent naturalistes et rationnels à leur manière.

Angèle Tence (CNRS, Centre André-Chastel), postdoctorante dans le cadre du projet CNRS Spectacles célestes, revient sur les « Arcs-en-Ciel et pluies de croix dans le De Signis, portentis atque prodigiis de Jacobus Mennel (1503). Réflexion sur la répétition et les variantes de deux ’’signes’’ célestes ». Cette œuvre, encore peu étudiée, reprend une trentaine de signes et de prodiges. Son auteur, le secrétaire municipal de Fribourg-en-Brisgau, cherche à compiler (plus qu’à interpréter) différents prodiges pour l’empereur Maximilien de Habsbourg, à qui l’œuvre est dédiée. Certains intègrent des arcs-en-ciel, mais aussi l’apparition de croix sur le corps ou dans l’espace, deux prodiges sur lesquels la chercheuse a décidé de centrer sa communication. Premier constat, les prodiges annoncent toujours quelque chose. Sans être nécessairement un signe envoyé par Dieu, les arcs-en-ciel se combinent à la foudre pour annoncer le beau ou le mauvais temps. Les savants de la Renaissance n’ignorent pas d’où viennent les arcs-en-ciel, mais cela ne les empêche pas de présenter ces phénomènes météorologiques comme des signes divins ou eschatologiques, autant que comme des phénomènes naturels. Le Christ est particulièrement associé aux arcs-en-ciel. L’apparition de croix tombant du ciel ou apparaissant sur les vêtements des individus indiquent pour leur part la nécessité de défendre la Chrétienté face aux Turcs et rappellent le projet de croisade de l’empereur Maximilien. Dans le De Signis, les images sont plus précises que les textes, interrogeant ce que l’écrit peine à évoquer. Ces deux motifs liés à la fin des temps et au Jugement dernier dialoguent souvent dans l’œuvre, via par exemple des jeux chromatiques.

Ghislain Tranié (Sorbonne Université et EPHE) développe l’exemple, dans sa communication « Du temps de l’épreuve au temps de la preuve. Le naturaliste Jean Bauhin et la production d’un discours savant sur les prodiges de la nature à la fin du XVIe siècle », d’un réformé bâlois, naturaliste de profession. Ce dernier consacra plusieurs ouvrages aux prodiges, qu’il lie comme tant d’autres aux conflits religieux de son temps. Pour l’auteur, la Nature et Dieu ne font qu’un, la Création étant continue et prenant forme à travers différentes manifestations simultanées, soit différents prodiges. L’Histoire mémorable du dommage advenu par une louve en 1590 l’illustre parfaitement en relatant les méfaits induits par des loups. Le livre, à mi-chemin entre l’histoire prodigieuse et l’histoire tragique, présente deux histoires simultanées prenant place dans des territoires voisins. Plusieurs références à l’Ancien Testament inscrivent ces prodiges dans une temporalité biblique, ce qui n’empêche pas l’auteur d’analyser les menaces des loups de manière presque « clinique » et rationnelle : de nombreuses références scripturaires, médicales et cynégétiques exposent les différentes solutions pour mettre fin aux attaques des loups. Le passé fournit des exempla, des cas similaires indiquant la manière de procéder, l’auteur n’hésitant pas à revenir à Aristote pour trouver des solutions et des remèdes concrets. Bauhin n’offre pas uniquement un commentaire savant sur les prodiges, mais aussi une réflexion plus large sur leurs temporalités. Le prodige prend place dans le présent, mais un présent à plusieurs épaisseurs, qui se dilate entre passé et futur, entre la nécessité d’apprendre des Anciens et de prévenir les fléaux futurs. Si, dans son Traité des animauls aians aisles (1593), l’auteur avance, à l’apparition de mouches et de papillons vénéneux, des explications rationnelles et scientifiques comme les conditions climatiques, notamment les sécheresses, ces dernières se combinent une fois de plus aux causes surnaturelles : les prodiges restent une punition divine contre les péchés des hommes. Le naturaliste évoque ainsi des causes naturelles qui sont le fondement même des facteurs théologiques et surnaturels.

Un constat partagé par le dernier communiquant de la journée, Geoffroy Phelippot (EHESS et CAK). L’historien revient, dans sa présentation « Comètes et cartes célestes. Fabriquer un répertoire visuel dans le Theatrum Cometicum (1666-1668) », sur un ouvrage publié à l’occasion de l’apparition, dans les années 1660, d’une comète. Travail de compilation, cet atlas reprend les études d’auteurs européens pour traiter de manière exhaustive le sujet des comètes, peu abordé à l’époque, dans une entreprise savante collective ancrée à Amsterdam. La gravure tient une place structurante dans l’œuvre par la présence de nombreuses planches de cartes célestes, ayant mobilisé plusieurs artistes.L’objectif pour les auteurs était d’observer et de comprendre le phénomène cométaire, un programme savant exprimé dès le début de l’œuvre. Les 23 planches gravées permettent d’établir un répertoire visuel du phénomène cométaire, les comètes n’étant plus seulement des événements ponctuels, mais des faits s’inscrivant désormais dans une série, dans une temporalité analysable. Sa dimension prodigieuse est ainsi diminuée au profit de la rationalité, mais elle ne disparaît pas pour autant. La comète devient l’objet d’un savoir plus scientifique sans s’y limiter, l’usage de la raison et de la critique se mêlant une nouvelle fois aux explications surnaturelles et théologiques.

Les communications de cette dernière et quatrième session partagent le même constat : les justifications rationnelles et théologiques sont indissociables et se soutiennent l’une l’autre. La définition du prodige se précise et se diversifie au cours de l’époque moderne, annonçant l’âge de la raison qui s’épanouira aux XVIIIe et XIXe siècles.

  1. Peu étudié du moins depuis la publication, en 1979, de la thèse de Jean Céard, La Nature et les prodiges. L’insolite au XVIe siècle. Nous devons néanmoins mentionner le projet de recherche « Spectacles célestes. Images, savoirs et croyances sur le cosmos » dirigé par Florien Métral (Centre André-Chastel, Paris) et représenté lors du colloque Présents prodigieux par plusieurs de ses membres. ↩︎
  2. L’un des objectifs majeurs du projet Capt est de remettre en perspective la notion de « présentisme » forgée par François Hartog (Régimes d’historicité. Présentisme et expérience du temps, Paris, 2003), afin de voir si elle peut être appliquée aux sociétés d’Ancien Régime, et dans quelle mesure. ↩︎
  3. Concept développé dans sa thèse Une autre foi, une autre France. Les libelles imprimés par les catholiques zélés durant les guerres de Religion (1585-1629), soutenue à l’Université de Liège en 2023. ↩︎
  4. Notamment les travaux d’Olivier Christin et d’Yves Krumenacker (dir.), Les protestants à l’époque moderne. Une approche anthropologique, Rennes, 2017 et de Caroline Callard,Le temps des fantômes. Spectralités d’Ancien Régime (XVIe-XVIIe siècle), Paris, 2019. ↩︎

Participation in ‘Jenseits der Stärke’ Conference by Marije Osnabrugge (Hamburg, 4-6 June 2026)

Post by: Marije Osnabrugge

Between 4 and 6 June 2026 the conference “Jenseits der Stärke: Imaginarien schwacher Kräfte in Kunst, Literatur und Wissenschaft“  will be held at the Warburg-Haus in Hamburg, Germany. The conference is organized by Caroline Adler, Franca Buss, and Gerd Micheluzzi in the context of the DFG-Kolleg-Forschungsgruppe »Imaginarien der Kraft«.

Conference description (from website)

Concepts of weakness today are often associated with a pathological or degenerative condition: a state of exhaustion, powerlessness, vulnerability, or the drying up of creative energies. Conversely, references to weakness have always offered opportunities to reflect on subtle forces beyond dominance or control, about the small, the potential, the (re)emerging. Weakness should therefore not only be understood as the opposite of strength. It also constitutes its own forms of agency. The conference takes this observation as a starting point to examine the connections and productive ambivalences of weak forces and their aesthetic articulations.

On Friday 4 June, I will present my paper ‘Den bogh’ en mach altijt niet zijn ghespannen’ : Van Mander and Hoogstraten on Weakness and Rest in the Artistic Profession‘, in which I will discuss my ongoing research on the restful practices of early modern Netherlandish painters and show how they dealt with temporary moments of weakness and lack of professional stamina in the face of the intense competition and accelerated (artistic) innovation that characterizes the ‘Dutch Golden Age’. Amongst others, I will propose that the well-known drawing of the Bentvueghels by Pieter van Laer (fig.) does not only represent one of the group’s infamous parties, but also a playful activity to restore the creative mind.

Pieter van Laer, The Bentvueghels in a Roman Tavern, c. 1625, washed drawing, Berlin, Staatliche Museen, credit: Staatliche Museen zu Berlin, Kupferstichkabinett / Jörg P. Anders.

For more information and the conference programme, see the website of the DFG Research Group.

Participation de Cordélia Floc’Hic au XII congrès de l’AISU (Palerme, 10-13 septembre 2025)

Billet par : Cordélia Floc’Hic

Du 10 au 13 septembre dernier, se tenait à Palerme le XIIème congrès ‘La città crocevia : relazioni e scambi, insezioni ed incroci nelle realtà urbana’ de l’AISU (Associazione Internazionale di Storia Urbana). Dans le cadre du panel interdisciplinaire et diachronique « Urban Images and Their Unpredictable Narratives, 1450–1950: Stakeholders, Authorities, and ‘the Others’ » élaboré par Linda Stagni (ETH Zurich) et Davide Ferri (Université de Berne, KHI Florence), j’ai eu l’occasion de présenter une partie de mes recherches.   Ma communication intitulée « Divine Punishment and Civic Memory : Visual Representations of the Zandpoort Explosion in Mechelen (1546) » proposait une étude comparative de deux tableaux consacrés à l’explosion de la Zandpoort de Malines.

Anonyme, Explosion of the Zandpoort in 1546, oil on panel,148 x 314,4 cm, Museum M Leuven, Leuven, Museum M Leuven ©.
Jan Verhuyck, Explosion of the Zandpoort in 1546, 1680-81, Museum Hof van Busleyden, Mechelen, Cedric Verhelst ©.

Descriptif (abrégé)

In the night of 7 August 1546, a bolt of lightning struck an old gateway of the city of Mechelen, the Zandpoort, which had been converted into a gunpowder depot, causing a devastating explosion. The building, which had been neglected since its conversion, had not been restored, exacerbating the consequences of the impact. The explosion destroyed a large part of the city and killed many people. This trauma gave rise to a series of textual and iconographic representations that, far from portraying the event neutrally, exploited it for political and religious ends, turning it into a divine punishment while glorifying the salutary intervention of the city authorities.

These discursive dynamics are apparent in two oil paintings depicting the disaster. The first, painted shortly after the event by an anonymous artist, is now in the Museum M in Leuven. Due to its temporal proximity to the explosion, it is a valuable record of its immediate reception. The second, executed between 1680 and 1681 by Jan Verhuyck and kept at the Museum Hof van Busleyden in Mechelen, is an almost identical copy produced more than a century later. A comparison of these two works invites us to question not only the contemporary perception of the event, characterised by a predominantly religious discourse, but also the way in which it continues to haunt the collective memory of Mechelen’s inhabitants more than a century later, and how it came to symbolise the city’s political and economic.

We will see that it is through the syncretism and analogy of contemporary events and biblical episodes that a discourse is developed on the disaster as divine punishment and an invitation to repentance. Subsequently, we will examine how the event endures over time and becomes inscribed within a framework of political memory, drawing upon the work of Verhuyck.


Call for Applications: A Place in Time: A Summer School for the Study of Women and Temporalities in Early Modern Europe (Lille, 6-8 July 2026)

FR

A Place in Time: A Summer School for the Study of Women and Temporalities in Early Modern Europe

Organised by Léon Rochard and Agathe Bonnin

Antoon van Dyck, Portrait of Maria de’ Medici, c. 1631. Lille, Palais des Beaux-Arts.

The goal of this summer school, organised with the support of the Institut du Genre, the FNS/Sinergia project “Capturing the Present in Northwestern Europe (1348-1648)” and HARTIS (Université de Lille), partnered with the Palais des Beaux-Arts de Lille, is to help doctoral students develop an interdisciplinary reflection on the intersection between gender and time in the early modern period. With the help of invited keynote speakers, workshops around secondary literature, visits of the Palais des Beaux-Arts’s collections presented by its curators, and presentations by each participant, we aim to foster interest in this framework and complexify approaches to gender studies and key themes such as the question of agency or the inscription of women in history. This summer school will be structured around three main themes:

  1. Rhytmic lives: contextualising the rhythm of women’s lives historically, socially and culturally, beyond bioessentialist thinking.
  2. Thinking in the long term: explore women’s engagement with the distant past or future, and questions of heritage and legacy.
  3. Time and power: understanding the intersections between gender, power, and politics, to better define how women exercised agency over different temporalities.

This summer school is open to both doctoral students and master’s students who wish to pursue a PhD, specialising in the human sciences and the early modern period, with no requirements in terms of nationality or institution. Both English and French will be spoken. Candidates are invited to send a CV, a description of the current research project, thesis, or dissertation with an indication of the potential interest of this summer school to the project, and an abstract for a presentation connected to one or several of the three proposed themes.

Please refer to the call for applications below for additional information:

 

Participants are invited to turn to their institutions to cover travel expenses and accommodations, as organisers can only cover collective meals.

DATES AND LOCATION

6-8 July 2026, Université de Lille (Campus Pont-de-Bois) and Palais des Beaux-Arts de Lille

CONTACT

Applications, in English or French, should be sent before 30 April 2026 to both Agathe Bonnin (bonninagathe@gmail.com) and Léon Rochard (leon.rochard@univ-lille.fr).

Appel à candidatures : Une place dans le temps – école d’été pour l’étude des femmes et des temporalités à la période moderne en Europe (Lille, 6-8 juillet 2026)

EN

Une place dans le temps : une école d’été pour l’étude des femmes et des temporalités à la période moderne en Europe

Organisation par Léon Rochard et Agathe Bonnin

Antoon van Dyck, Portrait de Marie de Médicis, v. 1631. Lille, Palais des Beaux-Arts.

L’objectif de cette école d’été, organisée avec le soutien de l’Institut du genre, du projet FNS Sinergia « Capturing the Present in Northwestern Europe (1348-1648) » et du laboratoire HARTIS (Université de Lille), et en partenariat avec le Palais des Beaux-Arts de Lille, est d’aider les candidat·es à développer une réflexion interdisciplinaire sur l’intersection entre le genre et le temps à la période moderne. Avec l’aide des conférencières invitées, d’ateliers portant sur la littérature secondaire sur le sujet, des visites en présence des conservateur·rices des collections du Palais des Beaux-Arts de Lille, ainsi que des présentations des participant·es, il s’agira de mieux se saisir de ce cadre théorique et de le mobiliser pour traiter de questions clés des études de genre, comme l’agentivité ou l’inscription des femmes dans l’histoire. Cette école d’été sera structurée autour de trois thèmes principaux :

  1. Des vies rythmées : recontextualiser les rythmes de la vie des femmes dans un cadre historique, social et culturel, par-delà une pensée bio-essentialiste de ceux-ci.
  2. Réfléchir sur le long terme : explorer le rapport des femmes à un passé ou un futur lointain, à leur héritage et leur postérité.
  3. Temps et pouvoir : comprendre les intersections entre genre, pouvoir et politique, afin de définir les modalités d’exercice de l’agentivité des femmes sur différentes temporalités.

L’école d’été, assurée en anglais et en français, est à destination de doctorant·es ou de masterant·es souhaitant poursuivre une recherche doctorale, spécialisé·es en sciences humaines sur la période moderne, sans condition de nationalité ou d’université de rattachement. Les candidat·es sont invité·es à envoyer un CV, un résumé du projet de recherche en cours, thèse ou mémoire, avec une indication l’utilité potentielle de l’école d’été pour ce projet, et un projet de communication en lien avec un ou plusieurs des trois thèmes proposés.

Pour plus de précisions, veuillez vous référer à l’appel à candidatures ci-dessous:

Les participant·es sont invité·es à se tourner vers leurs institutions de rattachement pour les frais de déplacement et de logement : seuls les repas en commun seront couverts par les organisateur·rices.

DATE & LIEU

6-8 juillet 2026, Université de Lille (Campus Pont-de-Bois) et Palais des Beaux-Arts de Lille

CONTACT

Pour soumettre une candidature, veuillez contacter Agathe Bonnin (bonninagathe@gmail.com) et Léon Rochard (leon.rochard@univ-lille.fr) avant le 30 avril 2026.