Trois membres de Capturing the Present ont présenté les premiers résultats des recherches menées dans le cadre du projet au 72e congrès de la Renaissance Society of America qui s’est tenu à San Francisco du 19 au 21 février 2026.
Élodie Lecuppre-Desjardin a co-organisé avec Nicole Hochner (Université de Jérusalem) un panel intitulé « The Introduction of Novelty in Politics: A Question of Rhythm? », dédié à la tension entre tradition et innovation et aux évolutions des temporalités politiques, qui a regroupé trois communications…
Nicole Hochner a ouvert la matinée avec une communication intitulée “The Rhythm of Change: Novelty in Nature, Politics, and Music” et introduit une réflexion sur le lien entre pensée scientifique et pensée politique chez Nicole Oresme. En s’interrogeant sur l’incommensurabilité dans la philosophie naturelle, validée par Oresme, elle a montré comment cette manière de penser les mécanismes de l’univers ouvrait la voie vers une réévaluation positive de la nouveauté.
Elodie Lecuppre-Desjardin, dans sa communication “The Prince as a metronome: a key to introducing new political ideas?” a montré comment une nouvelle conscience des rythmes et des temporalités politiques dans le Royaume de France sous Charles V, puis au sein de la Grande Principauté de Bourgogne, coïncidait avec la mise en place de nouveaux dispositifs de la mesure du temps, notamment grâce aux horloges mécaniques. La pensée politique empruntant aux images horlogères chez Nicole Oresme, Christine de Pisan ou chez les frères Lannoy pavent la voie de nouvelles pratiques gouvernementales.
Tracy Adams (Auckland University), a observé les usages opportunistes des registres de la tradition et de la nouveauté dans une communication intitulée: “The Novelty No one Claimed: Henry VIII, Clement VIII, and the Politics of Innovation”. Dans le cadre du divorce d’Henri VIII, elle a observé les arguments du roi et du pape qui, sur fond d’immuabilité de la loi canonique, s’accusent mutuellement d’innover pour mieux renforcer la légitimé de leur position au sceau de la tradition bafouée. Si les arguments avancés n’ont rien d’original, la rhétorique directe employée par le roi pour s’opposer au pape constitue en revanche la nouveauté et pave la voie de la Réforme anglicane.
Alexandre Goderniaux a quant à lui organisé un panel « Urgence, Guerre, et Discours Politique (France et Pays-Bas, 1530–1630) » qui a donné la parole à quatre intervenants spécialistes d’histoire et de littérature. Cette approche interdisciplinaire a permis d’éclairer, par le prisme du temps, les liens entre les conflits de la première Modernité et le renouvellement des pratiques du pouvoir.
Alexandre Goderniaux a cerné les liens entre l’urgence et l’exercice du pouvoir impérial à travers des imprimés d’actualité et des documents issus des archives vaticanes produits dans le cadre de l’entrée de Charles Quint à Rome en avril 1536.
Dans un deuxième temps, Mélinda Fleury (doctorante, Université de Genève) a proposé une réflexion sur l’influence du sentiment d’urgence (issu des troubles civils et religieux) sur les pratiques historiographiques à travers le cas de Lancelot Voisin de La Popelinière, historien protestant dont l’œuvre redéfinit l’écriture du temps présent.
Ullrich Langer (professeur émérite, Université de Wisconsin-Madison) a quant à lui étudié trois expressions de la nécessité d’action au tournant des XVIe et XVIIe siècle – chez Montaigne, Aubigné et dans un discours de la Ligue – pour en déceler les composantes sémantiques, rhétoriques et dialectiques.
Enfin, Delphine Amstutz (maîtresse de conférence, Sorbonne Université) a mis en lumière une reconfiguration de l’antique valeur de « prudence » durant les décennies 1610-1630, à travers des imprimés d’actualité qui rendent visible l’urgence de certains événements politiques et des traités où la raison d’État se définit par les rapports entre le pouvoir royal et le temps.
Une publication des textes de ce panel, accompagnés de contributions d’autres collègues, est prévue.
Estelle Doudet a assuré la présidence de ces deux panels – garantissant leur parfait déroulement dans une ambiance à la fois studieuse et conviviale – et animé les discussions qui les ont suivis, grâce auxquelles les notions de rythme, d’innovation et d’urgence ont bénéficié d’échanges nourris et très enrichissants.
Enfin, Marie-Hélène Méresse a participé à un panel intitulé « Aeneas Silvius Piccolomini and His Age » (org. Simona Iaria). À travers une communication intitulée « Pius II and His Time: From Naples to the Court of Burgundy (Fifteenth Century) », elle a mis en évidence le caractère novateur d’une écriture marquée par une grande réflexivité vis-à-vis de son propre temps. Relus au prisme du présent, les Commentarii rerum memorabilium quae suis temporibus contigerunt (1462-63) et les Actes et paroles mémorables d’Alphonse d’Aragon (composés en 1455 ; traduits en français, par Jean L’Orfèvre pour le duc de Bourgogne, entre 1467 et 1476), introduisent une contemporanéité et un réalisme qui révèlent une sagesse royale désormais pragmatique et invitent à relativiser le moment machiavélien.
Les 12 et 13 février 2026 se tiendra à l’Université du Lausanne un colloque international intitulé « Présents prodigieux. Représentations, usages et savoirs de l’extraordinaire à l’épreuve du temps (XVe –XVIIe siècle) ».
Cette rencontre interdisciplinaire, co-organisée par Cordélia Floc’hic et Alexandre Goderniaux, interrogera les liens entre prodiges et présents à travers quatre sessions et une keynote.
Le programme complet se trouve ci-dessous, et l’accès est libre pour toutes et tous. N’hésitez pas à contacter les organisateurs pour plus d’informations.
Synthèse de l’argumentaire
Ce colloque invite à renouveler l’étude des prodiges (XVe–XVIIe siècles) en les replaçant au cœur d’une réflexion sur le temps — et plus particulièrement sur le présent. Événements extraordinaires, souvent ambigus, les prodiges permettent d’interroger la manière dont une société se représente son actualité, entre pratiques mémorielles et projection vers l’avenir.
Trois axes structureront les échanges :
1. Les formes de représentation du prodige (texte, image, rythme, émotion)
2. Les fonctions politiques, religieuses et sociales qu’il remplit
3. Les dynamiques de théorisation érudite et de production de savoirs qu’il suscite
On s’intéressera aux usages savants ou populaires du prodige, aux rapports entre texte et image dans sa mise en récit, aux débats sur sa lisibilité, à ses circulations dans les médias imprimés, à ses effets d’interprétation ou de mobilisation. Il s’agira ainsi d’explorer la manière dont le prodige, par sa soudaineté et sa puissance de signification, participe à la construction d’un présent saturé de sens — un présent à la fois instable et fécond, traversé de signes, d’émotions et de possibles.
Depuis le centre de Lausanne : métro M1 depuis Lausanne-Flon, direction Renens-Gare, arrêt UNIL-Chamberonne (6 arrêts). L’entrée du bâtiment de l’Anthropole se trouve à deux minutes à pied.
Depuis la gare CFF de Lausanne : métro M2 jusqu’à Lausanne-Flon (1 arrêt), puis métro M1 direction Renens-Gare, arrêt UNIL-Chamberonne.
Sophie Chiari-Lasserre (Université de Clermont Auvergne) Pierre-Olivier Dittmar (EHESS) Cordélia Floc’hic (Université de Lausanne) Alexandre Goderniaux (Universités de Neuchâtel et de Lille) Florian Métral (CNRS, Centre André-Chastel, CPJ Arvigraph)
Illustration de Judicium astrologicum, von dem newen Cometa den I. Decemb. 1618 zu Augspurg gesehen worden. Auteur non identifié ; Elias Ehinger, auteur de texte. Source : gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France
La comete de l’ire de Dieu. Nous advertissant des maux dont les terres d’Occident sont menacees d’icy à la conversion du Turc à l’Eglise catholicque, apostolique et romaine. À commencer de l’an 1612. Sous un titre ample, typique des imprimés d’actualité des XVIe et XVIIe siècles, se déploie un document d’une quarantaine de pages paru en 1611 chez Claude Percheron, imprimeur-libraire parisien. Très peu étudié jusqu’ici, il semble en outre avoir circulé de façon extrêmement limitée1, mais se révèle néanmoins d’un intérêt historique majeur : il montre, à trois niveaux, comment la mise en récit de prodiges peut devenir un instrument polémique dans un contexte particulièrement dense, à la jonction de l’expérience du présent et des projections sur l’avenir, de la littérature prophétique et du manifeste politique.
La comete de l’ire de Dieu illustre de manière exemplaire le rôle politique des récits prodigieux dans les imprimés d’actualité des XVIᵉ et XVIIᵉ siècles. Durant la première Modernité, alors que certaines voix contestent que catastrophes, naissances monstrueuses ou phénomènes astronomiques revêtent une signification particulière, d’autres, à l’abri de l’anonymat, s’en emparent au contraire pour élaborer des lectures originales, parfois même subversives. Limité à un texte seul – là où d’autres imprimés proposent des illustrations de phénomènes célestes –, l’opuscule alterne prophéties et prières, nouant étroitement interprétation astronomique et commentaire sur l’actualité du temps.
La comte de l’ire de Dieu […], Paris, Claude Percheron, 1611. Source : Bibliothèque municipale de Lille / Alexandre Goderniaux
L’auteur anonyme affirme d’abord que Dieu intervient sur terre « pour advertir tout homme vivant » (p. 2r). Les signes envoyés à ses fidèles doivent être lus comme autant d’avertissements et conduire au repentir pour éviter le courroux céleste : « Aussi-tost verras Dieu monstrer sa colere/ Pour destourner le coup, fais pœnitence amere » (p. 3r). Paradoxalement, malgré son titre, l’imprimé ne décrit pas une comète récemment apparue mais assemble différentes prophéties contradictoires quant à la période de châtiment divin – 23 ans à partir de 1616 ou 1625, 1584-1667, 1453-1653 (p. 10v-11r)… Renvoyant ces chronologies dos à dos, l’auteur conclut que « les dispositifs de la corruption des mœurs » annoncent dès à présent des temps « plains de desolation » (p. 11r). L’opuscule se positionne ainsi comme un texte d’urgence et de crise : il invite ses lecteurs à scruter le présent pour en comprendre les dangers et agir afin de conjurer le pire.
De ce diagnostic découle un véritable programme politique. L’auteur identifie les responsables de la colère divine : « Depuis l’an 1500 jusques à l’an 1600, toute la chrestienté en l’Occident a esté traversee d’heretiques plus que depuis quinze cens ans auparavant, […] et le chancre n’est pas mort. […] Toute la chrestienté en a esté principalement empestee depuis cent ans en ça, et ceste contagion ne cesse point » (p. 6v et 7v). En désignant les protestants comme les coupables des malheurs qui affligent la chrétienté, l’auteur dévoile sa probable appartenance à la mouvance des catholiques zélés. Ce groupe social et confessionnel particulier, aux limites imprécises, à l’organisation mal connue et à l’évolution incertaine se caractérise par une opposition plus ou moins explicite à d’autres groupes de catholiques – et notamment les catholiques royaux – à propos d’un certain nombre d’idées2. Ainsi, à rebours de la politique menée par Marie de Médicis – qui renouvelle l’édit de Nantes et s’efforce d’en appliquer les dispositions3 –, l’auteur soutient que la cohabitation confessionnelle a échoué et qu’il faut en tirer les conséquences. Treize ans après l’imposition de cette solution par Henri IV, il en appelle à un changement : l’avènement d’un nouveau roi ouvre, selon lui, la possibilité d’un tournant salutaire.
Frans Pourbus le Jeune, Louis XIII enfant roi (1611), Palis Pitti. Source : Wikimedia / Jean-Pol Grandmont
Le texte place en effet Louis XIII au cœur de ce scénario. Longtemps éclipsé par la figure de Richelieu et souvent présenté comme un souverain effacé, le jeune roi incarne ici l’acteur décisif d’une restauration catholique. Selon l’auteur anonyme, « toutes propheties et revelations demeurent d’accord […] qu’un roy de France levera les armes en main forte contre [les Turcs] » (p. 12r-v). Cette croisade rêvée permettrait non seulement la reconquête des terres chrétiennes occupées par l’Empire ottoman, mais aussi l’avènement d’un projet visant à restaurer l’unité confessionnelle par les armes : l’auteur prédit que, par ce même souverain, « n’y aura au monde qu’un pasteur à une bergerie, tout schisme et heresies ostees, tous tyrans et meschans tuez et puniz ; y aura un s. pape, un s. clergé, un s. roy de France, assisté de sainte noblesse, et de bon peuple » (p. 12r-v) – un programme politique typique des catholiques zélés, entre projection du passé sur l’avenir et antiprotestantisme à peine voilé. En 1611, Louis n’a que neuf ou dix ans et ne règne que depuis un an, mais l’auteur lui attribue une mission quasi messianique : mettre fin à la parenthèse henricienne et incarner un nouveau départ pour la France et la chrétienté.
L’intérêt de La comete de l’ire de Dieu se mesure enfin à son réseau de production. Son imprimeur, Claude Percheron, actif de 1610 à 1628, reste une figure méconnue mais intrigante de l’actualité parisienne. Ses presses publient à la fois récits d’empoisonnement, prophéties, meurtres ou possessions diaboliques4 et commentaires serrés des événements politiques5. On sait en outre qu’il est condamné en 1607 à résider dans le périmètre de l’Université6, ce qui suggère que Percheron est à la fois très actif dans la vie politique des années 1610-1620 et inséré dans des réseaux potentiellement subversifs. Diffuser La comete de l’ire de Dieu en 1611 n’a donc rien d’anodin : c’est agir délibérément, par la diffusion de discours polémique, en faveur des idées catholiques zélées alors qu’un nouveau roi monte sur le trône. En outre, l’imprimé est réédité, en 1617, sous le titre Extrait des propheties et revelations des sainctz Peres, ensemble la noble fleur de lys de Louys treiziesme, roy de France et de Navarre7. Diffusées dans les suites immédiates du « coup de majesté » de Louis XIII8, les prédictions – légèrement modifiées par rapport au texte original de La comete – apparaissent alors comme un rappel adressé au souverain : désormais maître du royaume, il lui revient d’écarter la colère divine en menant une politique catholique offensive, contre les Turcs comme contre les protestants.
À VENIR
Cet imprimé se situe à la croisée de deux projets de recherche que je mène actuellement. Il appartient d’abord au corpus de ma thèse de doctorat, Une autre foi, une autre France. Les libelles imprimés par les catholiques zélés durant les guerres de Religion (1585-1629), dont je révise actuellement le manuscrit en vue d’une publication chez la librairie Droz. Il illustre aussi, de manière très concrète, la façon dont les récits de prodiges ont permis à divers acteurs d’élaborer des discours politiques parfois inattendus. C’est cette dynamique que je souhaite explorer, avec Cordelia Floc’hic, dans le cadre d’un colloque qui se tiendra les 12 et 13 février 2026 à l’Université de Lausanne : Présents prodigieux. Représentations, usages et savoirs de l’extraordinaire à l’épreuve du temps (XVe–XVIIe siècle) (appel à communications désormais clôturé).
BIBLIOGRAPHIE
Delphine Amstutz et Bernard Teyssandier (dir.), 1617, le coup d’État de Louis XIII, Dix-Septième siècle, 276, 2017/3.
Nicolas Balzamo, Les miracles dans la France du XVIe siècle. Métamorphoses du surnaturel, Paris, Belles Lettres, 2014.
Hervé Drévillon, Lire et écrire l’avenir. L’astrologie dans la France du Grand siècle, 1610-1715, Seyssel, Champ Vallon, 1996.
Hélène Duccini, Faire voir, faire croire. L’opinion publique sous Louis XIII, Seyssel, Champ Vallon, 2003.
Jean-François Dubost, Marie de Médicis. La reine dévoilée, Paris, Payot & Rivages, 2009.
Jacques Halbronn, Le texte prophétique en France. Formation et fortune, thèse de doctorat, Université de Paris 10, 1999.
L’USTC (6009617) n’en signale que trois exemplaires, dont l’un – à la Bibliothèque nationale de France – renvoie en réalité à un tout autre texte. Le Catalogue collectif de France identifie un troisième exemplaire, WorldCat un quatrième, et nos propres recherches en ont localisé un dernier à la Bibliothèque municipale de Lille [↩]
Contrairement à ce qu’on a longtemps affirmé, la régente ne mène pas une politique confessionnelle antiprotestante, et les dévots qui l’entourent ne sont pas les héritiers des ligueurs. Voir Jean-François Dubost, Marie de Médicis. La reine dévoilée, Paris, Payot & Rivages, 2009. [↩]
Data.BnF : https://data.bnf.fr/fr/ark:/12148/cb155905406. Nous ne disposons pas d’informations supplémentaires sur le contexte et les implications exactes de cette sentence, mais on devine que celle-ci traduit un souhait de contrôler Percheron par les autorités religieuses. [↩]
Voir Jacques Halbronn, Le texte prophétique en France. Formation et fortune, thèse de doctorat, Université de Paris 10, 1999, vol. 2, p. 650-652. L’USTC (6014336 et 6012275) et la BnF attribuent cet ouvrage à Claude Villette, chanoine de l’église Saint-Marcel à Paris et auteur d’ouvrages sur l’histoire de l’Église ou le sacre des rois de France [↩]
Le 24 avril 1617, Louis XIII ordonne l’assassinat de Concino Concini, favori de Marie de Médicis qui est accusé d’avoir acquis une influence démesurée au sein du gouvernement du royaume. Cet épisode marque la fin d’une période d’entre-deux durant laquelle Louis XIII est majeur mais laisse sa mère exercer la réalité du pouvoir : par ce coup de majesté, le souverain prend les rênes du royaume. Voir Delphine Amstutz et Bernard Teyssandier (dir.), 1617, le coup d’État de Louis XIII, Dix-Septième siècle, 276, 2017/3. [↩]
Livre des Miracles d’Augsbourg, Cinq soleils au-dessus de Leipzig 1551, circa 1552, 6,322 × 4,561 cm, collection privée Mickey Cartin, fol.169.
DESCRIPTIF
Ce colloque invite à renouveler l’étude des prodiges (XVe–XVIIe siècles) en les replaçant au cœur d’une réflexion sur le temps — et plus particulièrement sur le présent. Événements extraordinaires, souvent ambigus, les prodiges permettent d’interroger la manière dont une société se représente son actualité, entre pratiques mémorielles et projection vers l’avenir.
Trois axes structureront les échanges : 1. Les formes de représentation du prodige (texte, image, rythme, émotion) 2. Les fonctions politiques, religieuses et sociales qu’il remplit 3. Les dynamiques de théorisation érudite et de production de savoirs qu’il suscite
On s’intéressera aux usages savants ou populaires du prodige, aux rapports entre texte et image dans sa mise en récit, aux débats sur sa lisibilité, à ses circulations dans les médias imprimés, à ses effets d’interprétation ou de mobilisation. Il s’agira ainsi d’explorer la manière dont le prodige, par sa soudaineté et sa puissance de signification, participe à la construction d’un présent saturé de sens — un présent à la fois instable et fécond, traversé de signes, d’émotions et de possibles.
Anonymous french artist, Illuminated initial “K”, 16th century, Alphabet book, ink and paint on parchment, 6 x 6 cm, The Walters Art Museum, Baltimore, inv. W.200.16R.
Karine Abiven is a senior lecturer at Sorbonne University, specialising in Early Modern texts and their links to the present. Her approach, at the crossroads of linguistics, literature and political history, has led her to study a wide range of documents, from private writings to printed pamphlets. She aims to make these texts accessible through digital humanities and is particularly interested in the notion of event. She also works on the circulation of political texts, particularly through song, in a book which is to be published: Sur l’air de Fronde. Chansons d’actualité et guerre civile, 1648-1661, Champ Vallon, tbp 2026.
For starters: what is the place of the notion of the present in your everyday life as a researcher?
My research over the last 15 years has focused on the ways in which the present is told, firstly through the short stories that circulated in the world of Belles-Lettres in 17th-18th century France, and then through more public news texts, with my more recent research on pamphlets from the early modern period. I’m especially interested in the question of ‘who’: who circulated a particular piece of news, who could have received it, and through which medium ? The present is obviously not the same for everyone: this psychological banality has important (and already well-documented) epistemological repercussions. This means that we still need to find out whether this or that utterance was circulated in printed or handwritten form, and in what spheres it was received, and so on. And this despite the many gaps in the documentation. In short, my relationship with the question of the present is marked by a form of hypervigilance, or a critical obsession, towards the sources.
Moreover, the state of the planet also makes me think every day about how anthropocentric the present can be.
What is your expertise and in what way does your research engage with the notions of time, temporality and/or the present?
I work at the intersection of literary studies, linguistics and history.
The history of the forms taken by discourse give insight into the various ways in which the present has been considered. The form of the anecdote, for example – which was the subject of my thesis — made it possible to observe a shift, between the 17th and 18th centuries, from an old regime of rhetorical exemplarity to a more individual approach, marked by contingency, in the way of recounting recent history, literary history, or even the experiences of emerging experimental science. I think it is very useful to combine the history of books and prints and linguistic knowledge for this type of study. It allows us to be aware of the singularity of each utterance, while also considering the recurrences at work in discourse, which bring out sociohistorical trends in these discourses.
What kind of sources do you use in your research on time, temporality and/or the present?
My recent research focuses on political songs and pamphlets, particularly during the Fronde (1648-1653). It is a goldmine for approaching both the written and oral dimensions of current affairs discourse. These songs and pamphlets were printed on broadside, printed as pamphlets, or handwritten on single-sheets. In the semi-literate society of the early modern period, songs were a frequent medium used to inform, entertain, amuse, manipulate, spread rumors, and had a remarkable dynamism and flexibility in circulation. After the Ligue, the Fronde was a time when the printing press largely took over this practical role : they spread texts that are less narrative testimonies of events, than partisan ways of interpreting them. Since these songs were often set to well-known tunes, it is possible to identify enunciative communities, which used which tunes, and thus to better understand who might have been aware of what, and from what point of view.
That is why I have chosen an engraving depicting peddlers of news, sung or spoken. We can see that the street singer (« Le Savoyard, ou l’Orphée du Pont-Neuf ») is blind, as those in this profession often were. These blind street singers have sometimes been considered as ‘mass media’ vectors of their time (see Jean-François Botrel on spanish pliegos de cordel).
Recueil general, de toutes les chansons mazarinistes. Et avec plusieurs qui n’ont point estées chantées, 1649, Paris, Bibliothèque nationale de France, Gallica, YE-4117. Collection of song lyrics reissued and expanded during the Fronde. The woodcut reuses the motifs of an “occasionnel” called “The comet that appeared in 1527 in Westrie” (All my thanks to Marion Pouspin for her help in finding this print which is otherwise unobtainable. See this illustration on the title page of her book “Publier la nouvelle“).
Whose ‘present’ or ‘temporality’ are you particularly interested in, in your research?
I dream of knowing how ordinary people relate to the present. I’m well aware that the degree of literacy of the early modern age makes this a complex task. So most of the time I find myself browsing through the literate archive! My hope is to combine the writings of less literate people (the memoirs or household books of craftsmen, for example) with the study of chapbooks that they might have known. It is this public part of private writings that gives me hope of knowing the shared linguistic material of current affairs.
Are there any specific theorists about time that you are particularly drawn to? And/or: Have you recently encountered another project or researcher who is of particular interest regarding this topic?
I have been influenced by the German semantics of historical times since the beginning of my research, in particular Reinhart Koselleck (Vergangene Zukunft. Zur Semantik geschichtlicher Zeiten, 1979, translated into French in 1990). His critical vision of regimes of historicity taught me to construct the relationship to time as a datum that is itself historicizable. This school of thought is very attentive to words themselves, and to the history of rhetorical forms, and for this reason their work has been welcomed by French linguists such as Régine Robin, Denise Maldidier and Jacques Guilhaumou, who worked on the words of the event during the French Revolution.
Le Savoyard, Orphée du Pont-neuf et le Seigneur Riraille, illustration of the proverbs of Jacques Lagniet, Albert Pomme de Mirimonde Fund, Bibliothèque nationale de France, Gallica, VM PHOT MIRI-17 (87).
Do you think it is possible to speak of a shared perception of time or of the present at a specific historic moment (one of our research questions)?
I look forward to hearing that from you!
Which three terms come to mind when you think about the ‘present’ of people in Northwestern Europe between the fourteenth and seventeenth century?
Famine and War (I am going to look for a third one that is a bit more positive, I promise!)
Finally, what would be your ‘research utopia’ if finances and time were not an issue?
To compile a database of songs and tunes in use from 1500 to 1848 (date not only of a revolution in France, but also of an extraordinary repertoire of melodies by the chansonnier Pierre Capelle). The project has already been started on the 16th century by Alice Tacaille (musicologist who has worked on the time of François 1er and the Italian Wars) and Tatiana Debbagi Baranova (on the Wars of Religion). It’s a very costly work, because the tunes change names very often, and it is difficult to keep track of them. However, it would be very useful to know how tunes move from one place to another in Europe, whether through the traditional channels of scholarly communication, or through other channels, such as printed communication. In my view, this would be an essential complement to a study of discourses on the present’s forms, complementing what the history of books and prints has been able to do for chapbooks, for example (Chartier, Lüsebrink). Knowing the music that conveys words does not solve all the gaps in our knowledge of the ephemeral utterances of the past, nor does the study of the materiality of texts: but combining the two together would contribute to an oral history of discourses on the present.
But above all, if I really had the financial resources, I would give tenure to non-titular researchers. The sustainability of databases and other research projects is often compromised by funding that is not forthcoming. And above all, knowledge should be able to be produced by individuals who do not sacrifice their professional stability to it.
Title page of the website: Antonomaz – Mazarinades, designed by Jean-Marie Troullier, based on a Fronde placard: Récit véritable du duel arrivé entre deux sœurs proche de Bordeaux, l’une pour avoir pris le parti et défendu la Fronde et l’autre l’Épée, dont l’avantage a été remporté par la belle frondeuse, 1650, Illustrated folio placard, 33,3×42,9cm, Paris, Bibliothèque Mazarine, M 15043.
Le deuxième congrès internationalLa longue vie des imprimés éphémères, organisé conjointement par l’Université de Genève, celle de Neuchâtel et l’association Ephemera Helvetica à Genève les 10 et 11 avril 2025, a réuni 28 chercheuses et chercheurs pour réévaluer la place des imprimés éphémères dans l’histoire de la culture visuelle, politique et matérielle. Longtemps relégués aux marges des études sur l’imprimé, ces objets suscitent aujourd’hui un intérêt renouvelé, au croisement des humanités numériques, de l’analyse iconographique et de l’histoire politico-sociale du livre. Trois axes structurants — le rôle de l’image, propagande et censure, actualité de la recherche — ont favorisé des échanges transversaux entre des sessions parallèles, dont la présente recension ne reflète qu’une sélection.
Constance Carta et Thalia Brero inaugurent le congrès en rappelant le long et riche parcours de leur projet collectif. De la création de l’association Ephemera Helvetica en 2020 à un premier congrès en 2022, dont les actes viennent de paraître chez Droz, le champ des imprimés éphémères s’est structuré autour de collaborations solides, comme en témoignent les projets Desenrollando el cordel (2020-2024) et Capturing the Present in Northwestern Europe (2024-2028) qui, en rassemblant plusieurs chercheuses et chercheurs consacrant leurs travaux aux imprimés éphémères, confirment l’actualité brûlante de ces objets longtemps négligés.
La parole est ensuite donnée à Giles Bergel qui présente une conférence inaugurale intitulée « Ephemera studies in the digital age ». Spécialiste des humanités numériques, il présente plusieurs outils développés au sein du Visual Geometry Group de l’Université d’Oxford, exploitant notamment la reconnaissance d’images et la détection d’objets pour faciliter l’analyse des illustrations présentes dans les imprimés éphémères. Ces technologies permettent d’engager une étude matérielle plus systématique et plus fine de corpus difficilement accessibles par les méthodes traditionnelles. Il souligne également les enjeux méthodologiques et critiques soulevés par l’usage de l’intelligence artificielle, appelant à une articulation rigoureuse entre approche computationnelle et regard historien. Cette conférence révèle d’emblée que l’étude des éphémères anciens permet d’apporter plusieurs réponses aux enjeux culturels contemporains.
L’axe « rôle de l’image » est exploré à travers deux premières communications :
« A male name for a whole country. Representations of Juan Español in the satirical press and Spanish political caricature (1875-1936) » (Jesús Movellán-Haro)
« The ephemeral nature of graphic representations. Political cartoons about the Spanish-American War through the press in Spain and the United States (1895-1898) » (Rebeca Viguera-Ruiz)
Une première session de l’axe « propagande et censure » donne la parole à deux chercheurs, dont le premier, Paul-Alexis Mellet, présente une communication consacrée aux « Images d’effroi : les illustrations des discours véritables ».
Les rares images présentes dans ces occasionnels qui se multiplient vers 1600 ont deux fonctions principales : descriptive (donnant à voir les personnages et les événements évoqués par le texte) ou générique (inscrivant le propos particulier dans un cadre plus général). Une série de cas révèlent que les bois ne sont presque jamais créés pour un « discours véritable » mais réemployés depuis d’autres corpus et que les images visent parfois à provoquer un effet de réel, à attirer le lecteur voire à susciter l’effroi ou à matérialiser la colère divine.
Ensuite, à travers une intervention « Entre la propaganda y la subversión : la literatura de patíbulo en la España de la Edad Moderna », Alejandro Llinares Planells analyse un corpus de récits d’exécutions diffusés dans l’Espagne du XVIIIe siècle, en particulier les chansons catalanes, qui accordent aux événements judiciaires une dimension exemplaire. Le message de ces documents se veut moralisant et édifiant, en accord avec les exigences du pouvoir, mais leur réception, souvent détournée, fait ressortir une distance entre le discours institutionnel et l’appropriation populaire. Leur large diffusion témoigne d’une culture médiatique structurée, à l’intersection du politique et du spectaculaire.
Jeudi après-midi : image et propagande
L’exploration de l’axe « rôle de l’image » se poursuit avec trois communications :
« Une boutique de papier : les stratégies publicitaires des géographes français (XVIIe-XVIIIe siècle) » (Geoffrey Phelippot)
« La guerre des boîtes d’allumettes : Républicains et Carlistes pendant le Sexenio Democrático » (Hernán Rodríguez Vargas)
« Digital Tools for the Study of Cheap Print’s Images: a Spanish Case » (Juan Gomis)
Trois autres communications viennent nourrir l’axe « propagande et censure ». Marianne Cailloux propose une analyse intitulée « Les imprimés du Saint-Suaire de Turin : un support de la promotion savoyarde ? » qui interroge la manière dont, dans les années 1630–1640, la gazette de Turin et une série de 29 imprimés autour du Saint-Suaire participent à la construction de l’identité politique et religieuse de la maison ducale de Savoie. Loin de constituer de simples objets de dévotion, ces imprimés s’inscrivent dans un dispositif de communication complexe, orchestré notamment par la princesse Christine de France et ses conseillers. L’étude identifie une hypermédiatisation de motifs symboliques, à la croisée de dynamiques familiales, diplomatiques, religieuses et commerciales, révélant une stratégie aulique élaborée. Cette exploration d’un corpus constitué de plusieurs médias politiquement intriqués ouvre de stimulantes perspectives sur le concept de propagande durant la première Modernité.
Émile Thonar lui succède avec une intervention qui poursuit la mise au jour des stratégies à l’œuvre dans la diversification des supports médiatiques : « Les ephemera jesuitica, outils et témoins de la construction du réseau jésuite en province gallo-belge (1600–1670) ». Il rappelle d’abord que la Compagnie de Jésus, ordre bibliographique par excellence, est souvent appréhendée à travers ses grandes œuvres de théologie ou de controverse. Pourtant, de nombreux imprimés occasionnels permettent de documenter son ancrage local. Ces ephemera jesuitica — chants dédicatoires, pièces de théâtre, recueils factices — constituent des supports essentiels pour comprendre les relations entre l’ordre et les personnalités régionales. Le chercheur insiste sur la diversité typologique et fonctionnelle de ces documents et sur les modes variés de leur diffusion. Ces documents longtemps négligés manifestent une volonté d’inscription territoriale tout en reflétant l’universalité revendiquée de la Compagnie.
La session se clôture avec une étude consacrée à « La guerra de los opúsculos: el uso de las publicaciones efímeras por parte de los diputados de la Convención ». Miguel Aguirre Bernal y met en évidence comment, au cours de la Révolution française, les pamphlets deviennent des instruments de combat politique privilégiés car leur triple efficacité – rédactionnelle, matérielle, et diffusionnelle – permet de répondre à l’urgence du débat public. L’analyse du cas de Gabriel Bouquier met au jour une rhétorique fondée sur une opposition entre un passé oppressif et un présent utopique révolutionnaire ainsi que les multiples canaux de publication exploités. L’étude du positionnement éditorial, des adresses et des réseaux d’imprimeurs permet de comprendre comment se construit, à travers l’éphémère, une stratégie de conquête de l’opinion.
JEUDI APRèS-MIDI : ACTUALITé DE LA RECHERCHE
Pour terminer la journée, une poster session permet à quatre chercheurs de faire le point sur la recherche et décrire des travaux en cours. Quatre affiches, exposées du début à la fin du congrès, font alors l’objet d’une brève présentation.
Un poster intitulé « History, Iconography, Concepts and Symbols. A new look at the history of Spain through the visual discourse of political caricature » inaugure la session. À partir d’un corpus composite issu d’une dizaine de dépôts d’archives, Luis Fernández Torres élabore une relecture de l’histoire politique de l’Espagne à travers l’iconographie satirique. L’objectif est d’identifier, sur la longue durée (1836–1977), les continuités et ruptures dans les codes visuels de la caricature politique. Pour ce faire, le projet mobilise les outils du pictorial turn, du structuralisme et de la théorie de la réception, dans une perspective résolument transdisciplinaire.
Esther Solé i Martí présente ensuite son projet « ExposCAT: towards a clear portrait of Catalonia’s exhibition history ». Cette recherche s’attache à renouveler l’histoire des expositions organisées en Catalogne depuis 1939 à partir d’un large corpus documentaire constitué de brochures, catalogues et coupures de presse. Les informations recueillies sont indexées dans une base de données permettant une exploitation statistique fine, avec pour ambition de produire un relevance index et d’évaluer l’impact des réseaux artistiques sur le succès des événements. Le projet éclaire ainsi les logiques d’interaction entre production artistique, médiation institutionnelle et réception publique.
La parole est ensuite donnée à Marie Verbiest qui présente les recherches doctorales qu’elle conduit au sein du projet FNS « Capturing the present in Northwestern Europe ». Cette thèse vise à cerner le rôle des imprimés dans la médiatisation de l’actualité à l’époque moderne. À travers une approche comparative mêlant analyses quantitative et qualitative, elle s’interroge sur la manière dont l’imprimé a contribué à transformer la perception du temps et à « fabriquer » l’événement. Sept cas d’étude, choisis pour leur diversité (en termes de type d’événement, de durée et d’aire géographique), servent de point d’ancrage pour mesurer l’écho médiatique d’événements contemporains dans l’Europe du Nord-Ouest. Ces recherches s’inscrivent dans le Work package 2 du projet Capturing the present in Northwestern Europe, « Events as milestones in the conception of time ».
Marie Verbiest, photo par Thalia Brero le 10 avril à Genève.
Enfin, la base de données développée dans le cadre du projet Desenrollando el cordel / Démêler le cordel / Untangling the cordel, financé par la Fondation philanthropique Famille Sandoz-Monique de Meuron, fait l’objet d’une présentation par Elina Leblanc au sein d’un poster intitulé « The Desenrollando el cordel database and its features ». Cette ressource numérique permet l’exploration d’un vaste corpus d’imprimés espagnols et brésiliens de colportage (912 ouvrages espagnols, 1584 gravures, 2200 ouvrages brésiliens). La base comprend une édition numérique (transcriptions avec technologie HTR, fac-similés), un catalogue iconographique, un short-title catalogue ainsi qu’une série d’outils d’analyse, de recherche et d’exportation. Elle ouvre ainsi de nouvelles perspectives pour l’étude littéraire, bibliographique et visuelle de ces documents populaires. Le poster souligne la fécondité d’une approche pluridisciplinaire et réaffirme la place des imprimés éphémères parmi les objets centraux des recherches actuelles.
La estisora, Reus, Joan Grau, [s.d.], in Desenrollando el cordel (2020-2024), Constance Carta (dir.), : https://doi.org/10.5281/zenodo.6562907.
VENDREDI MATIN
La seconde journée du congrès s’ouvre par deux nouvelles sessions, dont l’une est consacrée à l’axe « rôle de l’image » et comporte trois communications :
« From “popular cyclopaedias” to juvenile pastimes: the transnational evolution of illustrated broadsides (1700-1900) » (Elisa Marazzi)
« Des images contre l’image : pratiques de montage et de détournement dans les éphémères avant-gardistes du XXe s. » (Olivier Belin)
« L’affiche pacifiste de Hans Erni de 1954. Pratiques et acteurs de la censure et de la contre-censure en Suisse » (Jean-Charles Giroud)
Au sein de la session consacrée à l’axe « propagande et censure », Morten Schneider inaugure les échanges avec une présentation sur « Le “crocheteur de la Samaritaine” : Une “statue parlante” parisienne, porte-voix d’une opinion pamphlétaire censurée ». Il y étudie un personnage anonyme — sonneur de cloches ou crocheteur — mis en scène dans plusieurs imprimés satiriques autour du siège de Genève (1611). Cette figure fonctionne comme un dispositif de contournement de la censure et permet une critique virulente du pouvoir. L’analyse met en évidence la stratégie éditoriale qui consiste à incarner une parole populaire à travers une figure marginale, et la fortune de ce motif au moment de l’assassinat de Concino Concini (1617), preuve de sa résonance dans l’opinion publique.
Ensuite, dans une communication intitulée « Transgression and Constraint in Sixteenth-Century Songs: Exploring the Love and Gender Ideology from the Pliegos Sueltos of the Iberian Peninsula », Blanca Berjano s’intéresse à l’évolution des représentations de l’amour et des rôles de genre dans les pliegos sueltos, ces feuillets poétiques largement diffusés dans la péninsule ibérique au XVIe siècle. Elle fait observer que le paradigme médical et religieux dominant — décrivant l’amour comme une maladie aux implications morales — se transforme progressivement. Ces chansons développent une idéologie amoureuse spécifique, qui valorise la femme idéalisée et inatteignable. Une lecture féministe permet de révéler les mécanismes performatifs et répétitifs de ces textes, qui contribuent à construire des normes hétérocentrées et à renforcer une certaine vision genrée des relations affectives.
Enfin, à partir d’un arrêt du Conseil du 7 septembre 1701 imposant un examen préalable pour les brochures de moins de deux pages, Marie-Dominique Leclerc clôture la session avec son intervention « Bibliothèque bleue : variations sur la censure », qui analyse les nouvelles formes de contrôle mises en œuvre sur des publications jusqu’alors épargnées par la censure. Par l’étude de plusieurs cas concrets, la chercheuse souligne le rôle ambigu des censeurs, à la fois garants de la morale et parfois eux-mêmes auteurs. Les retranchements ou altérations visent principalement des passages jugés scabreux, en particulier dans la littérature facétieuse. L’intervenante souligne le caractère souvent peu rigoureux de ces opérations, qui peuvent altérer la cohérence du récit.
La matinée s’achève avec deux sessions, dont l’une poursuit l’exploration de l’axe « propagande et censure » à travers deux communications :
« L’affaire Soleilland, ou comment faire avorter un projet d’abolition de la peine de mort » (Philippe Nieto)
« La Flamidienne. Lille, 1899 : canards et complaintes au cœur de la lutte anticléricale » (Jean François Heintzen)
La session relevant de l’axe « rôle de l’image » s’ouvre sur une communication de Marion Pouspin qui présente une communication sur « Les images dans les occasionnels du royaume de France (des années 1480 à 1561) : illustrer l’actualité ? ». Elle s’attache à analyser les pratiques illustratives dans les pièces gothiques, ces imprimés éphémères diffusés au début du XVIe siècle. Les illustrations, peu nombreuses, occupent des emplacements stratégiques (page de titre, dernière page) et se caractérisent par leur schématisme et leur réemploi fréquent, souvent jusqu’à l’usure. Quelques documents singuliers permettent d’identifier des ex périmentations graphiques : insertion dans le corps du texte, usage de la couleur, multiplication des vignettes. En conjuguant approche quantitative et micro-études de cas, l’analyse cerne la tension entre exigence de lisibilité, contrainte matérielle et volonté de capter visuellement l’attention du lecteur.
Une présentation intitulée « Des images sidérantes. Sur quelques imprimés de phénomènes célestes au XVIe siècle » conclut la session. Florian Métral y expose une étude inscrite dans le cadre du projet Spectacles célestes et portant sur un corpus de feuilles volantes illustrées relatant des phénomènes atmosphériques, publiées dans les territoires protestants au XVIe siècle. Ces documents reprennent le modèle typographique de la Météorite d’Ensisheim (1492), structurant le texte autour d’une image centrale, souvent spectaculaire et parfois coloriée. Ces imprimés visent à provoquer la sidération du lecteur, à réactiver des récits exemplaires du passé et à inscrire l’événement céleste dans une temporalité du présent. La perspective structuraliste adoptée par le chercheur permet d’identifier des résultats à la fois solides et stimulants sur e rôle central de l’image : cette dernière traduit le prodige, produit un effet de réel et articule l’émerveillement avec une fonction pédagogique et mémorielle.
Apparition simultanée d’un soleil et d’une croix lumineuse à Nuremberg : Bey Hanns Glaser, 1561, impression en un seul feuillet : gravure sur bois, coloriée et typographie sur deux colonnes ; 26,6 x 26 cm, Zentralbibliothek Zürich, PAS II 9/10.
VENDREDI APRES-MIDI
La dernière session croise les deux axes du congrès, mêlant les dimensions visuelles et politiques des imprimés téphémères. Elle s’ouvre par ma propre présentation sur « Les “avis au lecteur” de Guillaume Chaudière et Jean Pillehotte : deux imprimeurs-libraires actifs dans les marges des libelles ligueurs entre Paris et Lyon (1588–1589) ». Inscrite dans l’axe « propagande et censure », cette intervention s’attache à interroger, à partir d’un corpus resserré, les usages politiques du péritexte à la fin des guerres de Religion. En mobilisant les outils théoriques développés par Gérard Genette, l’étude vise à analyser les avis au lecteur comme lieux privilégiés de médiation idéologique, où se joue la réception du discours ligueur. L’enquête reconstitue les stratégies adoptées par Guillaume Chaudière et Jean Pillehotte pour encadrer la diffusion des libelles et garantir l’efficacité rhétorique du message politique catholique. Ces documents révèlent, au-delà de leur fonction didactique, une visée polémique, religieuse et sociale, inscrivant pleinement ces acteurs de l’imprimé dans les logiques militantes de la Ligue.
Metamorphose d’Henry de Bourbon jadis Roy de Navarre, faussement & iniquement pretendant d’estre Roy de France […], Lyon, Jean Pillehotte, 1589, p. 3, Source : gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France.
La séance se poursuit avec une communication sur « L’iconographie du Véritable Messager boiteux de Berne et Vevey : la place des images dans un almanach populaire au XVIIIe siècle », rattachée à l’axe « rôle de l’image ». Bérangère Poulain s’y intéresse à la planche de couverture de ces almanachs suisses, diffusés également dans l’Est de la France, qui représente une scène de genre influencée par la peinture hollandaise du XVIIe siècle. Une analyse iconographique cerne un glissement de la figure du noble vers celle d’un homme du peuple, qui témoigne à la fois d’un changement de public cible et d’une revendication populaire à intervenir dans le débat social et politique. Plusieurs exemples font ressortir comment les motifs iconographiques sont recyclés et adaptés pour construire un discours politique visuel. L’examen attentif d’un corpus méconnu révèle que des imprimés ancrés dans un contexte local peuvent offrir des clés d’interprétation éclairant des dynamiques de plus large portée.
Une conférence prononcée par Jean-François Botrel, intitulée « Voir, lire, écouter les images des imprimés de colportage », clôture le congrès. À partir d’un large corpus d’imprimés populaires — romances de cordel, pliegos de aleluyas, emballages illustrés pour confiseries ou cigarettes —, il développe une réflexion sur le statut et les fonctions de l’image dans ces objets. L’image y est à la fois crainte, convoitée, et interprétée : elle suspend le récit, suscite un imaginaire et induit des lectures multiples. Le chercheur souligne notamment la manière dont certaines illustrations sont accompagnées d’un commentaire oral ou textuel, ou provoquent un commentaire chez le lecteur. L’image, dans ces supports, constitue un vecteur de savoir, d’émotion et de désir, à la croisée des usages pédagogiques, esthétiques et politiques. Reprenant des motifs types de publication en publication, elle participe à la fabrication d’un langage visuel partagé tout en conservant une puissance interprétative singulière.
CONCLUSION
Ce congrès a permis de mesurer avec acuité la richesse et la diversité des recherches actuelles sur les imprimés éphémères, en croisant approches historique, littéraire, iconographique et numérique. L’axe « propagande et censure » a démontré la capacité de ces objets à structurer des prises de parole politiques, religieuses ou judiciaires, tout en révélant les tensions entre intention éditoriale et réception publique. L’axe « rôle de l’image » a souligné combien la dimension visuelle participe à la construction du sens, dans ses formes les plus spectaculaires comme dans ses usages les plus ordinaires. Enfin, l’axe « actualité de la recherche » a été éloquent quant à l’élan collectif qui anime ce champ en plein renouvellement, à travers des outils numériques, des enquêtes de terrain et des initiatives collaboratives.
Au-delà des communications elles-mêmes, cette deuxième rencontre a confirmé la solidité d’une communauté de recherche en pleine structuration. Les rencontres et les retrouvailles depuis le premier congrès ont donné lieu à des échanges nourris, témoignant de la continuité des dialogues amorcés. Le public, nombreux et attentif, comptait aussi bien des jeunes chercheurs que des collègues plus expérimentés, souvent réunis par l’implication croisée dans différents projets collectifs. Ces cadres collaboratifs ont largement contribué à la vitalité des discussions, dans les sessions comme en marge de celles-ci.
Dans une atmosphère à la fois studieuse et chaleureuse, le congrès a ainsi offert un espace propice à l’élaboration d’une archéologie des formes brèves et mobiles de l’imprimé. Située au carrefour de l’histoire du livre, de la sociologie de la lecture et des media studies, l’étude de ces imprimés modestes ouvre sans cesse de nouveaux outils, de nouveaux objets et un regard inédit sur les cultures écrite, visuelle et orale des temps anciens, tout en éclairant des enjeux toujours actuels de communication, de médiatisation et de circulation des savoirs.
La declaration de la volonté du Roy faicte depuis son departement de Paris, Paris, sur la coppie imprimee à Chartres, 1588. Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France.
Le 22 mai 1588 paraît La declaration de la volonté du roy faicte depuis son departement de Paris. Probablement imprimé à Chartres, le texte circule rapidement jusqu’à Paris, Lyon, et même Bruxelles1. Cet opuscule, représentatif des imprimés d’actualité que j’étudie dans le cadre du Work Package 3 du projet Capturing the Present, est conçu pour agir sur le présent avec effet immédiat. Il s’insère dans le contexte des guerres de Religion et tout spécifiquement de la Ligue, ce mouvement politico-religieux fondé en 1585 pour défendre la foi catholique et peser sur la succession royale. Durant ce conflit à la fois politique et religieux, l’imprimé d’actualité devient un outil stratégique, entre prise de parole publique et instrument de persuasion partisan.
À travers cette Declaration, Henri III expose sa lecture des événements survenus à Paris dix jours auparavant. Le 12 mai 1588, la tension atteint son comble dans la capitale : en réaction au déploiement des troupes royales, les Parisiens dressent dans les rues et les carrefours des barrages constitués de barriques – c’est la « journée des Barricades ». Le roi quitte Paris dans la nuit, contraint de laisser le champ libre aux ligueurs. Ceux-ci investissent rapidement les ateliers d’imprimerie pour proposer leur version des faits, largement favorable à leur cause2. Pendant dix jours, le silence du roi laisse le terrain médiatique à ses adversaires.
Procession de la Ligue sur l’île de la Cité, au sortir de Notre-Dame, Brunel François, vers 1590, peinture à l’huile, cuivre, 38.5 x 74.3 cm, France, Musée international et domaine du château de Pau.
Avec la Declaration, Henri III reprend la parole et propose une interprétation alternative des événements. Contrairement aux récits ligueurs, qui suggèrent un complot ourdi par le pouvoir royal, le roi affirme avoir agi dans l’intérêt de la paix et de la sécurité publique. Il évoque certes le rôle du duc de Guise, mais sans en faire le principal responsable. Il préfère mettre en cause des éléments extérieurs à Paris, voire au royaume. Aussi la première et la seule intervention écrite d’Henri III sur la journée des Barricades est-elle placée sous le sceau de la concorde : en diffusant cet imprimé, le souverain cherche à reconstituer son autorité en fédérant autour de sa personne – objectif qui guidera son action politique jusqu’à la fin de l’année 1588, notamment aux États généraux qui s’ouvrent à Blois le 16 octobre3.
Portrait d’Henry III de France en bonnet polonais, attribué à Étienne Dumonstier, vers 1580-1586, huile sur panneau de bois, 93 x 76 cm, Poznan, Muzeum Narodowe w Poznaniu.
Le délai entre les événements du 12 mai et la publication du texte le 22 mai n’est sans doute pas fortuit. Il est possible qu’Henri III ait choisi de temporiser pour rendre sa parole attendue et donc plus audible. Ce document traduirait alors une volonté de redevenir, au moment où son pouvoir est au plus bas, le maître du jeu et du temps. Alors que la tempête politique gronde, le roi cherche à construire une image de pilote serein et magnanime, à incarner cet idéal renaissant du prince prudent qui saura guider le navire français à bon port. La Declaration de la volonté du roy montre ainsi combien les imprimés d’actualité, dans un contexte de conflit civil et religieux, ont été exploités par le prince pour infléchir le cours des événements par l’écrit ou pour exploiter les événements afin de reconquérir le pouvoir – autrement dit, pour agir au présent.
À VENIR
Ce billet donne un aperçu de recherches menées dans le cadre de ma thèse, que je souhaite reprendre prochainement en vue d’une publication sous la forme d’un ouvrage distinct, qui livrera un récit de la journée des Barricades au prisme des imprimés polémiques. Une sélection de ces textes pourra y faire l’objet d’une édition critique.
BIBLIOGRAPHIE
Fadi El Hage, La guerre de Succession de France. Henri IV devait-il être roi ?, Paris, Passés composés, 2023.
Alexandre Goderniaux, Un coup de majesté manqué. Henri III aux États généraux de Blois (16 et 18 octobre 1588), Genève, Droz, 2024.
Nicolas Le Roux, Les guerres de Religion. 1559-1629 Paris, Belin, 2009.
Idem, Un régicide au nom de Dieu. L’assassinat d’Henri III (1er août 1589), Paris, Gallimard, 2006.
Denis Pallier, Recherches sur l’imprimerie à Paris pendant la Ligue (1585-1594), Genève, Droz, 1975.
L’Universal Short Title Catalogue répertorie une édition chartraine perdue (63863), douze éditions ou tirages parisiens, une à Lyon et une dernière à Bruxelles. [↩]
Ces textes ont été répertoriés par Denis Pallier, Recherches sur l’imprimerie à Paris pendant la Ligue (1585-1594), Genève, Droz, 1975, p. 254-256. À ma connaissance, la première recherche scientifique sur ces documents a été conduite dans le cadre de ma thèse, Une autre foi, une autre France. Les libelles imprimés par les catholiques zélés durant les guerres de Religion (1585-1629), thèse de doctorat en histoire, Université de Liège, 2023. [↩]
J’ai reconstitué ces stratégies dans Un coup de majesté manqué. Henri III aux États généraux de Blois (16 et 18 octobre 1588), Genève, Droz, 2024. [↩]
This is a review of Professor Vitkus‘ keynote lecture at the Renaissance Society of America Annual Conference. The following day, I presented the initial findings of my research project within the context of Capturing the Present, in a paper entitled: “National Middle Ages or Imperial Present? Time in the Libels Published under Charles V.” I would like to thank Christian Martens and Lorenzo Paoli for their exemplary organization of the panel.
In a context marked by ecological, climatic, and political crisis—at a time when fundamental research is under unprecedented attack—how can the humanities, and scholarship on the sixteenth century in particular, make a meaningful contribution to society? Conversely, how might the urgent and crisis-ridden times in which we live influence the kinds of questions we pose to documents produced in the distant past? These are the complex questions that this lecture sought to address through an approach that was both scholarly and pedagogical.
King Lear through the lens of historical materialism
Professor Vitkus takes Shakespeare—his area of specialization1—as a case study, focusing almost exclusively on King Lear. Through a series of excerpts from the play, he demonstrates how the playwright, at the end of the sixteenth century, was already engaging in sophisticated reflections on the crises of his own time—reflections that resonate powerfully with contemporary concerns. These insights are deftly analyzed using the tools of historical materialism, a methodology that Professor Vitkus advocates for its epistemological advantages and pragmatic implications.
Critical edition of William Shakespeare’s Othello. Barnes & Noble, 2007. pp. 408.
Historical materialism, he argues, shares the goals of new materialism—reworking our understanding of the material world from an anti-anthropocentric perspective—yet ultimately surpasses it by addressing its political limitations. As a systemic mode of thought that approaches power through a constant dialectic—rather than opposition—between concepts such as nature/culture, subject/object, and human/non-human, historical materialism enables the production of a powerful political critique that unveils the early modern roots of capitalism’s detrimental impact on both human and non-human entities.
Applied to King Lear, historical materialism reveals, in a series of key passages, essential insights for understanding the crises of the present. Within speeches steeped in (pseudo-) prophetic rhetoric, Professor Vitkus identifies a radical questioning of resistance to unjust policies that lead humanity to its downfall. While the play emphasizes that, in the face of the corruption of the powerful, human agency is necessary, it also manipulates the language of nature and compares tropes of the human with those of the animal to suggest that all monsters are found within nature itself—not outside it. The final act, for its part, illustrates how and why, under capitalism, leaders deny the causes of crisis and the obvious solutions they should implement to address inequality. Viewed through this lens, King Lear appears less as a work of entertaining fiction than as a political text denouncing the corruption of an opportunistic ruling class.
Shakespeare and ‘presentism’
By showing that awareness of the damage humans can inflict upon the non-human has deep historical roots, the lecture makes a compelling case for ‘presentism’. In doing so, Professor Vitkus grants this concept a broader meaning than the one proposed by François Hartog2: he invites us to consider as ‘presentist’ any document that seeks to understand its own time. From this perspective, the case study illustrates two key points. First, the present had already become a subject of critical reflection well before the end of the eighteenth century. Second, the humanities play a vital role in times of crisis. Transforming a system requires understanding how it functions. Thus calling for expertise in its structural mechanisms in order to effectively respond to their consequences. Consequently, the early modern scholar who approaches literary texts with an eye toward their political resonances, and who is equipped with the tools of historical materialism, is undoubtedly among the experts society needs now more than ever.
Benjamin West, King Lear and Cordelia Act IV, scene VII, 1793, 48.1 x 60 cm, Folger Shakespeare Digital Collections.
In summation, professor Vitkus delivered a passionate lecture driven by the conviction that the multiple crises we face today all originate in a shared economic system. At once highly instructive and effective, the talk skillfully wove together distant historical contexts and urgent contemporary issues. It powerfully demonstrated the value of historical materialism and, in doing so, offered a persuasive defense of the humanities’ essential societal role.
Recommended reading for further exploration
Stuart Hall, “Cultural studies and its theoretical legacies”, in Cultural studies, ed. Lawrence Grossberg, Cary Nelson, Paula Treichler, Routledge, 1992, p. 277-294.
Martin Puchner, Literature for a Changing Planet, Princeton University Press, 2022.
Daniel Vitkus, “Red-Green Intersectionality beyond the New Materialism: An Eco-Socialist Approach to Shakespeare’s The Tempest” in Intersectionalities of Class in Early Modern English Literature, ed. Ronda Arab and Laurie Ellinghausen, Palgrave Macmillan, 2023.
Id., “How the 1% Came to Rule the World: Shakespeare, Long-Term Historical Narrative, and the Origins of Capitalism” in Shakespeare and the 99%: Literary Studies, The Profession, and the Production of Inequity, ed. Sharon O’Dair and Timothy Francisco, Palgrave Macmillan, 2019, p. 161-181.
See Critical Edition of William Shakespeare’s Othello, Barnes & Noble, 2007 [↩]
Régimes d’historicité. Présentisme et expériences du temps, Paris, Le Seuil, 2003 [↩]